CHAPITRE III
SCITB DU PRtCtDEFIT. — PREMIÈRES GUERRES. — LOI AGRAIRE ; COLONIES. — LES DOUZE TABLES. — PRISE DE VBÎES PAR LES R0MAI58, DE ROME PAR LES GAULOIS.
C'est dans l'obscurité des premières guerres de
1 En 446 , une occasion se présente d^agrandir le territoire romain ; les villes d*Ardée et d'Aricie se disputaient un territoire ; elles prirent poor juge le peuple romain. Alors un vieux soldat se lève : « Jeunes gens, • dit -il, vous n*avez pas vu le temps où ce territoire » appartenait au peuple romain. Il n^appartient pas » aux deux villes qui se le disputent ; il est à nous. • Le peuple applaudit et s*adjuge le territoire. Le sénat, indigné de cette perfidie , promet une réparation aux habitants d^Ardée. Il ne pouvait casser le décret du peuple; mais quatre ans après il envoie à Ardée une colonie où il eut soin de n'inscrire que des Ardéates. ils rentrèrent ainsi en possession de leur territoire. f^oy. dans Tite - Live , liv. IV , chap. IX , une jolie histoire qui rappelle entièrement celles du moyen âge , les rivalités des Montaign et des Capulet : « Yirginem 0 plebeii generis maxime forma notam... «
Pendant que les Romains réparent leur injustice, un autre ennemi 8*élève derrière eux. Fidènes passe du cdté des Veïens. Les Veïens avaient , dit- on , alors an roi, Lars Tolumnius (lars veut dire roi). Ce roi n*était probablement qu'un lucumon auquel on avait confié une autorité illimitée à cause de la guerre. Il ordonne aux Fidénates d*égorger les ambassadeurs romains qui étaient venus se plaindre de la révolte de Fidènes. De là une guerre acharnée contre Veïes , Fidènes et les Falisques. Un combat singulier s'engage entre Corne-
la république que les grandes familles de Rome ont commodément placé les hauts faits de leurs aïeux. Nous verrons plus loin que les héros de cette histoire , écrite d'abord par des Grecs , sont précisément les ancêtres des consuls et des préteurs romains, qui les premiers eurent des relations avec la Grèce. Pour cette raison, et pour plusieurs autres, il nous est impossible de reproduire sérieusement l'insipide roman de ces premières guerres.Nous l'ajournons à l'époque où il a été composé (f^oye» livre II, ch.YI). Nous présenterons alors sous leur véritable jour l'exil de Coriolan et celui de Quintius Gœso , la grande bataille de Yefes et le dévouement des trois cents Fabius, les exploits de Gincinnatus, etc.
Gherchons à dégager l'histoire de cette froide poésie sans vie et sans inspiration.
Rome avait à l'orient les Sabins , ancêtres d'une partie de sa population, pauvres et belliqueux mdhtagnards, sur lesquels il y avait peu à gagner. Les guerres qu'elle eut de ce côté durent être défensives. D'autres montagnards, les Berniques {hemw, roches) s'entendaient le plus souvent avec les Romains contre les riches habitants des plaines, aux dépens desquels ils vivaient également. Geux-ci étaient les Volsques au midi de Rome , les Veïens au nord , deux peuples commerçants et industrieux. Ardée et Antium *, principales cités des Volsques, s'étaient de bonne heure enrichies par le commerce marilime. On vantait les peintures dont la première
lias Cossus et Tolumnius. La défaite de Tolumnius entraîne celle de son armée ; les Veïens et les Falisques mis en fuite implorent le secours des douze villes étrusques ; ce secours leur est refusé, mais ils trouvent de puissants auxiliaires dans les iques et les Volsques, ennemis acharnés des Romains. Ces peuples cherchèrent à exciter leurs soldats par Tappareil le plus sinistre. « Lege sacrata delectu habito, in Algidum convenere, o nous dit Tile - Live. Il ne s'explique pas sur ce qu'on doit entendre par la lex sacroia , mais elle doit avoir quelque rapport avec les cérémonies mystérieuses et terribles qu'employèrent les Samnites lorsqu'ils formèrent la Légion du Lin, Les Èques sont vaincus par Posthumius et Fabius. Les généraux décident presque seuls la victoire. Nous rencontrons encore ici un Posthumius comme k la bataille du lac Rhégille, un Fabius comme à celle de Veïes. Posthumius condamne son fils pour avoir combattu hors des rangs, comme plus tard Manlius condamnera le sien.
