‹ ŒuvresChapitre 126 sur 232 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

IULIS ClSAt. — QAtlLIllA. — GÔnSOLAT OB CiSAM. — «UKHBB DBS QAVLBS. — OUBBBB QIVILB. — BIGTATUâB ra CiSAB BT SA MdBT. $S-44.

C. Julius César sortait d'une famille patricienne, qui prétendait descendre, d'un côté, de Yénus^ de l'autre, d^Ancus Mai'tius ' roi de Rome : « Ainsi, disait-il dans l'éloge funèbre de sa tante Julia ^ on trouve en ma famille la sainteté des fois , qui sont les maîtres du monde , et la majesté des dieux qui sont les maîtres des rois« » La tante de César avait épousé Marins *• Les éléments ditefs dont se composait Rome , le vieux patriciat saderdotal, le parti des chevaliers, celui des Italiens, semblaient donc résumés en César» A l'époque où nous sommes parvenus, il n'avait encore d'autre réputation que celle d'un jeune homme singulièrement éloquent,

' Cîc.,prà Mufênâ, c. 15. Illud omae Mithridatieum bellma eom mulierculis esae geUam.

2 Amits meœ Juliae maternom genus ab regibua, patenium cum diis imntortalibua ùonjunctnm est. Nam ab Adco Marcio sunt Mardi regea, quo nomine fuit mater, à Yenere Jalii, cojus gentis eat familîa nostra. Est ergo in génère, etsanctitas regain, qui plarimum inter komines pollent et cerimonia deorum , quorum ipsi in potestate sunt reges. Sueton., inJul., c. 6.

> Plat., fl'n J. Cœs,, c. 1.

* Sueton., t» J. Cœs» Vel intitatos, vel spontè ad se commeantes uberrimo congiarioproseqii€batur...Tùm

dissolu et audacieux , qui donnait tout à tous , qui se donnait lui -même à ceux dont l'amitié lui importait. Ses mœurs étaient celles de tous les jeunes gens de l'époque; ce qui n'était qu'à César, c'était cette effrayante prodigalité, qui empruntait, qui donnait sans compter, et qui ne se réservait d'autre liquidation que la guerre civile ^. C'était l'audace qui, seul dans le monde, le fit, à dix -sept ans, résister aux volontés de Sylla. Le dictateur voulait lui faire répudier sa femme. Le grand Pompée , si puissant alors, s'était soumis à un ordre semblable. César refusa d'obéir ; et il ne périt point : sa fortune fut plus forte que Sylla. Toute la noblesse , les vestales elles-mêmes intercédèrent auprès du dictateur, et demandèrent en grâce la vie de cet enfant indocile : Vous le voules, dit -il, je vous Raccorde; mais dans cet enfant jVDtrevois plusieurs Marins.

César n'accepta point ce pardon et n'obéit pas davantage : il se réfugia en Asie. Tombé entre les mains des pirates , il les étonna de son audace. Us avaient demandé vingt talents pour sa rançon : C'est trop peu, dit-il, vous en aurez cinquante; mais une fois libi*e , je vous ferai mettre en croix ^. Et il leur tint parole. De retour à Rome , il osa reletei' les trophées de Marins *. Plus tard , chargé d'informer contre les meurtriers, il punit à ce titre les sicaires de Sylla, sans égard aux lois du dictateur. Ainsi i il s'annonça hautement comme le défenseur de l'humanité i contre le parti qui avait défendu l'unité de la cité au prix de tant de sang. Tout ce qi^i était opprimé put s'adresser à César. Dès sa quéitufe , il &vorisa les colonies latines , qui voulaient recouvrer les droits dont Sylla les avait privées ^4 Les dedx premières fois qu'il parut au barreau, ce fut poUr parler en faveur des Grecs, contre deul magistrats romains. On le vit plos * tafd, du milieu des mafais et des forêts de la Gaule , pendant une guerre si terrible^ orner à ses frais de monuments publies les villes de la Grèce et de l'Asie. Il tenait compte des Barbares et des esclaves eux-mêmes ; il nourrissait un grand nombre de gladiateurs pour les faire combattre dans les

reomm aut obcratorum, attt prodige jayentatis anhaidium unieam ac promptiasimun erat ; niai qnos gra* yior criminuu, vel inopiss luxuriove vis nrgeret,qnàai ut subveniri posset à se. His plané palàm bello civili opus esse dicebat.

s Plut., t» Cors., c. 9.

* Suet., M» J. Cms,, c. 1 1 . Trophaea Marii de Jugurthà, deqœ Gimbris atque Teutonis , <^m à Syllâ diajecU , restituit. — Plut., in Cœs,, c. 5.

7 Suet., in J, Cœê., c. 8. Colonias Latinas de peiendA cîvitate agitantes adiit ; et ad aadendum alîquîd eoneitasset.

HISTOIRE DE LA REPUBLIQUE ROMAINE

jeux ; mais quand les speetaleors semblaient vouloir lenr mort , il les faisait enlever de l'arène ; il n'eutpas de meilleurs soldats dans la guerre civile. Le monde ancien excluait les femmes de la cité. César donna le premier l'exemple de rendre, même aux jeunes femmes, des honneurs publics ; il prononça solennellement l'éloge funèbre de sa tante Julia et de Gornélia sa femme. Ainsi , par la libéralité de son esprit, par sa magnanimité, par ses vices mêmes. César était le représentant de l'humanité contre le dur et austère esprit de la république ; il méritait d'être le fondateur de l'empire, qui allait ouvrir au monde les portes de Rome.

En bien , en mal , l'homme de l'humanité fut César; l'homme de la Kh fut Caton. 11 descendait de Caton le Censeur, ce rude Italien qui avait si ftpre* ment combattu un autre César. Ches le dernier Caton, la sévérité passionnée des Porcii s'était épurée dans le stoïcisme grec. Il était à lui seul plus respecté à Rome que les magistrats et le sénat. Aux jeux de Flore , le peuple, pour demander une danse immodeste, attendait que Caton fCit sorti dq théâtre.

Ses ennemis , ne sachant que reprendre dans qq tel homme, lui faisaient des reproches futiles; ils l'accusaient de boire après souper, jamais on ne le vit ivre ; de paraître obstiné, il éuit un peu sourd ) de s'emporter, mais tout à cette époque devait l'irriter ; enfin d'être trop économe. César , dans son Anti-Caton, prétendait malignement qu'ayant brûlé le corps de son frère , il avait passé les cendres au tamis pour en retirer l'or qui avait été fondu par le feu ^.

Levrai reproche que méritait Caton, c'était cette rigueur aveugle, cetopiniâtre attachementaq passé, qui le rendait incapable de eomprendre son temps. C'était l'ostentation cynique avec laquelle il aimait à braver , dans les choses indifférentes , le peuple au milieu duquel il vivait. On le voyait, même dans sa prélure , traverser la place sans toge , eu simple tunique, nu -pieds, comme un esclave, et siéger ainsi sur son tribunal.

Dans la lutte qu'il soutint si longtemps pour la liberté de sa patrie, Caton n'eut poiat d'abêrd César pour adversaire , mais le riche Crassus et le puissant Pompée. Le premier qui, depuis Sylla , et d'abord à la faveur des proscriptions, avait porté sa fortune de trois cents talents à sept mille ( trente^ cinq millions de notre monnaie ) s'imaginait finir tôt ou tard par acheter Rome. Crassus , dit Plutarque, aimait beaucoup la conversation du Grec

1 Plut., tM Cat.

* Id,^ imCroêê.

Alexandre. Il l'emmenait avec lui à la campagne, lui prêtait un chapeau pour le voyage , et le lui redemandait au retour. Il n'y avait pas à craindre qu'un pareil homme devint jamais mattre du monde '•

Tels étaient les principaux combattants. Exami* nons le champ de bataille.

La tyrannie des chevaliers , des usuriers, des publieains, était si pesante que chacun s'attendait à un soulèvement général après le départ de Pompée. Tous les ambitieux se tenaient prêts , César, Crassus, Catilina , le tribun RuUus , et jusqu^aux indolents héritiers du nom de Sylla '. Le parti vainqueur , celui des chevaliers , se trouvait désarmé par réloignement de son général, et n'avait à opposer que Cieéron aux dangers qui, de toutes parts, menaçaient la république. Il ne s'agissait pas de la liberté; elle avait péri depuis longtemps : mais la propriété elle-même se trouvait en danger. Le mal dont se mourait oelte vieille société, c'étaient l'injustice et rillégalilé dont se trouvait marquée alors l'origine de toute propriété en Italie. Les anciennes races italiennes du midi, depuis longtemps expropriées, soit par la populace de Rome envoyée en colonies, soit par les usuriers, chevaliers et publtoains, avaient été presque anéanties par Sylla. L'usure avait exproprié à leur tour et les anciens colons romains, et les soldats de Sylla établis par lui dans l'Étrurie. Les sénateurs et les chevaliers (shangeaient les terres en pâturages, et substituaient aux laboureurs libres des bergers esclaves. L'Étrurie, préservée longtemps, subissait à son tour cette cruelle transformation. Par toute l'Italie flottait une masse formidable d'anciens propriétaires dépossédés à des époques différentes : d'abord les Italiens, et surtout les Étrusques, expropriés par Sylla, puis les soldats de Sylla eux-mêmes, souvent encore le noble Romain qui se ruinait après les avoir ruinés; tous égaux dans une même misère. Ajoutez des pâtres farouches, errant avec les troupeaux de leurs maitres dans les solitudes de l'Apennin, souvent ne reconnaissant plus de maîtres , et subsistant de brigandages comme les noirs marrons des colonies modernes ; enfin les gladiateurs, bêtes féroces qu'on tenait à la chaîne pour les lâcher dans l'occasion, et qui constituaient à chaque sénateur , à chaque chevalier , une petite armée

d'assassins.

