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RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Le comité révolutionnaire de la Guillotière, considérant que le déshonneur et la ruine de notre chère et malheureuse patrie seront les suites du vote de l'Assemblée de Bordeaux sanctionnant le démembrement de la -France.

Proteste de toute l'énergie qui anime des républicains contre cet acte d'ignominieuse lâcheté.

Et, tout en les rendant responsables des malheurs qui en seront l'inévitable résultat, il voue au mépris de l'histoire et aux flétrissures de la postérité les noms de ceux qui ont pris part à cette infamie.

ViDe la France ! Vive la République !

Lyon, le 2 mars 1871 .

Le président du Comité,

Jacquet.

Le même comité, toujours présidé par Jacquet, mais prenant, le 13 avril, le nom de comité central de la garde nationale et des groupes, demandait la reconnaissance de la Commune de Paris et la mise en accusation du gouvernement de Versailles. Voici son programme:

Au Conseil municipal de Lyon.

Le Comité central de la garde nationale et des groupes, Présente au Conseil municipal le programme définitif adopté dans sa séance du 12 avril. 11 est résolu d'en assurer et maintenir l'application par tous les moyens en son pouvoir.

Programme.

1° Reconnaissance de la Commune de Paris;

2** Suppression de toute autorité émanant d'un pouvoir central ;

3° Mise en accusation du gouvernement de Versailles ;

4'' Une commission communale sera adjointe au Conseil municipal et aura force executive;

5° Convocation des collèges électoraux, dans les plus brefs délais possibles, pour constituer la commission communale.

Lyon, le 13 avril.

Voilà l'homme que nous avons attaqué. C'est le même homme qui avait été nommé bibliothécaire des écoles communales, et, si tout n'était pas sérieux dans ce procès, je lirais les lettres remplies de fautes d'orthographe de cet étrange bibliothécaire.

Voyons ! est-ce que Ponet cherchait le scandale ? Est-ce qu'il ne faisait pas une œuvre honnête en parlant de Jacquet ?

J'arrive au procès Braconnier. Il y a un jugement du Tribunal, qui nous a condamné à 200 francs d'amende. II y a appel : le jugement n'est pas définitif, mais je tiens à donner dès maintenant des explications.

Ponet a dit de Braconnier qu'il avait passé cinq ans au bagne. Ce dernier mot est un peu vif .Mais, en réalité, Ponet a produit un casier judiciaire incontestable : Braconnier a été condamné devant un conseil de guerre à la peine de mort pour révolte militaire. La peine a été commuée en celle de 5 ans de fers. Il est également vrai que l'Empereur, passant à

AFFAIRE rONET. 219

Bourg, a gracié complètement Braconnier, dont il avait déjà commué la peine. Enfin la sœur même de Braconnier a obtenu un bureau de tabac. Ponet a trouvé que Braconnier oubliait cela trop vite, et il a rappelé ce passé à Braconnier patronant la candidature Fonvielle sous l'Empire et recevant de la République la place de directeur des prisons. Ponet en cela faisait œuvre de justice.

Voilà les quatre procès de Ponet.

Mon contradicteur s'est mépris, quand il a dit que Ponet avait eu quatre procès dans le dernier mois. Il n'y a dans le dernier mois que le procès Braconnier, le procès Messimy et le procès Bouvier. Le procès Braconnier, dont j'ai parlé, est en appel. Les deux autres sont définitifs, et dans ceux-là nous sommes plaignants, et plaignants ayant eu gain de cause : Messimy et Bouvier ont été condamnés.

De l'ensemble même de ces procès, je tire une conclusion : c'est que Ponet est sur la brèche ; c'est que, s'il est agressif, on ne se fait point faute de le combattre et de l'injurier.

Puis, quand je veux dresser la liste de ceux qu'il attaque, savez-vous ce que je trouve dans cette histoire de la révolution lyonnaise ? Je trouve 53 personnes condamnées par la justice, et dont plusieurs ne furent poursuivies qu'après ses attaques.

M. l'avocat général lui-même reconnaissait que certaines poursuites avaient été ordonnées précisément sur ces indications. Qu'à côté de cette polémique courageuse il y ait des expressions trop vives, des agressions regrettables, des ardeurs inutiles, soit. Mais le service a été réel, mais l'œuvre de Ponet a été militante et efiicace.

J'arrive rapidement au point important de ma lâche. Je me suis expliqué sur la situation d'Andrieux ; j'ai rétabli celle de Ponet. Voyons maintenant la discussion spéciale de chacun des faits de diffamation et d'outrages.

Premier fait. — Le 22 octobre 1871 (l'article remonte à

celte date) nous aurions diffamé M. Andrieux en lui imputant d'avoir arrêté et interrogé les jésuites.

Disons le tout d'abord : l'articulation n'est pas exacte. Nous n'avons pas dit qu' Andrieux avait fait incarcérer les jésuites. Nous avons dit simplement qu'il les avait interrogés et qu'il les avait conduits rue Luizerne.

Mon contradicteur ajoute que M. Andrieux a mis les jésuites en liberté et que nous nous sommes bien gardés de le dire. C'est une erreur complète : dans le même article du 22 octobre 1871. Ponet raconte que M. Andrieux lui-même a relaxé les jésuites, et il l'en loue. Rien que cet éloge, rien que le fait de raconter qu'Andrieuxa relaxé les jésuites établit déjà qu'il n'y a pas de mauvaise foi chez Ponet.

Mais serrons davantage l'argument. La bonne foi de Ponet va être irréfutablement établie. Il tient le fait du P. Perrier, qui persiste encore à croire que c'est M. Andrieux qui les interrogeait. Le P. Perrier a pu se tromper: il arrivait là à minuit, dans une chambre mal éclairée ; mais la question est de savoir si le P. Perrier était convaincu. Il était convaincu ce jour-là ; il l'était si bien qu'il l'a dit à Ponet et à Weitz ; il insiste sur une circonstance qui a aidé à former sa conviction ; il a entendu ces mots : « Andrieux ! Andrieux ! » et on comprend la foi robuste du P. Perrier, affirmant toujours que c'est Andrieux qui l'a interrogé.

Ce n'est pas tout : M. Andrieux réclame, et voici une rectification aussi nette que possible insérée, le 26 octobre, dans la Comédie politique, à la suite de la lettre de M. Andrieux^ qui est publiée à la même date :

Des nouvelles explications parvenues il semble, en effet, résulter d'une façon certaine que ce n'est pas M. Andrieux qui a interrogé

^ ipsnitps Inrs Ha Ipiir flrrp.c;f.«f.inn

a une laçon certaine que ce n est pas les jésuites, lors de leur arrestation.

Il y a six mois écoulés entre l'article du 22 octobre 1871 et l'assignation pour diffamation, presque le temps de la prescription. Vous ne relevez ce fait que parce que vous en relevez d'autres. C'est le 22 octobre 1 871 qu'on avait parlé de vous, et vous vous étiez contenté de la rectification ainsi conçue :

AFFAIRE PONET. 221

Il est certain que ce n'est pas M. Andrieux qui a fait incarcérer les jésuites.

Est-ce qu'il y a place ici pour un délit dedilTamation? Est-ce qu'il y a eu l'intention nécessaire pour constituer le délit? Voilà un homme qui reclifie les faits avancés ; ces faits, il les tenait du P. Perrier, de M. Weitz, qui tient les mêmes faits du P. Paillou! Est-ce qu'il y a là matière à poursuite vis-à-vis de l'homme dont je vous ai dit le courage, le but, la doctrine, de l'homme qui a fait la guerre à 53 individus condamnés par la justice et qui les a démasqués, lorsqu'il y avait quelque mérite à le faire? — Non : cela n'est pas possible !

« Mais il y a au moins l'outrage. » dit-on ! Et on cite la phrase qui se trouve à la fin de l'article. Or cette phrase ne s'applique nullement à M. Andrieux.

Si la justice fait son devoir, nous verrons, avant qu'il soit longtemps, un convoi de forçats, dont quelques-uns quittant les hauts emplois qu'ils se sont attribués, s'acheminer à grande vitesse vers Toulon ou vers Cayenne.

Qu'esl-ce que cela veut dire ? — Cela veut dire qu'on ne poursuit pas ; cela veut dire que Timon. Denis Brack, Favier, Chol ne sont pas sous la main de la justice.

Si la justice, si le Parquet, fait son devoir, nous aurons bientôt un convoi pour Cayenne.

Rien que ce mot indique qu'il ne peut s'agir de M. Andrieux, auquel on ne reproche que de fermer les yeux quand il s'agit de ses anciens amis.

La phrase est bien claire, et, en vérité, qu'on y ait vu davantage, c'est une préoccupation que je ne m'explique pas.

Arrivons au second chef.

On aurait dénaturé l'attitude de M. Andrieux, en lui prêtant un rôle de lâche. Ce rôle de lâche lui serait prêté dans la comédie de Ponet intitulée le Rabagas lyonnais. La scène qui

préoccupe surtout M. Andrieux, c'est la scène où on le représente piétiné par les chevaux et priant, lui libre-penseur, la vierge Marie.

Qu'il y ait là une plaisanterie qui vous blesse, soit ; mais ce n'est pas un fait diffamatoire. M. Andrieux dit qu'on lui fait jouer un rôle de lâche. — Pas le moins du monde : un acte de foi n'est pas un acte de lâcheté. L'invocation à la Vierge au moment du péril fait sourire sur les lèvres du libre-penseur : voilà tout.

