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CHAPITRE VI

LA GRÈGX ENVAHIE PAR LES ARHES HE lOME.— PB I LIPPE,

AIITIOCHUS. fOO-189.

Ce fut avec indignation et surprise qu'après seize ans de lutte contre Hannibal, le peuple romain s'entendit proposer par le sénat la guerre contre la Macédoine (200). Les trente-cinq tribus la repoussèrent unanimement. Chacun s'était remis à relever

< Tit.-Liv., m, 44.

* Appian., Bell. Punie, p. 50 , 51 , t. I*r, in-8o, 1670.

6 Aur. Victor, in Probi «/d.— Tit.-Liv., XXXIII, 46. « Legem extemplo promulgavit protulitque, ut in ain- » gui 08 annos judices legerentur, ne quis bienniom » continuum judex esset... Omnibus residuis pecaniis • exactis, tributo privatis remisso, satis locupletem » rempublicam fore ad yectigal praestandum Romanis » pronuntiavit in concione , et praestitit promis- » sum, etc. »

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sa cabane en raines , à tailler sa vigne noircie par la flamme, à labourer son petit champ. Le peuple avait assez de guerres.

Et cependant , la guerre était partout. Si Carthage était abattue, Hannibal vivait et attendait. L'Espagne et la Gaule, dans leur fougue barbare, n*avaient rien attendu. Les Espagnols venaient d'exterminer le préteur Sempronius Tuditanus et son armée. Les Liguriens , les Gaulois d'Italie , Insubriens, Bolens, Cénomans même, brûlèrent la colonie de Plaisance, encouragés par un Carthaginois. Philippe enfin n'avait fait la paix que pour préparer la guerre, pour se former une marine contre Rhodes et le roi de Pergame, alliés de Rome, pour s'assurer du rivage de la Thrace, seul c6té par où la Macédoine fût accessible.

La guerre ne manquait point aux projets du sénat. 11 la voulait , et la voulait éternelle. Depuis que la défaite de Cannes avait mis en ses mains un pouvoir dictatorial , il lui en coûtait trop de redescendre. II fallait que le peuple fût à jamais exilé du Forum , que la race indocile des anciens citoyens allât mourir dans les terres lointaines. Des Latins, des Italiens , des affranchis suppléeront. Les plébéiens de Rome disperseront leurs os sur tous les rivages. Des camps, des voies éternelles, voilà tout ce qui doit en rester.

Rome se trouvait entre deux mondes. L'occidental, guerrier, pauvre et barbare, plein de sève et de verdeur, vaste confusion de tribus dispersées; l'oriental, brillant d'art et de civilisation, mais faible et corrompu. Celui-ci, dans son orgueilleuse ignorance, s'imaginait occuper seul l'attention et les forces du grand peuple. L'Étolie se comparait à Rome. Les Rhodiens voulaient tenir la balance entre elle et la Macédoine. Les Grecs ne savaient pas que Rome n'employait contre eux que la moindre partie de ses forces. 11 suflSra de deux légions pour renverser Philippe et Ântiochus, tandis que pendant plusieurs années de suite, on enverra les deux consuls, les deux armées consulaires contre les obscures peuplades des Boîes et des Insubriens. Rome roidit ses bras contre la Gaule et l'Espagne ; il lui suflStde toucher du doigt les successeurs d'Alexandre pour les faire tomber.

Quelle qu'ait été l'injustice des attaques de Rome, il faut avouer que ce monde alexandrin méritait

1 Polyb., XVII. C*e8t par une dérision semblable qae Prasias fait un sacrifice à ^sculape, avant d*enlever sar ses épaules sa préciense statue. Foy» Polyb., Amhaêê,,77,—'An arrivant à Therme, Philippe brûla tontes les offrandes suspendues dans le temple d^ApoHon. Polyb., C. Porphyr., 95.

3 Polyb., Ht. II. On ne tirerait pas six mille talents

bien de finir. Après les révolutions militaires , les guerres rapides, les bouleversements d'États, il s'était établi dans le désordre, dans la corruption et l'immoralité , une espèce d'ordre où s'endormaient ces vieux peuples. Le parjure , le meurtre et l'inceste étaient la vie commune. En Egypte, les rois, à Texemple des dieux du pays , épousaient leurs sœurs , régnaient avec elles, et souvent Isis détrônait son Osiris. Un général de Philippe avait élevé à Naxos un autel à l'impiété et à l'injustice, les véritables divinités de ce siècle ^Mais pour être injuste, il faut au moins être fort. Rien n'était plus faible que ces orgueilleuses monarchies. Théocrite avait beau vanter les trente -trois mille villes de l'Egypte grecque, il n'y avait en réalité qu'une ville, la prodigieuse Alexandrie. A cette tète monstrueuse, pendaient, comme par des fils, des membres disproportionnés : l'interminable vallée du Nil , Cyrêne, la Syrie, Chypre, séparées de l'Egypte par la mer ou les déserts. L'empire des Séleucides n'avait pas plus d'unité. Séleucie et Antioche formaient deux provinces isolées et hostiles. Entre ces contrées, les barrières naturelles sont si fortes que depuis, les Romains et les Parthes, les Turcs et les Persans ne sont jamais parvenus à les franchir.

