‹ ŒuvresChapitre 3 sur 232 · aiCBILVT · texte numérisé non relu

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les Frances anglaise, allemande, espagnole, dont elle était environnée. Elle les a neutralisées l'une par l'autre , et converties toutes â sa substance. Elle a amorti la Bretagne par la Normandie, la Franche-Comté par la Bourgogne ; par le Languedoc, la Guyenne et la Gascogne ; par le Dauphiné, la Provence. Elle a méridionalisé le Nord, septentrlonalisé le Midi ; a porté au second le génie chevaleresque de la Normandie, de la Lorraine; au premier la forme romaine de la municipalité toulousaine , et l'industrialisme grec de Marseille.

La France française , le centre de la monarchie, le bassin de la Seine et de la Loire, est un pays remarquablement plat , pâle , indécis. Lorsque, des pics sublimes des Alpes, des vallées sévères du Jura , des coteaux vineux de la Bourgogne , vous tombez dans les campagnes uniformes de la Champagne et de l'Ile-de-France, au milieu de ces fleuves vagues et sales , de ces villes de craie et de bois , l'âme est saisie d'ennui et de dégoût. Vous voyez bien de grasses campagnes , de bonnes fermes et de bons bestiaux. Mais cette image-prosaïque d'aisance et de bien-être ferait regretter la pauvre Suisse et jusqu'à la désolation de la campagne de Rome. Quant aux hommes , ne leur demandez ni les saillies de la Gascogne , ni la grâce provençale, ni Tâpreté conquérante et chicaneuse de la Normandie, encore moins la persistance de l'Auvergnat et l'opiniâtreté du Breton. Il en est, toute proportion gardée , de nos provinces éloignées comme de l'Italie et de l'Allemagne méridionale , comme de tous les pays divisés par des montagnes et d'âpres vallées; l'homme plus isolé, dépourvu des puissants secours de la division du travail et de la communication des idées , est souvent plus ingénieux, plus original, mais aussi moins exercée comparer, moins cultivé , moins humanisé, moins social. L'homme de la France centrale vaut moins comme individu ; mais la masse y vaut mieux. Son génie propre est précisément dans ce que les étrangers , les provinciaux même, appellent insignifiance et indifférence, et qu'on doit plutôt nommer une aptitude, une capacité, une réceptivité nniverselle. Le caractère du centre de la France est de ne présenter aucune des originalités provinciales, de participer à toutes et de rester neutre, d'emprunter à chacune tout ce qui n'exclut pas les autres, de former le lien, l'intermédiaire entre toutes, au point que chacune puisse à volonté reconnaître en lui sa parenté avec tout le reste. C'est là la supériorité de la France centrale sur les provinces , de la France entière sur l'Europe.

Cette fusion intime de race constitue l'identité de notre nation, sa personnalité. Examinons quel est le génie propre de cette unité multiple, de cette

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personne gigantesque composée de trente millions d*hommes.

Ce génie, c*est l'action, et voilà pourqaoi le monde lui appartient. C'est un peuple d^hammea de guerre, et ôî'hommea d'affaireê, ce qui, sous tant de rapports, est la même chose. La guerre des subtilités juridiques, que nous devions nous en vanter ou non, nous y primons, il faut le dire; le procureur est français de nation. Avant que les légistes entrassent aux affaires, la théologie, la scolastique y donnaient accès. Paris fut alors pour l'Europe la capitale de la dialectique. Son Université vraiment universelle se partageait en na^Vm«. Tout ce qu'il y avait d'illustre au monde venait s'exercer dans cette gymnastique. L'Italien Dante, et l'Espagnol Raymond Lulle, entouraient la chaire de Duns Scot. Des leçons d'un seul professeur sortirent deux papes et cinquante évoques. Là éclatait , autant qu'aux croisades ou aux guerres des Anglais , le génie batailleur de la nation. D'effroyables mêlées de syllogismes avaient lieu sur la limite des deux camps ennemis de l'tle bt de la montagne , du Parvis et de Sainte-Geneviève, de l'église et de la ville, de Tautorité et de lli liberté. De là partaient en expédition les chevaliers errants de la dialectique, comme ce terrible Àbailard qui démonta Guillaume de Champeaux , Anselme de Laon , et jeta le gant à l'Église en défiant saint Bernard.

