ICVILBT
ce souffle divin, cette halei$ie suave qu'elle a conçue des rayons du soleil.
Tout ce qui touche l'élément sacré est sacré comme lui. Le bœuf laboureur de l'Italie est protégé par la loi sainte , aussi bien que la vache de l'Inde '. Le blé offert aux dieux, consacre à Rome le mariage patricien. L'enfant, la vierge pure, sont seuls dignes d'apprêter et de servir le pain et le vin'.
La série des travaux annuels de la culture forme une sorte d'épopée religieuse , dont le dénoùment est la miraculeuse résurrection du grain. Ce miracle annuel avait saisi vivement l'imagination des premiers hommes. L'agriculture était à leurs yeux la lutte de l'homme contre la terre dans un champ marqué par les dieux. En effet, tout lieu n'imprime pas ce caractère à l'agriculture. Dans les climats du Nord ou du Midi , la végétation instantanée ou languissante ne donne pas lieu à ce cours régulier de travaux , à ce sentiment continuel du besoin de la protection divine.
C'est d'un lieu élevé, comme sont toutes les villes étrusques, c'est d'une colline qui regarde les côtés sacrés du monde ( l'est ou le nord ) , que celui qui doit dompter la terre descendra dans les campagnes. Il faut que l'asile où les dieux l'ont reçu, où lui-même recevra ceux qui chercheront un abri autour de lui , soit favorisé des eaux salutaires que réclame le culte des dieux, qu'implore la sécheresse des campagnes environnantes. L'homme attaché ainsi pendant sa vie à la culture de la terre , où la mort doit le faire rentrer , où sa race prendra pied par la religion des tombeaux , s'identifie avec la mère commune de l'humanité ^. Chez les Romains, disciples des étrusques, les noms de locuples ou opulentus (locus, ops) , de fruffi, de fundus , distinguaient le propriétaire des inopes qui , sous le nom de clients, se groupaient autour de lui, végétaient à la surface de la terre , mais n'y enfonçaient point de racine.
Chez les Etrusques, le propriétaire souverain, le lucumon, est, comme Tagès , autocthone, fils de la terre. Comme lui , c'est un intermédiaire entre
» agrique cultune habemus hoc animal, tantsc apud » priorescura, ut sit inter ezempla damnatus à populo » romano, die dicta , qui concubino procaci rure oma- » su m edisse se negante , occiderat bovem , actusque » in exilium , tanquàm colono suo intcrempto. «> Plin., Nat. Hist,, lib. VIII, cap. 45. — Je ne trouve pas aussi absurde que Nicbuhr,rétymologic qui dérive le nom de ritalie du mot osque ou pélasgique, iialoê,ilulos, bœuf.
» Colum., XII, 4. Pistor, coquus, cellarius, etc.
< Festus : Fundus diciiur quoque populus eêêe rei quam aliénât, id est aucior, Foy, sur le sens de ce mot dans le Droit public, Càc.^pro Comelio Baîba.
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elle et les dieax, dieu lui-même à regard de sa famille, de ses clients, de ses esclaves. Sorti de la terre, il la bénit, la féconde à son tour; il lui interprète la pensée du ciel, exprimée par les phénomènes de la foudre, par Tobseryation de la nature animale. Ainsi le monde entier devient une langue dont chaque phénomène est un mot. Les mouvements invariables des astres régularisent les travaux de l'agriculture; les phénomènes irréguliers de la foudre , du vol et du chant des oiseaux, Tobservation des entrailles des victimes , déclarent la volonté des dieux, déterminent ou arrêtent les conseils de la famille ou de la cité. Cette langue muette se fait entendre partout , mais il faut savoir l'écouter.
