‹ ŒuvresChapitre 128 sur 232 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

GÉSAB VEHfiÉ PAB OGTAVB BT AHTOINB. — VICTOIBB d'octave SOB ANTOINE, DE l'OGGIDBNT SUB l'O- BIENT. 44-81.

Les conjurés avaient cru qu'il suflisait de vingt coups de poignard pour tuer César. Et jamais César ne fut plus vivant, plus puissant, plus terrible, qu'après que sa vieille dépouille, ce corps flétri et usé, eut été percé de coups. Il apparut alors, épuré et expié , ce qu'il avait été, malgré tant de souillures, l'homme de l'humanité^.

Un acteur ayant prononcé au théâtre ce vers d'une tragédie :

Je leur donnai la vie; ils m*ont donné la mort ' !

il n'y eut point d'yeux qui ne s'emplissent de larmes , et il s'éleva comme un tonnerre de cris de douleur et de sanglots. Ce fut bien pis lorsque Antoine produisit ce pauvre cadavre, avec sa robe sanglante, lorsqu'on apprit qu'il avait dans son

Gaules et les lois de sa pairie... est-ce au hasard et à la simple fortune qu^il doit ses grands actes de gnerre?» Napoléon ne le pense point. Toutefois, pour le génie militaire, il semble mettre Hannibal «u-deasos de tout.

^ Je regrette de n^avoir pu rendre le texte dans sa simplicité : Men* men* servàêêe, «f estent qui me pêriS' renti ( Suet., 84 ; et Paeuvic. )

HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE

testament nommé Décimus Brutus tatear de son fils adoptif, que la plupart des meurtriers étaient ses héritiers ^ Il leur avait de plus destiné les meilleures provinces de l'empire, k Décimus la Gaule cisalpine , à Tautre Brutus la Macédoine , à Cassius la Syrie , TAsie à Trébonius, la Bithynie à Cimber. L'indignation du peuple fut si forte qu'il prit les tisons du bûcher pour brûler les maisons des assassins.

Antoine s'étant porté ainsi pour le vengeur de César , il fallut bientôt que les conjurés quittassent Rome et se retirassent dans l'Orient pour recommencer la guerre de Pharsale. Maintenant quel était cet Antoine , pour succéder à César?

Le premier soldat de César , mais un soldat , et un soldat barbare. Descendant d'Hercule, à ce qu'il disait, et fort comme Hercule, toiyours ceint sur les reins d'une large épée et d'un gros drap comme en portaient les soldats, s'asseyant avec eux, buvant dans la rue, raillant, raillé, toujours de bonne humeur ', Antoine avait fait ses premières armes en Egypte, il aimait l'Orient, son éloquence était pleine d'un faste asiatique* Insatiable d'argent et de plaisirs, avide et prodigue , volant pour donner , il achetait sans scrupule la maison de Pompée, et se fâchait quand on lui demandait le payement '. César, qui lui avait confié l'aile gauche à Pharsale, ne pouvait se passer de lui. Il le mit dans son char ^, quand il revint d'Espagne , comme pour faire triompher en lui ses vétérans. Antoine s'en souvint après la mort de César , et crut lui succéder. Cependant qu'était-il? Un homme d'avanl-garde, un soldat sans génie, un superbe et pompeux acteur qui jouait César sans l'entendre. Que d'hommes en César! Le hardi soldat, ami des Gaulois, des Barbares, n'était qu'un des côtés inférieurs de cette âme immense.

Antoine se perdit en oubliant qu'il n'était autre chose que l'homme de César. Le sénat ayant confirmé les actes du dictateur, Antoine se charge de les exécuter, y inscrit chaque jour quelque nouvel article, et trafique impudemment des dernières volontés d'un mort. Il dissipe l'argent légué au peuple par César, 11 s'accommode avec le sénat ,

t Dio., XLIY, no 35, p. 404.

3 Plut., in Jni.

s Id., ihid.

* Id., ibid.

^ Appian., B, Civ., III.

— Voye^ «assi le ridicule récit de Yalère Mazime ( IX, 15).

^ Appian., III. Cic, Philipp., II.

7 Snet., in Aug.y passim.

* Sur la lâcheté d'Octaye, voy, Suet., c. 90 , 10 , 78 ,

avec les Pompéiens ; il fait rappeler Sextus Pompée; il fait tuer un homme qui se disait petit-fils de Marius , et qui dressait un autel â César ^. Il indigne les légions par sa parcimonie, les décime pour punir ]eur$ murmures et fait égorger les vétérans sous ses yeux, sous les yeux.de sa cruelle Fulvie^. Cet homme-là ne sera point le successeur de César.