D'ailleurs Ponet est si peu disposé à traiter M. Andrieux de lâche que, dans le compte rendu de l'affaire de la Guillotière, il écrit : « Bravo, M. le procureur de la République ! Bravo, M. le procureur général? Vous avez tous fait votre devoir.» Evidemment, quand, dans un article sérieux, il indique qu'Andrieux a fait son devoir courageusement, il ne peut pas entrer dans sa pensée de lui prêter un rôle opposé quand il mettra cette même scène de la Cfuillolière dans sa comédie.

Celle comédie du Babagas lyonnais est la mise en relief du présent et du passé d'un homme; c'est la critique de ses antécédents ; c'est la contradiction entre la veille et le lendemain, ou, plutôt, c'est la difficulté du lendemain à cause delà veille. Quand on est un personnage politique, il faut savoir supporter ces critiques. Dans le Babagas qui se joue au Vaudeville, quand l'acteur grimait un ministre bien connu, on n'a pas songé à faire un procès en diffamation ; quand l'acteur du Havre grimait dans la même pièce une autre personne de cette ville, ancien député, qui a figuré dans la Commission des marchés, on n'a pas songé davantage à faire un procès. Il est certain que l'homme public verra souvent ses actes, non seulement critiqués, mais tournés en ridicule. Ce ridicule, cette ironie ne sont pas de la diffamation. La diffamation, c'est Timputation d'un fait déterminé. Si vous m'imputez d'avoir volé, d'avoir commis des concussions, il y a diffamation; mais qu'est-ce qu'on vous impute ? — D'avoir été piétiné par les chevaux : cela prouve au contraire que vous vous êtes exposé. D'avoir fait vœu de monter à Fourvières : cela prouve que rincrédulité peut s'effacer devant le péril, ou que l'homme

AFFAIRE PONET. 223

politique est changeant, variable : bien fol est qui s'y fie. Mais cela c'est de la comédie, cela c'est de la nature humaine.

Maintenant, où trouvez-vous l'outrage, l'injure, qu'on rattacbe toujours comme annexe au fait de diffamation, parce qu'on doute de la diffamation elle-même ?

M. l'avocat général disait très bien que l'injure pour un fonctionnaire devenait un outrage ; mais, si la qualification change à raison de la qualité de la personne, il faut toujours que le fait, qualifié outrage à raison du caractère de l'homme public, soit au moins un terme d'invective et de mépris.

Or, parcourez cette pièce, et vous verrez s'il y a réellement l'outrage qu'on veut relever? Qu'il y ait une intention piquante ironique, c'est évident ; mais toutes ces choses-là ont-elles été ménagées aux hommes du précédent régime ? Et, si vous voulez savoir comme on apprécie dans un autre camp, dans le camp qui fut le vôtre autrefois, la situation du procureur de la République, consultez l'article du Vengeur. Quand Messieurs les jurés l'auront lu, ils pourront se demander comment M. Andrieux reste si calme en face du Vengeur et devient si sévère vis-à-vis de Ponet.

Voici ce que pensent de lui ses amis ; nous n'avons rien dit de plus fort :

Le Vengeur du 2 juillet 1 871 LE CHEMIN DE DAMAS

Cette semaine un grand événement s'est passé : M. Louis Andrieux est allé à la messe.

Pour expliquer ce phénomène prodigieux, nous sommes contraint de remonter à la plus haute antiquité.

On racontait que saint Paul, un Andrieux de son temps, suivait un jour le chemin de Damas. Il se remémorait, en arpentant la route le long des haies vertes et des hauts tamarins de Syrie, les mille aventures de sa folâtre jeunesse ; son existence orageuse, ses fulminantes apostrophes dans les clubs d'alors contre le vrai Dieu et contre la tyrannie de César, ses ripailles pharisiennes les jours de jeune, son impiété notoire et le nombre incalculable d'accrocs qu'il avait faits à sa robe d'innocence.

Il se replongeait avec une âpre volupté dans ces délicieux souvenirs, lorsqu'une voix venue des hauteurs lui frappa l'oreille et fit en un tour de main, de l'ardent viveur, le bouillant apôtre que chacun sait,

A présent un conte plus nouveau.

Il y a quelques années^ un jeune homme, qui répondait au nom de Louis Andrieux, quand même on ne l'appelait pas, avait pris en amour une certaine personne nommée Liberté ; elle était tenue captive par un Bartholo terrible qui envoyait se promener à Cayenne les Almaviva qui rôdaient trop près du balcon de Rosine. Notre héros, brave comme Bayard, se moquait du geôlier comme de Colin- Tampon et ne manquait pas une occasion de faire en public les plus brûlantes déclarations à son idole.

Il était, en outre, plus athée que Voltaire, prouvant que Dieu est une invention de jésuite, que les miracles du Christ étaient des tours de charlatans forains, que l'enfer avait pour portail un prétot, que le purgatoire est une maîtresse maigre et que le vrai paradis est celui de Mahomet.

Il était d'avis que les églises sont des maisons de commerce où l'on débite les chapelets, les indulgences, le baptême, la pénitence et autres articles religieux, comme on vend de la politique au Salut public, du trois pour cent à la Bourse et du trois-six chez les marchands de vin.

Dans ces temps évanouis, un vent de folie passa sur la chrétienté : le pape, à qui l'on rogna quelques provinces qui ne lui rapportaient rien, se mit à crier misère de si belle façon qu'on envoyait au pauvre homme l'or par charretées des quatre coins du monde ; comme il faisait plus de sottises que jamais, il jugea le moment opportun pour se faire déclarer infaillible. Il convoqua dans ce dessein, à Rome, neuf cents évoques qui, après avoir récité durant six mois des discours latins longs d'une aune, s'être chamaillés comme des crocheteurs, s'être prononcés solennellement sur deux ou trois questions, dont personne ne se soucie pas plus que des bretelles de Charles-Quint, finirent par déclarer que le pontife est incapable de se tromper et qu'il a raison même lorsqu'il prend Veuillot pour un chrétien, Victor-Emmanuel pour le diable et Antonelli pour un saint.

Cette audacieuse entreprise mit sens dessus dessous le monde des libres-penseurs; pour faire pièce au concile romain, un autre concile fut convoqué à Naples, où se réunirent tous les gens qui mangent des saucissons le Vendredi-Saint, qui ne peuvent avaler les miracles de saint Janvier et de la Salette, qui mettent Tlmmaculée- Conception au rang des blagues réussies et croient qu'il vaut mieux donner cinq francs à un mendiant maigre que cent sous à un capu-

AFFAIRE rONET. 2zO

cin gras. Il y eut affluence d'athées. L'on sait que chaque ville tint à honneur de s'y faire représenter par les plus belles fleurs de son bouquet. Lyon n'eut qu'une voix pour décorer Andrieux du mandat suprême de prononcer la révocation de Dieu le Père, la destitution de M. son Fils et ^incarcération du Saint-Esprit.

Des collectes à deux sous fîrentles fonds du voyage. Le nouveau Godefroy de Bouillon prit par la mer; or, il arriva que le Dieu des libres-penseurs, ou l'autre^ fit souffler un tel vent que l'apôtre erra sur la Méditerranée aussi longtemps que Télémaque sur la mer Attique. Lorsqu'il arriva à Naples, l'anli-concile touchait au terme de ses travaux, c'est-à-dire qu'on commençait à ne plus s'entendre du tout et que, sauf quelques semonces au Père Eternel, l'on n'avait prononcé à l'unanimité que la clôture.

Andrieux, dont le roulis avait légèrement troublé les convictions, ne dit que quelques mots pour acquit de conscience, et son plus beau mouvement oratoire fut l'écharpe rouge qu'il se mit en guise de cravate à quelques centimètres au-dessus du nombril.

Depuis, les tourbillons d'en haut l'ont juché au faîte de son ambition. La simarre et la toge du Salomon ont remplacé le veston court et le bonnet phrygien du Danton des clubs.

Almaviva ne chante plus des romances à la lune sous les persiennes de Rosine; il la fait mettre en prison comme un vagabond ► L'athée de l'anti-concile, qui a donné jadis de si grands coups de lance dans les moulins du bon Dieu, était l'autre jour béatement agenouillé dans le temple de celui qu'il a renié. Autour de sa toge une écharpe de satin bleu, doublée de rouge, étalait ses plis soyeux.

Cette écharpe nous a laissé rêveurs; le bleu symbolise la fidélité. Or, à qui M. Andrieux est-il resté fidèle?

D'un autre côté, la République est le gouvernement de l'économie; le procureur de la République, pour donner l'exemple, a-t-il simplement retourné, pour aller à la messe, son ancienne écharpe de voyageur en athéisme à l'anti-concile de Naples? Qui répondra? .... le magistrat ou le citoyen?

Ni l'un ni l'autre.

Messieurs, je n'ai rien à dire après la lecture de cet article : jamais Ponet n'a rien écrit de semblable.

J'arrive au 3® chef de diffamation ; celui-ci est écarté déjà par l'arrêt de la Cour. Si j'en parle c'est qu'on relève dans l'article primitivement incriminé un outrage, qui serait celui-

Pinard, t. ii. 15

ci : M. Ponet y aurait traité M. Andrieux de magistrat comique. C'est une expression mauvaise, que nous regrettons, mais il faut lire tout l'article et songer qu'il rend compte du discours de M. Bérenger à la tribune. Je trouve le discours prononcé parle député beaucoup plus blessant pour certains magistrats du 4 Septembre que l'article de Ponet. Avec quelle verve, avec quelle vivacité, M. Bérenger fait le tableau de ces rapides élévations, de ces avancements non moins étranges, et notez que, sans nommer personne, il a fait des portraits transparents. Quant à Ponet, il se borne à prendre acte de ce discours, et il emploie un mot malheureux : magistrat comique. Voilà tout. Il n'y a là ni l'outrage, ni l'intention d'outrager.