Je vois, disait Catilina à Cieéron, Je vois dans la république une tète êanê corpe, et un corps sans tête; cotte tête quinuingue, ce sera moi*. Cette pa-

s Cic, pf9 Com. S$llâ. La jastifieation de Sylla est loin d^ètre concluaDte.

* Plut., im de. — Cic., pro Htufnd, «. 95.

HISTOiaE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE.

rôle exprimait admirablement la société romaine. Tant d'opprimés appelaient on chef contre la méprisable aristocratie des grands propriétaires romains, sénateurs et chevaliers. Mais quand ce chef eût eu le génie de César, Targent de Grassus et la gloire militaire de Pompée , il n'eût pu concilier tant de prétentions opposées, ni guérir un mal si complexe. Une translation universelle de la propriété, qui n'eût pu s'accomplir qu'en versant encore des torrents de sang, n'aurait point fini les troubles. Ces terres arrachées aux grands propriétaires, à qui les eût-on rendues? elles étaient pour la plupart réclamées par plusieurs maîtres ; au vétéran de Sylla , à l'ancien colon romain qu'il avait dépouillé, ou aux enfants du propriétaire italien dépossédé par le colon, et qui végétaient peutrétre encore nourris des distributions publiques, logés dans les combles de ces vastes maisons de Rome (ituuiœ)^ où s'entassaient, à la hauteur de sept étages, toutes les misères de l'Italie '? Ces terres d'où le grand propriétaire avait arraché toutes les limites, pierres brutes. Termes et tombeaux, ces champs dont il avait, souvent à dessein, brouillé et confondu la face, quel o^rtmeiwor assez clairvoyant, quel juge assez intègre eût pu les reconnaître, les mesurer, les partager?

Un changement semblait imminent, quelles que fussent les difficultés. César donna le premier signal, par un acte de justice solennelle, qui condamnait la longue tyrannie des chevaliers : déjà, il avait flétri celle des nobles en punissant les sicaires de Sylla. Il accusa le vieux Rabirius, agent des chevaliers , qui, trente ans auparavant , avait tué un tribun, un défenseur des droits des Italiens, Apuleïus Saturninus. Les chevaliers avaient conservé à Saturninus un souvenir implacable. Ils avaient fait un crime capital de garder chez soi le portrait de ce tribun ; ils accoururent de l'Apulie et de la Campanie, où ils possédaient toutes les terres. De concert avec le sénat, ils défendirent Rabirius par l'organe de Cicéron , et toutefois ne purent le sauver qu'en rompant violemment l'assemblée '. César comprit

> Auguste défendit d'élever des maisoDS à plus de soixante -dix pieds. Nous savons d'ailleurs que chaque étage était peu élevé.

3 Cic, pro BMrio, e. 94. Val. Max., VIII, 1.— Pendant que les centuries donnaient leurs votes auChampde-Hars, un étendard était dressé sur le Janicule. Cet ancien usage datait d*une époque où Pennemi étant voisin des murs de Rome, on craignait qu*il ne parût tout à coup, et ne surprit la ville sans défense. Métellus Celer sauva Rabirius en enlevant Tétendard du Janicule. Par cela seul, rassemblée était dissoute de droit. Dion., p. 129.

' Cic, tu RuiL, e. 35. Aucun monument n*est plus

que la révolution n'était pas mûre, et attendit dans un formidable silence.

Alors parut le tribun Rullus , qui s'offrait de guérir par une seule loi le mal universel de la république. Ce mal , nous l'avons dit, c'était l'injustice dont se trouvait entachée alors l'origine de toute propriété. Rullus proposait d'acheter des terres, pour y établir des colonies ; de partager entre les pauvres citoyens tous les domaines publics, en indemnisant ceux qui les avaient usurpés. Le tribun se chargeait lui-même, avec ses amis, d'exécuter celte opération immense , qui devait faire passer par ses mains toute la fortune de l'empire , en y comprenant les conquêtes récentes de Pompée. Les chevaliers, effrayés d'une proposition qui eût compromis , ou légalisé à grands frais leurs usurpations , parvinrent à éluder la proposition de Rullus par l'adresse de Cicéron. L'habile orateur exposa que jamais les Romains n'avaient acheté l'emplacement de leurs colonies, et persuada au peuple qu'il était indigne de Rome d'établir ses enfants sur des terres légitimement acquises. Il insinua surtout que la loi de Rullus allait partager les terres d'où l'on tirait le blé qui se distribuait au petit peuple. Ce dernier argument était décisif auprès de cette populace oisive ; ils aimaient mieux du blé que des terres , et ne se souciaient pas de quitter la place publique et les combats de gladiateurs '.

Cicéron rencontra un plus dangereux adversaire dans le sénateur Catilina, son concurrent au consulat. Les plus implacables ennemis de ce dernier s'accordent à dire que c'était une nature grande et forte, une âme d'une incroyable énergie, une vie souillée, il est vrai, mais un ami dévoué, et jusqu'à la mort. Cicéron avoue qu'il y avait dans Tamitié de Catilina une irrésistible séduction, et qu'il fut lui-même près d'y céder *. Sous Sylla , il s'était déshonoré , comme Crassus et tant d'autres. Crassus s'était relevé : il était riche. Catilina, ruiné, endetté, était resté sous le poids de la honte. Cette conscience de son déshonneur s'était tournée en

important pour Thistoire romaine que les discourt sur la loi agraire de Rullus. — Vos verè retlnete, Quirites, possessionem urbis, gratise. — Laisserez -vous vendre, dit -il encore, AorrowM Ugionum, tolaiium annonœ^,.

* Cic, pro Cœlio, c. 5, 6. — Quis clarioribus viris quodam tempore jucundior? Il la in illo homine mirabilia fuerunt, comprebendere multos amicitiA... Me ipsum , me, inquam, quondam penè ille decepit , cûm et mihi bonus et optimi cujusque cupidus, et firmus amicns et Gdelis videretur. — AdAtHcj 1. 1. — Cicéron semble prêt à défendre Catilina, et à s^entendre avec lui poar le consulat. Il plaida pour plusieurs des amis de Catilina, pour Sylla , pour Cslius, etc.

HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE

fureur* Il s'était plongé d*aatant pins dans Tinfamie* Son yisage inquiet et pâle, ses yeux sanglants, sa démarche tantôt lente, tantôt précipitée, semblaient accuser la victime d'une horrible fatalité. Tout ce qu'il y avait dans Rome et dans l'Italie dliommes perdus de misères on de crimes, affluaient auprès de Catilina. Vétérans de Sylla ruinés. Italiens dépossédés, provinciaux obérés, sans compter une bande de jeunes gens dépravés et audacieux, de mignons sanguinaires qui ne le quittaient pas , et qui faisaient la partie honteuse de la faction, tout cela voltigeait dans le Forum autour de Catilina, n'attendant que son signal. Toute Taristocratie, sénateurs, chevaliers, publicains, usuriers , se croyaient menacés d'un massacre.

On pouvait tout soupçonner des amis de Catilina, tout faire croire sur leur compte. Les chevaliers n'oubliaient rien pour ajouter à la fk*ayeur publique. Les bruits les plus absurdes étaient bien accueillis. Ciitîlina, disaient-ils, a égorgé son fils pour obtenir la main d'une femme qui ne voulait pas de beaufils. Il veut massacrer tous les sénateurs ; il veut ( ceci touchait davantage le petit peuple ) mettre le feu aux quatre coins de la ville. Il a retrouvé l'aigle d'argent de Marins ; il lui fait des sacrifices humains. Les coiqurés, dans leurs réunions nocturnes, ont confirmé leurs serments en buvant à la ronde du sang d'un homme égorgé. Que sais-je encore ? Salluste va jusqu'à dire que Catilina ordonnait des assassinats inutiles, pour que ses amis ne perdissent pas l'habitude du meurtre '•

La frayeur publique , augmentée ainsi habilement, porta Cicéron au consulat ( 65 ). Mais ce n'était pas assei. On voulait accabler Catilina. Cicéron présenta une loi qui ajoutait un exil de dix ans aux peines portées contre la brigue '. C'était l'attaquer directement, elle jeter, coupable ou non, dans le conlplot dont on l'accusait. Cicéron déclara hautement l'imminence du péril. Il prit une cui-

1 Gic, m Caia., I , c. 9. — Sali., Cat., e. 16. Si causa peccandi in praesens minus suppetebat, nihilominùs insontes, sicuti sontes, circamvenire, jugalare; scilicet ne per otium torpescerent manos ant animas, gratuite potins malus atqoe cmdelis erat.