Débarrassés des Èques , les Romains se tournent contre les Fidénates. Ceux-ci s'élancent avec des torches ardentes, des vociférations lugubres et un aspect de furies. Les Romains furent d'abord effrayés ; mais ramenés au combat par leurs généraux, ils tournèrent les feux de Fidènes ^contre elle-même et la brillèrent.
L'Étrurie reçut l'année suivante un coup bien plus
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était ornée i. Au sac de Pometia , Tarquin FAncien trouva, dit-on, de quoi donner cinq mines à chacun de ses soldats, et la dtme du butin se monta â cinquante talents.
Ce qui retarda la ruine des Yolsques , c'est qu'ils avaient dans les montagnes, entre les Berniques et les Romains, de fidèles alliés, les Èques, qui semblent même se confondre avec eux. Le sombre Algide et ses forêts, encore aujourd'hui si mal famées, étaient le théâtre des brigandages et des guerres éternelles des Éques et des Romains* Tout le Latium était donc partagé en deux ligues, celles des FoUci- Equi et celles des Latini et Hemici. Les Romains s'agrégèrent les seconds, exterminèrent les premiers , et le nom de Latium , qui , dans les temps les plus anciens, était peut-être particulier aux environs de Rome et du Mont Albain , centre des religions latines , s'étendit jusqu'aux frontières de la Gampanie. Une tradition voulait que le bon roi latin et plébéien, Servius Tullius, eût autrefois fondé un temple à Diane sur l'Aventin pour rece-
sensible de la main d*un autre peuple. Vultumas fut pris par les Sabins , qui changèrent son nom en celui de Capoue. La perte de deux villes aussi importautes arrêta les Étrusques ; mais les Èques et les Yolsques ne se découragèrent pas. Ils furent même sur le point d^exterminer Tarmée romaine. Elle ne dut son salut qu*à la valeur du décarion Tempanius , qui détourna sur lui tous les efforts de Tarmée. Ce dévouement se représente plus d*une fois dans Thistoire romaine. En général, toute cette histoire présente une désolante uniformité. Un peu plus tard , Serviiius est défait par les Èques, et son père répare le désastre. Nous trouvons le même fait quelques années plus loin. Fabius Ambustus répare également la défaite de son fils. — Une histoire empreinte d*un caractère de vérité plus remarquable est celle de Posthumius Rhegillensis. Il pénètre dans le pays des Èques, prend Voles, et empêche qu*on y envoie une colonie. Une sédition éclate dans Tarmée. Le général punit les principaux coupables en les faisant noyer sous la claie. L*armées*assembleen tumulte, et Posthumius est lapidé. « Ad vociféra tionem eorum » qnos sub crate necari jusserat. » Les punitions n*étaient pas arbitraires dans les armées romaines, et pourtant le supplice atroce qu^ordonne ici Posthumius ne se retrouve que chez les Barbares. Tacite nous apprend qu*il était usité dans la Germanie.
La même année les Romains remportèrent de grands avantages sur les Èques et les Yolsques. En 412, ils s^emparent de la ville d*Anxur , dont le butin enrichit tous les soldats romains. Rome , maîtresse des deux capitales des Yolsques (Anxur et Antium), se tourne contre Yeïes , la plus considérable des cités étrusques du voisinage. A^ay. plus bas.
