E. DE GOULARD
Conclusion : la pièce est retenue en hnut lieu comme papier d'Etat. Mais alors, deux autres conclusions s'imposent.
La première, c'est que l'arbitraire se défend avec l'arbitraire.
La seconde, c'est que la pièce, jusqu'à ce qu'on la produise, est, ainsi que je l'afïirme, la constatation d'une arrestation arbitraire, que le commissaire de police accomplit en se couvrant de trois responsabilités: celle de Patinot qui le requiert, celle du Ministre qui lui donne des instructions, celle du préfet qui le délègue.
Au moment où le Prince est appréhendé au corps, la Princesse s'approche de lui et prend son bras. Elle n'a pas tenu ce langage dramatique que lui ont prêté certains journaux. La mesure d'expulsion ne la concernait pas, mais elle veut la subir avec le Prince. Cette descendante de la plus ancienne maison d'Europe, cette fille et cette sœur de rois, cette Princesse vénérée et si digne de l'être, toute à la charité et non à la politique, a pris le bras du Prince arrêté, en disant ces mots si simples: «Une femme doit suivre partout sou mari, r^ Comme c'est la dignité dans le devoir!
Le train qui mène à la frontière le Prince et la Princese est à peine parti, que les attaques les plus mensongères commencent. C'est le Soir du 12 octobre, c'est le Bien public du 14, l'heureux confident des récits faits à la commission de permanence, ce sont les Débats du 17. Les Débats ! Le coup de pied de ce vieux courtisan ne pouvait nous manquer. N'at-il pas caressé tous les pouvoirs et insulté tous ceux qui l'ont comblé ?
Dans ces feuilles et ailleurs on parle de pronunciamento ; on murmure les mots de complot, de conspiration. Toutes les perfidies sont bonnes pour expliquer la mesure.
Messieurs, ce sont ces infamies qui ont révolté le Prince. Ce sont elles qui lui ont inspiré le désir de venir se défendre lui-même. Il eût voulu protester à votre barre contre d'indignes accusations. Est-ce qu'on vient publiquement quand on conspire ? Est-ce qu'on vient seul ? Est-ce qu'on vient avec la princesse Clotilde ?
M. le président de la République sait bien qu'il n'en est rien. Et cependant il nous a refusé ce droit de la défense personnelle. Nous le savons par la lettre de M. le président du Tribunal :
« M. le président de la République pense que des raisons d'intérêt général s'opposent à ce que Votre Altesse vienne en personne présenter sa défense à l'audience du Tribunal. » Telle fut la réponse à la demande très-digne qu'avait adressée le Prince :
Monsieur le président, aux termes de Tarticle 85 du code de procédure civile, je puis, assisté de mon avoué et de mon avocat, me défendre moi-même. J'ai le plus grand intérêt à user de ce droit inscrit dans la loi.
Les bruits les plus étranges et les plus inexacts sur le but de mon voyai^e, sur les circonstances qui l'ont accompagné, sur les incidents même de mon expulsion ont librement circulé. Je manquerais à mon devoir si je ne rétablissais pas la vérité par des explications personnelles, et la lecture de pièces qui me semblent décisives. Cette vérité, je la dois tout entière aux juges que j'ai saisis : je la dois à mes amis que l'hospitalité donnée ne doit pas compromettre; je la dois à l'opinion que les calomnies répandues ne doivent pas égarer plus longtemps.
Je suis donc convaincu, Monsieur le président, que vous voudrez bien ra'admetlre à présenter une défense devenue nécessaire ; et
je vous prie instamment de vouloir bien me faire savoir si le
est le jour définitivement fixé où je pourrai être entendu par le tribunal.
Veuillez agréer. Monsieur le président, l'assurance de ma haute considération.