Le goût de l'action et de la guerre, Yépée rapide, l'argument et le sophisme toujours prêts, sont les caractères communs aux peuples celtiques. La valeur et la dialectique hibernoise ne sont pas moins célèbres que celles de la France. Ce qui est particulier à celle-ci , ce qu'elle a par-dessus tous les peuples, c'est le génie social , avec ses trois caractères en apparence contradictoires, l'acceptation facile des idées étrangères , l'ardent prosélytisme qui lui fait répandre les siennes au dehors, la puissance d'organisation qui résume et codifie les unes et les autres.

On sait que la France se fit italienne au seizième siècle , anglaise à la fin du dix-huitième siècle. En revanche , au dix-septième , au nôtre, elle francisa les autres nations. Action , réaction ; absorption , résorption , voilà le mouvement alternatif d'un véritable organisme. Mais de quelle nature est l'action de la France, c'est ce qui mérite d'être expliqué. L'amour des conquêtes est le prétexte de nos guerres, et nous-mêmes y sommes trompés. Toutefois le prosélytisme en est le plus ardent mobile. Le Français veut surtout imprimer sa personnalité aux vaincus, non comme sienne, mais comme type du bon et du beau ; c'est sa croyance naïve. Il croit, lui, qu'il ne peut rien faire de plus profitable au monde que de lui donner ses idées , ses mœurs et ses modes. Il y convertira les autres peuples

répée àlamain,et après le combat, moitié fatuité, moitié sympathie , il leur exposera tout ce qu'ils gagnent à devenir Français. Ne riez pas; celui qui veut invariablement faire le monde à son image , finira par y parvenir. Les Anglais ne trouvent que simplicité dans ces guerres sans conquêtes, dans ces efforts sans résultat matériel. Ils ne voient pas que nous ne manquons le but mesquin de l'intérêt immédiat, que pour en atteindre un plus haut et plus grand. L'assimilation universelle à laquelle tend la France, n'est point celle qu'ont rêvée, dans leur politique égoïste et matérielle, l'Angleterre et Rome. C'est l'assimilation des intelligences, la conquête des volontés : qui jusqu'ici y a mieux réussi que nous ? Chacune de nos armées en se retirant à laissé derrière elle une France. Notre langue règne en Europe, notre littérature a envahi l'Angleterre sous Charles II, l'Italie et l'Allemagne au dernier siècle; aujourd'hui, ce sont nos lois, notre liberté si forte et si pure, dont nous allons faire part au monde. Ainsi va la France dans son ardent prosélytisme, dans son instinct sympathique de fécondation intellectuelle.

La France importe, exporte avec ardeur de nouvelles idées , et fond en elle les unes et les autres avec une merveilleuse puissance. C'est le peuple législateur des temps modernes, comme Rome fut celui de l'antiquité. De même que Rome avait admis ()ans son sein les droits opposés des races étrangères , l'élément étrusque , et l'élément latin, la France a été, dans sa vieille législation, germanique jusqu'à la Loire , romaine au midi de ce fleuve. La révolution française a marié les deux éléments dans notre Code civil.

La France agit et raisonne, décrète et combat; elle remue le monde ; elle fait l'histoire et la raconte. L'histoire est le compte rendu de l'action. Nulle part ailleurs vous ne trouverez de mémoires, d'histoire individuelle, ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni en Italie. Ceci soufifre peu d'exceptions. Dans l'Italie du moyen âge, la vie de l'homme était celle de la cité. La morgue anglaise est trop forte pour que la personnalité se soumette à rendre compte de soi. La nature modeste de l'Allemand ne lui permet pas d'attacher tant d'importance à ce qu'il a pu faire. Lisez les notes informes qu'a dictées Gœtz à la fnain de fer; comme il s'effaee volontiers, comme il avoue ses mésaventures. L'Allemagne est plus faite pour l'épopée que pour l'histoire ; elle garde la gloire pour ses vieux héros, et dédaigne volontiers le présent. Le présent est tout pour la France. Elle le saisit avec une singulière vivacité. Dès qu'un homme a fait, a vu quelque chose, vite il l'écrit. Souvent il l'exagère. Il faut voir dans les vieilles chroniques tout ce que font

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fUM gen$. U y a déjà longtemps ga'on accuse les Français de gober. Mais il est juste de dire que cet esprit d'exagération est souyent désintéressé. Il dérive du désir habituel de produire un effet; en d^autres termes, il est le résultat dugéiûe oratoire et rhéteur, qui est un défaut et une puissance de notre caractère national.

