HERMIONE, CLÉONE
HERMIONE
Attendois-tu , Cléone, un courroux si modeste ?
CLÉONE
La douleur qui se tait n'en est que plus funeste.
J. Racine, ii 6
ANDROMAQUE
Je le plains : d'autant plus qu'auteur de son ennui , 8 3 5 Le coup qui l'a perdu n'est parti que de lui. Comptez depuis quel temps votre hymen se prépare : Il a parlé, Madame, et Pyrrhus se déclare.
HERMIONE
Tu crois que Pyrrhus craint? Et que craint-il encor?
Des peuples qui dix ans ont fui devant Hector, 840
Qui cent fois effrayés de l'absence d'Achille ,
Dans leurs vaisseaux brûlants ont cherché leur asile ,
Et qu'on verroit encor, sans l'appui de son fils,
Redemander Hélène aux Troyens impunis ?
Non , Cléone , il n'est point ennemi de lui-même ; 845
Il veut tout ce qu'il fait; et s'il m'épouse, il m'aime.
Mais qu'Oreste à son gré m'impute ses douleurs :
N'avons-nous d'entretien que celui de ses pleurs?
Pyrrhus revient à nous. Hé bien ! chère Cléone ,
Conçois-tu les transports de l'heureuse Hermione ? 8 5o
Sais-tu quel est Pyrrhus? T'es-tu fait raconter
Le nombre des exploits.... Mais qui les peut compter ?
Intrépide , et partout suivi de la victoire ,
Charmant , fidèle enfin , rien ne manque à sa gloire * .
Songe....
CLÉONE
Dissimulez. Votre rivale en pleurs 8 5 5
Vient à vos pieds, sans doute, apporter ses douleurs.
HERMIONE
Dieux ! ne puis-je à ma joie abandonner mon âme? Sortons : que lui dirois-je ?
I. Quelques éditions, telles que celles de 1722, de 1728 et de 1736, ponctuent ainsi ce vers :
Charmant, fidèle, enfin rien ne manque à sa gloire.
Les éditions de i()8i et de 1697 mettent eiifin entre deux virgules, ce qui ne détermine nullement le sens. Les autres anciennes éditions ont la ponctuation que nous avons adoptée.