' Nous trouvons dans "Ate-Live un plébéien de Rome f|ui s^appelle f^oUciua Pictor, ou Fictor, c'est - à - dire le Peintre ou le Potier, fils du Yolsque. Nicolaï, dans son
voir les députés de Rome et des trente villes latines. Les Tarquiniens pendant leur domination à Rome avaient aussi institué un sacrifice commun à Jupiter Latialis sur le Mont Albain. Ils auraient encore réuni les Latins aux Romains dans les mêmes manipuli '. Les intérêts communs des deux États étaient réglés par leurs députés qui se réunissaient â la fontaine de Ferenlino (Feslus, v. prmtor.ad poriam) jusqu'au consulat de T. Manlius et de P. Decius , époque où périrent les libertés du Latium. Ces assemblées des trente villes s'appelaient les Fériés latines ; comme les trente curies de Rome, elles ne conservèrent qu'un pâle reflet de leur première destination. Les auspices suivaient toujours la souveraineté; on finit par les prendre au Capitole au nom de la nation latine ; le préteur romain était salué â la porte du temple.
Cette lente conquête du Latium occupa le peuple deux siècles, sans améliorer sa condition. De même que le patriciat sacerdotal des Tarquiniens avait tenu le peuple toujours occupé à bâtir , le patriciat
ouvrage sur les Marais Pontins , a recueilli les textes les plus importants pour Thistoire des Yolsques. f^opes aussi Corradini, etc.
> Tite-Live, YIII, c. 6.— Sur Talliance des Latins et des Romains : « Il y aura paix entre les Romains et les » villes du Latium , tant que le ciel et la terre subsis- 0 tcront, etc. » Denys, L Ce traité établissait entre les deux parties le lien d^une fédération militaire. Dans Torigine, dix villes, puis trente , puis quarante -sept, envoyèrent des députés aux Fériés latines. Le lieu de rassemblement fut d*abord le Mont Albain , et Ferentinum, chez les Berniques. A mesure que Rome prit de Pascendant, les préteurs romains tinrent l'assemblée , et le lieu de réunion fut PAventin ou le Capitole même. a Praetor ad portam nunc salutatur is, qui in Provin- 1) ciam pro praetore aut pro consule èxit. Cujus rei mo- » rem ait fuisse Cincius in libro de consulum potestate » talem : Albanos rerum potitos usque ad TuUum re- » gem : Alba deindè diruta usque ad P. Decium Mnrem » cousulem, Albanos ad caput OEtentinse, quod est sub 9 monte Albano, consulere solitos, et imperium com- » muni consilio administrare. Itaque quo aiino roma- » nos imperatores ad exercitum mittere oporteret , A jussu nominis latini complures nostros in Capitolio à » sole oriente auspiciis operam dare solitos. Ubi aves n addixisseut, militem illum qui a communi Latio » missus esset, illum quem aves addixeranl, pratorem n salutare solitum qui eam provinciam obtineret prae- « toris nomine. o Festus, v. Prator ad portam. — Le Jus Latii consistait dans le connubium, ou droit de mariage entre les deux peuples, et dans te commtrdum, qui renfermait la vindtcatio et cegêio in jus, la mancipatio et le nexum. Pour Pindication des auteurs qui ont éclairci chacun de ces points, foy. les excellentes Jn^ «/i7M<«ofi«« d^Haubold, avec les additions deC. E. Otto. LipsisB, 1826.