Arrive le 4^ chef de diffamation.

On impute à M. Andrieux de n'avoir pas poursuivi Baudy, coupable d'abus de confiance et de vol. Après les explications données sur ce point dans la discussion générale, je n'ai plus qu'à me résumer.

Il y a, en réalité, deux imputations : imputation contre Baudy, imputation contre le procureur de la République.

Nous disons à Baudy ce mot, très dur : coupable de vol et d'abus de confiance. Mais Baudy ne nous poursuit pas.

Qu'est-ce que nous disons au procureur de la République? — « Malgré les faits relatés, malgré des charges évidentes, vous ne poursuivez pas. » Je n'ai à discuter que cette seconde imputation, puisque le procureur de la République est le seul qui se plaigne de mon article. Or cette imputation, je la justifie, puisque je donne la preuve qu'il y avait des charges graves qui auraient fait poursuivre tout autre que Baudy, des charges qui auraient au moins motivé une information en règle.

Maintenant arrive l'outrage, toujours l'annexe du chef de diffamation. L'outrage résulterait d'un dialogue entre Andrieux et Baudy, dialogue dans lequel Baudy, tutoyant Andrieux. lui dirait nettement qu'il ne peut poursuivre un ancien frère et ami. Or ce dialogue met en scène un fait vrai : Baudy, l'ancien secrétaire général de la police du 4 Septembre, a re-

AFFAIRE PONET. 227

fusé d'aller avec M. Leleu se justifier par une visite à son domicile ; il a préféré s'entendre avec le procureur de la République. Il s'est retiré satisfait de l'entretien. De là le dialogue qu'écrit Ponet, nnais en déclarant dans son journal que c'est un dialogue fantaisiste et qu'il n'assistait pas à la scène.

Remarquez que Ponet ne prête pas à Andrieux un mauvais rôle. M. Andrieux gourmande Baudy ; il le pousse l'épée dans les reins ; il se montre sévère : seulement Baudy ne s'intimide pas ; il tutoie l'ancien candidat; il le menace même, et il a gain de cause. Ceci. Messieurs, n'est ni de l'injure, ni de l'outrage. C'est de la comédie politique, de la comédie fantaisiste. Voyons, voulez-vous poursuivre l'auteur de Rabagas? — Non ! donc ne poursuivez pas Ponet.

Le 0® chef est le plus grave : il y a plusieurs faits relevés.

M. Andrieux, d'abord, aurait laissé passer les gros poissons; les mailles de son filet auraient été très larges. C'est encore là l'affirmation d'une situation politique. Est-il vrai que les gros soient partis ? — C'est vrai. Brack ? parti. Chol ? parti. Cluseret ? parti.

Dans quelles circonstances sont-ils partis? Il est bon de le dire.

Après les scènes insurrectionnelles du 28 septembre, Cluseret a annoncé lui-même qu'il était allé trouvé M. Andrieux au parquet, que le procureur de la République lui avait dit qu'il ne le ferait pas arrêter, qu'il lui avait même offert de l'argent pour son voyage. Voici le passage de la lettre de Cluseret. Elle est du 2 octobre :

Le lendemain, je fus au Palais-de-Justice requérir l'arrestation de deux citoyens qui m'avaient arrêté précédemment et m'informer de ma plainte en calomnie contre \q Salut public. Je causai longuement avec le procureur de la République ; il me dit qu'il avait refusé de signer un mandat d'amener contre moi, parce qu'il savait ce qui s'était passé, mais qu'il y avait pourtant un point sur lequel des poursuites pourraient être dirigées : celui d'excitation à l'indiscipline, en demandant la destitution et l'arrestation des autorités militaires.

Il paraît qu'en cela, du moins, j'étais aussi coupable que le préfet, puisqu'il a fait tout ce que je réclamais.

La conclusion fut, dans un esprit de conciliation, que je ferais bien de m'en aller à Marseille m'occuper de l'organisation des volontaires. 11 m'offrit même de me faire payer libéralement ; ce sont ses expressions. — Je refusai, disant que, tant qu'il me resterait un sou, je ne ferais pas payer mes services à la République. Je gagne ma vie péniblement, mais enfin je me suffis et ne veux rien devoir à personne, afin d'être indépendant.

Sur ce fait, j'invoque le témoignage du citoyen Andrieux luimême.

Je partis le soir même pour Marseille, ayant reçu en sortant un télégramme d'Esquiros qui m'y appelait de suite.

M. Andrieux peut très-bien soutenir qu'il valait mieux éloigner Cluseret que l'arrêter. Il le préférait partout ailleurs qu'à Lyon. Soit ! mais quant au fait matériel, il existe. Il a laissé échapper Cluseret: le gros poisson a passé. Les petits ont été condamnés, et les gros ont été à l'étranger. Voilà le fait allégué par Ponet, et il se trouve justifié.

Qu'est devenu Chol ? lia également disparu : c'était un ami de la veille ; il a été condamné, mais condamné par défaut. Denis Brack de même. Et Denis Brack. après l'assassinat d'Arnaud, auquel il avait concouru, reste 15 jours à Lyon sans se gêner: c'est la femme Berthet, qui l'avait recueilli dans sa maison et qui en a déposé.

Il n'y avait pas de police, me direz-vous ? — Oui, on n'en a eu que quand on a repris l'ancienne, l'ancienne que l'on avait dépossédée. Oui, mais le fait articulé n'est pas faux: Brack, Chol, Cluseret n'ont pas été arrêtés. On préférait ne pas le faire ; on'eût peut-être été impuissant: comme vous voudrez. Mais Ponet qui ne connaît pas vos raisons, ou qui a le droit de les discuter, peut parfaitement dire : « Les gros sont partis. C'est bien la peine de renverser un gouvernement pour faire pareille justice. »

Second fait allégué : vous n'avez pas poursuivi les concussionnaires.

Or, voilà la réponse de Ponet:

J'ai eu raison de signaler ce défaut de poursuite ; rappelez-

AFFAIRE PONET. 229

VOUS d'abord, dit-il, ce commissaire de police du 4 Septembre : j'ai fait sur lui. dans la Comédie politique un article qui attira l'attention de l'administration. L'article était net. Le préfet fit appeler le commissaire, il le mit en demeure de s'expliquer ou de donner sa démission. La démission fut donnée. N'ai-je pas rendu service ?

Et les trafics honteux accomplis lors de l'équipement des légions du Rhône ! >''ai-je pas eu raison de les signaler comme impunis et comme méritant punition ? C'est à ces trafics que s'appliquent ces mots: « Laisser de côté les concussionnaires et autres. » — Oui. dit Ponet. il y a eu concussion et les concussionnaires n'ont pas été poursuivis.

Est-ce là la vérité ?

Lisons d'abord le rapport dressé, pour la première légion, par la Commission d'enquête :

La Commission se rappelle encore son étonnement quand elle apprit que ces musettes, faites en toile qui devait être imperméable et qui ne l'était pas, avaient été payées 9 francs pièce, soit vingtsept mille francs pour l'ensemble. La Commission trouvait ce prix excessif, et, en effet, il résulte de ses recherches que ces musettes ont été achetées telles quelles par le sieur Chenon, au prix de 5 fr. 71 l'une, chez le sieur Gontard, fabricant de chaussures, rue de 'Lyon .

Le sieur Chenon a donc réalisé un bénéfice de près de 10,000 fr. sur un marché total de 27,000 fr., et hélas! ce n'est pas tout encore. Le sieur Gontard avait déjà prélevé un bénéfice de six à sept mille francs, d'après la déclaration d'experts compétents, l'objet livré ne valait que 3 fr. 50 au plus et ayant été payé 5 fr. 73.

Ce n'eut été qu'un malheur si ces sacs avaient pu faire un bon service, mais il n'en a pas été ainsi. Chacun sait que nos légionnaires n'ont pas voulu s'en servir : ils ont réclamé, et c'est alors qu'à leurs frais, et moyennant une somme d'environ 3 fr. 50 par sac (2 francs de trop, disent les experts), ces musettes, confiées à divers faiseurs, ont été transformées en ces affreux sacs que la Commission a dû examiner. Ces mauvais sacs ont donc coûté, avec la courroie de charge, 14 francs.

La Commission laisse à l'appréciation de tous le soin de juger cette affaire.

Voici les conclusions de ce premier rapport :

La Commission exprime le regret que, dans les circonstances malheureuses que nous venons de traverser, l'Administration ait manqué à tous ses devoirs en ne mettant pas en adjudication publique toutes les fournitures à faire.

Si elle avait suivi cette voie de justice élémentaire, elle aurait évité à des hommes honorables bien des accusations, et elle aurait écarté bien des vilenies.

Je lis dans le rapport sur la 2^ légion :

La Commission appelle l'attention de M. le Préfet sur la disparition constatée des types qui ont servi de base pour conclure les marchés ; elle a la certitude qu'il y avait des personnes intéressées à les faire disparaître.

Quant à la 3^ légion, c'est plus fort encore. Je lis dans le rapport :

La Commission a constaté en premier lieu que la formation de cette légion a coûté à l'Etat et au département des sommes considérables et qui ne sont point en rapport avec celles dépensées pour la formation des T* et 2' légions.

En effet, la T' légion a dépensé, sans la solde bien entendu^ pour son organisation la somme de 273,376 fr. 46.

La 2* sans solde : 360,119 h\ 13.