Les Séleucides et les Lagides n'étaient soutenus que par des troupes européennes , qu'ils faisaient venir à grands frais de la Grèce , et qui bientôt , énervées par les mœurs et le climat de l'Asie et de l'Egypte, devenaient semblables à nos poulains des croisades. C'est ainsi que les mameluks d'Egypte étaient obligés de renouveler leur population en achetantdes esclaves dans le Caucase. Lorsque Rome défendit à la Grèce cette exportation de soldats, elle trancha d'un coup le nerf des monarchies syrienne et égyptienne.

Ces pauvres princes cachaient leur faiblesse sous des titres pompeux : ils se faisaient appeler le vainqueur, le foudre, le bienfaisant, l'illustre. Peu à peu, leur misère démasquée leur fit donner des noms mieux mérités : Physcon, Aulétès, le ventru, le joueur de flûte , etc.

La Grèce et la Macédoine, tout autrement belliqueuses , trouvaient dans leur hostilité une cause de faiblesse'. Depuis Alexandre, la Macédoine était en quelque sorte suspendue sur la Grèce , et toute prête à la conquérir. La vaine faconde d'Athènes ,

de tout le Péloponèse. — Dans PAttique ( unie àThèbes contre Sparte), on ne trouva que cinq mille sept cent cinquante talents, en estimant tout, terres, maisons, etc. Voy,, ibidem, sur le caractère démocratique de TAchaïe. « Aujourd'hui, dit encore Polybe , mêmes lois , mêmes monnaies , mêmes poids et mesures chez tous les peuples du Péloponèse. »

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qui n^étonnait plas le inonde qne par ses flatteries envers les rois; la gloutonnerie et la stupidité béotienne qui décrétait la paix perpétuelle , et ruinait la cité en festins ^ ; enfin Tépuisement de Sparte et la tyrannie démagogique d'Argos-, tout cela ne pouvait tenir contre les intrigues, Tor et les armes de la Macédoine. Mais , dans cet affaissement des principales cités de la Grèce , les vieilles races si longtemps comprimées, les Achéens, les Arcadiens avaient repris force dans le Péloponèse. Le génie aristocratique et héroïque des Doriens s'étant lassé, le génie démocratique du fédéralisme achéen s'était levé à son tour. Aratus avait fait entrer dans la ligue achéenne Sicyone, Corinthe, Athènes, enfin Mégalopolis, la grande ville de TArcadie. C'est de là que sortit Thabile général de la ligue achéenne , le Mégalopolitain Philopœmen. Ainsi la fin de la Grèce rappela ses commencements. Le dernier des Grecs fut un Arcadien (un Pélasge? Fox. livre I«'.) La jeune fédération achéenne et arcadienne se trouvait placée entre deux populations jalouses, ennemies de Tordre et de la paix. Au Nord , les Ëtoliens , peuple brigand , pirates de terre , toujours libres de leur parole et de leurs serments. Quand on leur demandait de ne plus prendre les dépouilles des dépouilles, c'est-à-dire de ne plus piller à la faveur des guerres de leurs voisins, ils répondaient : Fous ôteriez plutôt VÉtolie de VÉtolie >. Au Midi, la vieille Sparte, barbare et corrompue, venait de reprendre dans une révolution sanglante son organisation militaire. Les stoïciens, esprits durs, étrangers à la réalité et à l'histoire, avaient fait dans la cité de Lycurgue le premier essai de cette politique classique qui se propose l'imitation superstitieuse des gouvernements républicains de l'antiquité. Ce sont eux qui firent à Sparte l'éducation du jeune Cléomène, à Rome celle des Gracches et de Brutus'. Les moyens violents ne leur répugnaient pas. Poursuivant en aveugles leur étroit idéal , ils faisaient aisément abstraction des bouleversements politiques et de l'effusion du sang humain. Pour rétablir l'égalité des biens , et l'organisation militaire de Sparte, Cléomène n'avait pas craint de

< A Thèbes, ceax qui moaraient sans enfants ne laissaient pas leurs biens à leurs parents , mais à leurs compagnons de table , pour être dépensés en festins. Polyb., extr. Const., Porphyr., 43. — Depuis vingt-six ans, il ne se rendait plus de jugements chez les Béotiens (?). Polyb., Amboês., 58. — A la suite d'une défaite qu'ils essuyèrent, ils déclarèrent que désormais ils ne prendraient part à aucune entreprise.