Mémorial dêSoMe-aélène, 19 mars 1816 : « Aujourd^hni Tempereur lisait dans Thistoire romaine la eonjuration de Catilina; il ne pouvait la comprendre telle qa*elle est tracée. Quelque scélérat que fût Catilina , observait- il, il devait avoir un objet : ce ne pouvait être celai de gonvemer dans Rome, puisqa*on lui reprochait d^avoir voulu y mettre le feu aux quatre coins. L'empereur pensait que c*était plutôt quelque nouvelle faction à la façon de Marins et de Sylla , qui , ayant échoné, avait accumulé sur son chef toutes les accnsationa banales dont on les accable en pareil cas... Les

rasse , il arma tous les chevaliers, et se crut si fort qu'il osa, dans une invective contre Catilina, pro* clamer que les débiteurs n'avaient aucun soulagement à espérer : Qu^aHendi-iu? lui dit- il , de lumveUês tablM? uns abolition des détteê? fen afficherai de» tablée , nu^$ de vente. Ce mot si dur exprimai lia pensée des chevaliers '. Catilina, chargé d'imprécations, fut obligé de sortir du sénat, où il avait eu l'audace de paraître encore, mais il lança en se retirant des paroles sinistres : Fou» allume» un incendie contre moi; eh bient je Vétoufferai eouê des ruinée l

Son départ fit éclater un mouvement immense dans l'Italie. Sur tous les sommets sauvages de l'Apennin, on courut aux armes; dans l'Apulie, dans le Brutium, se soulevèrent les pâtres, esclaves des chevaliers ^ ; dans l'Étrurie les vétérans de Sylla, d'accord cette fois avec les laboureurs qu'ils avaient jadis expropriés. Lentulus , Céthégus et les autres amis de Catilina restés i Rome , pratiquaient les députés des AUobroges, qui étaient venus demander quelque allégement aux effroyables usures qui les ruinaient. Une foule de grands de Rome avaient connaissance de la conjuration. César n'y était pas étranger. Crassus, selon toute apparence, l'encouragea et le dénonça ^,

Les AUobroges calculèrent aussi qu'ils gagneraient davantage en livrant les lettres des coiy urés. Lentulus reconnut son écriture, et avoua. Il se croyait garanti pai* la loi Sempronia qui permettait à un citoyen romain de prévenir par un exil volontaire une condamnation capitale. Cette loi était, si l'on veut, dangereuse, mais enfin elle existait. César défendit habilement et sophistiquement la cause de l'humanité et de la loi, et faillit être mis en pièces. On conclut que la loi Sempronia protégeait, il est vrai , la vie dee eitoyene; maie que l'ennemi delapatrie n'était plu» citoyen. Les conjurés furent condamnés à mort. Mais le cœur manquait à Cicé-

Gracques lui inspiraient bien d*autres doutes.... »

' Dio., p. 150, 8.— Dion dit un peu plus loin : « L*affaire de Catilina fit plus de bruit qu*elle n^en méritait, à cause des discours de Cicéron et de sa gloriole. »

> Cic.,t»Cbft7.,II,o.8: QttidenimexpecUs?Ubalas novas? meo beneficio tabulae novae proferèntnr, verùm auctionariae. — Giodius dit plus tard qu'il ferait expier aux chevaliers /«« dtgréê du CapUole, Cic, Poêt red,, c. 5, 15. — Si Ton pouvait douter que Cicéron fût constamment rhomme des chevaliers et des publicains, il suffirait de lire : Pro Uge Maniliâ, c. 9-7 ; De peHUonê cantul., c. 1, etc., etc.

^ Id.,fMcl.y c. 9 ; Jàm verè urbes coloniarum atqoa municipiorum respondebunt Gatilinae tumalis lylvestribus. — yoy. aussi tn CatU,j III, c. 0.

» Plut.,mCniM.^c. 17.

HISTOIRE DE LA RÉPDBUQUE ROMAINE

ron, hoonne doaz et timide, qui craignait de prendre .sur Im pareille chose. U fallut que sa femme Téreotia employât son irrésistible autorité. Elle le décida i faire étrangler les conjurés dans la prison f . Au soir y le consul traversa le Forum , et dit : Ii$ oni vécu. Il fut reconduit comme «n triomphe par pins de deux mille chevaliers*

On se hèta d'accabler Gatilina avant qu'il eût mieux organisé son parti. Si on lui eût donné le temps de sortir des neiges de l'Apennin, disait plus tard Cicéron lui-même, il et^t occupé les défilés des montagnes, envahi les riches pâturages, entf^atné tous les pasteurs, et peut-être soulevé la Gaule italienne', 11 n'était encore qu'en Étrurie, ou se trour valent le plus prand nombre de laboureurs libres et de vétérans de Sylla. Peut-être même avait^il des relations de famille dans cette contrée. Le nom de Çatilina semble étrusque. Un Étrusque commandait une aile de son armée ' , l'autre était sous les ordre d'un Mallius , vieux soldat de Sylla. Le consul Antoniusque Cicéron avait détaché de la conjuration , eut honte de combattre contre Gatilina , et fit le malade. Gatilina n'ayait pu encore armer que le quart de ceux qui le suivaient ^ ; ce qui prouve, soit dit en passant, que la conjuration n'était pas préméditée depuis si longtemps, H fut défait, et se fit tuer en combattant, ainsi que ses deux lieuteqans (l'Etrusque et Mallius), et presque tous ceux qui l'avaient suivi. On retrouva Gatilina bien loin dans l'armée fomaineoù il s'était fait jour ; l^sautres couvraient de leurs corps la place où ils avaient combattu. Cette fin héroïque me ferait croire volontiers qu'on 9 calomnié ce parti. Certes, ceux qui périrent ainsi n'éUiient pas apparemment ces efféminés dont Cicéron compose toigours dans ses harangues le cortège de Gatilina,

Le parti vainqueur avoua la peur qu'il avait eue, par l'excès de sa joie et par son enthousiasme pour Cicéron. Lui-même y fut pris comme les autres. Il se crut un héros , invita les historiens et les poètes à célébrer son consulat, le célébra lui-même ^ , et se croyant désormais l'égal de Pompée, n'hésita point à dire ;

Qoe les armes cèdent à la toge.

Le laurier des combats aux trophées de la pajN>le!

... 0 Rome fortunée, sous mon consulat née!

' Plut., m Cicer.^ p. 870. A T<pcv7(a... Uap&^we» ^nl

roitç âvSpaç,

2 Cie.^proP. Segtio, c. 6. — In Caiii,, II, c. 19.

s Sallust., Bell, CaHl, « Faesulanum quemdam in siaistrâ parte curare jnbat. »

^ Id., ibid, Bx omni copia circiter pars quarta erat militaribus armis iustracta.

^ y^if. surtout : EpUl. famil., lib. Y, 11 , imI Lue-

Ces vers ridicules lui firent moins de tort que la versatilité avec laquelle il défendit Muréna coupable de brigue, lui qui, par sa loi contre la brigue, avait provoqué l'explosion du complot de Gatilina. Muréna était l'ami des chevaliers; Sylla l'était des nobles. Cicéron eut encore la faiblesse de défendre ce dernier, qui avait été complice de Gatilina. Ainsi le grand orateur bravait l'opinion. Il régnait dans Rome : C'est le trçisièfne r^iéiranger que noue axone, disaient ses ennemis, oprda TaUue et Numa.

Pompée, de retour après sa glorieuse promenade en Asie, fut bien étonné de retrouver sa créature si puissante. C'était le sort de cet heureux soldat qui n'ayait ni tête, ni lanp^e, de s'en donner toujours qui le fissjsnt repentir de son choix. Ainsi il éleya successivement Cicéron, Clodius et César, et ensuite il laissa exiler le premier, tuer le second ; pour le troisième, il trouva en lui son mattre.

Avant même le retour de Pompée , son partisan Métellus Nepos ayait accusé Qicéron, et proposé que Pompée fût chargé de réformer la république. Mais l'aristocratie était devenue si hardie et si violente depuis la mort de Gatilina, que Métellus fut obligé de chercher un refuge dans le camp de Pompée. On attaqua ensuite Cicéron dans ceux qui lavaient secondé contre Gatilina, le consul Antonius, et le préteur Flaccus. Enfin Pompée voulant faire confirmer tout ce qu'il avait fait en Asie , malgré Cicéron , Lucullus et Galon , il s'unit étroitement avec Crassus et César. Ce dernier trouva moyen de réconcilier Pompée et Crassus, et de se faire élever par eux au consulat (59).

L'historien Dion nous a transmis l'histoire du consulat de César avec plus de détails que Suétone ou Velleius , et avec plus d'impartialité que le romancier Plutarque , toujours dominé par son enthousiasme classique pour les anciennes républiques dont il ne comprend pas le génie : « César, selon Dion Gassius, proposa un^ loi agraire, à laquelle il ét^it impossible de faire aucun reproche. Il y avait alors une multitude oisive et affamée qu'il était essentiel d'employer à la culture. D'autre part, il fallait repeupler les solitudes de l'Italie. César atteignait ce but sans faire tort à la république, ni aux propriétaires. Il partageait les terres publiques (et spéciar lement la Campanie,à ceux qui avaient trois enfants

eeium. ^ J4 Jttieum^ EpUU^ lib. III, c, 9.

Interea cortus, quos prima à parte juTente, Qaoaque adeo couul yirtute aaimoqua petuti, Hos retioe, at^ue augo iimam laudemque bonortun. — (}aiot. et ipso Cic, Jh OffieUi, lib. I.

Cédant aroia loge ; concédai laurea lingue.

^ Quint., lib. II, cap. 1. — Et Jarenal :

0 fortunatam, oatam me eoBsnle, Rona«.

HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE

oa dayanUge ). Capoiie devenait une colonie romaine. Mais les terres publiques ne suffisaient pas ; on devait acheter des terres patrimoniales au prix où elles étaient estimées par le cens. L'argent rapporté par Pompée ne pouvait être mieux employé qu*à fonder des colonies, où trouveraient place les soldats qui avaient conquis l'Asie.» Jusqu'ici la loi de César se rapportait en beaucoup de choses avec celle de Rnllus. Elle en diflèrait surtout ^n ce que l'auteur de la loi ne se chargeait pas de l'exécution.

