‹ ŒuvresChapitre 116 sur 232 · aiCIIELET · texte numérisé non relu

aiCIIELET

Jusqu^â la seconde guerre punique, Rome n'avait pas eu d'historien. Elle était trop occupée à faire l'histoire pour s'amuser à l'écrire. A cette époque, la toute -puissante cité commença à se piquer d'émulation , et commanda une histoire romaine aux Grecs établis en Italie. Le premier qui leur en fournit une , fut un Dioclès de Péparèthe. Examinons quels pouvaient être les matériaux dont il disposait.

Les patriciens , gardiens sévères de la perpétuité des rites publics et privés, avaient , malgré la barbarie de Rome , préparé à l'histoire deux sortes de documents. Les premiersétaient une espèce de journal des Pontifes ( Grandes annales ) , où se trouvaient consignés les prodiges , les expiations , etc. Les seconds (Livres de Lin)^ livres des magistrats, mémoires des familles, généalogies, inscriptions des tombeaux , comprenaient tons les monuments de l'orgueil aristocratique , tout l'héritage honorifique des génies. Une grande partie de ces monuments divers avait péri dans l'incendie de Rome. Toutefois on avait retrouvé des tables de lois, des traités que personne ne pouvait plus lire au temps de Polybe. Tous ces' monuments ne devaient être ni très-authentiques , ni fort instructifs. Le génie mystérieux de l'aristocratie avait dû, chez un peuple et dans un âge illettré, se contenter des plus brèves indications. En outre , ces livres , ces tables enfermés dans les temples et dans les maisons des nobles, restitués, augmentés, Supprimés à volonté, avaient dû arriver au temps des guerres puniques, dans un état étrange d'altération et de falsification.

La tradition pouvait- elle au moins suppléera l'insuffisance des monuments écrits? Les Romains n'ont-ils pas eu , comme tous les peuples barbares, une poésie populaire , où l'on put retrouver leur histoire primitive, ou du moins leur génie, leurs mœurs originales? Plusieurs passages des anciens portent à le croire. Toutefois , peu de nations me semblent s'être trouvées dans des circonstances moins favorables à la poésie. Des populations hétérogènes, enfermées dans les mêmes murs, empruntant aux nations voisines leurs usages, leurs arts et leurs dieux ; une société tout artificielle , récente et sans passé ; la guerre continuelle, mais une guerre de cupidité plus que d'enthousiasme; un génie avide et avare. LeClephte, après le combat, chante sur le mont solitaire. Le Romain , rentré dans sa ville avec son butin, chicane le sénat, prête à usure, plaide et dispute. Ses habitudes sont celles du jurisconsulte ; il interroge grammaticalement la lettre de la loi , ou la torture par la dialectique , pour en tirer son avantage. Rien de moins poétique que tout cela.

La poésie ne commença pas dans Rome par les

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paCriciens, enfants ou disciples de la rnnelte Étnirie, qui dans les fêtes sacrées défendait le chant, et ne permettait qae la pantomime. Magistrats et pontifes, les pères devaient porter dans leur langage celte concision solennelle des oracles, que noas admirons dans leurs inscriptions. Quant aux plébéiens, ils représentent dans la cité le principe d'opposition, de lutte, de négation. Ce n^est pas encore là que nous trouverons le génie poétique.

Si Rome eut des chants populaires, elle les dut probablement aux clients qui assistaient aux destins de leurs patrons , combattaient pour eux et célébraient les exploits communs de la gens. Dans le Nord aussi , le chantre , comme le guerrier , est rhomme du rot. Ce nom de roi est celui par lequel à Rome même les petits désignaient les grands, soit par flatterie, soit par malignité. Dans TAUemagne , où Thomme se donne à Thomme sans réserve et avec un dévouement si exalté, les vassaux chantaient leur seigneur de toute leur âme. A Rome, on le client se trouvait, comme plébéien, en opposition d'intérêts avec son patron, la poésie dut être de bonne heure glacée par le formalisme d'une inspiration oflScielle. Ces chants méritaient probablement d'être oubliés , et ils le furent. Consacrés à la gloire des grandes familles, ils importunaient l'oreille du peuple. Les plébéiens, sans esprit de famille , sans passé , sans histoire , ne regardaient que le présent et l'avenir. Rome, de si petite devenue si grande, avait d'ailleurs intérêt d'oublier. Elle ne se souciait pas de savoir que les vaincus étrusques et gaulois lui avaient autrefois fait payer une rançon.