Debout, le visage tourné vers l'immuable nord, séjour des dieux étrusques, l'augure décrit avec le lituus ou bâton recourbé , une ligne {cardo) qui , passant sur sa tête, du nord au midi, coupe le ciel en deux régions , la région favorable de Test, et la région sinistre de l'occident. Une seconde ligne {decumanus, dérivé du chiffre X) coupe en croix la première, et les quatre régions formées par ces deux lignes se subdivisent jusqu'au nombre de seize. Tout le ciel ainsi divisé par le lituus de l'augure , et soumis à sa contemplation , devient un temple,
La volonté humaine peut transporter le temple ici-bas, et appliquer à la terre la forme du ciel. Au moyen de lignes parallèles au cardo et au decumanuê, Taugure forme un carré autour de lui. Yarron nous a transmis la formule par laquelle on décrivait un templum pour prendre les augures sur le mont Capitolin ^ Le temple existe également, qu'il soit simplement désigné par les paroles ' , ou qu'il ait une enceinte. Les limites en sont également sacrées , infranchissables. 11 a toujours son
< f^oy, les éclaircissements.
3 Ibid.
« Ibid.
* Par conséquent de la même grandeur que le temple du Gapitole. f^of. Oifried Mûller, die Etruaker, t. II , p. 150, et Perizonios, dePrœtorio, Toutes les divisions d*arpentage et de mesurage, dans Tltalie antique, sont des multiples de dix ou de douze. Le vorauê, la mesure agraire des Étrusques , était , comme le pléthron des Grecs, un carré de cent pieds. Gœsius, p. 210. — La C9niurie romaine se composait de deux eeniB jugera carrés.
s « FragmentumVegoiae Arrunti Veltumno ( Gœnuê, » p. 258 ). — Scias mare ex œthere remotum. Cam » autem ^nppiter terram Hetruriœ sibi yindicavit , » constituit jussitque metiri campos, signarique agros; » sciens hominnm avaritiam yel terrenam cupidinem, » terminis omnia scita esse volnit, quos quandoqne ob s avaritiam propè novissimi (octavi) saeculi datos sibi
unique entrée au midi , son sanctuaire au nord. Toute demeure sacrée n'est pas un templum, ou fànum. Le temple étrusque est un carré plus long que large d'un sixième. Les tombeaux , souvent même les édifices civils, les places publiques affectent la même forme , et prennent le même caractère sacré. Telles étaient, à Rome, les curies du sénat, les rostres et ce qui y touchait, dans le Champ de Mars tout l'emplacement de l'autel du dieu. Les villes sont aussi des temples ; Rome fut d'abord carrée {Roma quadrata) ; la même forme se distingue aujourd'hui encore dans les enceintes primitives de plusieurs des plus anciennes villes de l'Étrurie. Les colonies appliquent la forme de leur métropole à leurs nouvelles demeures, et, comme on fait aux jeunes arbres transplantés, elles s'orientent sur une nouvelle terre, comme elles l'ont été sur le sol paternel '. Il n'est pas jusqu'aux armées, ces colonies mobiles , qui, dans leur camp de chaque soir, ne représentent pour la forme et la position l'image sacrée du templum, d'où elles ont emporté les auspices. Le prétoire du camp romain, avec son tribunal et son auguraculum, était un carré de deux cents pieds ^.
Les terres étaient aussi partagées d'après les règles et l'art des haruspices. On lit dans un fragment d'une cosmogonie étrusque ^ : Sachez que la mer fut séparée du ciel, et que Jupiter se réservant la terre de l'Étrurie, établit et ordonna que les champs seraient mesurés et désignés par des limites. On traçait celles des champs d'après les lignes cardo et decumanus, et lorsqu'un fleuve ou qudque autre difficulté locale s'opposait à cette division, on partageait les angles en dehors de la mesure régulière par des limites particulières ( limites intersecivi) , comme la chose eut lieu entre le territoire des Velens et le Tibre. Ainsi , chaque mesure de terre
» homines malo dolo violabunt , eontingentque atqne 0 movebunt. Sed qui contigerit moveritque, possessio- 9 nem promovendo suam , alterius minuendo , ob hoc A scelus damnabitur li Diis. Si servi faciant , dominio » mutabuntur in deterius. Sed si conscientia domestica » fiel, celerius domus exstirpabitur, gensque ejus om- » nis interiet. Motores autem pessimis morbis et val- • neribus afficientur, membrisque suis debilitabuntur. n Tum etiam terra à tempestatibus vel turbinibus » plerunque labe movebitur. Fruetus saepe laedentnr A decutienturque imbribus atque grandine , caniculis A interient, robigine occidentnr, mulUe dissessiones in A populo fient. Hac scitote, cum talia scelera commit- » tuntur : propterea neque fallax neque bilingnis ais, » disciplinam pone in corde tuo. a — Pour les limii9ê iniênecivi, et tous les détails de Tart des agrimenêttres, vay. le curieux recueil de Gmsiuê, et une de mes notes plus bas.