II existait un César, un fils adoptif du dictateur, qui venait d'arriver à Rome pour réclamer les biens de son père. Sauf son nom, celui-ci n'avait rien qui pût plaire aux soldats. C'était un enfant de dix-huit ans^, petit et délicat, souvent malade, boitant fréquemment d'une jambe , timide et parlant avec peine, au point que plus tard il écrivait d'avance ce qu'il voulait dire à sa femme; une voix sourde et faible : il était obligé d'emprunter celle d'un héraut pour parler an peuple. Assez d'audace politique ; il en fallait pour venir à Rome réclamer la succession de César. D'autre courage , point; craignant le tonnerre , craignant les ténèbres , craignant l'ennemi , et implacable pour qui lui faisait peur. A toutes ses victoires , à Philippes, à Myles , à Actium , il dormait ou était malade. En Sicile, quand il gagna les légions de Lépide et entra dans leur camp, quelques soldats faisant mine de vouloir mettre la main sur lui , il s'enfuit à toutes jambes, au grand amusement des vétérans qu'il fit ensuite égorger ^.

Telle était la chétive figure du fondateur de l'Empire. Son père était chevalier, banquier, usurier ; il n'en disconvenait pas. <( Ton aïeul ma-, ternel , disaient ses ennemis, était Africain; ta mère faisait aller le plus rude moulin d'Aricie ; ton père en remuait la farine d'une main noircie par l'argent qu'il maniait à Nerulum^. » Cette origine obscure n'en convenait que mieux à celui qui devait commencer le grand travail de l'Empire, le nivellement du monde. Quand il prit la robe prétexte, elle lui tomba des épaules : C'est signe, dit-il lui-même, que je mettrai sous les pieds la prétexte sénatoriale ^^. Octave ne laissait guère échapper de telles paroles : attentif à cacher sa marche, il employa avec une merveilleuse persévérance la

16. — Appian., IV. — Plut., Brut,, et Montesquieu , Grandeur et décadence des Romaine, c. 13.

9 Suet., in Aug., c. 4, » ex Cassii Parmensis epistolâ : » Materna tibi farina ; si quidem ex crudissimo Ariciae n pistrino banc pinsit manibns collybo decoloratis Ne- » rulonensis mensarius. » — Quant à Torigine africaine, qu'Antoine lui reprochait , elle serait prouvée, si l'Octavius africain, dont Cicéron fit remarquer les oreilles percées, était parent d*Octave. Plut., m Cic.

«0 Dio., XLV, p. 420, no 2.

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ruBe et Thypocrisie. 11 flatta Cioéron pour prévaloir contre Antoine; il amusa celui-ci jusqu'à ce qu'il fût assez fort pour le perdre. Deyenn maître du monde, il se fâchait quand on l'appelait maître, voulait toujours quitter Fautorit^, se mettait à genoux devant le peuple pour ne pas être nommé dictateur, et mourait dans son lit en demandant à ses amis s'il avait bien joué la farce de la vie ^

Plutarque conte que dans les guerres de Sylla, Crassus, envoyé par lui à travers un pays ennemi, demandait une escorte. Je te donne pour escorte , lui dit le dictateur, ton père indignement égorgé. Le jeune Octave n'avait pas autre chose en arrivant à Rome. Il déclara qu'il venait venger César, et acquitter ses legs au peuple romain. Il accusa de meurtre Brutus et Cassius ; il donna les jeux promis par César à l'occasion de sa victoire ; il vendit ses biens pour payer l'argent promis aux citoyens, et couvrit de honte Antoine qui avait retenu cet argent. Celui-ci poussa l'impudence jusqu'à encourager les réclamations des gens qui se prétendaient dépouillés par César. Il autorisa un édile qui refusait de placer au théâtre le trône et la couronne d'or qu'Octave voulait y mettre à l'honneur de son père. Il défendit insolemment qu'on portât le jeune César au tribunat'.

Le sénat caressait celui-ci sans l'aimer, dans l'espoir de diviser les Césariens, et de les détruire les uns par les autres. Cicéron surtout était fort tendre pour le jeune homme , qui faisait semblant d'y être pris , et l'appelait son père : «( C'était, disait l'orateur avec sa légèreté ordinaire , un jeune homme qu'il fallait louer , charger d'honneur , combler, accabler'.»

Dès qu'Antoine fut parti pour chasser Décimus Brutus de la Gaule cisalpine, un décret du sénat adjoignit le jeune César aux consuls Hirtius et Pansa , chargés de combattre Antoine et de secourir Brutus. C'était perdre à la fois Antoine, et Octave, à qui Ton ôtait sa popularité, en l'envoyant combattre pour un des meurtriers de son père. Les consuls vainquirent Antoine , délivrèrent Décimus Brutus assiégé dans Modène , et , mourant tous deux à point nommé ^, laissèrent Octave à la tète des légions. Cependant Antoine fugitif avait retrouvé une armée; les soldats ne pouvaient manquer à un soldat comme lui ; ceux de Lépide le suivirent de Gaule en Italie. Octave lui-même

< 8aet., m ^ug., e. 99.