Pauvres furent donc les matériaux de l'histoire romaine , plus pauvre la critique de ceux qui les mirent en œuvre. Les Grecs de cette époque étaient devenus entièrement incapables de pénétrer le profond symbolisme des vieux âges. Toutes les fois que l'antiquité, par poésie ou par impuissance d'abstraire , personnifiait une idée , lui donnait un nom d'homme , Hercule , Thésée ou Romulus , le grossier matérialisme des critiques alexandrins la prenait au mol, s'en tenait à la lettre. La religion était descendue à l'histoire, l'histoire à la biographie, au roman. L'homme avait paru si grand dans Alexandre, que l'on n'hésitait pas de faire honneur à des individus de tout ce qu'une saine critique eût expliqué par la personnification d'un peuple, ou d'une idée. Ainsi le fameux Evéhmère, dans son voyage romanesque à l'Ile de Panchale, avait lu dans les inscriptions d'Hermès, que les dieux étaient des hommes supérieurs, divinisés pour leurs bienfaits. Encore , cette supériorité n'était-elle pas toujours fort éclatante. Vénus n'était originairement qu'une entremetteuse de profession qui eut l'hon-

neur de fonder le métier. Cadmus, ce héros mythique , qui suit par tout le monde la trace de sa sœur , et sème dans les champs de Thèbes les dents du dragon , n'est plus dans Evéhmère qu'un cuisinier du roi de Sidon, qui se sauve avec une joueuse de flûte.

Cette critique, dominée par le matérialisme d'Épicure , passa de Grèce à Rome avec Diodes. Dioclès fut suivi par Fabius Pictor, Fabius par Cincius Alimentus, Caton et Pison. Fabius est méprisé de Polybe et même de Denys. Caton avait an but plus moral que critique ; il dit lui-même qu'il écrivait son histoire en gros caractères, pour que son fils eût de beaux exemples devant les yeux. Que dire de la puérilité de Pison et de Valérius d'Aotium? Ce sont là les sources où puisèrent Salluste pour sa grande histoire, Cornélius Nepos , Yarron, Denys et Tite-Live. Le génie de Rome était un génie pratique, trop impatient , trop avide d'application, pour comporter les lentes et minutieuses recherches de la critique. C'est le génie des mémoires et de l'histoire contemporaine ; Seaurus, Sylla , César , Octave , Tibère , avaient laissé des mémoires. Les histoires de Tacite ne sont autre chose que des mémoires passionnés contre les tyrans.

Fabius, Caton, Cincius, Pison, Valérius, Tite- Live enfin , l'éloquent metteur en œuvre de cette romanesque histoire, suivirent religieusenkent les Grecs, s'informa nt peu des monuments originaux. L'histoire était généralement pour les Romains un exercice oratoire , comme nous le savons positivement pour Salluste , comme on le voit dans Tite- Live , partout où nous pouvons le comparer avec Polybe* Pour Denys , on ne peut lui refuser une connaissance minutieuse des antiquités, mais il a cru épurer l'histoire romaine en la prosaisant. Il ne dira pas que, sur quinaee mille Fidénates, Romulus en tua la moitié de sa main ; il lui attribuera telle institution qui n'a pu s'inscrire dans les lois , mais plutôt s'introduire dans les mœurs par la force du temps et de l'habitude (la puissance paternelle, le patronage , etc.). Il vantera la probité des compagnons de Romulus. Partout de plates réflexions. Dans les harangues qu'il prête à ses personnages, à Romulus, à Coriolan , etc., vous sentirez l'avantgoùt de l'imbécillité byzantine.