La 3% dans les mêmes conditions, a atteint la somme de 698,862 fr. 10, plus une somme de 50,000 francs versée par le sieur Girodon, comptable de la légion^ et dont l'emploi n'a pas été déterminé d'une manière satisfaisante.

Les sommes réunies donnent 748,862 fr, 10.

Puis la commission conclut en ces termes:

La Commission, pour se résumer, croit devoir, M. le Préfet, vous prier de faire examiner par qui de droit les faits qu'elle a eu l'honneur de vous signaler plus haut, et elle appelle aussi toute votre attention et celle des hommes compétents sur les premières mises et entrées en campagne des officiers de cette légion, ainsi que des sommes employées à la solde de la troupe.

En terminant, M. le Préfet, la Commission vous témoigne l'étonnement profond qu'elle a éprouvé en reconnaissant que des sommes énormes avaient été remises directement au colonel pour payer

AFFAIRE PONET. 231

lui-même les fournisseurs^ contrairement à ce qui a été fait dans les autres légions. Ces sommes ne s'élèvent pas à moins de 400,000 fr.

Voilà trois rapports importants. Le premier el le second sont terminés au mois de mars 1871 ; le troisième, au mois de mai.

Le procureur de la République dira : « J'ai ouvert une information. » Oui, mais à quelle date ? — Au mois de décembre, huit mois après les deux premiers rapports, six mois après le troisième, quand le temps écoulé rend la preuve difficile ou impossible. Ponet a donc le droit de répondre : « J'ai fait ma preuve, moi. J'ai prouvé qu'il y avait malversations, et malversations impunies. Ces malversations, on ne les poursuivait pas, ou on les poursuivait trop tard. »

Troisième fait allégué : on n'a pas poursuivi le pillage des couvents. Mais c'est un fait avéré, certain : ces scènes de pillage n'ont pas été poursuivies.

Et, Messieurs, voulez-vous voir combien M. le procureur de la République était fatalement impuissant ? Relisez cette histoire de Malicki, de ce Polonais qui a un faux nom (son vrai nom, c'est Gelecki) et qui, au lieu de se battre, fuit avec 54,000 francs pris à sa légion.

Trois cent mille francs sont accordés pour former le corps des Vengeurs. C'est M. Andrieux qui obtient ces fonds et les ordonnances. Je'ledis très haut, M. Andrieux est, au point de vue de la probité, au-dessus de tout soupçon. Il a été trompé, indignement trompé', par le faux Malicki. Mais que voulezvous ? M. Andrieux ne peut pas croire au mal venant de ses coreligionnaires ! Il est président du Comité organisateur de l'armée des Vosges. Il se met à la tête du Comité central organisateur de la légion franco-polonaise. Il a pour trésorier Francfort, le pharmacien Francfort, le Suisse qui donne au Gnafron la liste des richards lyonnais. Il est au mieux avec Pantaléo, cet ancien moine qu'on appelait, à l'armée des Vosges, le chapelain de Garibaldi et qui, le M octobre 1870, écrivait au Progrès la lettre où je lis les lignes suivantes :

Je saisis cette occasion pour exprimer, au nom du général

Garibaldi, tous les remerciements possibles au Comité de la

guerre, au bureau des dons patriotiques et au citoyen mon ami

Andricux pour tous les secours et appuis qu'ils apportent à notre

organisation.

Salut fraternel.

G. Pantaleo.

Ainsi entouré, le procureur rie la RéjDublique est Ironnpé, séduit, je le dis à sa décharge. Il est fidèle à eux parce qu'il est fidèle à son passé : il ne peut vis-à-vis d'eux — c'est l'évidence — que rester, que demeurer impuissant. Eh bien, si cette impuissance à poursuivre est ainsi démontrée, ah ! c'était bien le droit de Ponet de la signaler.

J'ai fini, Messieurs, j'ai dit toute ma pensée sur Andrieux, sur Ponet. sur les articles incriminés. Je laisse là le dossier: l'avocat a rempli sa tâche. Oui, laissons ces détails, regardons en face et avec sang-froid une situation qui domine le client, la partie civile, l'avocat, le jury lui-même. Regardons en face la révolution : elle était là hier ; aujourd'hui elle est encore là.

Vis-à-vis d'elle M. Andrieux a montré du courage aux jours de l'émeute. Je l'en loue, et le bénéfice du procès pour lui sera d'établir ce fait d'une manière indiscutable.

Mais vis-à-vis de cet ennemi commun, Ponet, lui aussi, a montré du courage, et à lui aussi il en faut le bénéfice. On l'approuvait quand il a commencé, on l'appprouvait quand l'émeute grondait. L'abondonnerait-on quand on croit le péril passé? — Messieurs, le péril n'est pas passé.

Vous le sentez tous : le vrai remède contre la révolution, c'est de réapprendre en France le respect. On se décompose, on se désagrège, parce qu'on ne respecte plus, parce qu'on ne respecte rien.

Mon client a pu avoir des vivacités regrettables, mais quel est le principe digne de respect qu'il ait attaqué, lui ? Quel est-il ?

Il a pris à partie un procureur de la République, c'est

AFFAIRE PONEÏ. 233

vrai, mais précisément parce qu'il le trouvait par son origine, par ces relations, par ses servitudes, comme par ses idées, impuissant pour la fonction, impuissant à relever, impuissant à la faire honorer.

[1 a vu, l'autre jour, l'Assemblée nationale se plaindre de l'envahissement de la magistrature par le népotisme; il se plaint, lui, de son invasion par l'insurrection. Il a évoqué les grandes ombres des magistrats qui avaient occupé, avant M. Andrieux, ce siège du ministère public dans votre grande cité, et attristé, il s'est dit : « Le respect s'en va, le respect du père, le respect du prêtre, le respect du juge aussi. Où va mon pays ? »

Cet homme énergique, Messieurs les jurés, ce conservateur résolu, qui a pu dépasser la mesure, mais qui défend tous les principes d'une société qui veut vivre, cet homme-là. Messieurs, vous ne pouvez ni le condamner ni le flétrir. Vous l'acquitterez sur tous les chefs.

M. Andrieux prend ensuite la parole.

M^ Pinard réplique en ces termes :

Messieurs de la Cour.

Messieurs les Jurés,

Un mot d'abord sur les objections préjudicielles qu'a soulevées M. Andrieux ; puis je le suivrai sur le fond du débat.

Nous aurions signifié la liste de nos témoins au parquet au lieu de le faire chez son avoué, où il avait élu domicile. Estce sérieux? Si nous avons signifié au parquet, c'est pour le mieux avertir, lui, le chef du parquet, le procureur de la République.

Nous avons signifié les noms de certains témoins peu de jours avant l'audience, sans observer le délai légal. C'est vrai, mais sur ce point nous avons suivi le propre exemple

de M. Andrieiix ; il a fait de même pour certains de ses témoins, et il est d'usage, ici comme ailleurs, d'avoir cette mutuelle tolérance.

Nous avons lu des pièces qui ne lui avaient point été communiquées ; mais son défenseur a fait de même, et puis, nous, nous l'avions averti en disant dans notre signification que nous réservions de citer des publications faites déjà dans les journaux et dont il avait parfaite connaissance.

En lisant ces publications, qui louchent plus ou moins à la vie privée, nous aurions méconnu une parole donnée, un accord préalable aux termes duquel nous ne devions, ni l'un ni l'autre, toucher à cette vie là. Je n'accepte pas un semblable reproche. Quand nous avons sollicité, d'accord, un arrêt qui écartait le troisième chef, c'était parce que ce chef était relatif à la vie intime, à la vie qui doit être murée et pour laquelle nulle preuve n'est admise. Mais il fut nettement entendu que le candidat, que l'homme politique et public nous appartiendrait, soit avant, soit après le 4 Septembre. Sans cela, mais nous rendions impossibles le débat et la justification de mon client.

Voilà ma réponse aux objections préjudicielles. Maintenant, je suis M. Andrieux sur le terrain du fond.

A l'entendre, tout à l'heure, entrer dans de complets détails sur les actes de sa vie publique, sur son attitude comme fonctionnaire, sur ses idées comme penseur, je me disais : Mais il se défend, vraiment comme s'il était l'accusé ; poursuivi pour outrage à la morale publique ou religieuse, il ne parlerait pas autrement.

Et cependant ce n'est pas lui qu'on accuse. Le poursuivant, c'est Andrieux ; le poursuivi, c'est Ponet. Ponet avait-il le droit de parler d'Andrieux comme il en a parlé? — Voilà le vrai débat. Hier déjà je répondais affirmativement. Aujourd'hui je réponds plus affirmativement encore, après avoir entendu M. Andrieux. Sa réplique, mais elle doit rester, mais je l'invoque comme vous dictant l'acquittement de mon client.

Et d'abord peut-on faire de l'histoire contemporaine ? Qui

AFFAIRE l'ONET. 235

donc oserait me refuser ce droit ? Est-ce que la véritable histoire serait possible, si celle-là ne se faisait pas ? La première, l'histoire contemporaine, prépare les matériaux ; la seconde, la véritable histoire, les utilise et les groupe. Si l'histoire de Louis XIV est faite et ne se discute plus, c'est que les pages contemporaines et indiscrètes de Saint-Simon ont simph'lié la tâche. Laissez-nous donc préparer pour l'avenir la triste, l'affligeante histoire de nos révolutions.

Maintenant quelles règles tracerez-vous à ces historiens contemporains, qu'ils fassent des livres ou des pages au jour le jour? — Ces règles, il ne faut pas les demander à l'opposition qui a fait le 4 Septembre et qui, ce jour-là, est devenue le gouvernement. Quelles sont les règles qu'elle n'a pas violées ?