' Appi«n., III.

* Laudandam et tollendum. Yell. P«t., lib. II , c. 02. Snet., Aug., c. 19.

* On soupçonna Octave de les avoir fait tuer. Tacite, AntuU,, lib. I, in prittcipic.

traita volontiers avec Antoine. Cicéron avait cru n'avoir plus besoin de cei enfluW^; le sénat loi refusait le consulat. Sans ressources militaires , sans autre défense que trois légions d'une fidélité douteuse, les sénateurs attendaient, sans comprendre l'étendue du danger, l'armée formidable où tous les vétérans de César se trouvaient réunis sous Antoine et Octave. Il faut voir dans Appien l'imprévoyance et les tergiversations misérables de Cicéron qui régnait alors à Rome et dirigeait le sénat ^.

Antoine, Octave et Lépide eurent une conférence près de Bologne dans une tle du Reno ; ils s'y partagèrent tJEmpire d'avance, et s'y promirent la tête de tous les grands de Rome. Ils voulaient , disent-ils dans leur proclamation qu' Appien a traduite en grec , ne pas laisser d'ennemis derrière eux , au moment de combattre les forces immenses de Brutus et de Cassius. lU tHmiaieni êoHsfain l'armée. Cette armée, barbare en grande partie, était mécontente de la douceuc de César; elle avait soif de sang romain. Les triumvirs avaient besoin d'argent contre un ennemi qui avait en ses mains les plus riches provinces de l'Empire ; l'Italie étant épuisée , il n'y avait de ressources que la confiscation. Le prétexte était de venger César sur la vieille aristocratie qu'il avait épargnée pour sa ruine. Ce sanglant traité fut scellé par le mariage d'Octave avec la belle-fille d'Antoine. Les soldats voulant unir leurs chefs pour augmenter la force du parti, commandèrent cet hymen, et furent obéis.

«t Les triumvirs, entrant dans Rome, déclarèrent qu'ils n'imiteraient ni les massacres de Sylla, ni la clémence de César, ne voulant être ni hab comme le premier, ni méprisés comme le second ^. Ils proscrivirent trois cents sénateurs et deux mille chevaliers. Pour chaque tête on donnait à l'homme libre vingt -cinq mille drachmes, à l'esclave dix mille et la liberté. » La victoire de l'armée barbare de César vengea la vieille injustice de l'esclavage dont les nations barbares avaient tant souffert. Les esclaves eurent leur tour. Les sénateurs, des préteurs, des tribuns, se roulaient en larmes aux pieds de leurs esclaves , leur demandant grâce et les suppliant de ne point les déceler ^. Plusieurs esclaves donnèrent des exemples de fidélité admirable. Plusieurs se firent tuer pour leur maître. Il y en eut

1^ Scrv., adEelog,, 1 , 43 : Decreverat enim acnatus ne quia eom puêrum diceret, ne majeatas tanti imperii minueretnr. Suet., Aug,, c. 12.

^ Appian., B. Civ,, lib. III, c. 584, p. 944.

7 Dio.,XLyiI,p.500,nol8.

* Appian., lib. IV^paêêèm, Dio., XLYII, n9 905.

fTlSTOIRK DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE.

un qui se mutila, et, monlraolun cadavre aux sol* dats qui venaient tuer son maître, il leur fit croire qu'il les avait prévenus pour se venger.

Afin de montrer qu'il n'y avait point de grâce à demander, Antoine avait sacrifié son oncle et Lépide son frère. L'un et l'autre échappèrent, probablement de l'aveu des triumvirs. Cicéron fut moins heureux ^ L'hésitation qui lui avait nui si souvent, le perdit encore. Les meurtriers l'attei* gnirent avant qu'il pût fuir ou se cacher. Tout le monde plaignit cet homme doux et honnête auquel on n'avait pu, après tout, reprocher que la faiblesse. Sa tête fut apportée à Fulvie , qui la prit sur ses genoux , en arracha la langue , et la perça d'une aiguille qu'elle avait dans ses cheveux. Cette femme cruelle avait aussi fait proscrire un homme qui refusait de lui vendre sa maison. Quand on porta cette tête à Antoine : Ceci ne me regarde pas, ditil, portez à ma femme. La tête du malheureux fut clouée â sa maison , de crainte qu'on n'ignorât la cause de sa mort.

Un préleur, sur son tribunal, apprend qu'il est proscrit, descend et se sauve ; mais il était déjà trop tard. Un autre voit un centurion qui poursuit un homme : Celui-ci est donc proscrit? dit- il. Vous l'êtes aussi, lui dit le centurion ; et il le tue.