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héroïque des premiers temps de la république consumait les forces des plébéiens dans une guerre éternelle. Réclamaient-ils , on leur offrait les terres lointaines que la guerre enlevait aux vaincus, et qui restaient exposées à leur vengeance et aux chances de leur retour. Ce n'est pas là ce qu'ils demandaient; ce qu'ils enviaient aux patriciens, c'était la possession de ces terres fortunées que protégeait le voisinage de Rome , et qui , par leur limitation sacrée, assuraient à leurs propriétaires le droit augurai , fondement de tous les droits. Ce champ sacré ^ était fort circonscrit. Selon Strabon, on voyait â cinq ou six milles de Rome un lieu appelé FeêU» C'était là l'ancienne limite du territoire primitif. Les prêtres faisaient en cet endroit, comme en plusieurs autres, la cérémonie des ambarvalîa. Ce territoire s'étendit par la suite ; mais pendant fort longtemps il ne passa pas, du côté des Latins, Tibur, Gabies, Lanuvium, Tusculum, Ardée et Ostie ; du c6té des Sabins, il touchait Fidénes, Antennœ, Gollatie. Au delà du Tibre, il confinait
t Yarro , de L. lot., 1. IV, c. 4. « Ut noslri aagares » publiée dixerunt , «grorum sunt gênera quinque : » Romanuêy Gabinus, Pengrinuê, Hasticus , Incerius. » Bomanuê dictas , unde Roma , ab Romulo. Galnnus, 9 ab oppido Gabiis. Peregrinuê, ager pacatas, qui extra » RonlaDum et Gabinum , quèd uno modo in beis fe- » runtur auspicia. Dictus Peregritiuê à pergendo, id » eat progrediendo. E6 enim ex agro romane primùm
• progrediebatur. Quocirca Gabinns , siye peregrinus , » aeeundum faos auspicia habent sîngularia. •
C.O. « Ager romanus primùm divisus in parteis treis, » à que tribus appellatie Tatiensium, Ramnium, Luce-
• mm, nominatae, ut ait Eunius, TaHenteê à Talio, « Bamnenseg à Romulo : Lucereg, ut ait Junius, a lucua mone. Sed omnia haec vocabula tusca, ut Yolumnius, » qui tragœdias tuscas scripsit, dicebat. Ab hoc quoque » quatuor parteis urbis tribus dicts : et ab loceis Su- 9 burana, Esquilina, CoUina, Paiaiina, quinta, quod » sub Roma, RotnUia, Sic reliquae tribus ab iis rébus, » de quibus in tribuum libreis scripsi. »
Florus, 1,9, 11. o Liber jam hinc popul us romanus,
• prima adyersus exteros arma pro libertate corripuit;
• mox pro finibus; deinde pro sociis, tùm pro glorîA
• et imperio , laeessenlibus assidue usque quaque fini- » timis. Quippe eut pairii êoli gleha niella^ êed êiaiim » hoêiile pomarium , mediuêque inier Latium et Tuêcoê, » quasi in quodam hivio , coUœaiuê y omnihuê partis in n hostem ineurreret : donec quasi contagione quidam » per singulos itum est, et proximis quibusque cor- » replis, totam Italiam sub se redigeret... Sora (quis » credat?) et Algidnm terrori fuerunt; Satricum atque » Comiculum proyinciae. De Yerulis et Bovillis pudet ; » sed triumphayimus Tibur nunc suburbanum , et ses- » tivae Prœneste delicia nuneupatis in Capitolio yotis » petebantur. Idem tune Faesulae, quod Carr» nuper.
• idem nemns Aricinum , quod Hercynius salins , Fre-
Céré et Veïes. Lorsque les consuls ordonnèrent aux Latins de sortir de Rome, ils leur défendirent d'approcher de cette ville de plus de cinq milles* C'est que la frontière se trouvait à cette distance.
Il est vraisemblable que , sous le nom vague de loi agraire, on aura confondu deux propositions très-différentes: 1<* celle de faire entrer les plébéiens en partage du territoire sacré de la Rome primitive, à la possession duquel tenaient tous les droits de la cité; ^ celle de partager également les terres conquises par tout le peuple , et usurpées par les patriciens. Cette seconde espèce de loi agraire, analogue à celles des Gracches , aura aisément fait oublier l'autre , lorsque l'ancien caractère symbolique de la cité et de Yager commençait à s'effacer.
Les auteurs des lois agraires se présentent à des époques différentes,' mais sous des noms identiques qui font douter de leur individualité : Spurius Cassius, Spurius Helius, Spurius Hecilius, Spurius Metilius , enfin Manlius ^ ( Mallius, Melliui, Me* Uus)»
• gell» quod Gesoriacum, Tiberis quod Euphrates.