Lorsque César lut sa loi en plein sénat , et de^ manda successivement à chaque sénateur s'il y trouvait quelque chose i dire , pas i|n ne l'attaqua ; et néanmoins, ils la repoussèrent tous. Alors César s'adressa au peuple. Pompée, interrogé par lui s'il soutiendrait sa loi, répondit que si quelqu'un l'attaquait avec l'épée, il la défendrait avec l'épée et le bouclier. Crassus parla dans le même sens, Caton et Bibulus, collègue de César, qui s'y opposèrent au péril de leur vie, ne purent empêcher que la loi oe passât. Bibulus se renferma dès lors dans sa maison , déclarant jours fériés tous ceux de son consulat. Mais lui seul les observa. César ne tint compte de son absence. Il apaisa les chevaliers qui lui en voulaient depuis Catilina , en leur remettant un tiers sur le prix exagéré auquel ils avaient acheté la levée des impôts. Il fit confirmer tous les actes de Pompée en Asie^ vendit au roi d'Egypte l'alliance de Rome , et accorda le même avantage an roi des Suèves établis dans la Gaule, Arioviste. César tournait déjà les yeux vers le Nord. Tout en déclarant qu'il ne demandait rien pour lui, il s'était lait donner pour cinq ans les deux Qaules et rillyrie. La Gaule cisalpine était la province la pli|s voisine de Rome^ la transalpine, celle qui ouvrait le plus vaste champ au génie militaire ; celle qui promettait le plus rude exercice, la plus dure et la meilleure préparation de la guerre civile.

Dans la pitoyable agitation de Rome, au milieu d'une société tombée si bas, que Pompée et Cicéron s'en trouvaient les ôpax héros , certes, celui-là fut un grand homme qui laissa toi|tesces misères, et s'exila pour revenir maître. L'Italie était épuisée , l'Espagne indisciplinable ; il fallait la Gaule pqur asservir Rome. J'aurais voulu voir cette blanche çt

1 Suet., m J, Cϐ., c, 45. Fuisse traditnr eolore oandido.

* Id.^Aid,, Comitiali qooqae morbo bis.inter ret ge-f rendas oorreptot est.

> Suet., Plat., jKi««iff». — Pliii., VU, 35. Onze cent qaatre • vingt -doaiejnîHe hommes avant les guerres civiles.— SoUimitatem omniam capaoemqna eœlo continentur, sed proprium vigorem celeritatemqne quodam igoe volnçrem... epistolas tantanim remm quatemas

pâle figure < , fanée avani l'âge par les débauches de Rome, cet homme délicat et épileptique ', marchant sous les pluies de la Gaule, à la tête des légions, traversant nos fleuves à la nage; ou bien à cheval entre les litières où ses secrétaires étaient portés, dictant quatre, six lettres à la fois , remuant Rome du fond de la Belgique , exterminant sur son chemin deux millions d'hommes ', et domptant en dix années la Gaule, le Rhin et l'Océan du nord (58-49). Ce chaos barbare et belliqueux de la Gaule était une superbe matière pour un tel génie. De toutes parts , les tribus gauloises appelaient alors l'étranger. Par-dessus la vieille aristocratie des chefs des clans galiiques , avait passé le torrent des Kimris. Le dépôt qu'il laissa fut le druidisme, religion sombre et sanguinaire, mais d'un esprit plus élevé que le culte des élénfients qui auparavant donûnait la Gaule. Les Romains appellent la Eretagnela patrie des druides * , sans doute parce qu'alors les druides de la Gaule regardaient cette Ile comme le centre de leur religion. C'était ordinairement dans des lies ou des presqu'îles que se trouvaient les établissements druidiques, Les neuf vierges de l'Ile de Sein endormaient à leur volonté ou éveillaient la tempête. Celles de l'embouchure de la Loire vivaient aussi dans des Ilots, d'où elles venaient aux temps prescrits visiter la nuit leurs époux, et ayant le jour elles regagnaient la terre sacrée à force de rames. D*autres, sur les écueils voisins de la Bretagne, y célébraient des orgies mystérieuses, et effrayaient au loin le navigateur de leurs cris furieux et de la sinistre harmonie des cymbales barbares ^. Le prodigieux monument de Carnac est dans une petite presqu'île de la grande péninsule bretonne. Selon la tradition, on portait les cadavres dans l'Ile d'Ouessant, et de là les âmes volaient dan9 l'Ile d'Albain ou Albion , peut-être jusqu'à l'Ile Mona. Les Yénètes et autres tribus de notre Bre^ tagne étaient dans des rapports continuels avec la Grande-Bretagne, et en tiraient des secours pour leurs guerres. César nous apprend qqe le divitiac ou chef druidique des Suessones (Soissons), avait auparavant dominé sur une grande partie de la Gaule et sur la Bretagne \ C'est en Bretagne que se réfugient les Bellovaques (Beauvais) , ennemis de

pariter Hbrariis dictare, ant si nihil alînd ageret, septenas.

^ Caes., B. G, — Voy, le beaa passage d'Amédée Thierry, SûioirB dw Gaulois, t. Il, c. 1. Toutefois, je n*ai pas cm devoir suivre cet historien dans son récit de la conquête des Gaules par César.

» Strab., IV, 108.

< Gaes^ B.G.yllyC.X, Apud Suessiones regen nostr^ memorià DtviHaeum, totius Galliae potentissimum, qui

HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE

César. Les grandes fêtes draidiqnes étaient célébrées sur les frontières des Garnules , peut-être à Genabum , Ile de la Loire , voisine de la ville romaine d'Orléans. Genabum (rivière coupée), est synonyme de LuteHa (fleuve partagé) '. Les Carnutes étaient dans la clientèle des Rhèmes (Rheims). Les Sénones (Sens) , liés avec les Garnules et avec les Parisii, avaient été clients ou vassaux des Édues (Autun),comme pent-êtreaussi les Bituriges(Berri) '. Ainsi les draides semblent avoir dominé dans les deux Bretagnes, dans les bassins de la Seine et de la Loire. Au nord, les Belges avaient repoussé les Gimbres et probablement le druidisme cimbrique. On ne cite parmi eux d'autre établissement cimbrique que la colonie d'Aduat (Aduat — Éduat?), établie an centre d*nne enceinte d'énormes rochers', que la nature avait préparée d'avance pour recevoir une ville druidique. Au midi, les Arvernes et toutes les populations ibériennes de l'Aquitaine, étaient généralement restés fidèle&à leurs chefs héréditaires. Dans la Geltique même , les druides n'avaient pu résister au vieil esprit de clans, qu'en favorisant la formation d'une population libre dans les grandes villes, dont les chefs ou patrons étaient du moins électifs , comme les druides ^. Ainsi deux factions partageaient tous les États gaulois ; celle de l'hérédité, ou des clefs des clans; celle de l'élection, ou des druides et des chefs temporaires du peuple des villes. A la tête de la seconde se trouvaient les Édues; à la tête de la première , les Arvernes et les Séquanes. Ainsi commençait dès lors l'opposition de la Bourgogne (Édues) et de la Franche- Gomté (Séquanes). Les Séquanes, opprimés parles Édues qui leur fermaient la Saône, etarrétaient leur grand commerce de porcs ^ , appelèrent de la Germanie des tribus étrangères au druidisme, qu'on nommait du nom commun de Suèves. Ges Barbares ne demandaient pas mieux. Ils passèrent le Rhin , sous

eàm magnae partis harnm regioDum, tùm etiam BritaDniae partem obtinuerit; nunc regem esse Gaïbam; ad hune propter justitiam prudeotiamque summam totius beili omnium yoluntate deferri.— 2>t9^ Diu, Dieu, en gallois; divila, arbitrage; diwiê, élection, en bas breton. Galb , gros , gras , en bas breton ( voyei aussi Suet. in Galbe viU); galba, dureté, rigueur, en irlandais.-> Dans le passage cité plus haut, le chef druidique, le âmUoCf étend %tL domination de Soissons jusque dans nie sacrée de la Bretagne; celle du galb (on chef militaire?) ne s'étend pas hors de la Belgique.

' Luhy rivière ; lac ou tecy coupée : — Cen, partage, ahon, fleuve. — La Loire forme une tie près d*Orléans, comme la Seine à Paris. Je sais, du reste , que la plupart des étymologies de ce genre sont tont à fait conjecturales.

> Caet ., 1. YI, c. 9, et poêHm.

la conduite d'un Arîoviste, battirent les Édues, et leur imposèrent un tribut, mais ils traitèrent plus mal encore les Séquanes qui les avaient appelés ; ils leur prirent le tiers de leurs terres, selon l'usage des conquérants germains, et ils en voulaient encore autant. Alors , Édues et Séquanes, rapprochés par le malheur, cherchèrentd'autres secours étrangers. Deux frères étaient tout-puissants parmi les Édues; Dumnorix, enrichi par les impôts et les péages dont il se faisait donner le monopole de gré ou de force, s'était rendu cher au petit peuple des villes et aspirait à la tyrannie ; il se lia avec les Gaulois helvéliens, épousa une Helvétiennè, et engagea cepeuple à quitter ses vallées stériles pour les riches plaines de la Gaule. L'autre frère, qui était druide, titre vraisemblablement identique avec celui de divitiac , aima mieux donner à son pays des libérateurs moins barbares. Il se rendit à Rome, et implora l'assistance du sénat ^, qui avait appelé les Édues parenté ei amie du peuple romain. Mais le chef des Suèves envoya de son côté , et trouva le moyen de se faire donner aussi le litre d'ami de Rome. L'invasion imminente des Helvètes obligeait probablement le sénat à s'unir avec Arioviste.