Les Grecs flattèrent leurs maîtres, en supprimant tout ce qui pouvait humilier Rome, en la représentant dès son berceau telle qu'au temps des guerres puniques. Ils flattèrent la Grèce, en rapprochant autant qu'ils pouvaient la barbarie italique de l'élégance et de la civilisation des cités ioniennes. Ils flattèrent surtout les grandes familles de Rome . qui, au temps des guerres de Philippe, d'Antiochus

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et de Persée, disposaient souTerainement du sort de leur patrie.

Aacane famille n'avait à cette époque des rapports plus étroits a?ec la Grèce, que les Fabii et les Qnintii. Nous avons vu que le premier historien latin de Rome, Fabius Pictor, dont le surnom héréditaire indique assez qu'une branche de celte famille cultivait les arts de la Grèce, fut envoyé par le sénat pour consulter l'oracle de Delphes, après la bataille de Cannes. C'est un des Quintii, Titus Quintitts Flaminius, qui, après sa victoire sur Philippe, fit proclamer aux jeux isthmiques l'indépendance de la Grèce. Lisez dans Plutarque quelle fut en ce moment la joie crédule et l'enthousiasme de la Grèce. Vous comprendrez la faveur avec laquelle les historiens grecs de Rome ont traité la famille de leur libérateur.

Au premier siècle de la Mpublique, les consulats pleuvent sur ces deux familles. Un Fabius, un Quintius portent également le nom belliqueux de Cœso, cW-à-dire, celui qui frappe et qui tue, comme les Francs donnaieot à leur Karl le nom de Martel. La grande bataille de Yeîes est le chant des Fabius. L'armée jure aux consuls de revenir victorieuse i un des deux Fabius périt , mais l'autre le venge , décide la victoire par sa valeur , et refuse un triomphe funeste par la mort de son père^ Les Fabii se partagent les blessés, et les soignent à leurs dépens. Cette famille héroïque s'offre au sénat pour soutenir à elle seule la guerre de Yeîes. Us partent au nombre de trois cent six ( Fi^, plus haut nos remarques sur ce nombre ) , tous patriciens , tous de la même gens, tous, selon la puérile exagération de l'historien, dignes de présider un sénat dans les piuê beaus temps de la république. Les Yeîens ne peuvent triompher de ces héros que par la ruse. Les trois cents tombent dans une embuscade et y périssent. A eux tous ils n'avaient laissé qu'un fils à la maison ; c'est de lui que sortirent les branches diverses de la gens Fabia. Un Fabius sort du Capitole assiégé et traverse seul l'armée des Gaulois, pour accomplir un sacrifice sur le mont Quirinal.

Les Quintii donnent à Rome cet idéal classique du guerrier laboureur, destiné à faire honte, par son héroïque pauvreté, au siècle où les Romains commençaient à lire l'histoire. Tiré de la charrue pour la dictature, Quintius Cincinnatus délivre une armée romaine, et, an bout de quinze jours, retourne à la charme. Le consul délivré s'appelle Minutius, comme celui que le Fabius Cunctalor des guerres puniques sauva des mains dllannibal. Cincinnatus, comme Fabius, vend son champ pour dégager sa parole, et sacrifie son bien à l'honneur. Tous deux sont d'infiexibles patriciens, qui dédaignent les vaines clameurs du peuple.