• Coriolus quoque , proh pudor ! yictus , adeo gloria » fuit, ut caplum oppidum Caius Marcius Coriolanns,
• quasi Numanliam aut Africam , nomini induerit. Ex- » tant et parla de Antio spolia que Mœnius in sug- 9 gestu fori , captA hostium classe , suffixit , si lamen « illa classis : nam sex fuere rostrat». Sed hic numerus » illis initiis navale bellum fuit. »
Denys, lib. lY, Y. Sigonius a mieux entendu Denys que Corradinus; il restreint le vieux Lalinm, et en exclut les Yolsques et les Berniques. Sigonius, De civ. Jure, Feslus dit qu*on appela Prieci laiim qui fuerunt priuequam Roma conderetur,
> Les dates sont différentes (486, 437, 382), mais les éyénements ne le sont guère. Spurius Cassius est un patricien. Spurius Helius un très-riche cheyalier ayec beaucoup de clients. Tous deux sont accusés d*aspirer h la royauté. Spurius Cassius yeut que les terres conquises par le peuple et usurpées par les patriciens soient partagées également entre les pauvres plébéiens j de plus , qu*on leur distribue les deux tiers des terres que lui-même yient d'enlever aux Berniques. Mais ces terres étaient trop considérables pour les Romains; il demande qu^on en donne la moitié aux citoyens pauvres, et Tautre aux alliés Latins.
Spurius Helius, n*étant pas consul, ne peut proposer aucune loi; mais il distribue beaucoup de blé au peuple. Manlius demande la division des terres comme Cassius, et de plus , comme Melius , il soulage de sa bourse les pauvres plébéiens. Dans les discours que lui prête Tite- Live, il parait favorable aux alliés : Quoê faleie erimi" nibuê in arma agunt; c*est une ressemblance de plus avec Spurius Cassius. Au contraire , le sénat traite avec dureté les Latins et les Berniques. — Si leurs actions sont semblables, leur supplice Test aussi. Manlius est condamné à mort, et sa maison détruite. La maison
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Le sénat eût été vaincu dans cette latte violente, il eût cédé la cité , comme nous avons vu récemment le sénat de Berne , s*il n*eùt réussi à donner le change au peuple , en lui présentant au dehors une image de Rome qui le consolât de ce qu'on lui refusait. La colonie romaine sera identique avec la métropole , rien n'y manquera au premier aspect. L'augure et Yagrimensor ' suivront la légion émigrante, orienteront les champs, selon la règle sacrée, décrirontles contours et les espaces légitimes, renverseront les limitesetles tombeaux des anciens possesseurs, et si le territoire des vaincus ne suffit point , on prendra à c6té :
Hantaa vae miserae nimîùm vtcina Cremonae !
La nouvelle Rome aura ses consuls dans les duumvirs, ses censeurs dans les quinquennaux, ses préteurs dans les décurions. Ils régleront les affaires de la commune, veilleront aux poids et mesures (Juven.), lèveront des troupes pour Rome. Qu'ils se contentent de cette vaine image de puissance. La souveraineté , le droit de la paix et de la guerre reste à la métropole. Les colonies ne sont
de Spurias Helius est égalemeot démolie. Spurius Melias est condamné par Titas Qointus Capitolinus ; Man- Hus Test par nu dictateur dont le lieutenant se nomme Titus Quintius Capitolinus. Le même Servilius Ahala qui tue Melius, nomme dictateur (en qualité de tribun militaire) Publius Cornélius ; le dictateur qui condamne Manlius se nomme Aulus Cornélius.
Vingt-deux ans après Spurius Melius, deux tribuns, Spurius Mecilius et Spurius Hetilius proposent une loi agraire. Ce mot est tout ce que Thistoire nous apprend d*eux : ils ne reparaissent plus.
Quant à Manlius, nous voyons dans Tite-Live, quelques pages après le récit de sa mort, une anecdote qui pourrait expliquer la haine des patriciens contre lui*. Un Publius Manlius, dictateur, avait nommé pour général de la cavalerie un plébéien. Les patriciens auront chargé ce Manlius des crimes des Spurius Cassius, des Spurius Melius , en un mot , de tous les patriciens qui avaient trahi leur ordre en prenant en main les intérêts des plébéiens.