Un enfant allait aux écoles avec son précepteur, les soldats l'arrêtent : il était proscrit. Le précepteur se fit tuer en le défendant. — Un adolescent prenait la robe prétexte, et se rendait aux temples. Son nom est sur les tables. A l'instant son brillant cortège disparaît; il fuit chez sa mère. Chose cruelle â dire, elle lui ferme sa porte. Comme il se sauvait dans les champs , il fut pris par des gens qui preêêaient des esclaves pour les faire travailler à la terre ; mais il ne put supporter une vie si dure : il rapporta sa tête aux meurtriers.

Un préteur sollicitait les suffrages pour son fils. Il apprend qu'il est proscrit, se sauve dans la maison d'un de ses clients, et son fils y conduit les assassins. Thoranius, atteint par les meurtriers, se réclame de son fils, ami d'Antoine : Mais c'est ton fils, lui dirent-ils , qui t'a dénoncé !

Yelleius Paterculus a dit sur ces proscriptions un mot qui fait horreur : « Il y eut beaucoup de fidélité dans les femmes , assez dans les affranchis , quelque peu chez les esclaves , aucune dans les fils; tant, l'espoir une fois conçu, il est difficile d'attendre ! »

Des triumvirs, le plus insolent fut sans doute Antoine ; mais le plus cruel, Octave. Par cela même

« Appian., lib. IV.

2 Suet., Ang.y c. 27. C'était, dit Suétone, le seul des triumvirs qui ne pardonnAt point.

qu'il avait honte de tuer pour tuer, et qu'il prenait la vengeance de César pour prétexte, il était impitoyable. Et puis la lâcheté le rendait féroce. Un jour, il croit voir le préteur Q. Gallus tenir quelque chose de caché dans sa robe , il n'ose avouer ses craintes et le fouiller sur-le-champ. Mais ensuite , il le fit torturer, et quoiqu'il n'avouât rien, il se jeta sur lui, et, si Ton en croit son biographe, lui arracha les yeux avant de le faire égorger '.

Sa sœur Octavie sut pourtant lui enlever une victime. De concert avec elle, la femme d'un proscrit cache son mari dans un coffre, et le porte au théâtre. Lorsque Octave fut assis, cette femme en pleurs ouvrit ce coffre devant tout le peuple. L'émotion des spectateurs obligea Octave de pardonner. La nature réclamait ainsi quelquefois par la voix du petit peuple, qui n'avait rien à craindre , et qui au contraire était redouté. Ainsi il força les triumvirs à punir deux esclaves qui avaient trahi leur maître et à récompenser un autre qui avait sauvé le sien. Le peuple protégea aussi plusieurs proscrits qui excitaient sa pitié. Un de ces malheureux se fit raser , et enseigna publiquement les lettres grecques. Son humiliation fit sa sûreté. Oppius emporta son père sur son dos , et fut défendu parle peuple. Plus tard, quand Oppius devint édile, les ouvriers travaillèrent gratis aux préparatifs des jeux qu'il devait donner, et tous les pauvres voulurent contribuer '.

Les triumvirs eux-mêmes se lassèrent de cette saturnale effroyable, où leurs soldats commençaient à ne plus les respecter. Ils avaient poussé l'insolence jusqu'à demander à Octave de leur livrer les biens de sa mère qui venait de mourir. Les triumvirs accueillirent donc avec faveur la réclamation solennelle d'un grand nombre de femmes distinguées qu'ils avaient frappées d'une contribution. Ils finirent même par charger un des consuls de réprimer les excès des soldats. Personne n'osait sévir contre ceux - ci , mais on punit des esclaves qui s'étaient mis à piller avec eux.

Cependant l'Asie fut presque aussi maltraitée par Cassius que l'Italie par les triumvirs. Le même besoin d'argent motivait les mêmes violences. Il prit Rhodes, et quoiqu'il eût été élevé dans cette ville, il fit égorger cinquante des principaux citoyens. Il ruina l'Asie, en exigeant d'un coup le tribut de dix années. Les magistrats de Tarse, frappés d'une contribution de quinze cents talents, et pressés par les soldats qui se permettaient toutes sortes de violences , vendirent toutes les propriétés publiques.

• Appian., loe. cit.

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Puis , ils dépouillèrent leurs temples. Et cela ne suffisant pas encore, ils firent yendre des personnes libres , des enfants , des femmes et des vieillards , des jeunes gens même S dont la plupart aimèrent mieux se donner la mort.