Les Marcii, qui combattirent Persée, et qui furent si longtemps employés dans les négociations de la Grèce, méritaient bien aussi d'être traités avec faveur dans l'histoire. Cette famille est plébéienne ; C. M arcius Rutilus est le premier censeur plébéien. Qu'importe? Une branche de celte famille est distinguée par le surnom de rex, qui veut dire simplement homme puissant, patron. Le généalogiste grec en conclut qu'ils descendent d'un roi de Rome, d'Ancus Martius; et si oe n'est pas assez, ils remonteront à Mamercus, fils de Numa^ quoique, selon la Iradition (Denys, Plut.) , Numa n'ait pas eu d'enfant mâle. Trois autres fils de Numa, Pinus, Pompo et Calpus, seront la tige des Pinarii, des Pomponii et des Calpurnii. I^es Pomponii sont chevaliers , les Calpurnii sonl des hommes nouveaux, qui n'arrivent au consulat qu'en 575. Rien n'arrête le faussaire. La gens Pomponia met sur ses médailles l'image barbue de Numa^ les Marcii mettant souâ les leurs la télé de Numa et Icf port d'Ostîe, fondé par Ancus Martius , ou bien encore Ancus et un aqueduc fondé par ce roi et rétabli pour l'honneur de la famille par le préteur Q# Marcius Rex.

Ce n'est pas tout^r Quintius Cœso, exilé pour ses violences , est accusé par la tradition d'être revenu avec des Sabins et des esclaves , et de s'être un instant emparé du Capitole. La pudeur patricienne des Quintii repousse l'accusation et jette un voile sur celte circonstance. Les Marcii plébéiens sont moins difficiles; ils prennent pour un des leurs ce dont les Quintii ne veulent pas/ Un crime antique n'est point déshonorant. Q. Marcius Coriolanus se vengera d'une injuste condamnation, en amenant l'étranger contre sa patrie. Mais le flatteur des Marcii n'ose ni lui faire prendre le Capitole, ni lui donner la honte d'avoir été repoussé. Il craint d'humilier Rome ofu son héros. Les larmes d'une mère désarmeront Coriolan, et sauveront â la fois Ron»e et l'historien.

Les autres généraux qui font la guerre en Grèce n'ont pas une moins illustre origine. Les Sulpicii remontent du côté paternel jusqu'à Jupiter, du côté maternel jusqu'à Pasiphaé. Quoique cette famille ne soit pas même romaine d'origine, P. Sulpicius Quirinus n'en met pas moins sur ses médailles la louve allaitant Quirinus. Les Hostilii, plébéiens parvenus au consulat à la fin du sixième siècle, portent sur leurs médailles la tète du roi TuUus , leur prétendu aïeul. Quant aux Acilii, Manius Acilius Glabrio, Vainqueur d'Antiochûs aux Thermopyles, est leur premier consul; et il n'est pas jugé assez noble pour arriver à la censure. Mais donnezleur le temps. Un siècle plus tard , ils descendent d'Énée.

Ainsi les Romains et les Grecs vivaient dans un

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échange de flatteries mutaelles. Les premiers, comme cet A. P. Albinos, dont se moqoait Caton , s'exerçaient à écrire en grec*, et demandaient par-» don au lecteur de leur ignorance de cette langue. Flaminius faisait des vers grecs. Dès cette époque les grands de Rome ne manquaient pas d'avoir parmi leurs esclaves ou leurs clients quelque grammairien , quelque poëte grec , qui faisaient l'éducation des enfants et souvent celle du père. Ainsi le farouche et vindicatif Livius Salinator , celui même qui dans sa censure osa noter trente-quatre des trente-cinq tribus, avait auprès de ses enfants le Tarentin Livius Andronicus ^ qui traduisit en latin rOdyssée , et donna sur le théâtre des imitations des drames grecs ; le poëte lui-même y figurait comme acteur. Paul Emile, ce pontife austère, cet augure minutieux, avait dans sa famille des pédagogues grecs , grammairiens , sophistes , rhé-

' Je Texcuserais, disait Caton, s^il eût été condamné à écrire en grec par ordre des Amphictyons. Polyb., ext, Const. Porphyr,, 87.

3 Qui joaait lui -même ses pièces, f^oy. le curieux passage de Yalère Maxime , liv. H, c. 4, sur le théâtre, les jeux, les gladiateurs , etc.

s PJuUrch., PauUEmU. vitâ, c. 3, 7.

