‹ Œuvres;Chapitre 373 sur 422 · ACTE II, SCÈNE V. 5ii · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. 5ii

Rien ne m'a pu parer contre ses derniers coups :

Il falloit ou mourir, ou n'être plus à vous.

De quoi nous a servi cette indigne contrainte ?

Je meurs plus tard : voilà tout le fruit de ma feintell 670

Je vous l'avois prédit ; mais vous l'avez voulu *.

J'ai reculé vos pleurs autant que je Fai pu.

Belle Atalide , au nom de cette complaisance ,

Daignez de la Sultane éviter la présence.

Vos pleurs vous trahiroient : cacbez-les à ses yeux , 675

Et ne prolongez point de dangereux adieux.

ATALIDE

Non , Seigneur, Yos bontés pour une infortunée

Ont assez disputé contre la destinée.

Il vous en coûte trop pour vouloir m'épargner.

Il faut vous rendre : il faut me quitter, et régner, -^680

BAJAZET

Vous quitter?

AALIDE.

Je le veux. Je me suis consultée.

De mille soins jaloux jusqu'alors agitée , Il est vrai , je n'ai pu concevoir sans effroi Que Bajazet pùt vivre et n'être plus à moi ; Et lorsque quelquefois de ma rivale heureuse 685 Je me représentois l'image douloureuse , Votre mort (pardonnez aux fureurs des amants ) Ne me paroissoit pas le plus grand des tourments.'^ Mais à mes tristes yeux votre mort préparée Dans toute son horreur ne s'étoit pas montrée ; 690 Je ne vous voyois pas , ainsi que je vous vois , Prêt à me dire adieu pour la dernière lois.

I. Eacine, dans Phèdre, acte IIÏ , scène in^ s'est souvenu de ce passage :

. . . Je te l'ai prédit, mais tu n'as pas voulu

Je raourois ce matin digne d'être pleurée ; J'ai suivi tes conseils, je meurs déshonorée.

BAJAZET

Seigneur, je sais trop bien avec quelle constance

Vous allez de la mort affronter la présence ;

Je sais que votre cœur se fait quelques plaisirs 695

De me prouver sa foi dans ses derniers soupirs.

Mais, hélas ! épargnez une âme plus timide :

Mesurez vos mallieurs aux forces d' Atalide ;

Et ne m'exposez point aux plus vives douleurs

Qui jamais d'une amante épuisèrent les pleurs. 700

BAJAZET

Et que deviendrez-vous . si dès cette journée Je célèbre à vos yeux ce funeste hyménée ?

ATALIDE

Ne vous informez point ce que je deviendrai.

Peut-être à mon destin, Seigneur, j'obéirai.

Que sais-je? A ma douleur je chercherai des charmes*.

Je songerai peut-être, au milieu de mes larmes.

Qu'à vous perdre pour moi vous étiez résolu ,

Que vous vivez , qu'enfin c'est moi qui l'ai voulu.

Non, vous ne verrez point cette fête cruelle.

Plus vous me commandez de vous être infidèle, 7 1 o i Madame, plus je vois combien vous méritez • De ne point obtenir ce que vous souhaitez. \-.Quoi ? cet amour si tendre , et né dans notre enfance ,

Dont les feux avec nous ont crû dans le silence ,

Vos larmes que ma main pouvoit seule arrêter, 715 . Mes serments redoublés de ne vous point quitter, I Tout cela finiroit par une perfidie ? i J'épouserois, et qui (s'il faut que je le die)? I Une esclave attachée à ses seuls intérêts ,

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