Ces cruelles nécessités de la guerre civile étaient pour l'âme de Brutus une véritable torture. Il portait la plus pesante des fatalités, celle qu'on s'est imposée par un acte volontaire. Après la mort de César , il avait obtenu des autres conjurés qu'on épargnât Antoine. Il avait montré la même douceur envers un frère du triumvir, C. Antonius, qui tomba entre ses mains. Mais le prisonnier essayant de débaucher les soldats, l'officier à la garde duquel il l'avait confié, déclara qu'il ne pouvait plus en répondre. Il fallut bien sacrifier Antonius. Brutus passe ensuite en Asie , et trouve à Xanlhe une résistance désespérée. Les habitants, voyant leur ville forcée et envahie par les flammes ', se tuent pour la plupart les uns les autres ; entrant à Xanthe, il ne voit plus que des cendres. En même temps le besoin d'argentie contraignait aux mesures les plus violentes '.

Hélas ! qui souffrait de tout cela plus que Brutus? Son âme était malade de ce continuel effort. Il avait beau se roidir , opposer le raisonnement à la nature, la pauvre humanité faiblissait en lui. Troublé, et comme effarouché, il redemandait le repos et la force de l'âme à cette philosophie inflexible qui lui avait imposé de si cruels sacrifices. Il donnait le jour aux affaires, la nuit à la lecture des stoïciens pour se confirmer et se raffermir un peu. Une nuit donc qu'il n'avait dans sa tente qu'une petite lumière, il crut entendre quelqu'un entrer, et regardant vers la porte, il aperçut une figure étrange qui semblait d'un spectre. Il eut assez de force pour lui adresser la parole, et dire : Qui estu? que veux-tu? — Je suis ton mauvais génie, dit le fantôme; tu me reverras à Philippes !

Ce fut en effet dans les plaines de Philippes que se donna la bataille. Brutus voulait en finir. Chaque jour le poussait malgré lui à quelque acte violent. Ne pouvant ni garder les prisonniers, ni les délivrer sans péril, il avait donné l'ordre de les égorger. Les troupes risquaient de l'abandonner; plutôt que de compromettre la grande cause à laquelle il avait déjà tant sacrifié, il leur promit le pillage de Lacé-

I J*ai observé dans cette énumération Tordre suivi par Appien.

a Dio.,XLVII, p.514, no34.

< Plusieurs passages de Cicéron nous présentent Brutus comme très-avide d'argent, f^oy, (iSjoû/., VI, 1 ) rhistoire d'un Scaptins , agent de Brutus, qui, pour

démone et de Thessalonique. Plus tard , lorsque son collègue eut été tué, les amis de Brutus exigèrent qu'il leur abandonnât quelques bouffons qui se moquaient de Cassius, et il fut encore obligé d'j consentir. 11 ne faut pas s'étonner s'il voulutà tout prix terminer celte lutte funeste, qui lui avait coûté tous les biens de l'âme, Thumanité, l'amitié, le repos de la conscience , et qui peu à peu lui arrachait sa vertu.

Un jour que Cassius lui reprochait sa sévérité pour un voleur des deniers publics, Brutus lui dît : u Cassius, souvenez -vous des ides de mars. Ce jour -là, nous avons tué un homme qui ne faisait point le mal, mais le laissait faire. Mieux valait endurer les injustices des amis de César que de fermer les yeux sur celles des nôtres. »

Brutus et Cassius, étant mattres de la mer, ne manquaient pas de vivres, tandis que l'armée d'Anloine et Octave mourait de faim. Leur flotte, à leur insu, venait de remporter une grande victoire sur celle des Ccsariens. Mais ils ne retenaient qu'avee peine leurs soldats dans leur parti. Antoine était l'homme des vétérans , et il leur coûtait de combattre pour les meurtriers de César. D'ailleurs Brutus ne voulait plus attendre ; il fallait qu'il se reposât, au moins dans la mort. Cassius se laissa entraîner, et consentit à la bataille.

Quelques-uns veulent que ce soit Antoine qui , par une attaque hardie , ait forcé l'autre parti de combattre. Brutus fut vainqueur ; Cassius eut son camp forcé. Il ignorait le succès de Brutus; croyant tout perdu, il se retira dans une tente, et s'y fit donner la mort. Depuis la défaite de Crassus à laquelle il avait échappé, Cassius avait à sa suite un de ses affranchis, nommé Pi ndarus, qu'il réservait pour un pareil moment. Pindarus ne reparut plus après la mort de Cassius , ce qui fit penser qu'il l'avait peut-être tué sans en recevoir l'ordre^.

Le découragement des troupes de Cassius et leur jalousie, les défections qui avaient lieu sous ses yeux même, décidèrent Brutus à livrer une seconde bataille. Du côté où il combattait en personne, il eut encore l'avantage ; mais l'autre aile étant battue, toute l'armée des triumvirs tomba sur lui et Faccabla. A la faveur de la nuit, il se tira un peu à Técart , et voyant qu'il ne pouvait échapper \ il pria le rhéteur Straton de lui donner la mort. On dit

faire payer une dette usuraire aux sénateurs de Salamme, les tint enfermée avec des soldats , de sorte que cinq d^entre eux moururent de faim.