M. Thiers, lui, les reconnaissait lorsqu'il disait autrefois à ses adversaires :

« Notre vie publique est à vous. Nos doctrines, nos erreurs, nos actes vous appartiennent. Attaquez-nous avec passion, avec aigreur, avec injustice même. C'est la condition de l'histoire; elle se fait à ce prix. C'est la condition de nos institutions : à ce prix, elles sont dans leur jeu régulier ; elles constituent la liberté. »

Un homme que j'aime à citer. Messieurs, un homme qui fut magistrat et ministre, M. Delangle, disait, comme procureur général à la Cour de cassation, dans un procès célèbre, ces mots qui resteront :

L'histoire n'est que trop souvent le tableau des crimes et des malheurs; trop souvent les personnages qu'elle met en scène ne sont que des ambitieux pervers. Le droit de l'historien, son devoir, plutôt, est de les citer à sa barre et de les juger, et, s'il arrive que princes, généraux ou ministres trouvent dans son œuvre des vérités désagréables, qu'ils se souviennent que, étant hommes publics, ils doivent tenir compte au public de leurs actions, qu'ils paient de ce prix leur grandeur, que l'histoire est un témoin, non un flatteur, que le seul moyen d'obliger les hommes à dire du bien de nous, c'est d'en faire.

Le droit de l'historien est infini ; il lui appartient de réviser les jugements portés avant lui; mais la vérité a ses rudesses, la cons-

ciencc a ses austérités : elle peut inspirer des opinions sévères jusqu'à la cruauté Qui ne frémit des stip:mates infligés par Tacite aux personnages de son temps? Et, sans remonter au passé, de quels jugements contradictoires, rigoureux, extrêmes, injustes même, n'ont pas été l'objet Richelieu, Colbert, Louis XIV, Napoléon P' ? Traités par les uns comme des dieux, insultés par les autres et traînés dans la fange.

Le droit de l'historien va jusque-là, pourvu qu'il soit véridique et de bonne foi, car c'est la condition indispensable des prérogatives qui lui sont accordées.

Ponet a-t-il franchi ces limites ? Qui oserait le prétendre? — M. Andrieux le pourrait moins que personne.

Mais regardez autour de vous, Messieurs. Est-ce que l'on ne considère pas comme un devoir de dire la vérité sur les hommes qui ont exploité nos désastres ? Est-ce que sur cet inépuisable sujet, on n'en a pas dit plus que M. Ponet n'en a dit? Qui jamais a songé à poursuivre ?

Voyez dans quels termes. Messieurs, M. Blavoyer, membre de l'Assemblée nationale, stigmatise les garibaldiens :

La Commission ne remplirait pas complètement sa mission si elle se bornait à constater quelles sont les charges qui doivent être supportées par le Trésor en vertu de ces marchés plus ou moins réguliers ; elle doit aussi apprécier les actes de ces officiers, de ces fonctionnaires qui ont présidé, à tous les degrés, à l'organisation de la défense pendant cette malheureuse guerre.

Que trouve-t-on dans le département du Rhône ? — Un commandant Geneste,qui disparaît après avoir conclu des marchés de fournitures; un sieur Mslicki, commandant les Vengeurs, qui, après avoir reçu directement de l'Etat une somme considérable pour l'équipement de son corps, a été condamné à vingt ans de travaux forcés ; un autre chef, Moulinier, commandant des chasseurs volontaires, qui est actuellement au bagne; des officiers garibaldiens qui se sont fait livrer de riches vêtements sans les payer; un lieutenant Ferrand qui paraît s'entendre avec un fournisseur pour faire accepter des objets dont l'armée n'a nullement besoin.. .

Si nous comparons Téquipement des garibaldiens à celui qui a été donné à notre armée, nous ne pouvons que condamner énergiquement la conduite de ceux qui se sont montrés si prodigues pour Jes étrangers, si parcimonieux pour nos soldats.

AFFAIRE PONET. 237

Les chemises rouges coûtent 20 francs; les vestons, 58, 65,70, 80 et 90 francs ; d'autres, de 100 à 190 francs, etc.

Tout cela justifie bien le jugement porté par le ministre de la guerre, qui déclare que les ordonnateurs ont été choisis sans discernement. Tout cela prouve quel désordre régnait dans la direction de la défense.

Un de leurs amis, un de leurs auxiliaires, l'ex-général Cremer, dépose ainsi dans l'Enquête du 18 mars :

Sur 12,000 garibaldiens, 2,000 étaient des soldats ; le reste était un ramassis de misérables qui disparaissaient au premier coup de feu. Il y avait des compagnies qui étaient formées de cent hommes; elles avaient 40 officiers et 10 trompettes. 12,000 garibaldiens coûtaient autant que 100,000 Français. Je me suis aperçu du trafic qui se faisait des entrées en campagne. Il est de règle que, quand un officier entre en campagne, il touche quatre ou cinq cents francs, selon le corps auquel il appartient. L'armée des corps francs garibaldiens se composaient de petits corps, ayant des noms plus ou moins baroques; or, les officiers changeaient de temps en temps de corps, et ils touchaient autant de fois l'entrée en campagne ; au bout de quelque temps, un sous-lieutenant avait touché les appointements d'un général de division. Ils touchaient, en outre, deux fois là solde de voyage.

Yoici les franchises de l'histoire et de la biographie contemporaine.

Quand les radicaux usent de ces franchises vis-à-vis de M. Andrieux, quand le journal le Vengeur écrit sur hii cet article que je vous lisais hier et qu'il intitule le Chemin de Damas, M. Andrieux ne poursuit pas. Et cependant cet article mêle l'outrage à la diffamation : il sème l'injure à pleines mains. Jamais nous n'avons rien écrit d'aussi violent et d'aussi amer.

Mais le Vengeur- est une feuille avancée, très-avancée. M. Andrieux a trop appartenu au parti du Vengeur pour n'être pas vis-à-vis de lui prudent et silencieux. Il ne réserve qu'à nous ses colères et sa poursuite.

Cette poursuite qu'on ne fait qu'à nous, à nous seuls, savezvous le gros grief qui la motive? — Le voici : nous avons dit dans les articles incriminés, et ailleurs nous avons répété

cette accusation générale qui domine toutes les autres et qui les résume toutes ; un procureur de la République arrivé par la révolution est esclave de la révolution. Il a les mains liées vis-à-vis de ses anciens amis. Il subit la servitude du passé, l'origine commune. C'est l'expiation imposée aux révolutionnaires. Ils ont des ménagements nécessaires, des compromis imposés.

Voilà l'accusation générale sans cesse formulée par la Comédie politique contre M. Andrieux. C'est cette accusation là qui l'atteint, qui le confond, avec son ancien parti, c'est celle qui lui est particulièrement sensible. Sans ce reproche, sans cette critique, il n'aurait jamais poursuivi.

Or, ce reproche, cette critique, tout autorisait la Comédie politique à la faire, et le passé et le présent d'Andrieux.

Dans le passé, des pièces authentiques, des publications faites, les unes par lui, les autres par ses amis donnent à la Comédie politique le droit de dire d'Andrieux : « Il était socialiste. Il provoquait à l'émeute. Il était athée. Il était condamné par les lois de son pays et par le tribunal près duquel il représente aujourd'hui la justice. »

Tout à l'heure, M. Andrieux a récusé, comme ne répondant pas à ses sentiments actuels, une partie de ces articles, empruntés aux journaux qui exaltaient sa personne et son parti. Soit; je veux bien qu'il laisse à la mer ceux qui l'ont porté au pouvoir.

Mais Ponet, qu'il s'agit de juger, Ponet, qui faisait œuvre de critique et d'histoire contemporaine, n'avait-il pas,n'a-t-il pas encore le droit de s'emparer de ces documents, pour vous apprécier comme politique, comme penseur, comme philosophe ? Et, si vos amis ont été trop loin, si vous avez profité de leurs éloges exagérés, de leurs panégyriques excessifs, comment reprocher à Ponet d'avoir accepté ce que vous acceptiez, de vous avoir jugé avec le jugement de vos amis et de vos frères ? C'est à ces sources-là que se puisent les biographies, c'est à cette lumière que se prépare l'histoire.

Voulez-vous mettre de côté ce qui n'est pas signé de vous et ce qui n'est pas avoué ? — Soit : quel lourd et décisif bilan nous trouvons encore dans le passé ! Voyons : examinons et comptons.

AFFAIRE PONET. 239

La condamnation à trois mois de prison ; elle est certaine, et elle est intervenue après cinq procès-verbaux des commissaires de police.

La protestation publiée dans les journaux contre la condamnation des quatre lanciers du Creuzot ; cette protestation, où vous demandez pour tout soldat le droit commun, l'abolition des lois spéciales, cette protestation, qui est la plus violente attaque à la discipline, elle est bien signée de vous, et votre réplique l'a passée sous silence, parce que toute explication devenait impossible.

Le banquet du Vendredi-Saint, que le journal ÏExcommunié annonçait dans le langage que vous savez, Andrieux ne l'a pas présidé. Mais il reconnaît, comme le dit le procèsverbal de y Excommunié, y avoir pris la parole à trois reprises. L'expérience lui a appris qu'il vaut mieux s'abstenir de ces manifestations extérieures, mais, en réalité, ses idées n'ont pas changé.

