‹ Œuvres judiciairesChapitre 8 sur 20 · RÉUNION ÉLECTORALE DE TARARE · texte numérisé non relu

RÉUNION ÉLECTORALE DE TARARE

Présidence de M. Dulac.

M. Andrieux prit ensuite la parole, et après avoir expliqué les causes de son désistement, il insista sur la signification républicaine socialiste de la candidature du citoyen Ulric de Fonvielle.

Sa parole chaleureuse fut souvent interrompue par des acclamations, et l'orateur reçut les félicitations unanimes qui étaient bien dues à son généreux désintéressement.

Le citoyen Arthur de Fonvielle remercia l'Assemblée de la bienveillante attention qu'elle avait bien voulu prêter aux orateurs, et, au nom de la démocratie, il remercia le citoyen Andrieux de son désintéressement.

Et enfin voilà la circulaire qui doit appuyer Fonvielle, circulaire émanant du Comité dont M. Andrieux fait partie. Elle est dans le Progrès du 9 avril :

Frères électeurs.

Nous propriétaires dont les domaines, surchargés d'hypothèques et d'impôts, glissent à l'expropriation forcée, malgré notre intelligence et notre activité;

Nous fermiers laborieux, qui améliorons sans cesse par notre travail les fonds d'autrui, que nous cultivons sans le moindre espoir de devenir un jour propriétaires à notre tour;

Nous, dont l'huissier saisira peut-être brutalement les bêtes et les charrues, la navette, la varlope ou le marteau qui nous fait vivre pour payer le dernier terme du bail ;

Nous, marchands et industriels, écrasés de patentes et autres charges, exposés à chaque instant à des pertes considérables, sans indemnité ;

Nous tous qui avons des enfants sous les drapeaux, qui nous ont été arrachés par la violence de la loi ;

Nous qui avons besoin de la justice pour tous rendue gratuite ;

Nous qui voulons l'égalité devant la loi ;

Nous qui désirons l'instruction gratuite et obligatoire pour tous ;

Nous qui voulons la liberté municipale, sans laquelle la commune n'est rien ;

Nous qui voulons la diminution des impôts par l'abolition des gros traitements ;

AFFAIRE PONET. 185

Nous qui formons des vœux ardents pour la paix et la liberté générales ; Nous vous crions :

Votez pour Je candidat du peuple :

Ulrich de Fon vielle Î!

Fait en comité, à Tarare, le 6 avril 1870.

M. Andrieux pousse-t-il à l'émeute ? — Oui, au moins en doctrine.

Il célèbre les anniversaires d'insurrection : celui du 24 février 1848, etc.

Lesjournaux l'annoncent. Il fait, ce jour-là, des conférences sur les chants nationaux, parmi lesquels je trouve citée la Carmagnole, de sinistre mémoire.

Et. pour qu'aucun détail ne manque, même le détail grotesque, Frantz nous raconte dans son compte rendu l'incident suivant :

A la suite de la conférence de Louis Andrieux, deux toutes charmantes citoyennes, vêtues de blanc et parées de roses éclatantes, offrent, au nom des jeunes filles de Lyon, une couronne à Henri Rochefort, député de la l""" circonscription de Paris et prisonnier des sieurs Ollivier, ministre, et Napoléon, empereur.

Enfin, après quelques minutes d'interruption nécessitées par Fentliousiasme de l'Assemblée, la troisième et dernière partie de la fête commence. Elle se termine par la Marseillaise, redemandée aux choristes et par quatre fois successives.

Je passe à un autre document. S'il y a quelque chose de respectable, c'est l'armée : il faut qu'elle soit le rempart de l'ordre à l'intérieur, la défense du pays, et partant le refuge de l'honneur à l'extérieur. Or comment qualifier cette protestation à la suite de la condamnation de quatre lanciers dans les affaires du Creuzot :

Il est du devoir de toute la démocratie de protester avec la plus grande énergie contre une tendance aussi contraire aux principes démocratiques que celle qui consiste à empêcher les soldats d'avoir une opinion sur quoi ou qui que ce soit... Si nous faisons cette protestation, c'est que nous voulons que nos frères de l'armée sachent

bien que la démocratie n'admet pas les lois d'exception qui aggravent la servitude militaire^ et qu'elle s'indigne quand elle voit soustraits à la justice commune et traités en parias des hommes dont le seul crime est de s^ètre souvenu qu'ils sont citoyens.

Signé : J. Frantz, Andrieux, etc.