< Plut., in Brutû,

fi Id., ibid.

HISTOIRE DE LA IIÉPUBLK^UE ROMAINE

qa'auparavant il leva les yeux au ciel , et prononça deux vers grecs :

Yerta ! vain mot, Taine ombre, esclave da hasard ! Hélas ! j*ai cru en toi ^

Ce mol amer, le plus triste sans doute que nous ait conservé Thistoire, semble indiquer que cette âme, si passionnée pour le bien, était pourtant moins forte que celle de Caton, son modèle. Fallaitil que Brutus estimât la vertu par le succès ? Les vainqueurs eux-mêmes en jugèrent mieux. Ils honorèrent les restes du vaincu. Antoine jeta sur son corps un riche vêtement, et ordonna qu^on lui fit des funérailles magniGques. Un ami de Brutus s'était dévoué pour le sauver, et s'était fait prendre, en criant qu'il était Brutus. Antoine s'attacha cet homme qui lui resta fidèle jusqu'à la mort. L'illustre Messala appelait toujours Brutus son général, et plus tard , en présentant le rhéteur Slralon à Auguste, il lui disait : César, voilà celui qui a rendu le dernier service à mon cher Brutus. Auguste demandait à Messala pourquoi il avait combattu avec tant d'ardeur contre lui à Philippes , pour lui à Actium : César, répondit-il hardiment, j'ai toujours été du parti le plus juste.

Octave s'était absenté delà bataille, malade de corps, ou plutôt de courage. Ce jour-là, disait-il dans ses mémoires, un dieu m'avait averti en songe de veiller sur moi ^. II fut impitoyable pour les vaincus. Il en fit tuer un grand nombre. Un père et un fils demandant grâce, il promit la vie au fils à condition qu'il tuerait son père, et le fit ensuite égorger lui-même. Un autre ne demandait que la sépulture : Les vautours x pourvoiront, répondit l'homme sans pitié.

Le parti vaincu était toujours maître de la mer, et fort dans l'Orient. Un lieutenant de Brutus amena les Parthes dans la Syrie et jusqu'en Cilicie. D'autre part, Sextus, fils de Pond)>ée, tenait la Sicile, et y recevait les proscrits, les esclaves fugitifs. Il augmenta ses forces d'une partie de la fiotte de Brutus ; le reste se soumit plus tard à Antoine. Octave se chargea de combattre Sextus , tandis qu'Antoine repousserait les Parthes '. Celui-ci avait pris pour lui le riche Orient , la guerre des Parthes et les pro-

1 Die, XLYII, p. 525, no 49.

û lXi\fiw &piJiif Xéyoç âp 'M'* iyo» ik ci Q( tpyov 9}axouy • çbi*àp* iâoùXtutç Ivxyi»

roy. aussi Plut., in Bruto; Florns, IV, 7, 1 1; Zonar., X, 20, p. 508.

> Suet., c. 14, 91. Velleius a refi^ronterie d^avancer, contre le témoignage de tous les historiens, qu'Octave

jets de Jules César; Octave avait les provinces ruinées de l'Occident , une guerre civile à soutenir , et l'Italie à dépouiller, pour donner aux vétérans les terres qu'on leur avait promises.

Antoine dit aux Grecs d'Asie : Vous fournirex l'argent , l'Italie les terres ^. 11 leva l'argent en eflet, mais n'en fit guère part aux vétérans. Octave , au contraire, tint parole. Il dépouilla tous les temples de l'Italie ^, 11 chassa impitoyablement les propriétaires , et se vit entre la multitude furieuse de ceux auxquels il prenait, et une armée insatiable qui l'accusait de ne pas prendre assez. Dans une assemblée où Octave devait venir pour les haranguer , les soldats mirent en pièces un centurion qui essayait de les calmer , et placèrent son corps sur le chemin d'Octave. 11 osa à peine se plaindre. Dans toutes les villes, ce n'étaient que combats entre les soldats et le peuple. Les mécontents de toute espèce , gens expropriés , proscrits, vétérans même, trouvèrent des chefs dans le frère et la femme d'Antoine. Ils accusaient Octave de distribuer toutes les terres en son nom , et de s'attirer à lui seul la reconnaissance de l'armée. En réalité, Fulvie voulait ramener en Italie , an moins par une guerre , son infidèle époux qui s'oubliait dans l'Orient ; ou peutêtre se venger d'Octave, son gendre, qu'elle aimait plus qu'il ne convenait à une belle-mère , et qui l'avait dédaignée. Elle passait les légions en revue, l'épée au côté, et leur donnait le mot d'ordre ^.