Ont-elles changé, notamment, sur la nécessité d'affirmer l'athéisme et le matérialisme ? — Je m'en réfère à ce qu'il vous disait lui-même sur son discours à l'Anti-Concile de Naples. L'ouvrage italien de Ricciardi a dit vrai. Toute la rectification de M. Andrieux est celle-ci : Le verbe italien proclamare ne doit pas se traduire en français par le mot proclamer, mais par le mot affirmer. Il a donc insisté sur la nécessité ^'affirmer l'athéisme, et il ajoute aujourd'hui à l'audience: « La science m'a conduit là; elle m'a fait matérialiste. Je reconnais que cette doctrine semble se concilier mal avec la morale; mais, selon moi, cette conciliation est possible. »

M. Andrieux reconnaît avoir été à l'enterrement civil de la fille Bordet. i\Iais il oublie de vous dire les deux choses qui font de cet acte un acte bien grave: la première, c'est que cette jeune fille était morte avec les secours de la religion et que la tentative de l'enterrement civil essayée parle frère, contre la volonté de la mourante et celle de la sœur survivante, était une odieuse atteinte à la liberté. La seconde, c'est que le cortège qui accompagnait là Andrieux se composait de Fonvielle,

de Cavalier, dit Pipe-en-Bois, de tous les frères et amis. — « Nous y étions. » disait le lendemain Je journal YExcommunié.

Avec ce passé, Andrieux montera au pouvoir, le 4 Septembre, mais il y montera les mains liées vis-à-vis de ses coreligionnaires de la veille.

Membre du Comité de salut public, il vote avec eux la suppression des corporations religieuses et la confiscation de leurs biens.

« Le magistrat ne sera pas libre, dira Ponet dans la Comédie poli ticiue. Il n'offrira pas de garanties. Il ne croira pas à la culpabilité de ses amis : il ne voudra pas ou n'osera pas la voir. » Yoilà en réalité le fond des articles de Ponet. Est-ce que Ponet, en raisonnant ainsi, ne raisonne pas avec les tendances faibles, mais les tendances vraies, de la nature humaine ? Est-ce qu'un ensemble de faits ne se présentait pas pour justifier ce jugement, donner raison h cette appréciation ?

Trois maisons religieuses sont pillées. Les dévastations sont considérables. Les faits sont trop notoires pour qu'une plainte soit nécessaire. On ne poursuit ni dans les premiers moments, ni depuis que l'ordre est rétabli. Je me trompe : sur la dénonciation d'un journal, on poursuit un pauvre carme qui a mis à l'abri du pillage des livres et des vases sacrés, et on aboutit forcément à une ordonnance de non-lieu. Mais les pillards, eux. ne sont et ne seront jamais poursuivis. Voilà un fait. Ah ! Le mot de Picard à l'Enquête du 18 Mars sera toujours vrai : « Il est bien difficile de poursuivre ceux avec lesquels on a combattu. » Jamais vous n'empêcherez ce rapprochement : Andrieux a toute facilité pour poursuivre le moine. Mais lui qui a voté la confiscation des biens de toute corporation au Comité de salut public, comment poursuivrait-il ceux qui ont brutalement exécuté la sentence ? Ses amis en appelleraient d'Andrieux procureur de la République à Andrieux candidat en 1870 ou membre du Comité de salut public au 4 Septembre.

Baudy est accusé de détournement au même titre que Boët, un de ses subordonnés : Boët est poursuivi et condamné ;

AFFAIRE PONET. 241

Baudy ne figure que comme témoin. Et cependant deux charges pèsent sur lui : il nie connaître l'origine et la destination des fonds qu'on lui a remis, et sur ces deux points il reçoit de deux témoins des démentis formels.

Baudy, mis en demeure de s'expliquer sur le vol Ganneval, a un moyen bien simple de se justifier : c'est d'accepter la perquisition que le commissaire de police Leleu lui propose de faire. Il préfère aller trouver seul le procureur de la République et terminer ainsi l'affaire.

Baudy, mis en demeure de s'expliquer sur le vol des 470 fr. fait aux sergents de ville, dont on a forcé la caisse, Baudy dit d'abord au capitaine Grimm que Timon a la somme volée. Devant M. Hénon, le maire, Baudy ne se souvient plus, et il faut, dit Grimm, lui rafraîchir la mémoire.

De tous ces faits, qu'aucune information n'est venue encore éclaircir, faut-il tirer, dès à présent, la conclusion que Baudy est coupable d'abus de confiance et de vol ? — Non. Mais Ponet avait le droit de s'emparer de ces mêmes faits, et, quand il voyait le temps s'écouler sans qu'aucune investigation eût lieu, il pouvait, en biographe, en historien, faisant les annales de son pays, dire très-haut que Baudy était un révolutionnaire important, bien difficile à poursuivre.

Vous l'avez vu à l'audience. Messieurs, Baudy n'est pas commode : il ne biaise pas. il nous a parlé de la conquête de l'Hôtel-de-Ville, le 4 Septembre, sans même invoquer l'excuse des Prussiens, contre lesquels nous voulions lutter avec un autre gouvernement, disent certains émeutiers. Non, Baudy vous a dit très carrément : « Nous prîmes l'Hôtel-de-Yille pour y établir la République. » A la bonne heure ! Il ne cache pas son jeu, celui-là. Les Prussiens, il n'y pense pas. Il ne songe qu'à la République.

Baudy, envahisseur de l'Hôtel-de-Ville, était de prime saut secrétaire général de la police le même jour. C'est un homme résolu, il peut être un ennemi dangereux. Les charges contre lui eussent-elles été deux fois plus graves, Ponet pense encore qu'on n'eût pas poursuivi. Et franchement Ponet a raison de penser cela. Ce n'est pas au lendemain d'une révolution

Pinard, t. ii. 16

que ceux qui la représentent poursuivent ceux qui l'ont faite.

Et le fait Francfort n'est-il pas singulier, lui aussi ? Ne confirme-t-il pas cette appréciation de Ponet sur l'impuissance des hommes du 4 Septembre à faire de l'ordre avec le désordre ? Ne dit-il pas très haut que le révolutionnaire connu, que le révolutionnaire qui a servi, sera forcément ménagé ?

Vous savez l'histoire de Francfort. Le journal le Gnafron a pubhé à Lyon la liste des richards lyonnais. C'est une excitation au pillage. Le parquet juge l'affaire assez grave pour arrêter Charnal, le gérant du journal. Charnal désigne Francfort comme lui ayant remis la liste. Circonstance très grave : une liste identique, avec les mêmes noms, les mêmes adresses, les mêmes chiffres, les mêmes fautes d'orthographe, est trouvée à Dijon dans la chambre qu'occupait, avant l'évacuation de cette ville, un olUcier prussien. Francfort est interrogé : il convient avoir remis la liste à Charnal, et il dit la tenir d'un marchand de pattes qu'il ne peut désigner.

N'est-il pas permis de s'étonner que Charnal soit poursuivi, inculpé, et que Francfort reste toujours témoin ? Il y a plus : une fois Francfort entendu comme témoin, Charnal est sauvé ; l'ordonnance de non-lieu intervient. L'instruction se clôt plutôt que de commencer contre Francfort.

Eût-on trouvé davantage ? — Je ne sais. Dans les circonstances qu'on traversait, n'élait-il pas opportun de tout terminer par un non-lieu ? — Je ne sais encore. Mais Ponet, et d'autres avec Ponet, n'ont-ils pas le droit de penser et de dire : « Ce qui protège Francfort, c'est son passé, ce sont ses alliances, c'est son titre de révolutionnaire ? S'il n'avait été que Francfort le pharmacien, Francfort, pas même Français, Suisse d'origine, qu'on pouvait si facilement expulser, certes, il n'eût pas évité la poursuite commencée déjà contre Charnal. Mais Francfort était mieux que cela : il avait été de ceux qui avaient délégué Andrieux à l'Anti-Concile de Naples, il avait figuré au premier rang dans les clubs et les comités, il était le trésorier du comité organisateur de la légion polonaise, dont Andrieux était le président. »

AFFAIRE PONET. 243

Franchement, tous ces titres-là ne le rendaient-ils pas inviolable? Comment soupçonner, comment poursuivre un si bon patriote ?

Ainsi, voilà le passé et voilà le présent. Passé et présent autorisent Ponet à croire que le procureur do la République sera impuissant vis-à-vis de ses amis, et l'impuissance forcée ou volontaire, c'est la compromission de la fonction.

Plus le procureur de la République insistera sur l'inopportunité des poursuites, plus il justifiera les défiances de Ponet. Mon Dieu ! qu'Andrieux donne et fasse agréer des raisons pour ne pas poursuivre : soit. Qu'il soit couvert par ses chefs hiérarchiques : soit encore. Qu'il y ait eu impossibilité à poursuivre dans les mois qui ont suivi le 4 Septembre, qu'il y ait eu danger politique à poursuivre depuis : je comprends qu'on admette ces raisons, quand on croit prudent de louvoyer avec la révolution au lieu de la regarder en (ace.

Mais, franchement, vous ne pouvez avoir la prétention d'imposer à Ponet un système, une idée politique qui fasse taire alors toutes les critiques. C'est son droit de rester votre adversaire ; c'est son droit de pouvoir vous dire : Vous n'êtes pas seulement des révolutionnaires, vous êtes des impuissants, parce que vous êtes des révolutionnaires. Il en sera toujours ainsi. A Paris, le 4 Septembre a fait l'impunité du 31 octobre ; l'impunité du 31 octobre a fait le 22 janvier ; l'impunité du 22 janvier a fait la Commune le 18 mars. A Lyon, le 4 Septembre a fait la Commune du 22 mars et l'insurrection du 30 avril.

Voilà le point de vue général, le point de vue social auquel se place le journal de Ponet. Et qui oserait dire que ce point de vue n'est pas le vrai ?