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était mise en rapport avec Punivers, et suivait la direction dans laquelle la voûte du ciel tourne sur nos têtes. De même que les murs du temple excluent le profane, et ceux de la ville l'ennemi et rétranger, les limites du champ, sans murailles, mais gardées par les dieux, excluent le vagabond qui , errant encore dans la vie sauvage, n'est pas entré dans la communion de la religion et de la culture. La propriété communique à tout ce qui s'y rapporte, aux contrats, aux héritages, un caractère sacré. De la divination naît à la fois la cité et la propriété , le droit privé et le droit public.
Pendant que la terre limitée devient un temple et représente le ciel, l'homme de la terre, le maître du champ et de la demeure qui s*y place , devient comme un dieu. Chaque dieu du ciel a son Jupiter, son génie ou pénate , chaque déesse sa Junon. Le lucnmon, le patricien, la matrone étrusque on romaine ( ingenui ) ont aussi leurs pénates , leur Jupiter, leur génie, leur Junon. L'homme et la terre sont identifiés ; les génies de la terre (genius loci) sont les pénates de l'homme et de sa demeure. A côté des pénates se placent, dans la demeure, les lares, humbles divinités qui furent des âmes humaines, et qui, n*ayant point été souillées, ont obtenu la permission d'habiter toujours leur demeure et de veiller sur leur famille. Les Ames des
^ YaiTO , de Lingud lai. , lib. IV , e. 55 . « Cavum » œdium dictam, qui locus tectas intra parietes relio- ■ quebator patulut , qui esset ad communem omnium 9 osom. In hoe locus ai nullas relie tu a erat, sob divo » qui eaaet, dieebatur iêttudo à teatadinis aimilitndine, » ot eat in pnetorio in eaatreia. Si relictum erat in me- » dio, ut lucem eaperet deorsum, quo impluebat,
• impluvium dietum : et aiirsùm qua eompluebat, com-
• pluvium; utrumqne à pluvia. Tuêcanicum dietum à » Tnseeis, poateaquam illorum eavum œdium simulare » cœperunt. Mrium appellatum ab Atriatibus tusceia.
• Illincenimexemplumsumptum. Gircnmcavum œdium
• erant nniua cujusque rei utilitatis caussa panetibus » disaepta : ubi quid conditum esse volebanl, à cœlando » ceUam appellarunt, pefiarûim, ubi penua. Ubi cuba- » bant, euhiculum : ubi cœnabant, ceenaculum yoeita- » bant : ut etiam nunc Lanuvii apud œdem Junonis, et » in eetero Latio, ae Faleriia et Cordubâb dicunlur.
• Poateaquam in superiore parte cœnitarecaperunt, » auperioris domua universa, cœnacula dicta. »
> On a dit que TÊtrurie était TÉgypte de rOecident. En effet, la doctrine des Ages et bien d*autres traita des croyancea étrusques nous reportent au monde oriental. Tootefois les différences ne sont pas moins importantes que les ressemblances. — La divination par la foudre était particulière aux Étrusques. — Ils n*étaient pas, à proprement parler, gouvernés par une caste. Nous lisons dans I>ênys que Taugure Attius Nœvius,qui avait tant dUnfluence sur Tarquin TAncien, était un homme d*iuie basse naissance.— Un paasage de Yarron marque
méchants, sous le nom de larves, effrayent ceux qui leur ressemblent. Le temple des lares et des pénates est Vatrium, leur autel, le fdcus ^ . L'atrium manque dans les maisons grecques. C'est là surtout ce qui sépare profondément la société grecque de l'italienne. Pendant que chex les Grecs les femmes et les enfants , jusqu'à un certain Age , restèrent enfermés dans le gynécée ; en Italie , au contraire , femmes, enfants, esclaves nés dans la maison(r0rfMp), tous se réunirent dans Vatrium, La société italienne est bâtie , ainsi que la société moderne qui en est sortie, sur Vatrium et le /bcu» '.