L'armée déclara qu'elle voulait juger entre Octave et L. Antonius, et les assigna à comparaître devant elle pour tel jour dans la ville de Gabies. Octave s'y rendit humblement : Fulvie et Antonius n'y vinrent pas, et se moquèrent d« sénat botté''. Ce mot leur porta malheur : malgré les vaillants gladiateurs que lui avaient donnés les sénateurs de son parti, L. Antonius, enfermé dans Pérouse, y fut réduit à une horrible famine, et enfin obligé de se rendre. La ville entière fut réduite en cendres par les vaincus eux-mêmes. Le vainqueur fit mourir impitoyablement les chefs du parti, excepté L. Antonius. Pour les simples légionnaires , il eût voulu du moins leur faire sentir par des reproches amers le prix de la grâce qu'il leur accordait ; mais ses propres soldats prirent les vaincus dans leurs bras, les appelant leurs frères et leurs camarades, et ils

ne fit tuer aucun de ceux qui avaient combattu contre lui, II, 78. De même il assure qn*à la baUille d'Actinm, Octave était partout,

» Plut., Anton.

^ Apipïain.^B,Civ,, lY.

5 Id., ibid.

6 Dio., XLVIIl.

7 Id., ibid,, 12, p. 534.

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firent tant de brait qae leur générai ne put jamais parler ^

Antoine, qni s'endormait dans TOrient auprès de la reine d'Egypte, fat réTeillé par la guerre de Péroose et par les cris de Fulne. Il débarqua bientôt à Brindes avec une flotte de deux cents Taisseauz , déterminé à s'unir avec Sextus pour accabler Octave (40). Mais des deux côtés, les soldats ne se souciaient pas de combattre ; ils commandèrent la paix; Fulvie était morte; ils marièrent Antoine à Octavie , sœur d'Octave', comme ils avaient autrefois marié Octave à la belle -fille d'Antoine. Pour Sextus, ce fut le peuple de Rome qui força Antoine et Octave de s'arranger avec lui. Le blé de la Sicile ne venant plus à Rome, celui de l'Afrique étant arrêté par les flottes de Sextus, la populace trouva du courage dans la famine et le désespoir. Elle soutînt des combats acharnés contre les meilleurs soldats d'Antoine et d'Octave; tous deux faillirent périr dans ces émeutes'. 11 fallut bien traiter avec Sextus : mais personne n'était de bonne foi. Ils promettaient de lui laisser la Sicile, et de lui donner TAchaïe , de sorte qu*il eût été maître de tous les ports du centre de la Méditerranée ; ils devaient rendre aux proscrits le quart de leurs biens, condition inexécutable , mais qui sauvait l'honneur de Sextus. De son côté , Sextus s'engageait à envoyer du blé en Italie , et à ne plus recevoir de fugitifs. C'était signer sa ruine, s'il eût tenu parole. Les transfuges de l'Italie, mécontents ou esclaves, faisaient toute la force de Sextus : ses lieutenants voyaient ce traité avec peine. On assure que pendant une entrevue sur les bords de la mer ^, Menas, affranchi de Sextus et commandant de ses flottes , lui dit à l'oreille : Laissez-moi enlever ces gens-ci, et vous êtes le maître du monde. Sextus répondit tristement : Que ne le faisais-tu, au lieu de le dire?

Le nouvel arrangement semblait peu favorable à Octave. Antoine avait toutes les provinces de l'Orient, jusqu'à l'Illyrie. 11 laissait à son collègue ritalie ruinée et quatre guerres : l'Espagne et la Gaule en armes , Sextus en Sicile , et Lépide en Afrique. Octave devait périr, ou se fortifier tellement dans cette rude gymnastique, qu'il ne lui en coûterait plus pour devenir seul maître du monde.

Le salut d'Octave et sa gloire fut d'avoir démêlé et élevé deux hommes, deux simples chevaliers,

1 Appiaa., B. Cit., lY.

«IHo.,XLIV,56, p.499.

' Id., ibid., et Appian., B. Cw», IV.

* Le récit d^Appien que j'ai suivi est plus vraiseinbUble que celai de Plutarque.

^ F'oy, dans Velleius un joli portrait de Mécène , et dans Sénèque ( £pt«/.^ 101) les vers où il exprime un