Tout le reste est détail. Seulement, comme ce détail a été l'objet déterminé des chefs d'inculpation, il faut bien que je l'aborde, et je le fais en termes précis et catégoriques sur chaque chef:

i"" Ponet a diffamé en écrivant qu'Andrieux a procédé à l'interrogatoire et à l'arrestation des Jésuites.

Je réponds : si Ponet s'est trompé, il l'a fait avec une entière bonne foi, et les preuves de celte bonne foi abondent.

Le P. Périer. qui a raconté le fait à Ponet, le croyait si bien qu'aujourd'hui il le croit encore ; il est venu vous dire seulenaent (ju'il a pu se tromper, parce que la salle était remplie de fumée et avait peu de lumière. Il a entendu, dans tous les cas, saluer par des cris l'arrivée d'Andrieux.

Le P. Périer avait dit aussi au témoin Weitz, qui l'a écrit sous sa dictée, qu'Andrieux les avait interrogés et fait arrêter.

C'est le 22 octobre que Ponet insère ce récit dans son journal. Le 26 octobre, saisi d'une réclamation d'Andrieux, il s'empresse de publier la lettre et de faire une rectification qui ne permet plus le doute. Andrieux a si bien senti que cette rectification était suffisante qu'il a laissé s'écouler six mois sans porter plainte.

Non, le délit n'existe pas pour ce chef, parce que l'intention de nuire n'existe pas. Il n'y a pas de délit sans deux éléments : un fait matériel, une intention mauvaise. Cette intention mauvaise est plus nécessaire, en quelque sorte, que le fait matériel car c'est l'intention qui fait le coupable. Vous, Messieurs, vous n'êtes pas athées, vous n'êtes pas matérialistes : pour frapper un homme, comme pour l'absoudre, vous allez droit h son ame, à son esprit, à son intention ; vous le jugez là dans son for intérieur, dans son vouloir, dans son dessein, dans sa conscience.

Eh bien, s'il vous ftiut pour ce premier chef la mauvaise foi de Ponet, je mets au défi de la trouver ici, cette mauvaise foi. Non, tout proteste: le témoignage du P. Périer, celui de Weitz, la rectification, le temps écoulé.

Si Andrieux croit éprouver encore un préjudice à raison de cette imputation rectifiée, qu'il intente un procès civil, qu'il demande des dommages-intérêts : soit, mais poursuivre et faire condamner de ce chef Ponet en Cour d'assises, non, cela n'est pas possible.

2° Ponet a diffamé en écrivant la comédie du Babagas lyonnais et en prêtant à Andrieux un rôle de lâche.

AFFAIRE PONET. 245

Je réponds : Jamais Ponet n'a prêté à Andrieux un rôle de lâche. La preuve, c'est qu'à l'occasion de l'émeute du 30 avril 1871, il lui dit dans son journal : « Bravo, M. le procureur de la République ! Bravo ! Si l'Empire avait montré votre énergie à réprimer l'insurrection, il serait encore debout. »

Seulement Ponet, faisant charger les émeutiers par Andrieux et arrivant au moment où ce dernier est piétiné par les chevaux, Ponet, dis-je. se rappelant les anciennes déclarations d'athéisme de celui qu'il met en scène, a trouvé plaisant de lui prêter, au moment du danger, un acte de foi et de lui faire faire un vœu. Ceci n'est pas diffamatoire, ceci n'est pas un rôle de lâche. L'acte de foi, dans la bouche d'Andrieux, égaie le lecteur ; mais l'acte de foi n'est pas acte de lâcheté. Il y a là, sous une forme qui rappelle Aristophane, la critique d'une brusque conversion, l'ironie jetée aux opinions du libre-penseur : voilà tout.

Ce sont là les franchises de la comédie ancienne et moderne. Est-ce que le Rabagas parisien a semblé une diffamation interdite? Est-ce que les acteurs, en donnant à leurs traits la physionomie de certains personnages, ont encouru la censure et la poursuite? A Paris, l'acteur prenait la silhouette d'un ministre de la Défense nationale; au Havre, l'acteur imitait un ancien député non moins connu.

Que voulez-vous? c'est toujours la critique de la conversion subite opérée par la grâce de la fonction. Cette critique-là. Ponet l'a faite comme tant d'autreS; dans la comédie du Rabagas lyonnais.

3"" Troisième chef de diffamation. Il est écarté d'un commun accord : n'en parlons plus.

4^ Ponet a diffamé Andrieux en lui imputant de ne pas poursuivre Baudv, coupable de vol et d'abus de confiance.

J'ai déjà répondu à ce chef dans la discussion générale. On ne peut pas dire à Baudy aujourd'hui : « Vous êtes coupable de vol et d'abus de confiance. » Mais on pouvait dire à Andrieux : « Il y a des charges sérieuses ; pourquoi ne les vérifiez-vous pas ? N'est-ce pas la crainte qui paralyse, n'est-ce pas la raison d'impuissance vis-à-vis les soutiens de la veille

qui empêche de vérifier à fond et de poursuivre ? » Eh bien, il sufTira qu'on ait pu dire cela pour que Ponet n'ait pas été coupable en écrivant son article sur les immunités de Baudy.

o"* Ponet a diffamé Andrieux en lui imputant des faits multiples qui se rattachent tous à ce grief général : « Ne pas poursuivre les anciens amis. Ainsi Ponet aurait dit : « Votre lilet laisse passer les gros poissons et n'arrête que les petits. Vous n'avez pas poursuivi des concussionnaires ; vous avez facilité certaines fuites. »

Je réponds : Ponet voyait des faits d'impunité qu'il ne pouvait attribuer qu'à la servitude imposée parles révolutions à leurs adeptes. N'était-il pas de son devoir de les signaler? — Oui. c'était son devoir, et ce devoir il Fa rempli avec profit pour la chose publique puisqu'on reconnaît que certaines poursuites nécessaires n'ont été provoquées que par son initiative. A ces poursuites, ajoutez une démission provoquée par un de ces articles.

Comptez, d'ailleurs, les gros poissons : est-ce que la plupart ne sont pas partis sans être inquiétés ? C'était plus prudent et plus habile ; il valait mieux les laisser fuir, soit ; mais alors Ponet n'a signalé, en le disant, que des faits matériellement exacts. Il a pu être sévère pour vos intentions, dur pour votre politique ; il n'a fait que de la polémique que vous réfuterez ; il n'a pas commis de délit.

Ainsi, Denis Brack est parti, après être resté à Lyon quinze jours depuis l'assassinat d'Arnaud, et la femme Berthet, dans la maison de laquelle il logeait, vous disait qu'il sortait sans prendre de précautions. Cet homme, qui. depuis, a été condamné par contumace, va. en quittant Lyon, créer à Toulouse un journal de sa couleur.

Frantz part librement. C'est celui dont M. Andrieux disait dans une lettre publiée par les journaux le 20 mars 1870 : « Je n'ai jamais élevé de piédestal à Frantz ; je n'ai pas l'habitude de flatter ceux que j'aime. »

Cluseret part; il part pour Marseille après l'appel du 24 septembre 1870, après la circulaire insurrectionnelle du 28 septembre, après son discours d'adhésion et de remercîmenl

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du même jour ; il part, et dans une lettre du 2 octobre suivant, publiée par les journaux, il prend soin de raconter qu'il a vu le procureur de la République à son parquet ; que celui-ci a refusé de l'arrêter, et qu'il lui a offert libéralement de l'argent pour quitter Lyon.

Des commissions sont nommées pour examiner les comptes de dépenses des trois légions du Rhône. Elles signalent des trafics honteux. Les deux premiers rapports sont déposés dès le mois de mars, et le dernier est déposé en mai. Pas de poursuite, pas d'information ouverte avant le mois de décembre. Pourquoi ce long temps écoulé entre le ^épôt des rapports et l'ouverture de l'information judiciaire ? Pourquoi ? Est-ce que Ponet n'a pas le droit de s'en étonner et le devoir de s'en plaindre ?

Voilà les cinq chefs d'accusation et les réponses catégoriques de Ponet sur ces cinq chefs.

Ont été rattachées à ces chefs, et comme accessoires destinés à fortifier la prévention, certaines inculpations d'outrages résultant d'expressions excessives. Je nrie suis expliqué dans ma plaidoirie d'hier sur ces prétendus outrages.

J'ai indiqué que le premier s'appliquerait, non au procureur de la République, mais aux hommes qu'il laisserait impunis : j'ai indiqué que le second n'est qu'une scène satirique de la comédie de Rabagas, se confondant avec le chef de diffamation et devant disparaître avec lui. Il en est de même du quatrième outrage relevé. Quant au troisième, consistant dans cette phrase : « M. Bérenger vous a oublié dans les exemples de magistr*ats... comiques qu'il a cités l'autre jour à l'Assemblée nationale, » disons simplement qu'il n'y a là qu'un mot regrettable, mais pas plus dur que la liste longue et transparente où 3L Bérenger désignait tant d'autres personnes sans les nommer.

M. Andrieux, dans sa réplique ne se contente plus des chefs de diffamation et d'outrages qu'il a relevés dans son assignation. Sentant le terrain lui manquer, il reproche à mon client ses attaques contre d'autres personnes, son nu-

méro de ce malin, son compte rendu des débals, qu'il dit inexact. Voyons ce que valent ces accusations nouvelles.