Il y a deux pôles dans la religion des Étrusques, comme dans celle des Latins et Sabins : d'un côté la mobilité de la nature, représentée par Janus, Vertumnus, Voltumna , etc. ; de l'autre la stabilité de la vie agricole et sédentaire, représentée par Tagès, par les lares et les pénates. Au-dessus, mais à une telle hauteur qu'on les distingue à peine, se placent les grands dieux, dii consentes ou complices^, ainsi nommés, dit Yarron, parce qu'ils naissent et meurent ensemble.
Après avoir ainsi étudié les mœurs et les religions des Osques et des Étrusques ^, nous trouverons que ni les uns, ni les autres ne pouvaient consommer à eux seuls le grand ouvrage de la réunion de l'Italie. Les Étrusques n'avaient point de foi en eux-
une différence plna forte encore entre l^trurie et rOrient. Il dit : o Prœcipit aruêp9s ut suo quisque riiu sacrifieium faciat, • Foy, mon ItUroducHon à l'Hittoitê univênelU,
< Les trois principaux, aont : Tina (le Ztùç dea Grecs?), Junon, dont le nom étrusque n^est pas connu, et M0nerva{J^*Bhviii ). Chaque ville étrusque avait leura trois temples à ses portes. Puis venaient Tinia, fils de Tina, Tkurmêy Sêthlans { àiiw99^ Êpfi^Çf BfaivJoç?),
* L*Étrurie se rapportait avec le Latium, par une chose généralement étrangère aux Grecs : la perpétuité et communauté des noms de famille ; ka individus se distinguaient par dea surnoms. Dans les épilaphea, on trouve aussi souvent , plus souvent même , le nom de la mère du mort que celui de son père. ( Cette supériorité du sexe féminin se retrouve dans les cultes de rÉgypte , de TAsie Mineure et de la Phénide. yotfe» Greuzer.) Le fils aine parait être le prince de la famille, le lucumoH, On le désigne volontiers par le prénom Laron Larê, seigneur. Le second fils semble avoir été désigné ordinairement par le nom à^Aruns, Les biens des nobles doivent avoir été indivisibles. La terre des Cœcina de Volterra, qui donnèrent leur nom au fleuve voisin, leur appartenait encore au temps d^Honoriua.
Noms de familles étrusques : Les Cilniens d^Arretium (ex. Mœcenas),1es Cœcina de Volterra, lea Musonli de Volsinii, les Salvii de Ferentinum, o« de Pérouae ( Tempereur Salvius Otho ), les Flavii de Ferentinum (Flavius Scevinus, conjuré contre Kéron), etc. VoyeM Huiler.
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mêmes, el se rendaient justice. Leur société, formée par Tesprit jaloux d'une aristocratie sacerdotale , ne pouvait s'ouvrir aisément aux étrangers. L'enceinte cyclopéenne de la cité pélasgique résistait par sa masse , et refusait de s'agrandir. Quant aux Osques, nous avons signalé leur génie divers : là , les Sabelliens, brigands ou pasteurs armés qui errent avec leurs troupeaux ; ici, les Latins, tribus
agricoles dispersées sur les terres qu'elles cultivent. Ce n'est pas trop des laboureurs , des guerriers et des prêtres pour fonder la cité qui doit adopter et résumer l'Italie. Si donc nous écartons les peuples étrangers, Hellènes au midi, Celtes au nord de la péninsule, nous voyons la diversité dans les Osci , l'assimilation impuissante dans les Étrusques , l'union et l'unité dans Rome.
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