ACTE III, SCÈNE I
ZAÏRE
Je n'en ai rien appris.
Mais enfin, s'il n a pu se sauver qu'à ce prix, S'il fait ce que vous-même avez su lui prescrire. S'il l'épouse, en un mot....
ATALIDE
S'il l'épouse, Zaïre !
ZAÏRE
Quoi? vous repentez-vous des généreux discours 8 1 5 Que vous dictoit le soin de conserver ses jours?
ATALIDE
Non, non : il ne fera que ce qu'il a dù faire.
Sentiments trop jaloux^ c'est à vous de vous taire.
âi BajazetTepouse, il suit mes volontés j
Respectez ma vertu qui vous a surmontés ; 820
A ses nobles conseils ne mêlez point le vôtre ;
Et loin de me le peindre entre les bras d'une autre*,
Laissez-moi sans regret me le représenter
Au trône, où mon amour l'a forcé de monter.
Oui, je me reconnois, je suis toujours la même. 8a 5
Je voulois qu'il m'aimât, chère Zaïre, il m'aime;
Et du moins cet espoir me console aujourd'hui,
Que je vais mourir digne et contente de lui.
ZAÏRE
Mourir ! Quoi ? vous auriez un dessein si funeste ?
ATALIDE
J'ai cédé mon amant : tu t'étonnes du reste ! 8 3o
Peux -tu compter, Zaïre, au nombre des malheurs
Une mort qui prévient et finit tant de pleurs?
Qu'il vive, c'est assez. Je l'ai voulu sans doute.
Et je le veux toujours, quelque prix qu'il m'en coûte.
Je n'examine point ma joie ou mon ennui : 835
I. «D'un autre, » dans l'édition de 1676. Voyez ci-dessus, p. 109, note 2.
BAJAZET
"*^'aime assez mon amant pour renoncer à lui. Mais, hélas ! il peut bien penser avec justice Que si j'ai pu lui faire un si grand sacrifice, Ce cœur, qui de ses jours prend ce funeste soin, L'aime trop pour vouloir en être le témoin. 840 Allons, je veux savoir
ZAÏRE
Modérez- vous, de grâce.
On vient vous informer de tout ce qui se passe : C'est le Visir.