Dans le Progrès du 23 mars I870je trouve la même théorie, le même programme sur celte servitude des armées permanentes. Comme c'était bien le moment, Messieurs !

M. Andrieux était-il athée?

C'était sa doctrine publique extérieure.

Messieurs, les convictions religieuses doivent être libres ; elles n'ont leur valeur que parce qu'elles sont volontaires. On ne doit jamais les imposer. Mais, quand on ne lésa pas, il faut au moins parler respectueusement de celles d'autrui. N'entrez pas dans le temple, soit ; mais laissez-le debout.

Quand M. l'avocat général parlait de cette loi de 1819, dont il faisait l'éloge à juste titre, je me rappelais la discussion dont elle fut l'objet ; je me rappelais en quels termes on s'exprimait quand on ajoutait au mot morale publique le mol morale religieuse. Je me rappelais le mot de M. de Serres, un grand garde des sceaux, celui-là, disant de la morale religieuse : « Morale contemporaine de toutes les sociétés, sans toi tous les peuples sont condamnés à périr. » Je me rappelais Royer-Collard — et en le citant je ne cite pas un témoignage suspect ; — c'est lui qui s'élevait contre la loi du sacrilège, c'est lui qui réclamait la liberté religieuse, c'est lui qui allait jusqu'à dire : « L'Etat en ces matières doit se proclamer incompétent. »Eh bien ! Royer-Collard disait : « Le sentiment religieux est le principe des devoirs réciproques et la sanction de la morale publique. »

Aussi M. Bertauld, dans une récente discussion àl'Assemblée nationale, rappelait avec un grand bonheur d'à-propos et d'expressions cette célèbre discussion de 1819, et il disait : « A la morale publique la Chambre ajouta, en 1819, la morale religieuse pour bien démontrer qu'elle n'entendait pas séparer l'effet de la cause. »

AFFAIRE PONET. 187

Vous aimez ce langage, Messieurs. Qu'on soit religieux ou qu'on ne le soit pas, ce sera toujours là le langage d'un homme honnête, d'un homme politique, d'un homme respectant les convictions d'autrui.

Eh bien ! à ce langage de Royer-Collard et de de Serres comparez les statuts de la Société de la libre-pensée, dont M. Andrieux sera tout à l'heure Tadepte et le délégué.

Considérant que les religions ne peuvent qu'abaisser le niveau intellectuel et moral des nations et retarder leurs progrès dans l'ordre scientifique, politique et social ;

Considérant, en effet, que les dognnes religieux, en contradiction évidente avec la raison, ne peuvent prendre possession de l'esprit humain qu'à la condition d'en paralyser l'indépendance et la vie ;

Considérant que la morale a ses fondements dans les intérêts communs des êtres vivant en société et non dans la volonté d'un maître créateur; que la morale religieuse, en déplaçant la véritable base de la morale, en compromet la sûreté, et que, par ses chimériques sanctions de peines éternelles ou de félicités sans fin, quand elle ne réussit pas à opprimer des consciences énervées, elle n'aboutit qu'à engendrer le scepticisme;

Considérant que le principe d'autorité sur lequel s'appuie toute rehgion a pour conséquence l'intolérance, c'est-à-dire le trouble dans la famille, comme dans la cité ;

Considérant enfin que les religions s'unissent dans une guerre commune contre tous les principes des sociétés modernes et qu'il importe d'opposer l'association des libres-penseurs à la ligue menaçante des sectes religieuses.

Les soussignés s'engagent à ne recevoir aucun sacrement d'aucune rehgion.

Ils prennent pour devise :

Pas de prêtre à la naissance;

Pas de prêtre au mariage ;

Pas de prêtre à la mort.

El, pour propager leurs idées, ils forment à Lyon une association philosophique sous cette dénomination : Société de la libre pensée.

M. Andrieux. — Permettez ? J'aurais voulu voir ma signature quelque part.

M® Pinard. — Ce sont les statuts de la société de la librepensée, société qui vous a envoyé à l'Anti-Concile de Naples. Vous en adoptiez les idées puisque vous receviez d'elle une

délégation. Ainsi ne m'interrompez pas dans l'ordre de faits que je développe.

M. Andrieux. — Aussi vous en ai-je demandé la permission.

j\P Pinard. — J'arrive à l'Anti-Concile de Naples, où on allait soutenir l'application de ce programme.

Il faut le dire pour la dignité de notre pays, quand des hommes qui aspirent à être des hommes politiques ont parlé de ces choses qui touchent aux convictions religieuses, ils en ont parlé comme Royer-Collard et comme de Serres.

