‹ Œuvres;Chapitre 371 sur 422 · BAJAZET, ACOMAT · texte numérisé non relu

BAJAZET, ACOMAT

ACOMAT

Seigneur, qu*ai-je entendu? Quelle surprise extrême! Qu'allez-vous devenir? Que deviens-je moi-même? D'où naît ce changement? Qui dois-je en accuser? 570 O ciel !

BAJAZET

Il ne faut point ici vous abuser.

Roxane est offensée et court à la vengeance. Un obstacle éternel rompt notre intelligence. Visir, songez à vous, je vous en averti ; Et sans compter sur moi, prenez votre parti. 58 j

ACOMAT

Quoi?

BAJAZET

Vous et VOS amis, cherchez quelque retraite. Je sais dans quels périls mon amitié vous jette ; Etj'espérois un jour vous mieux récompenser.

ACTE II, SCÈNE III. 5o7 Mais c'en est fait, vous dis-je, il n'y faut plus penser.

ACOMAT

Et quel est donc, Seigneur, cet obstacle invincible? 58 5 Tantôt dans le Serrail j'ai laissé tout paisible. Quelle fureur saisit votre esprit et le sien?

BA JAZET

Elle veut, Acomat, que je l'épouse.

ACOMAT

Hé bien ?

L'usage des Sultans à ses vœux est contraire ;

Mais cet usage enfin, est-ce une loi sévère, 590

Qu'aux dépens de vos jours vous deviez observer? |

La plus sainte des loi s , ah ! c'est de vous sauver ,

Et d'arracher, Seigneur, d'une mort manifeste,

Le sang des Ottomans dont vous faites le reste !

BA JAZET

Ce reste malheureux seroit trop acheté, 595 S'il faut le conserver par une lâcheté.

ACOMAT

Et pourquoi vous en faire une image si noire ? L'hymen de Solyman ternit-il sa mémoire ? Cependant Solyman n'étoit point menacé * Des périls évidents dont vous êtes pressé. 60a

BAJAZET

Et ce sont ces périls et ce soin de ma vie

Qui d'un servile hymen feroiejii.lIigriomim —

Solyman n'avoit point ce prétexte odieux. ^)

Son esclave trouva grâce devant ses yeux ;

Et sans subir le joug d'un hymen nécessaire, 60 5

Il lui fit de son cœur un présent volontaire.

I . Il y a menassé dans les anciennes éditions, où c'est l'orthographe ordinaire de ce verbe, aussi bien que du substantif menace {menasse), non pas seulement à la rime, mais partout.

BAJAZET

ACOMAT

NMais vous aimez Roxane.

BAJAZET

Acomat, c'est assez :

Je me plains de mon sort moins que vous ne pensez. ^La mort n'est point pour moi le comble des disgrâces; J'osai tout jeune encor la chercher sur vos traces ; 6 1 o Et l'indigne prison où je suis renfermé A la voir de plus près m'a même accoutumé. Amurat à mes yeux l'a vingt fois présentée. Elle finit le cours d'une vie agitée.

Hélas ! si je la quitte avec quelque regret 6 1 5

Pardonnez, Acomat, je plains avec sujet

Des cœurs dont les bontés trop mal récompensées

M'avoient pris pour objet de toutes leurs pensées.

ACOMAT

Ah ! si nous périssons, n'en accusez que vous, Seigneur. Dites un mot, et vous nous sauvez tous. e^-e Tout ce qui reste ici de braves janissaires, De la religion les saints dépositaires.

Du peuple bysantin ceux qui plus respectés * Par leur exemple seul règlent ses volontés ^ XSont prêts de vous conduire à la Porte sacrée 625 D'où les nouveaux Sultans font leur première entrée.

BAJAZET

. Hé bien ! i^rave Acomat, si je leur suis si cher, NJue des mains de Roxane ils viennent m'arracher. .f. Du Serrail, s'il le faut, venez forcer la porte : Entrez, accompagné de leur vaillante escorte. 6 3o

J'aime mieux en sortir sanglant, couvert de coups, Que chargé, malgré moi, du nom de son époux. Peut-être je saurai, dans ce désordre extrême,

I. FliiS respectés est ici pour le plus respectés. Voyez plus bas, vers 873.

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