3 Polyb., lib. XYII.— Belle conférence de Philippe et Flaminius. Finesse de conduite et lourdes plaisanteries du barbare. Philippe se plaint de ce que les Étoliens, priés par lui de révoquer la loi qui leur permettait de

commencer par massacrer lesÉphores. Tout ce qu'il y avait de turbulent et de guerrier dans le Péloponèse, trouvait à Sparte des terres et des armes. Les pacifiques Achéens périssaient s'ils ne se fussent donné un maître. Aratus appela contre Cléomène le Macédonien Antigone Doson, puis contre les Étoliens le roi Philippe , qui obtint un instant sur la Grèce une sorte de suprématie. Il en usa fort mal ; au moment où il avait i)esoin de s'assurer des Grecs contre Rome, il se les aliéna par des crimes gratuits. Il déshonora la famille d'Aratus, l'empoisonna lui-même, tenta d'assassiner Philopœmen, s'empara d'Ithome en trahison. Les Étoliens et les Spartiates appelaient contre Philippe le secours de Rome, et le reste de la Grèce se défiait trop de lai pour le soutenir.

Toutefois Philippe était bien fort. Retranché derrière les montagnes presque inaccessibles de la Ma* cédoine, il avait pour garde avancée les fantassins de l'Épire , et les cavaliers de la Thessalie. Il possédait dans les places d'Élatée, de Chalcis, de Corinthe et d'Orchomène, les entraves de la Grèce, comme disait Antipater. La Grèce était son arsenal, son grenier , son trésor. C'était d'abord la Grèce qu'il fallait détacher de lui pour le combattre avec avantage. Le premier consul , envoyé contre lui , ne sentit point cela , et perdit une campagne à pénétrer dans la Macédoine pour en sortir aussitôt. Son successeur (ld8), Flaminius, le vraiLysandre romain , qui savait, comme l'autre, coudre la peau du renard à celle du lion , s'y prit plus adroitement. Un fait caractérise toute sa conduite en Grèce ; lorsqu'il voulut s'emparer de Thèbes , il embrassa les principaux citoyens qui étaient venus au-devant de lui, continua sa marche en devisant amicalement jusqu'à ce qu'il fût entré lui et les siens dans leur ville. Il en fit partout à peu près de même. Lorsqu'un trattre, vendu aux Romains, lui eut donné des guides pour tourner le défilé d'Antigone, d'où Philippe lui fermait la Macédoine et la Grèce , il eut l'adresse de détacher de lui l'Épire, en même temps que les Achéens , pressés par les Spartiates, abandonnaient la Macédoine qui les abandonnait

prendre les dépouillée des dépouillée m^m«« ( c*est-i-dire de se mêler pour butiner aux guerres que leurs alliés mêmes se font entre eux ), ont répondu qu^on ôterait plutôt rÉtolie de TÉtolie. — Philippe aimait à rire; il répond ( lib. XVI) à Émilius qui lui demande raison de Fattaque d'Abydos et d*Athènes, qu*il lui pardonne sa hauteur pour trois raisons, parce qu^il est jeune, le plus beau de ceux de son âge, et qu^il porte un nom romain.— Voyant les Abydéniensse tueries uns les autres., et précipiter leurs femmes et leurs enfants, il publia qu^il accordait trois jours à ceux qui voudraient se pendre. * Foy. leurs vies dans Plutarque.

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eux-mêmes sans secours. Des villes thessaliennes, Philippe avait miné les petites pour défendre le pays , les grandes s*en indignèrent et se livrèrent anx Romains. La Phocide, TEubée, la Béotie, échappèrent à son alliance. Philippe , réduit à la Macédoine, demanda la paix, et ne fit que refroidir les siens pour la guerre. Cest alors que Flaminius lui livra bataille en Thessalie, au lieu appelé Cynocéphales. Les Cynocéphales, ou iéteê de chienë, étaient des collines qui rompirent toute Tordonnance de la phalange. Ce corps redoutable où la force de seize mille lances se trouvait portée à une merveilleuse unité, n'était rien dès qu'il se rompait. La légion, mobile et divisible, pénétra dans les vides, et décida la grande question de la tactique dans l'antiquité. Philippe n'avait qu'une armée, qu'une bataille à livrer. Vaincu sans ressource, il demanda la paix.