Vous voulez, placé à d'autres points de vue, discuter le Concile du Vatican. Soit : vous avez à cet égard liberté absolue. Adhérez ou n'adhérez pas. Mais, quand on veut être écouté, savez-vous comment on parle des conciles ? — Lisez M. Thiers écrivant sa belle histoire du Consulat et de V Empire; en matière de religion, je ne le crois pas suspect. Il s'exprime ainsi :

On n'avait rien à inventer en 1800. Cette croyance pure, morale, antique, existait ; c'était la vieille religion du Christ, ouvrage de Dieu suivant les uns, ouvrage des hommes suivant les autres, mais suivant tous, œuvre profonde d'un réformateur sublime: réformateur commenté pendant dix-huit siècles par les conciles, vastes assemblées des esprits éminents de chaque époque, occupées à discuter, sous le titre d'hérésies, tous les systèmes de philosophie, adoptant successivement sur chacun des grands problèmes de la destinée de l'homme les opinions les plus plausibles, les plus sociales , les adoptant pour ainsi dire à la majorité du genre humain, arrivant enfin à produire ce corps de doctrine invariable, souvent attaqué, toujours triomphant, qu'on appelle VUnité catholique, et au pied duquel sont venus se soumettre les plus beaux génies !

Elle existait, cette religion qui avait rangé sous son empire tous les peuples civilisés, formé leurs cœurs, inspiréleurs chants, fourni le sujet de leurs tableaux, de leurs poésies, de leurs statues, empreint sa trace sur tous leurs souvenirs nationaux, marqué de son signe leurs drapeaux tour à tour vaincus ou victorieux ! Elle avait disparu un moment dans une grande tempête passée ; le besoin de croire revenu, elle s^était retrouvée au fond des âmes, comme la croyance naturelle et indispensable de la France et de l'Europe.

AFFAIRE PONET. 189

Denis Brack et ses amis parlent, eux, un autre langage.

C'est à Paris et à Lyon, Jes deux grandes villes de France, qu'on organise la manifestation: c'est donc dans ces deux centres que la délégation aura une sérieuse imporlance.

Paris choisit ses délégués, et Denis Brack annonce les choix à y Excommunié le 9 octobre 1869 :

A Paris, on s^occupe déjà de rélection des délégués. Le choix d'un bon nombre d'adhérents s'est porté sur les citoyens Regnard et Raoul Rigault, le premier ancien rédacteur de la Libre-Pensée, le second ancien rédacteur du Démocrate.

Ces deux noms ont toutes nos sympathies.

Raoul Rigault, ce nom qui rappelle le pétrole, les otages et la Commune ; ai-je besoin de commenter les souvenirs qu'il évoque ?

Après cette lettre, de Denis Brack, arrive celle de Gambetta adressée à Henri Verlet :

Paris, le 29 octobre 1869.

A M. Henri Verlet, rédacteur de V Excommunié,

Monsieur,

y adhère avec empressement au Congrès scientifique de Naples,

car je ne mets rien au-dessus des intérêts de la libre-pensée.

Salut fraternel.

LÉON Gambetta,

Député au Corps législatif.

Peu riche alors, il ajoutait : « A^ous pouvez m'inscrire pour 20 francs. » (Rires)..

Le Progrès annonce qu'on va choisir un délégué. A l'ouverture de la séance, Denis Brack — vous savez ce qu'est Denis Brack — propose le citoyen Andrieux, comme remplissant toutes les conditions pour représenter les libres-penseurs lyonnais.

Je lis dans Y Excommunié du 21 novembre :

Demain dimanche, 21 novembre, les adhérents au Congrès philosophique de Naples se réuniront, vers une luxure, dans la salle

Valenlino, pour élire leurs délégués et arrêter le programme que ceux-ci devront arborer.

Evidemment, chacun de nous aie droit de se présenter comme mandataire ou de proposer un candidat.

VExcommunié use immédiatement de ce droit en indiquant le citoyen Louis Andrieux, avocat, comme un des plus dignes représentants de la libre-pensée lyonnaise.

31. Andrieux est nommé k l'unanimité délégué des librespenseurs lyonnais au Congrès philosophique.

Excommunié du 27 novembre :

Le candidat de V Excommunié, Louis Andrieux, a été acclamé unanimement comme délégué au Congrès philosophique deNaples.

Le programme libre-penseur que le citoyen Andrieux a développé avec son éloquence accoutumée, si sympathique à tous, nous assure d'être représenté dans toute l'étendue et l'énergie de nos convictions.