qui furent comme ses bras, qui ne lui manquôreot jamais, et qui ne pouvaient le supplanter; c'étaient deux hommes incomplets; Agrippa n'était qu'une machine de guerre, admirable, il est vrai, mais dépourvue d'intelligence politique; l'autre était Mécène , esprit souple et délié, génie féminin, incapable d'action virile, mais admirable pour le conseil. Mécène semblait fait exprès pour calmer et assoupir l'Italie après tant d'agitations. Lorsqu'on le voyait rester au lit jusqu'au soir, marcher entre deux eunuques , ou siéger à la place d'Auguste avec une robe flottante et sans ceinture*, on eût pu reconnaître, sous cette ostentation de noblesse et de langueur, le fondateur systématique de la corruption impériale. Son art fut de rester toujours petit; jamais il ne voulut s'élever audessus du rang de chevalier. Cette position inférieure , et ce rôle convenu de femmelette , lui permettaient de dire à Auguste les choses les plus hardies. Un jour que l'ancien triumvir siégeait sur son tribunal , et se laissait emporter à prononcer plusieurs sentences de mort. Mécène, ne pouvant percer la foule, écrivit deux mots sur ses tablettes, et les jeta à Auguste. Elles portaient : Lève-toi donc enfin , bourreau. Auguste comprit ce conseil politique, et se leva en silence. Avant Mécène et Agrippa sa domination fut sanguinaire; elle fut malheureuse après eux.

Jamais , sans ces deux hommes , il ne fût venu à bout de Sextus et d'Antoine. 11 fallait remettre l'ordre en Italie. Il fallait substituer peu à peu aux légions indociles qui avaient vaincu â Philippes, une armée qui valût celle d'Antoine ; la discipliner, l'aguerrir. Il fallait, sous les yeux de Sextus, maître de la mer, construire des vaisseaux, exercer des matelots. L'armée se forma peu à peu en combattant les Pannoniens , les Dalmates, les Gaulois et les Espagnols. La flotte , détruite dix fois par les tempêtes et par l'ennemi , réparée, exercée dans le lac Lucrin , dont Agrippa s'était fait un port, préluda par ses victoires sur les marins habiles de Sextus Pompée au succès d'Actium , plus brillant et moins difficile.

Ce n'était pas sans cause que Pompée avait autrefois traité si doucement les pirates, au point de combattre pour eux contre Métellus qui s'acharnait à leur perte. Leur ville de Soles en Gilicie deattachement si honteux à la vie :

Dehtlcm facito manu , Debilem pede, coxà, Tnber adstrue gibberuog , Lubricos quate dentés, Yita duna superest, benè est.

vint PompeîbpoHs. Il est probable, d'après ia supériorité de sa marine dans la guerre civile, qu'il en tira de gra;ids secours : ce fut en Giiicic , qu'après Pharsale, il délibéra sur le choix de sa retraite ^ Sous Brutus et Gassius, le parti pompéien eut aussi l'avantage sur mer. Mais tant que ce parti eut des ressources considérables, il rendit inutile cette marine puissante en la laissant sous les ordres de généraux romains, étrangers à la mer , tels que Bibulus et Domitius. Sextus Pompée, demi- barbare, qui avait si longtemps vécu de brigandage en Espagne, n'hésita pas de confier le commandement de ses flottes à deux affranchis de son père ' , Ménécrate et Ménodore , vraisemblablement deux anciens chefs de pirates , que le grand Pompée avait ramenés captifs et s'était attachés. Sextus n'hésita même pas de sacrifier à ces hommes indispensables le proscrit Murcus , qui , après Philippes, lui avait amené une grande partie de la flotte de Brutus.

Pendant trois ans (59-56), Octave n'eut guère que des revers, malgré sa persévérance et l'opiniâtre courage d' Agrippa. Les vaisseaux d'Octave, grands et lourds, étaient toujours atteints par ceux de l'ennemi, frappés de leurs éperons, désagréés, brisés , coulés. Les vents et la mer étaient pour Sextus ; Octave ne lançait de nouvelles flottes que pour les voir détruites par les tempêtes. Soit superstition, soit pour flatter ses marins, Sextus s'était déclaré fils de Neptune , et se montrait en public avec une robe de couleur glauque '. Dans les théâtres de Rome , la statue de Neptune était salaée par les acclamations du peuple; Octave n'osa plus l'y laisser paraître. A chaque défaite , il craignait un soulèvement de Rome affamée par Sextus ; il y envoyait Mécène * en toute hâte, pour calmer et contenir la multitude. Et cependant il persévérait. Toujours sur les rivages, construisant, réparant des flottes, formant des matelots, deax fois presque pris par Sextus, passant des nails d'orage sans autre abri qu'un bouclier gaulois ^. Ce qui lui était le plus utile, c'était de gagner les lieutenants de son ennemi. Ménodore passa qaatre fois de l'un à l'autre parti. Ces défections passagères avaient pourtant l'avantage d'améliorer la marine d'Octave , et de lui apprendre le secret de ses défaites. Aussi finit-il par prévaloir ; il parvint à débarquer en Sicile, et défit Sextus. Lépide était Tenu d'Afrique pour prendre part, ou traiter avec Pompée. Pendant qu'il marchande avec lui ,

' Dio. Appian.

» Yelleias Pat., II, 73. — Appian., J5. Cir., IV.

5 Velleio8Pat.,lI,73.

4 Appian., i?.CtV., IV.

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