Ges montagnards avaient fait depuis trois ans de tels préparatifs, qu'on voyait bien qu'ils voulaient s'interdire à jamais le retour. Ils avaient brûlé leurs douze villes, et leurs quatre cents villages , détruit les meubles et les provisions qu'ils ne pouvaient emporter. On disait qu'ils voulaient percer à travers toute la Gaule, et s'établir à l'occident, dans les pays des Santones (Saintes). Sans doute, ils espéraient trouver plus de repos sur les bords du grand Océan qu'en leur rude Helvétie , autour de laquelle venaient se rencontrer et se combattre toutes les nations de l'ancien monde , Galls , Gimbres, Teutons, Suèves, Romains. En comptant les femmes et les enfants , ils étaient au nombre de

> Cses., 1. Il, c. 39. Oppidam egregiè natorà mnnitum... quùm ex omnibus in circuitu partibus altissimas rupes despectusque haberet. — Dio., l. XXXIX, p. 9.

< Id., 1. 1, c. 16. yergobrelum ( ver-go-breith, gaè'l., homme pour le jugement ) , qui creatur annuus et yits necisque in suos habet potestatem. — L. VU , c. 33. Legibus JEduorum iis qui summum magistratum obtinerent, excedere ex finibus non liceret...qaùm leges duo ex unA familiA , vivo utroque , non solûm magistratus creari vetarent, sed etiam in senata esse prohibèrent. — L. y, c. 7. Esse ejus modi imperia , ut non minus haberet juris in se ( regulam? ) multilado, quàm se in multitudine... eipastim.

^ Strab., liv.VI, p. 193. Ô0cv al xAAAcçac rx^cxclac tAv xdioàif xpsAy iiç tj}v PA/(is}v xa7axefi<{ov7a(.

* Cic, D0 divin,, I.

HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE

trois cent soixaate-dix-huit mille. Ce cortège embarratsant leur faisait préférer le chemiD de la proyince romaine. Ils y trouvèrent à rentrée, vers Genève, César qui leur barra le chemin , et les amusa assez longtemps pour élever du lac au Jura un mur de dix mille pas et de seiie pieds de hant. Il leur fallut donc s'engager par les âpres vallées du Jura, traverser le pays des Séquanes, et remonter la Saône. César les atteignit comme ils passaient le fleuve, attaqua la tribu des Tigurins isolée des autres, et Texterroina. Manquant de vivres par la mauvaise volonté de l'Édue Dumnorix, et du parti qui avait appelé les Helvètes , il fut obligé de se détourner vers Bibracte ( Autun). Les Helvètes crurent qu'il fuyait, et le poursuivirent à leur tour. César, placé ainsi entre des ennemis et des alliés malveillants, se tira d'affaire par une victoire sanglante. Les Helvètes , atteints de nouveau dans leur fuite vers le Rhin , furent obligés de rendre les armes, et de s'engager à retourner dans leur pays. Six mille d'entre eux qui s'enfuirent la nuit pour échapper à cette honte , furent ramenés par la cavalerie romaine, et, dit César , traitée en ennemie ^.

Ce n'était rien d'avoir repoussé les Helvètes, si les Snèves envahissaient la Gaule. Les migrations étaient continuelles : déjà cent vingt mille guerriers étaient passés. La Gaule allait devenir Gennanie* César parut céder aux prières des Séquanes et des Édues opprimés parles Barbares. Le même druide qui avait sollicité les secours de Rome, guida César vers Arioviste et se chargea d'explorer le chemin. Le chef des Suèves avait obtenu de César lui-même dans son consulat, le litre d'allié du peuple romain; il s'étonna d'être attaqué par lui : « Ceci , disait le Barbare, est ma Gaule à moi; vous avez la vôtre...; si vous me laissez en repos, vous y gagnerez; je ferai toutes les guerres que vous voudrez, sans peine ni péril pour vous... Ignorez-vous quels hommes sont les Germains? voilà plus de quatorze ansque nous n'avons dormi sous un toit', n Ces paroles ne Élisaient que trop d'impression sur l'armée romaine : tout ce qu'on rapportait de la taille et de la férocité de ces géants du Mord, faisait frémir les petits hommes du Midi '. On ne voyait

* Caes., 1. 1, e. 98. Cosar... redoctos in hostiam nomero habuit.

2 Id., 1. 1, c. 36. Qaûm vellet, congrederetiir; Intellecturum quid invicti Germani , ezercitatissimi in armis, qui iuter annos xiv tectum non subissent, virtote possent. — César rassure ses soldats (c. 40 ), en leur rappelant que dans la guerre de Spartacus ils ont déjà battu les Cvêrmains.

' Id., 1. II, c. 30. Les Craulois disent au siège de Genabum : Quibus viribus praesertim homines tantulœ statnrae... tanti oneris turrim eollocare confiderent.

dans le camp que gens qui faisaient leur testament. César leur en fit honte : Si vous m'abandonnez , dit-il , j'irai toujours : il me suffit de la dixième légion. Il les mène ensuite à Besançon, s'en empare, pénètre jusqu'au camp des Barbares, non loin du Rhin, les force de combattre, quoiqu'ils eussent voulu attendre la nouvelle lune, et les détruit dans un furieux combat : presque tout ce qui échappa périt dans le Rhin.

Les Gaulois du Nord , Belges et autres, jugèrent, non sans vraisemblance, que si les Romains avaient chassé les Suèves, ce n'était que pour leur succéder. Ils formèrent une vaste coalition , et César saisit ce prétexte pour pénétrer dans la Belgique. Il emmenait comme guide et interprète le divitiac des Édues ^ ; il était appelé par les Sénons, anciens vassaux des Édues, par les Rhèmes , suzerains du pays druidique des Carnutes'^. Vraisemblablement, ces tribus vouées au druidisme , ou du moins au parti populaire , voyaient avec plaisir arriver l'ami des druides , et comptaient l'opposer aux Belges septentrionaux , leurs féroces voisins. C'est ainsi que, cinq siècles après , le clergé catholique des Gaules favorisa l'invasion des Francs contre les Yisigoths et les Bourguignons ariens.

C'était pourtant une sombre et décourageante perspective pour un général moins hardi , que cette guerre dans les plaines bourbeuses , dans les forêts vierges de la Seine et de la Meuse. Comme les conquérants de l'Amérique, César était souvent obligé de se frayer une route la hache à la main , de jeter des ponts sur les marais , d'avancer avec ses légions, tantôt sur terre ferme, tantôt à gué ou à la nage. Les Belges entrelaçaient les arbres de leurs forêts, comme ceux de l'Amérique le sont naturellement par les lianes. Mais iesPizarre etlesCortez, avec une tellesupériorité d'armes, faisaient la guerre à coup sûr; et qu'était-ce que les Péruviens en comparaison de ces dures et colériques populations des Bellovaques et des Nerviens (Picardie, Hainault-Flandre ), qui venaient par cent mille attaquer César? Les Bellovaques et les Suessions s'accommodèrent par l'entremise du divitiac des Édues ^. Mais les Nerviens , soutenus par les Atrebates et

4 Ost déjà ce divitiac qui a exploré le chemin quand César marchait contre les Suèves, 1. I, o. 41. — Les Germains n*ont pas de druides, dît César, 1. VI , c. SI. ( Neque druides habent...neque sacrificiis student.) Ils étaient, à ce qu'il semble, les protecteurs du parti antidruidique dans les Gaules.

^ Caes., lib. II, c. l,etlib. Yl^inprincipio.

€ Jusqu*à Texpédition de Bretagne , nous voyons le divitiac des Édues accompagner partout César, qui sans doute leur faisait croire qn^il rétablirait dans la Belgique l'influence do parti édoen, c'est-à-dire druidique

UISTOIUS DE LA RÉPUfiUQUE ROMAINE.

les Veromaadui, sarprirenl l'armée romaine en marche, au bord de la Sambre , dans la profondeur de leurs forêts, et se crurent au moment de la détruire. César fut obligé de saisir une enseigne et de se porter lui-même en avant : ce brave peuple fut exterminé. Leurs alliés, les Cimbres , qui occupaient Aduat (Namur?) effrayés des ouvrages dont César entourait leur ville, feignirent de se rendre, jetèrent une partie de leurs armes du haut des murs, et avec le reste attaquèrent les Romains, César en vendit comme esclaves cinquante -trois mille.

Ne cachant plus alors le projet de soumettre I9 Gaule, il entreprit la réduction de tontes les tribus des rivages. II perça les forêts et les marécages des Ménapes et des Morins (Zélande et Gueldre, Gand, Bruges, Boulogne); un de ses lieutenants soumit les Unelles, Éburoviens et Lexoviens (Coutanoes, Évreux, Lisieux); an autre, le jeune Crassus, conquit l'Aquitaine, quoique les Barbares eussent appelé d'Espagne les vieux compagnons de Sertorius ^ César lui-même attaqua les Yénètes, et autres tribus de notre Bretagne. Ce peuple amphibie n'habitait ni sur la terre , ni sur les eaux : leurs forts, dans des presqu'îles inondées et abandonnées tour à tour par le 0ux, ne pouvaient être assiégés ni par terre , ni par mer. Les Yénètes communiquaient sans cesse avec l'autre Bretagne , et en tiraient des secours. Pour les réduire, il fallait être matlre de la mer. Rien ne rebutait César. Il fit des vaisseaux, il fit des matelots, leur apprit à fixer les navires bretons en les accrochant avec des mains de fer et fauchant leurs cordages. Il traita durement ce peuple dur ; mais la petite Bretagne ne pouvait être vaincue que dans la grande. César résolut d'y passer.