Les attaques de Ponel contre d'autres personnes concerneraient soit les hommes arrivés, jouant maintenant un rôle politique, soit les échoués, mêlés aux insurrections lyonnaises. Ponet parle des premiers, en discutant leur passé et leurs actes d'aujourd'hui, comme le font les journaux de Paris les plus sérieux et les plus autorisés. Il parle des seconds avec plus de vivacité, mais lesquels de ceux-là n'ont pas mérité ces attaques? Ne sont-ils pas les membres du Comité de salut public, les chefs du Comité révolutionnaire? Cinquante-trois d'entre eux. ne l'oublions pas, ont été condamnés avant ou après les articles de mon client.

Son numéro de ce malin contient une série de pièces toutes empruntées aux journaux qu'il combat, et il a vu dans ces citations autant de documents justificatifs de ses arlicles. Ces pièces, il les donne. N'est-ce pas son droit d'accusé? Contre lui, d'ailleurs, que ne publie-t-on pas à la même heure ? — Lisez cette ignoble brochure portant le titre de Clodoc/ie ou les Brebis galeuses ; elle arrive contre Ponet au dernier degré de l'insulte.

Ouant au compte rendu des débats que vient de publier Ponel, je ne le connais pas encore. Mais on me fait passer ceux de ses adversaires : c'est un tissu d'erreurs, de plaisanteries et d'insultes qui montrent la colère et l'impuissance et qui dépassent certainement toutes les inexactitudes de Ponet, si tant est qu'il soit inexact.

Je m'arrête, Messieurs, et je vous dis : Le jury ne doit point avoir deux poids et deux mesures. Voilà contre le général Ducrot un article odieux et mensonger. Le jury de Toulouse vient de l'acquitter. Si les articles de mon client sont excessifs, que sont-ils donc, grand Dieu ! devant celui que je vous cite, et que les jurés Toulousains n'ont pas voulu condamner ?

M. Deux-heures-trop-tard cherche sans doute à faire oubUer par des effets oratoires et des airs de croquemitaine sa défaite mémo-

AFFAIRE PONET. 219

rable du plateau d'Avron et sa défection de Montretout. Quoi ! en face de l'armée, le général Revenant ose mettre deux citoyens en accusation et reste impuni ! Nous déclarons que le respect des chefs n'existe plus, que la discipline est impossible. Nous assurons à l'avance la défaite de Tarmée, la défection des chefs, le mépris du devoir.

Maintenant, nous adressant au gros bon sens de Jacques Bonhomme, nous lui disons : Si tu n'es pas bête à manger du foin, lis ce qui suit, médite-le et juge. A Sedan, M. Ducrot est fait prisonnier; il s'échappe et revient à Paris, où tout le monde l'acclame et le prend pour un brave et pour un patriote. Comment se fait-il que M. de Bismarck, qui fait la guerre en homme politique, n'ait pas exigé que ÏDucrot lui soit rendu ? Un simple soldat peut s'esquiver, on ne songera pas à lui, mais un général qui, après être parvenu à se sauver, vient se remettre à la tête d'une armée doit certainement avoir assez de valeur aux yeux de l'ennemi pour qu'il use des droits de la guerre et le réclame.

Comment se fait-il que M. de Bismarck, qui ne s'est attendri ni devant les pleurnicheries de M. Jules Favre, ni devant les convulsions de M. Thiers, n'ait pas dit : « Si M. Ducrot ne nous est pas rendu dans les vingt-quatre heures, « nous fusillerons dix mille de nos prisonniers? » Comment se fait-il que M. de Bismarck n'aitpas exigé que M. Ducrot lui soit rendu lors de la première suspension d'armes, et enfin le jour que l'on a signé la capitulation? M. de Bismarck n'eùt-il gardé le général Revenant que vingt-quatre heures, c'était une satisfaction à donner à ses troupeaux victorieux, et, plus encore, c'était son droit. Les badauds de Paris, qui n'ont pas inventé la poudre, se sont demandé cela souvent, tant ça paraissait élémentaire ; seul, le fin et terrible ministre de Guillaume n'y a pas songé.

Cependant, M. Ducrot est le seul des généraux de la Défense nationale qui ait fait des proclamations où les Prussiens n'étaient pas ménagés et où il déclai"ait qu'il voulait vaincre ou mourir. En rapprochant l'oubli de M. de Bismarck envers M. Ducrot des ponts de bateaux trop courts du passage de la Marne et des deux heures trop tard de Montretout, nous nous demandons ce que l'histoire va dire.

Mais, après tout, que nous importent les jugements de l'histoire, à nous autres qui ne voulons pas que les fils soient responsables des fautes de leur père? Quand l'histoire juge, il y a longtemps que les vers ont rongé et digéré le cœur des coupables : cette justice tardive ne pouvant pas les atteindre, c'est à nous de devancer l'histoire.

Puis, un peu plus loin, l'article met en scène une femme qui cherche son mari, et la scène se termine par ces lignes sinistres :

Elle arrive pourtant et, par miracle, sans blessures, près du général Ducrot ; avec des sanglots elle lui demande son mari, le père de ses enfants, et le général lui répond avec un bon sourire : « Allez ! allez ! brave femme, on va vous conduire près de lui. » Mais un peu plus loin, à cent mètres, six balles à bout portant foudroient la pauvre femme qui avait eu foi dans la parole d'un général versaillais.

Yoilà l'odieux article acquitté par le jury de Toulouse. Si vous nous condamnez, ne craignez-vous pas que le pays se dise : « Est-ce qu'il n'y a d'acquittement que pour les radicaux ! »

Mais qu'ai-je besoin de ces comparaisons? Ne parlons que du procès que vous avez à juger, des deux hommes que vous devez départager. L'un est plaignant, l'autre est prévenu. Il faut donner tort à l'un ou à l'autre. Eh bien pesez leurs qualités, leurs défauts, pesez surtout leurs responsabilités et leurs actes : Non, nous ne redoutons pas votre arrêt.

Andrieux a eu du courage vis-à-vis de l'émeute postérieure au 4 Septembre. Oui. mais est-ce que Ponet n'en a pas eu, lorsqu'il fondait son journal, ce journal agressif, et brave, lorsqu'il le fondait en pleine Commune lyonnaise, en mars 1871?

Ponet a eu des polémiques ardentes, des mots blessants, mais où est la responsabilité la plus lourde, chez celui dont l'expression dépasse la mesure et dont le langage respecte tous les principes, ou chez celui qui a appris aux enfants du peuple l'athéisme et le matérialisme?

Ah ! c'est bien, M. le procureur de la République, de lutter contre l'émeute. Mais qui prépare, qui déchaîne l'émeute, sinon cette triste doctrine qui enseigne que tout finit avec nous ?

Vous voulez le progrès. Le progrès, mais il a besoin du temps. Rien ne se fait en un jour. S'il lui faut le temps, il lui

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faut la résignation des classes qui souffrent. Seront-elles résignées, seront-elles patientes, nous accorderont-elles le temps, le temps nécessaire pour mieux faire. le temps nécessaire pour fonder, le temps nécessaire pour reformer, si elles n'ont rien à croire, rien à espérer au-delà de la mort qui les attend? — Non, non : si on ne doit rien être dans quelques heures, si tout finit quand la nuit commence, il faut employer le jour, il faut la jouissance immédiate et brutale. Est-ce qu'on a le temps d'attendre?

On s'étonne que des femmes aient poussé à l'assassinat d'Arnaud. Je ne m'en étonne pas. Quand vous ôtez Dieu à la femme, quand vous le lui ôtez pour elle, pour ses enfants surtout, que voulez-vous qu elle devienne ? A ses enfants elle a tout donné : santé, beauté, jeunesse ; ses enfants, elle les a aimés d'un amour immense, indéfini comme les douleurs qu'ils ont coûtées, et, quand elle les perd, qu'avez-vous à lui dire ? — Tout est fini. Oui, ces êtres qui résumaient sa vie, nul ne les a recueillis, nul ne les lui srardera. Il n'y a rien làhaut: ni un rayon de lumière, ni un rayon d'espoir. Et ici, près d'elle, il n'y a que la poussière, rien que la poussière. Oui, tout est bien fini.

Que voulez-vous que deviennent ces femmes, ces mères chez lesquelles on a tout tué et qui ne croient plus qu'à la mort ? Elles deviennent ces mégères sans nom qui par une amère dérision se disent la justice du peuple, qui poussent des cris de mort, qui promènent un drapeau rouge. Quand Andrieux montait à la Croix-Rousse pour constater l'assassinat d'Arnaud, il les a rencontrées. A-t-il songé alors à la lourde responsabilité de celui qui dit au peuple que Dieu n'est pas?

Messieurs, jugez d'un regard ferme et froid ces deux situations : celle du prévenu, qui a prononcé des mots excessifs ; celle du plaignant, qui, lui, a tout attaqué, les lois, les hommes, le chef de l'Etat, Dieu lui-même. Ah ! vous étiez bien large autrefois, M. Andrieux ; vous êtes devenu bien difficile aujourd'hui ! Est-ce que vous ne trouvez pas que votre poursuite est pour votre passé une singulière ironie ?

Oui. les jurés et la Cour pèseront ces deux responsabilités.

Plus je les pèse, moi, plus j'ai confiance. Combien le fardeau de mon client me semble léger auprès de celui du plaignant qui le poursuit ! Son fardeau à lui, M. Andrieux ne l'a ni amoindri ni décliné, et c'est au nom de sa réplique et de la mienne que vous acquitterez l'accusé.

Après un résumé de M. le président de Rochefontaine. le jury rapporte un verdict affirmatif avec admission de circonstances atténuantes.

La Cour condamne Ponet, directeur de la Comédie politique, à \ ,000 francs d'amende, \ ,000 francs de dommages-intérêts envers la partie civile, et à l'insertion du jugement dans trois journaux de Lyon.

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