ACTE II, SCÈNE I
Ni que je vive enfin, si je ne vis pour toi?
Je te donne, cruel, des armes contre moi*,
Sans doute, et je devois retenir ma foiblesse :
Tu vas en triompher. Oui, je te le confesse,
J'alFectois à tes yeux une fausse fierté^. 55 5
De toi dépend ma joie et ma félicité.
De ma^jâBgl«tô*»-mLîirL,^^^^^^ sera suivie.
Quel fruit de tant de soins que j'ai pris pour ta vie !
Tu soupires enfin, et semblés te troubler.
Achève, parle.
O ciel! que ne puis-je parler? 5 60
ROXANE
Quoi donc? Que dites-vous? et que viens-je d'entendre? Vous avez des secrets que je ne puis apprendre! Quoi ? de vos sentiments je ne puis m'éclaircir?
BAJAZET
Madame, encore un coup, c'est à vous de choisir. Daignez m'ouvrir au trône un chemin légitime; 56 5 Ou bien, me voilà prêt : prenez votre victime.
ROXANE
Ah ! c'en est trop enfin : tu seras satisfait. Holà! gardes, qu'on vienne.
1. Dans les deux premières éditions [1672 et 1676), il y a un point au lieu d'une virgule, à la fin de ce vers.
2, Voltaire a imité ce passage dans Zaïre, acte IV, scène 11. C'est Orosmane qui parle ainsi :
Je me connaissais mal 5 oui, dans mon désespoir, J'avais cru sur moi-même avoir plus de pouvoir.... Qui? moi? Que sur mon trône une autre fût placée? Non, je n'en eus jamais la fatale pensée. Pardonne à mon courroux, à mes sens interdits Ces dédains affectés et si bien démentis.
BAJAZET