Les ÉColiens, à qui, selon leur traité avec Rome, toute ville prise devait appartenir, insistaient pour que l'on ruinât Philippe. Flaminius déclara que l'humanité du peuple romain lui défendait d'accabler un ennemi vaincu, u Voulez-vous, leur dit-il, renverser avec la Macédoine le rempart qui défend la Grèce des Thraces et des Gaulois 7 » Ainsi , les étoliens ne gagnèrent rien à la victoire qu'ils avaient préparée. Flaminius déclara que les Romains n'avaient passé la mer que pour assurer la liberté de la Grèce. Il présida lui-même les yeux isthmiques (196), et fit proclamer par un héraut le sénatusconsulte suivant : « Le sénat et le peuple romain , et T. Q. Flaminius, proconsul, vainqueur de Philippeet des Macédoniens,déclarent libres et exempts de tout tribut, les Corinthiens, les Phocidiens, les Locriens , les Eubéens , les Achéens Phtiotes , les Magnètes , les Thessaliens et les Perrhœbes. » Les Grecs en croyaient à peine leurs oreilles; ils firent répéter la proclamation , et tels furent leurs transports, que Flaminius faillit être étouffé ^ En vain les Étoliens essayaient de montrer les desseins cachés de Rome. Comment ne pas croire les paroles d'un homme qui parlait purement le grec, qui faisait en cette langue des épigrammes contre les Étoliens, et suspendait au temple de Delphes un bouclier dans l'inscription duquel il faisait remonter les Romains à Enée ? Les Grecs rendirent des honneurs divins au barbare. Ils dédièrent des offrandes à Tiiuê et Hercule , à Titus et JpoUon.

Leur enthousiasme fut au comble, lorsque Fla-

1 Plnt.,fffi/7amffi».

3 Appian., Swpiaxji, 8o. Amstel., 1670, v. I, p. 141 .

' Bannibal avait envoyé à Carthage un marchand de Tyr, qai aflieha la nuit, dans le sénat, la lettre dont il était chargé, et se rembarqua. Appien. — Le même ao-

minius retira les garnisons des places de Gorinthe, Chalcis et Démétriade, et qu'il ne laissa pas un soldat romain en Grèce. Toutefois il avait refusé de délivrer Sparte du tyran Nabis ; il avait maintenu Nabis contre les Achéens , Philippe contre les Étoliens , et laissait chez les Grecs plus de factions et de troubles qu'auparavant.

La modération de Rome n'était pas sans motif. L'Espagne et la Gaule lui demandaient alors les plus grands efforts. Le préteur Caton (195) combattait les Espagnols, prenait et démantelait quatre cents villes. Les Insubriens, défaits en trois sanglantes batailles où ils perdirent plus de cent mille hommes, n'avaient pas découragé par leur soumission (194) les Boîes et les Liguriens. Les premiers prolongèrent jusqu'en 192 , les seconds plus longtemps encore, leur héroïque résistance. Dans la même année où Rome , menacée par les Rôles, déclarait qnUlx avait tumulte, les Étoliens éclataient dans la Grèce par une tentative contre Sparte, Chalcis et Démétriade. Ils appelaient en Grèce Antiochus le Grand. Hannibal projetait une confédération universelle contre Rome. Les Romains, en demandant aux Carthaginois qu'il leur fût livré, n'avaient fait que l'envoyer à Aqtiochus en Syrie , d'où il continuait de mettre le monde en mouvement contre Rome.

Antiochus surnommé to Grand, se trouvait tel en effet par la faiblesse commune des successeurs d'Alexandre. Encouragé par la mort prochaine de Philopater,il portait déjà les mains sur la Cœlésyrie et l'Egypte ; il rétablissait Lysimachie en Thrace, il opprimait les villes grecques de l'Asie Mineure. Lorsque à la prière de Smyrne, de Lampsaque et du roi d'Egypte, les Romains lui demandèrent compte de ses usurpations , il répondit fièrement qu'il ne se mêlait point de leurs affaires d'Italie ^.