' €rœsius, p. 31 : « Cicero, Agrarià secundà recenset n pullarioif apparitores, scribasy libranos , prœcones, i> architectos, janitores, vel , ut legunt alii, fimtoreê.., A nec miror flagitatos à Cicérone fini tores ducentos. A Hic ergo finitor idem est qui in jure vulgo dicitur » menwTy menaor agrorum, et agrimensor, atque in ven teri inscriptione mensor agrariuê , in Frontinianis • menaor agriê limitandiê meHundû, Frontino de aquae- A ductibus mHiior, Ciceroni meiaior et decempedator,
* Liy. VI, chap. XXXIX. « P. Manlius deindè dictalor rem n in caasam plebis inclinavit, C. Licinio qui tribunns militum M fuerat, magistro equitum de plèbe dicto. »
pour elles qu'une pépinière de soldats. Ici parait l'opposition du monde romain et du monde grec. Dans celui-ci , la colonie devient indépendante de sa métropole comme le fils de son père, lorsqu'elle est assez forte pour se passer de son secours. Malgré le sang et la communauté des sacrifices , les cités grecques sont politiquement étrangères les unes aux autres. La colonisation grecque offre l'image d'une dispersion. Celle de Rome est une extension de la métropole.
Non-seulement la colonie romaine reste dépendante de sa mère ; mais elle se voit tous les jours égaler par elle des enfants d'adoption sous le nom de munic^s; colonies et municipes, celles4à avec plus de gloire , ceux-ci avec plus d'indépendance , sont embrassés et contenus dans l'ample unité de la cité. En la cité seule réside l'autorité souveraine. Cette grande famille politique reproduit la famille individuelle. Rome y occupe la place du pater famUias, père inflexible et dur, qui adopte, mais n'émancipe jamais.
Aussi tous ceux des plébéiens que la faim ne chassait point de Rome, refusèrent ce droit d'exil décoré du nom de colonie ^. Ils aimèrent mieux, dit
» Servio limitaiar, Symmacho rwior, Isidoro cenntor, » Simplicio tnêpector, et aliis ex nostris auctoribus « agenê et arHfex et profeêsor, anonymo ministtHalis A ftnperaiorum , variis legibus arltiter, et Alfeno athUer » aquœplumœ arcendœ, Theodosii et Valentiniani lege « dicitur : « quoniam qui non fuit professus super bac 0 lege , jubemus damnari ; si sine professione judica-
• verit, capitali sententiA feriatur. » Quod ideo factum, A ut et de agentibus in rébus rescriptum est in C. Th. A 1. 4. tt Ut probandus adsistat qualis moribus sit, unde A domo , quam arlis peritiam adsecutus sit. • Fuere A enim in eo ordine viri non tantum eruditi, sed etiam
• graves et splendidi, ut fuere Longinus, Frontinus et A Balbus , « qui temporibus Augnsti omnium provin- A ciarum formas et civitatum mensuras in commenta- A rios contulit. » An autem is idem sit quem Cieero A dicit juriê et officU periHêêimum haud facile dixero. A Prster jurisperitos autem et alii huic ordini fuere A inserti qui sese belli studiis appUcaverant, qualis ille A Cilicius Saturninus, centur , de quo mentionem feci- A mus, et Vectius Rufinius primipilus de quibus mentio A in Frontinianis , et forte Octavianus Musca , de quo A Servius ad eclogam nonam. •
1 Ou de municipe* Cic, de Oratore : a Qui Eomam in A exilium venisset, cui Romae exulare jus esset. » — « L'exil, dit fort bien Niebuhr, d'après Cicéron, n^est pas la déportation, que la loi romaine ne connaît pas ; c'est la simple renonciation au droit de bourgeoisie par le bénéfice du municipium. Si , «vant la sentence, l'accusé se faisait municipe en temps utile, il devenait citoyen d'un État étranger, et l'arrêt était superflu; mais il devait aller dans un État uni à Rome par un traité solennel, dans un État isopolitique. Catilina ap-
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Tjte-Live, demander des terres à Rome qu'en posséder à Antiam. Ils ronlurent garder à tout prix la jouissance de leur belle ville , de leur Forum , de leurs temples , des tombeaux de leurs pères ; ils s'attachèrent au sol de la patrie, et, sans déposséder les propriétaires de Vager, ils obtinrent tous les droits attachés à la possession du champ sacré.