Diverses interpellations importantes ont été adressées au nouvel élu, qui a répondu à toutes avec une justesse, une précision et une verve qui lui ont valu des applaudissements mérités.

Je prends Y Excommunié du 4 décembre :

Le peuple lyonnais semble aimer étonnamment les discours.

J'en atteste les réunions publiques et privées qui s'organisent, chaque semaine, sur tous les points de la ville.

Les salles les plus vastes deviennent trop étroites pour la foule avide d'écouter les orateurs.

Il est vrai que les discours qu'elle attend et qu'on lui sert dans ces assemblées ne ressemblent guère à des sermons.

Cette semaine, j'ai eu l'honneur d'être appelé à présider deux de ces réunions, l'une dans la salle du Bal lyonnais, à la Guillotière, l'autre dans la salle Valentino, à la Croix-Rousse, composées chacune de 1,500 à 2,000 personnes.

Notons en passant que le nombre des citoyennes y devient de plus en plus considérable. Valentino en a compté, dimanche, au moins une centaine.

Louis Andrieux et le citoyen polonais B. Wolowski ont fait les frais et ont obtenu les honneurs des deux soirées dont nous parlons : l'un en développant le programme libre-penseur qu'il doit porter devant le Congrès de Naples ; l'autre en propageant l'idée d'un important journal démocratique et international.

Grand succès.

AFFAIRÉ PONET. I 0 I

Entrée toujours gratuite... et chaque fois, néanmoins, cueillette considérable au profit de l'Enseignement libre et laïque et autres œuvres qui intéressent le peuple.

Maintenant, j'ouvre l'ouvrage qui a résumé rAnti-Concile de Naples, et j'y trouve celte citation textuel!^ au député Ricciardi, qui a été président de rAnti-Concile:

xVndrieux, professeur, délégué de Lyon, disait être d'accord avec le délégué de Paris quant à la nécessité de proclamer l'Athéisme... Quant à Remploi de la force révolutionnaire, il la combattait.

Les lettres de créance pour le concile sont signées : Lagar- GuiLLE, rédacteur de V Excommunié ; Fra>xfort, témoin d'hier ; Denis Brack, plus tard condamné à la déportation dans l'affaire de l'assassinat d'Arnaud.

Puis voyez comme la doctrine de la libre-pensée se traduit forcément pour ses adeptes par des démonstrations pratiques qui offensent la croyance d 'autrui :

Andrieux sera l'orateur de ce triste banquet du Vendredi-Saint. Messieurs, s'il y a quelque chose de sacré, c'est la mort de l'Homme-Dieu ; il y a 18 siècles qu'on pleure, qu'on célèbre celte mort. Il est Dieu pour moi ; pour d'autres, il n'est qu'un homme ! Mais quel homme a été aimé et adoré ainsi? Il y a 18 siècles que l'humanité passe; elle passe 'devant le Christ, dont voici l'image dans le prétoire ; et notez qu'elle se renouvelle tous les cinquante ans ; et cette humanité qui, dans les cinquante ans, se renouvelle n'a pu se détacher de lui: à toute époque, à toute heure du jour et de la nuit, il v a des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, des vierges et des pécheresses, l'humanité enfin, à tous ses degrés, qui vient , de ses cheveux et de ses larmes . essuyer les plaies divines, embrasser les pieds à jamais bénis du Crucifié.

Ah ! Messieurs, Fliomme qui a inspiré cela, pour ceux mêmes qui l'apgellenl un homme, cet homme a vécu avec l'hu-

inanité ou. plutôt, l'humanité a vécu avoc lui, par lui, en lui, et il n'y a pas une créature ayant le sens vrai des grandes choses, croyante ou non croyante, qui ne respecte sa mort et ne passe émue devant ce jour de deuil !

Eh bien! voilà ce que je lis dans VExcommunié du 16 avril :

A Lyon, un 4" grand banquet s'est installé sur la colline même de Fourvières, sous les yeux de la mère du Christ.

Quant aux petits banquets de dix, vingt à trente personnes, ils sont innombrables.

Evidemment, ce n'est pas en semaine sainte que baissera le prix du fameux saucisson lyonnais.

Le Progrès, le 17 avril, rend compte du banquet ; ce sont les organisateurs qui adressent un compte rendu parfaitement authentique au Progrès :

Lyon, 17 avril 1870.

Citoyen rédacteur.

Les membres de la commission du banquet de famille de la librepensée qui a eu lieu le vendredi saint 15 avril 1870^ dans la salle du Bal lyonnais (Guillotière), vous prie de vouloir bien insérer dans votre prochain numéro le compte rendu exact qu'ils ont l'honneur de vous soumettre.