Pour vaincre Rome, il fallait s'assurer de Philippe et de Carthage , et porter la guerre en Italie. C'était le conseil d'Hannibal ; mais ce dangereux génie inspirait trop de méfiance à Antiochus '. Lui confier une armée et l'envoyer en Italie, c'était s'exposer à vaincre pour Hannibal. Le roi de Syrie écouta volontiers les Étoliens qui , dans leur système ordinaire d'attirer la guerre en Grèce pour profiter des efforts d'autrui, lui représentaient toutes les cités prêles à se déclarer pour lui. Le roi, de son côté, promettait de couvrir bientôt la mer de ses flottes. Dans ce commerce de men-

teur dit que Seipion TAfricain et les autres députés du sénat, envoyés pour amuser Antiochus, eurent l*adresse perfide d'entretenir souvent Hannibal, et de le rendre par \h suspect au roi de 83rrie.

songes, chacun perdit. Ântiochus amena seulement dix mille hommes en Grèce; les Étoliens lui donnèrent à peine un allié. Les armées romaines eurent le temps d*arriyer et d'accabler les uns et les autres.

Antiochus passe l'hiver en Eubée , et perd le temps à célébrer ses noces (il avait plus de cinquante ans). Il insulte Philippe qu'il aurait dû gagner à tout prix , et le jette dans le parti des Romains en favorisant un prétendant à la couronne de Macédoine. Cependant les légions arrivent , et Antiochus , surpris après deux ans d'attente , est battu aux Thermopyles (192).

Il fallait alors défendre la mer et fermer l'Asie aux Romains. Ceux-ci , ayant obtenu le passage de Philippe, et des vaisseaux de Rhodes et du roi de Pergame , n'eurent à passer que l'Hellespont. Antiochus pouvait au moins défendre les places et consumer les Romains. Il demanda la paix et essaya de gagner les généraux, le consul Lucius Scipion, et Publius, le vainqueur de Carthage, qui voulait bien servir à son frère de lieutenant. Antiochus avait renvoyé à l'Africain, alors malade, son fils qui avait été pris. Celui-ci, en reconnaissance, avait fait dire à Antiochus de ne pas combattre a vaut que sa santé lui permit de retourner au camp. Mais le préteur Domitius , qui n'entrait point dans ces négociations équivoques, força Lucius Scipion de combattre pendant l'absence de son frère ( près de Magnésie, 190) ^ La victoire coûta peu aux Romains. Les éléphants , les chameaux montés d'archers arabes, les chars armés de faux , les cavaliers lourdement armés, les Gallo- Grecs, la phalange macédonienne elle-même, tout le système dé guerre oriental et grec, échoua contre la légion. Les Romains eurent, dit-on, trois cent cinquante morts ', et tuèrent ou prirent cinquante mille hommes ( 190 avant Jésus-Christ).

La paix fut accordée à Antiochus aux conditions suivantes : le roi abandonnera toute l'Asie Mineure, moins la Cilicie. 11 livrera ses éléphants , ses vaisseaux, et payera quinze mille talents. C'était le ruiner pour toujours '. En Asie, comme en Grèce, les Romains ne se réservèrent pas un pouce de terre. Us donnèrent aux Rhodiens la Carie et la Lycie ; à Eumène les deux Phrygies , la Lydie , l'Ionie et la Chersonèse.

Mais avant de sortir d'Asie, ils abattirent le seul peuple qui eût pu y renouveler la guerre. Les Calâtes, établis en Phrygie depuis un siècle, s'y étaient

1 Sur ces négociations très-équÎYoqaes des Scipions, •oy. Appian.,2upe«xii, go. Amstel., 1670, v. I, p. 178. » lUd,

' Ce fut dès lors un proverbe chez les Romains : ^v Ba9CÀcv»f Ay7{oxo$ è Hiyaç,

enrichis aux dépens de tous les peuples voisins sur lesquels ils levaient des tributs. Ils avaient entassé les dépouilles de l'Asie Mineure dans leurs retraites du mont Olympe. Un fait caractérise Topulence et le faste de ces Rarbares. Un de leurs chefs ou tétrarques publia que, pendant une année entière, il tiendrait table ouverte à tout venant ; et non-seulement il traita la foule qui venait des villes et des campagnes voisines , mais il faisait arrêter et retenir les voyageurs jusqu'à ce qu'ils se fussent assis à ses tables '.

Quoique la plupart d'entre les Galates eussent refusé de secourir Antiochus, le préteur Manlius attaqua leurs trois tribus (Trocmes, Tolistobofes , Tectosages), et les força dans leurs montagnes avec des armes de trait, auxquelles les Gaulois, habitués à combattre avec le sabre et la lance, n'opposaient guère que des cailloux. Manlius leur fit rendre les terres enlevées aux alliés de Rome , les obligea de renoncer au brigandage, et leur imposa l'alliance d'Eumène qui devait les contenir (189).

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