D'abord leurs tribuns introduisent à c6té des assemblées par centuries, les comices par tribus, convoqués , présidés par eux, et indépendants des augures (y, liv. III , chap. I). On dit que le premier usage qu'ils firent de ces assemblées, fut de chasser leur superbe adversaire , le patricien Coriolan.Get essai ayant réussi, les tribuns amenèrent fréquemment devant le peuple , à la fois juge et partie, ceux qui s'opposaient aux lois agraires. Titus Menenius , Sp. Servilius , les consuls Furius et Manlius, furent successivement accusés. Le péril de ces deux derniers poussa à bouf les patriciens , et la veille du jour où le tribun Génucius devait provoquer leur jugement, il fut trouvé mort dans son lit.
Les plébéiens, frappés de stupeur, allaient plier et se laisser emmener de Rome pour une nouvelle guerre , lorsqu'un plébéien , nommé Yolero , osa refuser son nom à l'enrôlement et repousser le licteur. Le peuple le seconda , chassa les consuls de la place , et nomma tribuns le plus fort et le plus vaillant du peuple , Yolero * et Lœtorius. Ce caractère est commun aux chefs populaires de Rome ; on le retrouve dans ce Siccius Denlalus qui , au rapport de Pline, pouvait à peine compter les récompenses militaires, armes d'honneur, colliers, couronnes , qu'il avait mérités par son courage. Le vaillant Lœtorius n'était pas orateur : Romains, disait-il , je ne sais point parler, mais ce que j'ai dit une fois, je sais le faire ; assemblez- vous demain ; je mourrai sous vos yeux, ou je ferai passer la loi.
Toutefois Yolero et Laetorius ne recoururent point à la force brutale, commç on avait lieu de le craindre. Ils demandèrent et obtinrent que les assemblées par tribus nommassent les tribuns , et pussent faire des lois. La première qu'ils proposèrent, la loi agraire, fut repoussée par la fermeté
pelle, dans Salluste, Cicéron : InquUinuê cims , comme si Arpinam était encore an municipium étranger à Rome. »
1 Le plébéien Folero Publiua, Tite-Live ajoute inutilement depUhe homo , et prœvalena ipse, f^olesus , valeriuByVolerOf à valendo; volera est un augmentatif pour parodier le nom patricien de Yalérius. PMiuê jSnvnom. patricien, comme le dit le Tiresias des satires d^Horace, est sans doute pris aussi ironiquement. Yolero est créé tribun avec Laetorius. « Lsetorium ferocem faciebat » belli gloria ingens, quod aetatis ejus haud quisquam
d'Appius. Il lui en coûta la vie. L'armée qu'il commandait se fit battre et se laissa ensuite docilement décimer, contente à ce prix d'avoir déshonoré son chef. A son retour dans Rome, il n'échappa à la condamnation qu'en se laissant mourir de faim. Les tribuns voulaient empêcher son oraison funèbre. Le peuple fut plus magnanime envers un ennemi qu'il ne craignait plus.
Les plébéiens , désespérant d'obtenir les terres sacrées , se contentèrent de réclamer les droits qui y étaient attachés. Le tribun Terenlillus Arsa (Atm, boute-feu, û^ardere?) demanda, au nom du peuple, une loi uniforme , un code écrit. Le droit devait sortir enfin du mystère où le retenaient les patriciens. Tant que les plébéiens n'étaient point des personnes, ils n'étaient point matière au droit. Mais depuis qu'ils avaient leurs assemblées par tribus, il y avait contradiction dans la situation du peuple. Législateurs au Forum, et juges du patricien dans leurs assemblées , la moindre affaire les amenait au tribunal de cet homme superbe qu'ils avaient offensé de leurs votes, et qui se vengeait souvent comme juge de la défaite qu'il avait essuyée comme sénateur. Souverains sur la place, aux tribunaux ils n'étaient pas même comptés pour hommes. La lutte dura dix ans.