4 A Rudis , en Calabre, au milieu des villes grecques (Sueton., De illuit, grammat., c. 1 ). Centurion en Sicile, il se distingue sous Titus Manlius Torquatus ( Sil. Ital., XII, 890); combat ensuite en Espagne à côté du grand Scipion (Claudian., in lib. de 11 Cons. Stil. praef. Gic, pro Arckid, c. 9). Il enseigne le grec sur le mont Arentin (Sueton., II. Cicer., De oro/.^II, 68). Il va en Grèce avec M. Falvius Nobilior (Cic, pro Arckià, cil). — Caton blâme Fulvius d'avoir mené Ennius avec lui (Cic, Tuic, I, SO). — Lié à la Grèce par Téducation, à Pancienne Italie par la naissance et par la langue (il se donne pour descendant de Messapus. Serv., in ^En,, VII , 891 ; Sil. Ital., III , S93), à Rome par ses sentiments et son admiration ; il pouvait donc bien se vanter d*of>otr trois âmês (GcU., N. A., XVI , 17 ). — Après avoir mené les Romains à Técole de la Grèce , il s>pplaudit de ce succès, et les appela Grecs (Fest., r. Sos, et Scaiiger).— Scipion fit placer la statue d'Snnius parmi les monuments de la getis Comelia, Val. Max., VI, 8.

Hocce loquutu* vocat, queicum bene taipe libenter

Mentam, sermonesque suot, rerumque suarum

Comiter impertit; magna quom lassu* dieei

Parti fuvisset, de summeis rebu* gerundeis

CoDsilio, endo forb lato, sanctoque senatu.

Quoi res audacter magnas parvasque jocnmque

Eloqueretur; iincta maleis, et quoi bona diclu

EvODierel, seiqua vellet tutoque locaret :

Queicum molta volutat gaudia clamque palamque.

îngenio quoi noila malum sententia suadet,

Ut faceret facinus leris aul malus, doctu\ fidelis,

Suavis homo, facundu\ tuo contenlu' beatus,

Sceitu\ secunda loquens in tempore, commodu\ verbom

Paucum, molta tenens, anteiqua, sepoIta,Tetusta;

Quai faciunt mores veteresque novosque (enentem ; |

teurs, sculpteurs, peintres, écuyers, veneurs, etc. '. Scipion l'Africain eut pour client et pour panégyriste le fameux Ennius. Né dans la grande Grèce (à Rudiœ^, en Calabre), centurion en Sicile, sous T. Manlius Torquatus , et en Espagne sous Scipion, à la fois Osque, Grec et Romain, il se vantait d'avoir trois âmes. Il enseigna le grec sur TAventîn , imita la Grèce avec originalité, et crut avoir rendu les Romains conquérants en poésie, comme ils l'étaient en politique par les armes de Scipion. Il se sut si bon gré d'avoir altéré l'originalité de l'Italie, qu'il se plaisait à appeler les Romains du nom de Grecs. Le grand poëme d'Ennius eut pour sujet la seconde guerre punique, c'est-à-dire, les exploits de Scipion. Le meilleur morceau qui nous en reste est le portrait du bon et sage client ; c'est sans doute celui d'Ennius lui-même ^. Les Scipions, qui avaient confisqué son génie au profit de leur gloire , ne

Bfoltarum veterum legum, divamque bominumque Prudentem, quei molta loqueive tacereve posset. Hune inter pugnas compellal Servilius sic.

— Gellins, lib. XII, cap. 4. —

Voici quelques autres fragments d^Ennias :

Non habeo denique nauci Marsnm augurem, Non yicanos haruspices, non de circo astrologos, Non isiacos co^jectores, non interprètes somniùm : Non enim sunl ii, autscienlia, aul arte divinei; Scd superstitiosi vales, impudentesque bariolei, Aut inertes, aut insanei, aut quibus egestas imperat : Qui sibei semitam non sapiunt, alteri monstrant viam ; Quibus diy itias poHicen tar , ab iis drachmam îpsei petunt: De bis divitiis sibi deducant drachmam, reddant cetera; Qui sni qucstus causa ficias suscitant sententias.

— Cic, De dimnatione, I. —

At tuba terribilei sonitu taratantaradixit...