Résignons -nous : la littérature de la France, c'est Féloquence et la rhétorique , comme son art est la mode ; toutes deux également occupées à parer, à exagérer la personnalité. La rhétorique et l'éloquence, dont elle est tour à tour Fart et Tabus , parlent pour les autres , la poésie pour ellemême. L'éloquence ne peut naUre que dans la société, dans la liberté. La nature pèse sur le poëte. La poésie en est l'écho fatal , le son que rend Thumanité frappée par elle. L'éloquence est la voix libre' de l'homme s'efforçant d'amener à la pensée commune la libre volonté de son semblable. Aussi ce peuple est-il , entre tous , le peuple rhéteur et prosateur.

La France est le pays de la prose. Que sont tous les prosateurs du monde à côté de Bossuet, de Pascal^ de Montesquieu et de Voltaire? Or , qui dit la prose , dit la forme la moins ûgurée et la moins concrète, la plus abstraite, la plus pure, la plus transparente; autrement dit, la moins matérielle, la plus libre , la plus commune à tous les hommes, la pins humaime, La prose est la dernière forme de la pensée, ce qu'il y a de plus éloigné de la vague et inactive rêverie, ce qu'il y a de plus près de Faction. Le passage du symbolisme muet à la poésie, de la poésie à la prose , est un progrès vers l'égalité des lumières ; c'est un nivellement intellectuel. Ainsi de la mystérieuse hiérarchie des castes orientales, Bùti l'aristocratie héroïque; de celle-ci la démocratie moderne. Le génie démocratique de notre nation n'apparaît nulle part mieux que dans son caractère éminemment prosaïque, et c'est encore par là qu'elle est destinée à élever tout le monde des intelligences à l'égalité.

Ce génie démocratique de la France n'est pas d'hier. Il apparaît confus et obscur , mais non pas moins réel , dès les premières origines de notre histoire. Longtemps il grandit , à l'abri et sous la forme même du pouvoir religieux. Avant les Romains, avant César , je vois le sacerdoce gaulois, rival des chefs des clans , surgir , non pas de la naissance et de la chair, mais de l'initiation, c'està-dire de l'esprit, de l'égalité. Les Druides, sortis du peuple, s'allient au peuple des villes contre l'aristocratie. Après Finvasion des barbares, après Forganisation féodale, le Romain , le vaincu, c'està-dire le peuple, est représenté par le prêtre, élu du peuple , homme de l'esprit contre l'homme de

la terre et de la force. Celui-ci , enraciné, localisé dans son fief, et, par là même, dispersé sur le territoire, tend à l'isolement, à la barbarie. Le prêtre, comme le serf, à la classe duquel il appartient souvent , regarde vers le pouvoir central et royal. Droit abstrait et divin du roi et du prêtre; droit concret et humain du seigneur engagé dans sa terre. L'étroite association des deux premiers caractérise les rois les plus populaires de chacune des trois races : le bon Dagobert, Louis le Bon ou le Débonnaire, le bon Robert, enfin saint Louis. Le type du roi de France est un saint. Le prêtre et le roi favorisent également l'affranchissement des serfs; tout homme qui échappe à la servitude locale de la terre, leur appartient, appartient au pouvoir central, abstrait , spirituel. Prêtres et rois s'avisent enfin d'affranchir des villes entières , de créer les communes , et de chercher en elles une armée antiféodale. Alors le peuple, qui, jusque-là, n'arrivait à la liberté que dans la personne du prêtre, apparaît pour la première fois sous sa forme propre.

Mais le prêtre et le monarque se repentirent bientêt d'avoir suscité la turbulente liberté des corn* munes, qui tournait contre eux. Les rois arrêtèrent l'émigration rapide des laboureurs, qui fuyaient les campagnes pour se réfugier derrière les murs des villes. Us i^ournèrent ainsi la chute de la féodalité. Il fallait qu'elle pértt , mais par eux et pour eux d'abord, c'est-à-dire, au profit du pouvoir central. En même temps que tombent les privilèges locaux des communes vers le règne de Philippe le Bel , commencent les états généraux. Le prêtre , sortant toujours du peuple , mais peu à peu séparé de lui par l'intérêt de corps, siège comme ministre auprès du roi , et pendant cinq siècles , de Suger à Fleury, règne alternativement avec le légiste.

Si le prêtre fût resté peuple; il eût régné seul et en son propre nom ; la féodalité eût fait place à une démagogie sacerdotale. Si la liberté des villes eût prévalu, si les communes eussent subsisté, la France couverte de républiques ne fût jamais devenue une nation ; il lui serait arrivé ce qu'a éprouvé l'Italie; les villes auraient absorbé les campagnes désertées par leurs habitants.

