C'est une imitation du vers de Virgile
Vna salus victis nullam sperare salutem :
« L'unique salut des vaincus est de ne point espérer de salut. » ( Énéide^ livre H, vers 354.) — Corneille avait aussi traduit ce vers de Virgile :
Ma plus douce espérance est de perdre l'espoir.
{Le Cidj acte I, scène ii, vers i35.)
2. Toute entière est l'orthograpLe de toutes les anciennes éditions. Voye» ci-dessus, p. 442, note i, et p. 411, note i.
BAJAZET
Et perdre mon amant pour la désabuser?
Avant que dans son cœur cette amour fût formée,
J'aimois, et je pouvois m'assurer d'être aimée.
Dès nos plus jeunes ans, tu t'en souviens assez,
L'amour serra les nœuds par le sang commencés. 36 o
Elevée avec lui dans le sein de sa mère,
J'appris à distinguer Bajazet de son frère;
Elle-même avec joie unit nos volontés.
Et quoique après sa moxt l'un de l'autre écartés,
Conservant, sans nous voir, le désir de nous plaire, 36 5
Nous avons su toujours nous aimer et nous taire.
Roxane, qui depuis, loin de s'en défier,
A ses desseins secrets voulut m'associer,
Ne put voir sans amour ce héros trop aimable :
Elle courut lui tendre une main favorable. 370
Bajazet étonné rendit grâce à ses soins,
Lui rendiljies j;espect^ : pouvoit-il faire moins ?
Mais qu'aisément l'amour croit tout ce guLi^ souhaite !
De ses momdiNëiTespectsRoxane satisfaite
Nous engagea tous deux par sa facilité 375
A Ja lai&sei;^4^uir de. sa crédiilità^^
Zaïre, il faut pourtant avouer ma foiblesse :
D'un mouvement jaloux je ne fus pas maîtresse.
Ma rivale, accablant mon amant de bienfaits,
Qppojoit un empire à mes foibles attraits 3 8 o
Mille soins la rendoient présente à sa mémoire ;
Elle l'entretenoit de sa prochaine gloire.
Et moi, je ne puis rien. Mon cœur, pour tous discours,
N'avoit que des soupirs, qu'il répétoit toujours.
Le ciel seul sait combien j'en ai versé de larmes. 385
Mais enfin Bajazet dissipa mes alarmes.
Je condamnai mes pleurs, et jusques aujourd'hui
Je l'ai pressé de feindi£>j£t.4-^L^arlé pour lui.
Hélas ! tout est fini. Roxane méprisée