•^Priscianus et Serrins. —

Quomque capnt caderet sonitnm tuba sola peregiC.

Et pereunto yiro, rauco sonus aire cucurrit..

Anseris et tutum voce fuisse Jorem... — Propertins. —

Moribui anteiqueis res stat romana vireisque.

— D. A ugustinus ex Cicérone, Derepubliea,\ih.\, —

. . . Stolidum genus Ajacidarum, Rellipotentes sunt magi*, quam sapientipotentes.

—- Nonius in sUrpe. —

Nec mi aurum posco, nec mi precium dederitis, Nec cauponantes bellnm, sed belligérantes; Ferro, non auro, Tcitam cernamus utreique, Vosne velit an me regnare hera, quidve ferat fors, Virtute experiamur; et hoc simol accipe dictum; Quorum virtutei bellei fortuna pepercît, Horumdem me leibertali parcere certum *st, Dono ducite, doque volentibu* cum magneis Dis.

— Cic, De offteus, lib. I. —

Quei polis ingenteis oras CToWere bellei.

— Diomedes , in poUs. —

Non sempcr vostra evortit, nunc Jupiter bac stat.

— Macrobius, Sai,^ lib. VI, cap. 1, —

Fortibus est Fortuna yireis data... — Id., tWdL —

Africa terribilei Iremit borrida terra tumoltu

lâchèrent pas Enoius après sa mort, et l^eofermèrent dans leurs tombeaux.

Ainsi Rome recevait docilement en littérature le joug de la Grèce, comme en politique celui de Faristocratie protectrice des Grecs , celui des Hétellus, des Fabius, des Quintius, des ^milius, des Marcius , des Scipions surtout. Ces nobles orgueilleux qui foulaient si cruellement la vieille Italie dont les armes leur soumettaient le monde, accueillaient avec faveur les hommes et les mœurs étrangères. Ils fermaient Rome aux Italiens, pour l'ouvrir aux Grecs. Peu à peu s'effaçait le type rude et fruste du génie latin. On ne trouvait plus de vrais Romains que hors de Rome, chez les Italiens, par

Uodique, muUimodis consnnitar anxia ooire» : Omiiibut eodo looeia io^ens apparet imago Triatitiai, oculosque maousque ad tudera lassas Protcndunt, exsecrando ducf facia reprendunt Poioei, pervortentes omnia, circum cursanl.

— Festus, ÎD MêUmifmia. —

Hostem quel feriet mihi erit Cartaginiensis. QnisqiiU eril, cujatis erit.

— Diomedes, in a^no.—

Clamor ad ccslam ToWendu* per aethora yagit.

— Varro,L..Iib. VI.—

Marci filius : is dictus popularibus oleis

Quei tum Teivebaot bomines, atque oivom agitabant,

Flos delibatus popolei saadaique medolla.

— -Cic, in bnUo.^

Egregie oordatus homo, Catus Ailin^ Sextas. Quei yicitnon est ▼ictor, nisi yictu* fatetur...

— Nonius, in oftsîdmm.—

. . . Forum, putealque Libonis Handabo aiccis; adimam cantare severis.

— Seryîus, ad Géorgie., lib. II!.—

Q, Ennu epitaphium ab iptomel eondiiwn : Adspicite, o ceiyeis, senîsEnnii imagini formam.

Heic yostrum panxit maxuma facta patrum. Ncmo me lacrnmets decoret, nec funera fletu

Facsit. Quur? yolito tîtu' per ora yinim.

— Cic, 2W0. quœtt.f lib. I.—

P. Seipûmit Jfrieani (wnittut :

Heîc est ille situs, quoi nemo ceiyei\ neque hostis Quibit pro ftclets reddere opene pretium.

— Cic., De legibus, II. — Seneca, lib. XIX , êpitt,, 109. —

Eo ego ingénie natus sum , amicitiam Atque inimicitiam in fronte promptam gero.

— Ex incerto libre.—

Flagitii principium est hudare inter civeis corpora.

