‹ ŒuvresChapitre 115 sur 232 · DU CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE VL

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Les premières relations politiques de Rome avec la Grèce , formées par la haine commune contre Philippe, furent d'amitié et de flatterie mutuelles. Elle se souvinrent de la communauté d'origine ; les deux sœurs se reconnurent ou firent semblant. La Grèce crut utile d'être parente de la grande cité barbare qui avait vaincu Carthage. Rome trouva de bon goût de se dire grecque. Chacune des deux crut avoir trompé l'autre. La Grèce y perdit sa liberté ; Rome son génie original.

Dès les temps les plus anciens, Rome avait eu des relations avec les Grecs , soit par suite de Torigine pélasgique des peuples latins , soit par le voisinage de la grande Grèce, principalement à cause de ses rapports antiques avec les cités grecques de Tarqui nies et de Géré ou Agylla ; celle-ci avait son trésor à Delphes, comme Sparte ou Athènes. On avait placé sur le mont Aventin des tables écrites en

< Athen., IV, 15.

^ La plupart des notes de ce chapitre sont placées à la suite de la grande note sur Tincertitode de Phistoire des premiers temps de Rome,i la fin de Thistoire de l« République romaine.

HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE

caractères grecs, qui contenaient le nom des villes alliées de Rome. Après la prise de Rome par les Gaulois, Marseille, autre ville grecque , envoya un secours d'argent aux Romains.Rome élevaunestatae à an Hermodore qui, dit -on, interpréta les lois de la Grèce ; elle rendit le même honneur à Pythagore, prétendu maître de Numa. Camille, après la prise de Yeles, envoya des présents à Delphes. Celle de Rome , par les Gaulois , fût connue de bonne heure à Athènes. Les Romains envoyèrent des ambassadeurs à Alexandre , qui se plaignit, ainsi que plus tard Démétrius Poliorcète, des corsaires d*Antium, ville dépendante de Rome. Nous voyons qu'à Tarente on se moqua des ambassadeurs romains , parce qu'ils prononçaient mal le grec, ce qui prouve du moins qu'ils le prononçaient.

Depuis la guerre de Pyrrhus, les relations devinrent fréquentes. Les Romains se soumirent de plus en plus à l'empire des idées grecques , à mesure qu'ils prévalaient sur la Grèce , par la politique et par les armes. Et d*abord , la religion latine fut vaincue par l'éclat des mythes étrangers. Les dieux hermaphrodites de la vieille Italie se divisèrent d'abord en couples , et peu à peu leurs légitimes et insignifiantes moitiés cédèrent modestement la place aux brillantes déesses de la Grèce. Les dieux mâles résistèrent mieux à l'invasion. Le grand dieu des Latins, Saturne, se maintint en épousant la Grecque Rhea. Mars, le dieu des Sabins, resta veuf de la vieille Neriene. Le dieu étrusco-latin, Janus- Djanus, méconnut Djanasous le costume hellénique d'une chasseresse légère, mais il resta à c6té du Zeus grec , et, dans les prières, fut même nommé avant lui '.

Les héros grecs passèrent TAdriatique avec les dieux. Castor et Poliux éclipsèrent, sans pouvoir les déposséder , les Pénates , leurs frères , qui depuis si longtemps gardaient fidèlement le foyer italique. Les dieux stériles de rilalie devinrent féconds par la vertu du génie grec ; une génération héroïque leur fut imposée ; au défaut d'enfants légitimes , l'apothéose leur en donna d'adoption. Entre toutes les traditions répandues sur la fondation de Rome, le peuple romain choisit la plus héroïque , la plus conforme au génie grec, la plus éloignée de l'esprit sacerdotal de la vieille Italie. Les généraux romains prirent le titre de descendants d'Énée , dans leurs offrandes au temple de Delphes. Un fils de Mars , nourri par une louve, selon l'usage des héros de l'antiquité , devint le fondateur de Rome. Le sénat déclara les citoyens d'Ilium parents du peuple romain , et fit fondre en airain la louve allaitant les jumeaux.

• f^oyeii le livre 1er.

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