Le monde barbare de l'Occident qu'il avait entrepris de dompter, était triple. La Gaule entre la Bretagne et la Germanie, était en rapport avec l'une et l'autre. Les Cimbri se trouvaient dans les trois pays ; les Helvii et les Boii dans U Germanie et dans la Gaule ; les Parisii et les Atrebates gaulois existaient aussi en Bretagne. Dans les discordes de (a Gaule , les Bretons semblent avoir été pour le parti druidique, comme les Germains pour celui des chefs de clans. César frappa les deux partis et au dedans et au dehors ; il passa l'Océan , il pi^sa le Rhin.

et populaire. — L. Il, c. 14. Qu6d si feoerit, JEduorQm autoritatem apnd omnes Belgas «mpUficaturum : qnonim attuliis atqae opibut, si qna bella inciderint, snsientare consuerint.

. * Cet., 1, m, e. 95. Duces ii deliguntur qui unà çnm Q. Sertorio omnes annos fnerant, sumnaanque

Deux grandes tribus germaniques , les Usipîens et les Tenctères , fatigués au nord par les incursions des Suèves comme les Helvètes l'avaient été au midi, venaient de passer aussi dans la Gaule (5K). César les arrêta, et sous prétexte que, pendant les pourparlers, il avait été attaqué par leur jeunesse, il fondit sur eux à l'improvista, et les massacra tous. Pour inspirer plus de terreur aux Germains, il alla chercher ces terribles Suèves, près desquels aucune nation n'osait habiter ; en dix jours il jeta un pont sur le Rhin, non loin de Cologne, malgré la largeur et l'impétuosité de ce fleuve immense. Après avoir fouillé en vain les forêts des Suèves, il repassa le Rhin , traversa toute la Gaule , et la même année s'embarqua pour la Bretagne. Lorsqu'on apprit à Rome ces marches prodigieuses, plus étonnantes encore que des victoires , tant d'audaiDe et une si effrayante rapidité , un cri d'admiration s'éleva. On décréta vingt jours de supplications aux dieux. Au prixdsB exploit» de Céêar 9 disait Cicéron, qu'm faii MaHuê^l

Lorsque César voulut passer dans la grande Bretagne, il ne put obtenir des Gaulois aucun renseignement sur rtle sacréct L'Édue Dumnorix déclara que la religion lui défendait de suivre César '; il essaya de s'enfuir, mais le Romain , qui connaissait son génie remuant, le fit poursuivre avec ordre de le ramener mort ou vif; il fut tué en se défendant.

La malveillance des Gaulois faillit être funeste â César dans cette expédition. D'abord ils lui laissèrent ignorer les difficultés du débarquement. Les hauts navires qu'on employait sur l'Océan tiraient beaucoupd'eau et ne pouvaientapprocher durivage. \\ fallait que le soldat se précipitât dans cette mer profonde , et qu'il se formât en bataille au milieu des flots. Les Barbares dont la grève était couverte avaient trop d'avantage. Hais les machines de siège vinrent au secours, et nettoyèrent le rivage par une grêle de pierres et de traits. Cependant réquinoxe approchait; c'était la pleine lune , le moment des grandes marées. En une nuit la flotte romaine fut brisée, ou mise hors de service. Les Barbares, qui dans le premier étonnement avaient donné des otages â César, essayèrent de surprendre son camp. Vigoureusement repoussés, ils offrirent encore de se soumettre. César leur ordonna de livrer des otages deux fois plus nombreux ; mais ses vaisseaux étaient réparés , il partit la même nuit sans attendre

spientiam vei mili taris habere ezistimabaninr.

3 Cic, De jwvmfic. e<mêulanhmê : Ille ipse C. Marias... non ipse ad eorum urbes sedesque penetravit.

s G»s., I. y, e. 6. Q«6d religionibos sese diceret impediri.

HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE

lear réponse. Quelques jours de plus, la saison ne lai eût guère permis le retour.

L*année suivante, nous le voyons. presque en même temps en Illyrie , à Trêves et en Bretagne. Il n'y a que les esprits de nos vieilles légendes qui aient jamais voyagé ainsi. Cette fois, il était conduit en Bretagne par un chef fugitif du pays qui avait imploré son secours. Il ne se retira pas sans avoir mis en fuite les Bretons, assiégé le roi Caswallawn dans Tenceinte marécageuse où il avait rassemblé ses hommes et ses bestiaux. II écrivît à Rome qu'il avait imposé un tribut à la Bretagne, et y envoya en grande quantité les perles de peu de valeur qu'on recueillait sur les côtes*.

Depuis cette invasion dans l'Ile sacrée, César n'eut plus d'amis chez les Gaulois. La nécessité d'à* cbeter Rome aux dépens des Gaules, de gorger tant d'amis qui lui avaient fait continuer le commandement pour cinq années, avait poussé le conquérant aux mesures les plus violentes. Selon un historien, il dépouillait les lieux sacrés, mettait des villes au pillage sans qu'elles l'eussent mérité '. Partout il établissait des chefs dévoués aux Romains, et ren^ versait le gouvernement populaire. La Gaule payait dier l'union, le calme et la culture dont la domination romaine devait lui faire connaître les bienfaits.

La disette obKgeant César de disperser ses troupes, l'insurrection éclate partout. Les Éburons massacrent une légion, en assiègent une autres César, pour délivrer celle-ci, passe avec huit mille hommes a travers soixante mille Gaulois. L'année suivante,- il assemble à Lutèce les états de la Gaule^ Mais les Nerviens et les Tréviriens, lesSénonais et les Carnutes n'y paraissent pas. César les attaque séparément et les accable tous. Il passe une seconde fois le Rhin , pour intimider les Germains qui voudraient venir au secours/ Puis, il frappe à la fois les deux partis qui divisaient la Gaule; il efi^rayeles Sénonais, parti druidique et populaire (?), par la mort d'Aceo, leur chef, qu'il fait solennellement juger et mettre à mort ; il accable les Eburons, parti barbare et ami des Germains, en chassant leur intrépide Ambiorix dans toute la forêt d'Ardenne, et les livrant tous aux tribus gauloises qui connais-* saient mieux leurs retraites dans les bois et les marais, et qui vinrent, avec une lâche avidité, prendre part à cette curée. Les légions fermaient de toute part ce malheureux pays, et empêchaient que per-> sonne pût échapper*

* Snet., tn C /. CiBêon, e. 47 : Brittnniam petiitse •pe margaritamm...

' Sttpiùt oh praedaM qvam ob delictam. IM.^ €. B4.

' Caes., 1. VII, c. 3. Nàm, ubî major,.. ioeidit re8,elc-

Ces barbaries réconcilièrent toute la Gaule contre César (32), Les druides et les chefs des clans se trouvèrent d'accord pour la première fois. Les Édues même étaient, au moins secrètement, contre leur ancien ami. Le signal partit de la terre druidique des Carnutes et de Genabum même. Répété par des cris à travers les champs et les villages', il parvint le soir même à cent cinquante milles, chez les Arvernes, autrefois ennemis du parti druidique et populaire, av^ooi^'^^^ ^^ alliés. Le vercingétorix (général en chef) de la confédération, fut un jeune Arverne, intrépide et ardent. Son père, l'homme le plus puissant des Gaules dans son temps, avait été brûlé, comme coupable d'aspirer à la royauté. Héritier de sa vaste clientèle, le jeune homme repoussa toujours les avances de Césai' , et ne cessa , dans les assemblées, dans les fêtes religieuses, d'animer ses compatriotes contre les Romains. Il appela aux armes jusqu'aux serfs des campagnes, et déclara que les lâches seraient brûlés vifs ; les fautes moins graves devaient être punies de la perte des oreilles ou d'un œil ^.

Le plan du général gaulois était d'attaquer à la fois la Province au midi , au nord les quartiefs des légions. César, qui était en Iulie, devina tout, prévint tout. Il passa les Alpes, assura la Province, franchit les Cévennes à travers six pieds de neige, et apparut tout à coup ches les Arvernes^ Le chef gaulois, déjà parti pouf le Nord , fut contraint de revenir; ses compatriotes voulaient défendre leurs familles. C'était tout ce que voulait César ; il quitte son armée, sous prétexte de faife des levées chei les AUobroges, remonte le Rh6ne , la Saône , sans se faire connaître, par les frontières desÉdues, re* joint et rallie ses légions. Pendant que le vercingétorix croit l'attirer en assiégeant la ville éduenne de Gergovie (Moulins), César massacre tout dans Genabum. Les Gaulois accourent , et c'est pour assister à la prise de Moviodunum.

Alors le vercingétorix déclare aux siens qu'il n'y a point de salut s'ils ne parviennent i affamer l'armée romaine ; le seul moyen pour cela est de brûler eux-mêmes leurs villes. Ils accomplissent héroïquement cette cruelle résolution. Vingt cités des Bituriges furent brûlées par leurs habitants. Mais quand ils en vinrent à la grande Agendicum (Bourges), les habitants embrassèrent les genoux du vercingétorix, et le supplièrent de ne pas ruiner la plus belle ville des Gaules'^. Ces ménagements firent

nnore per agros regioneaqae sîgnifi^ant : hane alii deinceps excipiunt et prozimis tradunt.

< C»«., 1. VII , c. 4. Igni... neeat; leviore de causa , anribas desectis, defossie ocnlis, domain remittit.

& Id., ibidem, c. 15. Pulcherrioiam propè totius

IIISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE

leur malheur. La ville périt de même , mais par César, qui la prit avec de prodigieux efforts.

Cependant les Édues s*étaient déclarés contre César, qui, se trouvant sans cavalerie par leur défection , fut obligé de faire venir des Germains pour les remplacer. Labiénus , lieutenant de César, eût été accablé dans le Nord , s'il ne s'était dégagé par une victoire (entre Lutèce et Melun). César lui-même échoua au siège de Gergovie des Arvernes. Ses affaires allaient si mal , qu'il voulait gagner la province romaine. L'armée des Gaulois le poursuivit et l'atteignit. Ils avaient juré de ne point revoir leur maison, leur famille, leurs femmes et leurs enfants, qu'ils n'eussent, au moins deux fois, traversé les lignes ennemies '. Le combat fut terrible ; César fut obligé de payer de sa personne, il fut presque pris, et sonépée resta entre les mains des ennemis. Cependant un mouvement de la cavalerie germaine au service de César jeta une terreur panique dans les rangs des Gaulois , et décida la victoire.