— Cic.,rf«c.,Ub.IV.—

Philoêophandum eat paucis, nam omnino haud placet.

— Gellius, lib. V, cap. 15.—

< Le premier, aeloa Varron, qni ait employé le vers satamin (?) : « Satuminm in honorem Dei Naevius in- ▼enit. » Varr., VI. Festns, v. SatarDua.— Inventeur de la tragédie prœlestata, où les caractères sont romains.

exemple à Tusculuro en Caton, et, plus tard, dans ce paysan d'Arpinum , qui fut Marius.

Le premier vengeur que se suscite l'Italie , est le Gampanien Naevius', comme Ennius, soldai des guerres puniques , le même peut-être qui organisa les véliles romains. Celui-ci n'emprunta point le mètre grec ; ce fut dans le vieux vers saturnin qu'il attaqua tour à tour les Claudius, les Métellus, les Scipions même. Le peu de fragments qui nous restent de lui , sont pleins d'allusions piquantes i la tyrannie des nobles , à la servilité de leurs créatures. — Jetions, êoufpre de bonne grâce; le peuple aouffre bien* — Quoil ce que j'approuve , ce que f applaudis au théâlre, ne pourra librement vexer

— T1 attaque les Scipions (Gell., Vf , 8), les Métellus

(Terentian. Maur., v. 2717) :

Fato Metelli Roms fiunt consules.

A quoi ils répondirent :

Dabunt malum Metelli Nxyio poeUe.

— Asconius Pedianus ad Cic, Act. 1, in Verrom., c. 10. —

Voici d^autres fragments de Naevius :

Nonius, in revortit.

Age nunc quando rhetorieaêU , responde quod te rogo. Nonius, in multare, El asseri laudes ago {ego?) cum rôtis me multatis meis, quod Prxter spem quem yellem audiebam : hoc mihi Ennius.

— Colax Nxvii. —

Ex Protecto Ncyii. — Diomedes, in|Milto;

Populus patit : tu patias modo.

Ex TarentillA Nseyii. — Soaipater ia çtHHilc .•

Que ego in theatro hic meis probayi plausibus, Ea non andere quemquam regem rnmpere, Qnanto libertatem hanc hic superat seryitus absolute.

— Gellius, lib. VI, c. 8.—

Exorde du grand poëme de Nsvias, restitué selon les conjectures d^Mennann {Docirina m^iriea ) :

Qni terrai Latiai hemoncs eontuserunt Vhros frudesque Pcsni, fabor.

Passage de Naeyius , d*après Merala , ad Ennium , p. 417, ex Galpurnio.

Sic Pœni contremiscant artuims uniyeraim; Magni nelns tnmnltus pectora poasidet :

....... Ccsum funera agitant,

Exaequias ititant, temulentiamque tollunt

Festam.

Superbiter contemptim conteritlegioncs.

— Nasvius, inNonio,verbis«on<etiip(tm,fiiper6tler. —

Etiam qui

Manu res magnas ssepe gessit gloriose,

Cujus facta yiva yigent, qui apud gcntis solus prottat,

Eum suus pater cum pallio uno ab amicA abduxit.

— Nxvïus, tu ÇeOio, VI, 8. -

Mortalis iramortalis flere si foret fas. Fièrent diyse cameue Nseyium poetam.

Itaque postquam est Orcino traditus tbesauro, Obliti sunt Rome loquier latina Kngua.

— N«vius, in Gtttio, 1, 84.—

HISTOIRE DE LA RÉPtJfiLiQUE ROMAINE.

nos rois du sénat I oh I la tyrannie domine ici la liberté ( Fragm. de la petite Tarentine ). — Les Métellus naissent consuls à Rome; Jeu de mots sur le mot metellus.qni voulait dire portefaix, sur Fincapacité de cette puissante famille , et sur ses nombreux consulats. Les Métellus se piquèrent et répondirent par un vers sur la même mesure :

Les Métellus te porteront malheur.