Grâce à la lente extinction de la féodalité, la France s'est trouvée forte dans les campagnes, comme l'Allemagne; forte dans les villes, comme l'Italie, vivante et féconde comme la tribu, une et harmonique comme la cité. Un pouvoir central , merveilleusement puissant, s'y est formé par l'alliance du droit abstrait du roi et du prêtre , contre le droit concret et local des seigneurs. Le nom du prêtre et du roi , représentants de ce qu'il y avait

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de plus général , c*est-à-dire de divin dans la pensée nationale, a prêté au droit obscur du peuple, comme une enveloppe mystique dans laquelle il a grandi et s'est fortifié. Et un matin , se trouvant grand et fort, il a rejeté les langes de son berceau. Le droit divin du roi et du prêtre n'existait qu'à condition d'exprimer la pensée divine, c'est-à-dire l'idée générale du peuple.

Sous la forme sacerdotale et monarchique qu'il a portée si longtemps, on pouvait entrevoir que ce peuple , organisé contre les nobles par les rois et les prêtres , n'en conservait pas moins un instinct indépendant des uns et des autres. Pour adversaire du chef de la féodalité, de l'Empereur, la France élève et soutient le pontife de Rome , jusqu'à ce qu'elle puisse l'amener à Avignon et confisquer le pontificat. C'était, au douzième siècle, un dicton en Provence : J'aimerais mieux être prêtre que de faire telle choêe. Même esprit de liberté en politique sous les formes de la monarchie absolue. L'idéal historique, et la jactance habituelle de la nation, fut d'élrc le royaume deê Franc*. De bonne heure , le roi de France est présenté comme un roi citoyen ; lisez Comines et Machiavel. Ses parlements lui résistent; lui-même ordonne qu'on lui désobéisse sous peine de désobéissance; admirable contradiction. La monarchie y est l'arme nationale contre l'aristocratie , la route abrégée du nivellement. Tant que l'aristocratie est puissante , toute tentative contre la monarchie échouera; Marcel pourra agiter les communes, la Jacquerie soulever les campagnes. Les libertés privilégiées doivent périr sous la force centralisante , qui doit tout broyer pour tout égaler.

Ce long nivellement de la France par l'action monarchique est ce qui sépare profondément notre patHe de l'Angleterre , à laquelle on s'obstine à la comparer. L'Angleterre explique la France, mais par opposition.

L'orgueil humain personnifié dans un peuple,

. c'est l'Angleterre. J'ai déjà marqué l'enthousiasme que l'homme du Nord s'inspire à lui-même, surtout dans cette vie effrénée de courses et d'aventures que menaient les vieux Scandinaves. Que sera-ce lorsque ces barbares seront transplantés dans cette tie puissante , où ils s'engraisseront du suc de la terre et des tributs de l'Océan? Rois de la mer,. du monde sans lois et sans limites, réunissant la dureté sauvage du pirate danois, la

- morgue féodale du lord , fils des Normands... Combien faudrait -il entasser de Tyrs et de Carthages

. pour monter jusqu'à l'insolence de la titanique

(^ Angleterre?

Ce monde de l'orgueil subit pour peine expiatoire ses propres contradictions. Composé de deux prÎQ-

cipes hostiles , l'industrie et la féodalité , l'égobni^ d'isolement et l'égoïsme d'assimilation, il s'accorde en un point , l'acquisition et la jouissance de la richesse. L'or lui a été donné comme le saUe. Qu'il s'assouvisse et se soûle , s'il peut. Mais non, il veut jouir et savoir qu'il jouit ; il se retranche dans l'étroite prudence du confortable. Et cependant , au milieu de ce monde matériel qu'il tient et qu'il savoure, la nausée vient bientôt. Alors tout est perdu ; l'univers s'était concentré en l'homme , l'homme dans la jouissance du réel , et la réalité lui manque. Ce ne sont pas des pleurs , des cris efféminés qui s*élèvent , mais des blasphèmes , des rugissements contre le ciel. I^a liberté sans Dieu , l'héroïsme impie , en littérature Vécole satanique , annoncée dès la Grèce dans le Prométhée d'Eschyle, renouvelée par le doute amer d'Hamlet , s'idéalise elle-même dans le Satan de Milton. Elle s'écrie avec lui : Mal, sois mon bien ! Mais elle retombe avec Ryron dans le désespoir : Bottomless perdition.