Les portes sont ouvertes à 7 heures précises du soir et fermées à 8 heures. Pendant cette ouverture d'une heure, grâce à la raison des libres-penseurs adhérents, on a pu recevoir légitimement 220 citorjens et citoyennes convaincus de la vérité et de la raisoii, parmi lesquels un délégué de Paris, un de Marseille, plusieurs de Villefranche (Rhône) et de Saint-Priest Tlsère), qui, comme nous, sont venus protester contre \& fanatisme....

Au service du café, plusieurs citoyens sont montés à la tribune pour développer les sentiments qui nous réunissaient, notamment le citoyen Andrieux, qui, à trois reprises différentes,, prononça des paroles de fraternité qui étaient dans nos cœurs.

D'après la proposition d'un convive, des citoyennes se sont déléguées pour faire une collecte en faveur des familles du Creuzot, dont l'Empire libéral a su enlever celui qui donnait du pain à chacune d'elles; cette souscription a produit la somme de 41 fr. 65 c. . .

AFFAIIIE PONET. 193

M. Andrieux n'est pas seulement l'orateur des banquets du Vendredi Sainl ; il assiste aux enterrements civils des solidaires : il les encourage et dans quelles conditions 1

Un mot de l'enterrement Bordet ; vous savez ce qu'il a été. J'ai là une protestation des dames de la salle Sainte-Anne, qui afïîrment que Françoise Bordet avait reçu les sacrements. On a voulu enlever le corps. Voici le compte rendu dans le Courriel'de Lyon, du 16 avril 1870 :

Françoise Bordet, née à Saint-Pierre- de-Chandieu (Isère) et domestique chez M. D , rue de la Charité, 43, était entrée à l'Hôtel-

Dieu le 5 janvier dernier.

Le 12 avril courant, elle mourait de la variole dans la salle Saint- Paul.

Pendant toute la durée de son séjour à l'hôpital, cette jeune fille, nous assure-t-on, avait fait preuve d'une piété solide. Sans attendre les conseils et les encouragements de personne, elle avait insisté à plusieurs reprises auprès de MM. les aumôniers pour avoir les secours de la religion et, en trois mois environ, s'était approchée cinq ou six fois des sacrements.

Quelques jours avant sa mort, elle avait reçu l'extrême-onction et la communion^ et, si avant de mourir elle n'avait pas manifesté expressément sa volonté d'être enterrée suivant les rites de sa religion, c'est qu'il ne lui paraissait pas possible qu'il en fût autrement alors que, née dans la foi catholique, elle n'avait pas cessé de se conformer de son mieux aux prescriptions de ce culte.

A cinq heures les invités arrivent : une vingtaine tout au plus viennent par sympathie pour la pauvre défunte; tous les autres, au nombre de plus de cent, sont des prétendus libres-penseurs. Les citoyens Arthur et Ulric de Fonvielle, x\ndrieux et Pipe-en-Bois font partie de cette bande.

La sœur de Françoise Bordet veut et prépare l'enterrement religieux : le frère proteste ; il veut enlever le corps ; il organise l'enterrement civil, et qui se rend à son appel ?

V Excommunié nous le dit :

Au reste, les amis de Veuillot et C' ne se gênent pas pour nous causer du désagrément.

Ainsi, mercredi soir, nous avions été invités à l'enterrement civil Pinard, t. ii. 13

d'une jeune fille de 18 ans qui^ nous assure- t-on, avait expressément demandé a être enterrée sans prêtre.

Nous arrivons : Ulrich de Fonvlelle, son ami G. Cavalier (c'est Vi'^Q-Qii-Bois) {Rires), Andrleux étaient là ..Une pleine rue de citoyens et de citoyennes .

Tout à coup une rumeur circule : « Il y a un prêtre. »

Je ne lis que ce qui est essentiel.

Voyons ! Esl-ce que moi, est-ce que Ponet faisant l'histoire de la Révolution lyonnaise, de la situation de la ville de Lyon, n'avons pas le droit de dire que, avant le 4 Septembre. Andrieux était socialiste, émeutier au moins en doctrine, et parfaitement athée ?

Je dois, pourfaire cette histoire complète, ajouter qu'il a été condamné, et dans quelles circonstances !

M. Andrieux, avant le 4 Septembre, a désiré une condamnation. Quand je lis certains articles, j'en ai la pleine conviction. Voici celui du 28 mars 1870, parfaitement signé

de lui :

Page 1