Ils ne s'en tinrent pas là; ils firent jeter en prison Naevius. Le poëte incorrigible fut si peu intimidé, qu*il y fit deux comédies , et ne craignit pas cette fois de s'attaquer aux Scipions :

Cet homme dont le bras fit maint exploit pompeux. Dont le nom glorieux brille, éclate aujourd'hui, Qui seul est grand aux yeux des nations j Celui-là même, un certain soir.

Son père Temmena de chez sa bonne amie, Yétu légèrement : il n'avait qu^un manteau.

Le trait était d'autant plus pénétrant , qu'alors même Scipion, déjà vieux, avait dans sa maison commerce avec une esclave, et que la connivence

1 Valer. Max.,yi, 6.— Selon Yalérinsd^Antium, un des plus anciens hi«torieps de Rome, la fameuse anecdote de la continence de Scipion serait controuvée ; il n*anrait pas rendu la fille à ses parents. Gell., VI, 8.

» In Mil, Glorios,, v. 21 1 .

Nam os columnalum poète inesse audiyi barbaro. Gui bini custodes semper totis horis accubant.

' Yarr., de L. lat., lY, 45. — Banni (Etiwh.y Ckron,, O/ymp.; CXLI Y ), il meurt \ Utique, à la fin des guerres puniques. (Cependant voy. Cic, Brut. y c. 15.) — Sur la vie d'£nnius et de Nsvius, voy, Blum., Einleiiung, etc.

N*ayant plus occasion de revenir sur cette époque de la littérature romaine, nous placerons ici quelques fragments importants des successeurs immédiats d*Ennius et de Naevius.

Pacuvii Frag,

Nam istis qui linguam arium intelliipint; Plusque ex alieno jecore sapiuat, quam ex suo, Magis audiendum quam auscultandum censeo.

— Cïct De dMn.,\,— P0O odi homines ifjpnayA operA , et philosophA seutentiA.

— Gell., XIII, 8.—

Adolescens, tamen etsi properas, hoc te saxum rogat

Uti se adspicias : deinde quod scriptum est, legas :

Heic sunt poète Pacuvii Bfarci sita

Ossa; hoc Yolebam, oescius ne esses; vale.

r-Gell., I,«4.— S. Caeciiii Frog,

Nam novus quidem Deus reperius est Jovis.

— Ei.£pitMd. Priscianns, in Jeniê,— L. Accii Frag,

Calones, famuli metellique, cacuteque.

— Ex^nmi&alîMM. Festus, in MeMU.^

d*une épouse débonnaire cachait seule sa honte domestique ^

Les Scipions invoquèrent la loi atroce des Douce Tables, qui condamne à mort l'auteur de vers diffamants. Heureusement pour le poète, les tribuns intervinrent. Mais il n'en subit pas moins la honte d'une sorte d'exposition publique , et fut relégué en Afrique. Un poëte de l'âge suivant , qui s*eii tenait prudemment à la satire générale des vices , le comique Piaule, s'est complu à peindre la triste figure du pauvre Campanien , cloué à la colonne avec deux gardes , gui ne le quittent ni nuii ni jour ^. Nœvins, laissant l'Italie pour jamais, lui fit ses adieux dans une épitaphe digne de Catulle, qu'il se composa lui-même, et où il déplorait avec sa propre ruine celle de l'originalité italienne. Qtse les immortels pleurent les mortels, ce serait chose indigne^ Jutremeni, les déesses du chant pleureraient NcBvius le poète. Une fois Ncsvius en/bui au trésor de Pluton , ils ne surent plus à Rome ce que c'était que parler langue latine. Toutefois le peuple garda un bon souvenir au courageux ennemi des nobles. Il donna le nom de Naevius à une porte de Rome' ; et cent cinquante ans après ,. Qorac^, avec

Nihil credo auguribus, qui aures yerbis diritant Aliénas, suas ut auro locupletenl domos.

—Ex jittyanacte. Nonius, in dwitani.—

Multi iniqui aique infidèles regno, pauci sunt boni.

— Cic, De aff.f lit. —

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