Avant de laisser pénétrer le peuple dans le sanctuaire du droit, dans la cité politique, les patriciens essayèrent de le satisfaire en lui donnant part aux terres voisines de Rome. Au milieu du champ limité et orienté par les augures , on avait toujours réservé quelques terrains vagues pour les pâturages. Tel était l'Aventin, colline dès lors comprise dans la ville, mais extérieure au pomœrium, à l'enceinte primitive et sacrée, et qui n'y fut renfermée que sous l'empereur Claude. La loi passa dans une assemblée des centuries, et fut, comme loi sacrée, placée dans le temple de Diane. Les plébéiens se mirent donc à bâtir. Cette ville profane ne présenta pas la distinction du foyer qui consacrait et isolait la famille ; plusieurs se réunirent pour bâtir une maison.
Mais ce n'était pas assez pour le peuple d'avoir une place dans la ville. 11 en voulut une dans la
» manu promptior erat. » Ils proposent que les magistrats plébéiens soient élus aux comices par tribus. « Quae res patriciis omncm potestatem per clientum * sufTragia creandi quos vellent tribunos , auferret. » Laetorius dit : « Quando quidem non tam facile loquor, » quirites, quàm quod loculus sum prasto, crastino i> die adeste ; ego hic aut in conspectu vestro moriar, » aut pcrferam legem. » Appius envoie son licteur pour prendre Lœtorius , Laetorius son viator pour prendre Appius. Celui-ci est emmené par les siens ; « lex silentio n perfertur. »
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cité. On décida que dix patriciens (decem viri) * investis de tons les pouvoirs, rédigeraient et écriraient des lois. Selon la tradition commune, moins invraisemblable, selon moi, qu'on ne Ta dit, on envoya dans la Grèce ' et surtout à Athènes pour s*enquérir des lois de ce pays. Les rapports de la Grèce et de Tltalie n'étaient pas rares dès ce temps. Un peuple si voisin des cités de la Sicile et de la grande Grèce devait regarder la Grèce comme la terre classique de la liberté. Peut -être aussi Torigine pélasgique des plébéiens, qui se croyaient venus d*Albe et de Lavinium , leur faisaitrelle sonhaiter de rallumer leur Vesta au seul foyer pélasgique qui restât alors sur la terre , THestia prytanitis de la ville d'Athènes. Ces lois, dit -on, leur furent interprétées par le Grec Hermodore, de la ville ionienne d'Éphèse. On sait que les Ioniens se rapprochaient des Pélasges par une origine commune (449av. J.-G.).
Les nouveaux décemvirs que Ton créa Tannée suivante pour achever cette législation , furent en partie plébéiens. Le patricien Appivs, qui avait su se faire continuer dans le décemviral, domina sans peine ses collègues et devint le tyran de Rome. Il irrita l'armée en faisant assassiner le vaillant Siccius Dentatus qui parlait aussi hardiment qu'il combattait. Toutefois le peuple ne s'armait pas encore ; il fut poussé à bout par la tentative que fit Appius pour outrager une vierge plébéienne» Selon la tradition , le décemvir aposta un de ses clients pour, la réclamer comme esclave , et , au mépris de ses propres lois, il l'adjugea provisoirement à son prétendu maître. Le père de la vierge sauva son honneur en la poignardant de sa main. Ainsi les plébéiens eurent leur Lucrèce, et celle-ci encore donna la liberté à son pays. Il faut lire dans Tite- Li ve cette admirable tragédie; peu importe ce qu'elle renferme d'historique.
Ce que des siècles de lutte n'auraient pu donner au peuple , il l'obtint par le despotisme démagogique d' Appius. La liberté populaire fut fondée par un tyran. Les Douze Tables, complétées par lui, sont la charte arrachée aux patriciens par les plébéiens.
I. Une partie des fragments qui nous en restent sont évidemment des lois de garantie contre les patriciens. II. Les autres ont pour effet d'introduire un droit rival à c6té ou à la place du vieux droit aristocratique. III. Quelques-uns trahissent le dernier effort du parti vaincu en faveur du passé, et la jalousie puérile que lui inspirent la richesse et le luxe naissant des plébéiens.