Ces esprits mobiles tombèrent alors dans un tel découragement, que leur chef ne put les rassurer qu'en se retranchant sous les murs d'Alésia , ville forte situéeau haut d'une montagne (dans l'Auxois). Bientôt atteint par César, il renvoya ses cavaliers, les chargea de répandre par toute la Gaule qu'il avait des vivres pour trente jours seulement, et d'amener à son secours tous ceux qui pouvaient porter les armes. En effet , César n'hésita point d'assiéger cette grande armée. II entoura la ville et le camp gaulois d'ouvrages prodigieux. D'abord trois fossés, chacun de quinze ou vingt pieds de large et d'autant de profondeur, un rempart de douze pieds , huit rangs de petits fossés , dont le fond était hérissé de pieux et couvert de branchages et de feuilles, des palissades de cinq rangs d'arbres, entrelaçant leurs branches. Ces ouvrages étaient répétés du côté de la campagne , et prolongés dans un circuit de quinze milles. Tout cela fut terminé en moins de cinq semaines, et par moins de soixante mille hommes '.

La Gaule entière vint s'y briser. Les efforts désespérés des assiégés réduits â une horrible famine, ceux de deux cent cinquante mille Gaulois , qui attaquaient les Romains du côté de la campagne.

Gallia urbem , quae et pnesidio et ornamento ait civi- Uti.

< C«M., 1. VII, e. 66. Ne ad liberos, ne ad parentes, ne àd nxores aditam habeat, qui non bis per hostinm agmen pereqnitàrit.

3 Am. Thierry, II, 181.

' Plot., tfi Cœê, — Dio., 1. XL. Ap. scr. r. fr. 1, 515. -^ ... Ecirc ftè» MtVf tittitvik ityiw,,.

échouèrent également. Les assiégés virent avec désespoir leurs alliés , tournés par la cavalerie de César , s'enfuir et se disperser. Le vercingétorix , conservant seul une âme ferme au milieu du désespoir des siens , se désigna et se livra comme l'auteur de toute la guerre '. Il monta sur son cheval de bataille, revêtit sa plus riche armure, et après avoir tourné en cercle autour du tribunal de César, il jeta son épée, son javelot et son casque aux pieds du Romain, sans dire un seul mot.

L'année suivante, tous les peuples de la Gaule essayèrent encorede résister partiellement, etd'user les forces de l'ennemi qu'ils n'avaient pu vaincre. La seule Uxellodunum ( Cap-de-Nac, dans le (^nercy?) arrêta longtemps César. L'exemple était dangereux ; il n'avait pas de temps à perdre en Gaule; la guerre civile pouvait commencer à chaque instant en Italie; il était perdu s'il fallait consumer des mois entiers devant chaque bicoque. Il fit alors , pour effrayer les Gaulois, une chose atroce, dont les Romains, du reste, n'avaient que trop souvent donné l'exemple; il fit couper le poing à tous les prisonniers.

Dès ce moment (50), il changea de conduite à l'égard des Gaulois : il fit montre envers eux d*une extrême douceur ; il les ménagea pour les tributs au point d'exciter la jalousie de la Province. Ce tribut fut même déguisé sous le nom honorable de êoide militaire ^. Il engagea à tout prix leurs meilleurs guerriers dans ses légions; il en composa une légion tout entière, dont les soldats portaient une alouette sur le casque , et qu'on appelait pour cette raison Vaiauda'^, Sous cet emblème tout national de la vigilance matinale et de la vive gaieté, ces intrépides soldats passèrent les Alpes en chantant, etjusqu'à Pharsale, poursuivirent de leurs bruyants défis les taciturnes légions de Pompée. L'alouette gauloise, conduite par l'aigle romaine, prit Rome pour la seconde fois, et s'associa aux triomphes de la guerre civile. La Gaule garda, pour consolation de sa liberté , l'épée que César avait perdue dans la dernière guerre. Les soldats romains voulaient l'arracher du temple où les Gaulob l'avaient suspendue : Laissez-la, dit César en souriant, elle est sacrée^.

Quels événements avaient eu lieu dans Rome

* Soet., in C. /. Cϐ., c. 95. In singolos annos atipendii nomen imposait.

* Id., ibid., e. 94. Uoam ex transalpinis oontcriptam (legionem) vocabnlo qooqae Gallico ( alaada enîm appellabatar) ...posteà universam civitate donarit.

* Plotarch., «» Cwê. Scf^^cs»;... 6 ^utvàfufoç ailoç

pendant la longue absence de César? Nous trouverons dans ce récit et Texplicalion des causes de la guerre civile, et la justification du vainqueur.

Dix années d'anarchie, de misérables agitations sans résultat. On sent que le pouvoir est vacant, et que la république attend de la Gaule un maître , an pacificateur. Quelques milliers d'affranchis sur la place , gagnant leur vie à représenter le peuple romain, chassés alternativement par deux ou trois cents gladiateurs de Milon ou de Glodius. Cicéron, louant Pompée , louant César , tout en écrivant contre eux , et répétant à satiété une hymne uniforme à la gloire de son consulat, et Catilina, et le$ féu» et tes poignardé (Vous savez, écrit- il à Atticus , le secret de toute cette enluminure ^ ). Pompée, nouveau marié à cinquante ans, attendant paresseusement dans ses jardins que Rome le prenne pour maître par lassitude , et croyant acheter le peuple avec un théâtre et cinq cents lions '. Au milieu de tout cela, pour Tamusemenl de Rome, le stoïcisme cynique deCaton, d'Atelus, de Favonius , génies durs et étroits , qui ne savent ni agir, ni laisser agir ; Caton, cédant sa femme au riche Hortensius en vertu des lois de Lycurgue {il la donna Jeune, et la reprit riche '); Caton qui propose au sénat de livrer aux Germains le vainqueur des Gaules ^ ; tandis que le farouche Atelus allume un brasier sur le passage de Crassus, lui prédit sa défaite en Syrie, le maudit, se maudit lui-même, et commence avec ses imprécations homicides la défaite des légions qu'achèveront les flèches des Parthes.

Avant que César partit pour la Gaule, un Yettius assurait que Cicéron et Lucullus l'avaient sollicité de tuer César et Pompée ^. Yettius ne put rien prouver, et fut lui-même tué en prison. Ce qui était plus certain, c'est que Cicéron s'enhardissait à parler contre les deux grandes puissances de Rome. En défendant son collègue Antonius , accusé de concussion , îl avait déploré Fétat où ils avaient réduit la république. Ses paroles furent rapportées ad guoê* dam viras fortes ^, et à l'instant Pompée et César résolurent de lancer contre lui un homme à eux, plein d'ardeur et d'éloquence, le jeune Clodius.

1 Totum hane loeom quem ego varié meis oratioaibus aoleo pingere, de flaininà,de ferro (notti illas Xijx^ouf ). Ce dernier mot vent dire, pot à conlenr, boite à mettre le fardé

2 Die, XXXIX, 58.

' Plot., m CaioH, Cette épigramme était de César, dans son Auti -Caton.

* Plut., fit O0«.

* Suétone prétend qa*on accota César d'avoir empoisonné ce Vettios,c. 90.

Ils voulaient l'élever au tribunat ; mais il était patricien : ils le firent le même jour adopter par un plébéien.

Clodius avait un trop juste sujet d'accusation, Cicéron dans son consulat avait, sur une vague autorisation du sénat, violé la loi Sempronia, et mis à mort des citoyens romains. Toutefois beaucoup de gens étaient intéressés à soutenir l'accusé. Mais il eût fallu livrer une bataille dans Rome ; il aima mieux s'exiler (58). Ce succès donna tant d'insolence à Clodius qu'il cessa de ménager ses maîtres. César et Pompée. Il fit plus d'une fois insulter Pompée par le peuple ', et tenta, ditron, de le tuer. Celui-ci regretta Cicéron, et pour le faire rappeler, il suscita Milon, homme de main, comme Clodius, et propre i lui livrer bataille avec ses gladiateurs. Cicéron de retour fut dès lors le docile agent de Pompée. Tous deux encouragèrent Milon contre Clodius , et Cicéron alla jusqu'à dire que celui-ci était une victime réeervèe à Vèpèe de Milon ^.

Ce langage fut entendu. Les deux ennemis s'étant rencontrés sur la voie Appienne, Clodius fut blessé; Milon le fit poursuivre et achever. Pompée, débarrassé de Clodius , n'avait plus besoin de Milon, et commençait à le craindre. Il se fit nommer par le sénat êeul consul pour rétablir l'ordre , désigna ceux entre lesquels on devait tirer au sort les juges de Milon, et entoura la place de soldats. Cicéron, qui s'était chargé de défendre l'accusé, eut peur, et ne dit pas grand'chose^. Milon s'exila à Marseille (52).

Tai voulu réunir ces faits, moins importants qu'on ne l'a dit. Je remonte quatre ans plus haut.

La cinquième année du commandement de César en Gaule , Pompée et Crassus , effrayés de ses succès, craignirent de rester désarmés en présence d'un pareil homme, et se firent donner pour cinq ans l'un l'Espagne, l'autre la Syrie. Mais ils ne purent empêcher César d'obtenir la Gaule pour le même temps ( 56).

Crassus était jaloux des prodigieuses richesses que Gabinius venait de rapporter de l'Orient. Cet homme avide avait pillé la Judée, pillé l'Egypte, rétabli dans ce royaume à prix d'argent l'indigne

^ Cie., Pro damo sua, c. 16.

7 Dio., XXXIX, «9. Plat., m Pofwpwo. — Peot-étre même voulut-il le faire assassiner. Cie., De oruêp, mp», C.93.

* Cie., De aruep, reep., c. 8 : Aeeedit etiam qaèd , expeetatione omnium , fortissimo et clarissimo viro , T. Annio, devota et constitnta ista hostia esse videtur.

' Il le dit lui-même, pro Milone, c. 1.

HISTOIRE D£ LA RÉPUBLIQUE ROMAINE

Ptoléinée Aulète, et il aurait bien vonla encore aller chei les Parthes mettre an piUage Gtésiphon et Séleucie. Les chevaliers romains, mécontents de Gabinios qui, dans TOrient, les empêchait de voler pour voler ]ai*méme, le firent accuser parCicéron, qui ne rougit pas de le défendre ensuite à la prière de Pompée ^ Crassus eut la Syrie , c*est-à-dire la guerre des Parthes, objet de son ambition (Ktf-4).

Cette cavalerie scy thique qui se recrutait par des achats d*esclaves, comme les mameluks modernes, campait sur Tancien empire des Séleucides , dans la haute Asie, Hommes et chevaux étaient bardés de fer ; leurs armes étaient des flèches terribles , meurtrières, et dans Taltaque, et dans la fuite, lorsque le cavalier barbare , courant à toute bride, les décochait par* dessus Tépaule. L'empire des Parthes était fermé aux étrangers, comme anjonrd'hui celui de la Chine ^i

Malgi'é Topposition du tribun Ateius, malgré les avis des rois de Galatie et d'Arménie, le vieux Crassus se laisse conduire par un traître dans la plaine aride de Charres. Là, les lourdes légions se voient environnées d'une cavalerie qu'elles ne peuvent ni éviter, ni poursuivre. Les Barbares les (Criblent à plaisir de leurs longues flèches, clouent l'homme à la cuirasse , et la main au bouclier. Le suréna (ou général), fardé, pai'fumé comme une femme , invite gracieusement Crassus à une entre* vue , et lui fait couper la tète. Sans le lieutenant Cassius , les Parthes vainqueurs envahissaient la Syrie (tf4).

Crassus étant moft , il restait deux hommes dans l'empire , Pompée et César. Pompée avait obtenu ce qu'il reciherchait depuis longtemps avec une hypocrite modération. Le désoi'dre était venu au point que le sénat avait fini par le charger de ré* former la république. Il commença par faire passer une loi qui défendait à ceux qui avaient exerdé quelque charge à Rome, de gouvernei' une province avant cinq ans , et lui-même se fit donner l'Espa* gne< Puis, s'armant d'une sévérité stolque, il fit

t Die, 11X1X^65.

* Plut., in Crasso.

' Appian., ^. Civ, Val. Max., VI , 2. « On. P'ison accusant Maniiias, ami de Pompée, Pompée lui dit : Que ne m^aceusez- vous? Donnez caution à la république , répliqua Pison,qneiSi vous éle8accosé,vousn*ezciterez pas une guerre èivile, et je tous accuse avant Manilius. — Le consul Lentulus Marcellinus parlant contre Pompée, on applaudissait : Applaudissez, dit -il, pendant que vous le pouvez encore. — Pompée ayant an jour la jambe serrée d^une bandelette : Qu^importe, dit Favonius, sur quelle partie on porte le diadème?— L^acteur Diphile déclamant ce vers :

Il est grand par noa malheurSi

poursuivre ceux qui avaient malversé dans les charges depuis vingt années , période qui embrassait le consulat de César. Milon, Gabinîus, Mem* mius, Sextus, Scaurus, Hypacus, furent successivement condamnés. Pompée frappait ain» ses ennemis , et faisait trembler tous les autres. Mais quand on en vint à son beau- père Scipion , Tinflexible réformateur prit une robe de deuil, intimida les Juges , et prit l'accusé pour collègue dans le consulat '.

Pompée régnait à Rome , il voulait régner dans l'empire. Pour cela il fallait désarmer César. Il exigea d'abord qu'il lui renvoyât deux légions, sous prétexte dé faire la guerre aux Parthes. César demandait qu'il lui fût permis, quoique absent, de se mettre sur les rangs pour le consulat. La loi y était contraire. Pompée s'empressa dé déclarer qu'on dérogerait à la loi en faveur de César, et en même temps il suscitait le consul Marcellus poitr s'y opposer *, Pompée venant d'obtenir l'Espagne et TAfrique, César était perdu s'il ne conservait les Gaules. Caton annonçait hautement qu'il l'accuserait dès qu'il rentrerait dans Rome '. Cependant César offrait de poser les armes si Pompée les quittait aussi. La loi était pour Ptfmpée, l'équité pour César. Il était soutenu par les tribuns, Curion et Antoine, qu'il avait achetés. Telle était la riolence des Pompéiens, de Marcellus, de Lentulus et de Scipion , qu'ils chassèrent les tribuns du sénat. Ces magistrats se sauvèrent de Rome en habits d'esclaves, se réfugièrent au camp de César, et par là donnèrent à ses démarches là seule chose qui leui' manquât, là légalité '•

Il eut la loi pour lui , et il atait déjà la force. L'armée de César était composée en grande partie de Barbares, infanterie pesante de la Belgique, infanterie légère de l'Arvernie et de l'Aquitaine , archers rutènes, cavaliers germains, gaulois et espagnols; la garde personnelle du général, sa cohorte prétorienne, était espagnole '. Ce qu'on rapporte de l'ardeur de ses soldats, cette soif de

désigna Pompée du geste ^ et le peuple redemanda le vers plusieurs fois. »

« Dio.,XL,56.

^ Suet., J, Cœs., c. 30. Cùm M. Cato identidem, nec sine jurejurando dennntiàret delatumra ae nomen ejus, simui ac prioràm exercitum dnnisisaet; càmque vnlgè pradicarent , ut , ai privatus redisset , ■ilonis ezemplo , circumpositis àrmàtis causam apud jodicet diceret.

* fojf. César, Dion, Suétone, etc.

» Caes.,^. Ct«., 1.1,6.11,17 ; 111,6, 11, 13.— Dion, XLI, 55 : A Pharsale, César avait ce qn^il y avait de plus vaillant en Italie, en Espagne, et dans toute la Gaule , .. . T^t Tc \€iipiaç xal r^rc TaXaUciç crâ«n«*

HISTOIRE 0£ LA RÉPUBLIQUE ROMAINE

péril , ce déToaement à la vie et à la mort , celte ▼alear farieiue, tout cela caractérise asseï les Barbares. Devant Marseille , an seul homme se rend maître de tout un vaisseau ; un autre à Dyrrachium reçoit trois blessures , et cent trente coups sur son bouclier. En Afrique, Scipion fait massacrer l'équipage d'un vaisseau et veut épargner un Granius. Le» êoldaiê de César, dit celui-ci , sont habituée à dimner la vie, mon à la recevoir; il se coupa la gorge. Avant la bataille de Pharsale, un vieux centurion s*écria : Céear, tu me loueras aHjourd'hui mort ou vivant, et il s*élance dans les rangs des Pompéiens ; cent vingt soldats se dévouèrent avec lui. Il faut ajouter que parmi ces hommes terribles, il y en avait que César avait sauvés de Tamphithéâlre. Quand les spectateurs voulaient la mort d'un brave gladiateur. César le faisait enlever de Tarène ^. Comment s'étonner que ces gens -là se fissent tuer pour lui ?

Du côté de Pompée, ce n'était que faiblesse et imprévoyance ; de beaux noms et des titres vides; le sénat et le peuple, comme s'il y eût eu encore un peuple; Rome, Caton, Cicéron, les consuls. On lui demandait quelles étaient ses ressources militaires : Ne voue inquiétez pa$, disait -il, U me suffit de frapper du pied la terre pour en faire sortir des légions, — Frappez donc, lui dit Favonius, lorsqu'on apprit que César avait passé la nuit le Rubicon, limite de sa province, et s'était emparé d'Ariminum^. On connaissait si bien la célérité de ses marches , qu'on le crut aux portes de Rome. Pompée s'enfuit avec tout le sénat. Lenlulus s'enfuit, et si vite , qu'ayant ouvert le trésor public, il ne prit pas le temps de le refermer '. Cependant César s'emparait de Corfinium, sans doute pour empêcher Pompée de faire des levées chei les Marses qui lui étaient favorables ^. U passa de là à Brindes ; mais Pompée ne s'arrêta que de l'autre côté de TAdrialique.

César n'avait pas de vaisseaux , et, d'ailleurs, il estimait à leur juste valeur les ressources militaires que Pompée pouvait trouver dans l'Orient. La force réelle des Pompéiens était en Espagne : César se bâta d'y passer. Allons, dit -il, combattre une armée sans général , nous combattrons ensuite un

> Poor toM ces faits, voy. Soet., J, Cœs,, 68.— Plnt., m Cœs. — Cas., B. Cn>., III, 14, 15, 17.

' yoyë» Suétone, sur la prétendue hésitation de César.

« Caes.,B.Ct9.Jib. 1,0.4.

* Comme on le voit à Corfinium et en Afrique. Caes., B. Cit., lib. I, c. 5 ; lib. II, c. 5.

^ Suet., J,Q»9,, 54. Validissimas Pompeii copias quse in HispaniA erant , invasit , professas antè inter suos ,

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