Cet inflexible orgueil de l'Angleterre y a mis un obstacle éternel à la fusion des races comme au rapprochement des conditions. Condensées à l'excès sur un étroit espace , elles ne s'y sont pas pour cela mêlées davantage. Et je ne parle pas de ce fatal rémora de l'Irlande que l'Angleterre ne peut ni traîner, ni jeter à la mer. Mais dans son tle même, le Gallois chante , avec le retour d'Arthur et -de Ronaparte, l'humiliation prochaine de l'Angleterre. Y a-t-il si longtemps que les Highlanders combattirent encore les Anglais à Culloden ? L'Ecosse suit sans l'aimer, mais parce qu'elle y trouveson compte, la dominatrice des mers. Enfin, même dans la vieille Angleterre , the old England, le fils robuste du Saxon , le fils élancé du Normand , ne sont-ils pas toujours distincts ? Si vous ne rencontrez plus le premier courant les bois avec l'arc de Robin-Hood, vous le trouverez brisant les machines ou sabré â Manchester par la Yeomanrx,

Sans doute l'héroïsme anglais devait commencer la liberté moderne. En tout pays, c'est d'abord par l'aristocratie, par l'héroïsme, par l'ivresse du moi humain, que l'homme s'affranchit de l'autorité. Les aristocraties guerrières et iconoclastes de la Perse et de Rome apparaissent comme un véritable protestantisme après l'Inde etl'Étrurie. Ainsi commence en ce monde ce que le sacerdoce appelle l'esprit du mal, Satan, Ahriman, le principe critique et négatif, celui qui dit toujours : Non. Quand l'aristocratie guerrière a commencé par l'orgueil de la force la révolte du genre humain, l'œuvre se continue par l'orgueil du raisonnement individuel, par le génie dialectique. Celui-ci sort vite de l'aristocratie ; il descend dans la masse ; il appartient à tous. Mais nulle part il ne prend plus de force que

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dans les pays déjà nivelés par le sacerdoce et la monarchie.

Ainsi s*est révélé an bout de l'Occident ce mystère : que le monde avait ignoré : l'héroïsme n'est pas 5^ encore la liberté. Le peaple héroïque de l'Europe ^ est TAngleterre, le peuple libre est la France. Dans l'Angleterre , dominés par l'élément germanique et féodal, triomphent le vieil héroïsme barbare, l'aristocratie, la liberté par privilège. La liberté, sans l'égalité, la liberté injuste et impie n'est autre chose que FiDsociabilité dans la société même. La France veut la liberté dans l'égalité ' , ce qui est précisément le génie social. La liberté de la France est juste et sainte. Elle mérite de commencer celle du monde, et de grouper pour la première fois tous les peuples dans une unité véritable d'intelligence et de volonté.

L'égalité dans la liberté, cet idéal dont nous devons approcher de plus en plus sans jamais y toucher, devait être atteinte de plus près par le plus mixte des peuples, par celui en qui les fatalités opposées de races et de climats se seraient le mieux neutralisées l'une par l'autre ; par un peuple fait pour l'action, mais non pour la conquête; par un peuple qui voulût l'égalité pour lui et pour le genre humain. U fallait que ce peuple eût en même temps le génie du morcellement et celui de la centralisation ; la substitution des départements aux provinces explique ma pensée. La révolution française, matérialiste en apparence dans sa division départementale qui nomme les contrées par les fleuves, n'en efface pas moins les nationalités de provinces qui , jusque-là, perpétuaient les fatalités locales au nom de la liberté.

Il fallait que ce génie contradictoire en apparence du morcellement et de la centralisation se reproduisit dans notre langue , qu'elle fût éminemment propre à analyser, à résumer les idées. Cette double puissance constitue le génie aristotélique , qui met en poussière les agrégations naturelles et fatales, et tire de cette poussière des agrégations artificielles qui forment peu à peu le patrimoine de la raison humaine ; patrimoine légitime que la liberté a gagné à la sueur de son front.

Toutefois, avouons- le, le peuple, le siècle où tombent en même temps l'aristocratie et le sacerdoce, où le vieil ordre de la fatalité s'enfonce et se dissipe dans une poussière tourbillonnante, certes, ce peuple et ce moment ne sont pas ceux de la beauté. Le plus mélangé des peuples, et à une époque où tout se mêle , n'est pas fait pour plaire an premier aspect.

La France n'est point une race comme l'AIIe-

' Est -il besoin de dire qu*il s'agit de' régalité des droits, on plutôt de régalité des moyens d^amver aux

magne; c'est une nation. Son origine est le mélange^ l'action est sa vie. Tout occupée du présent , du réel , son caractère est vulgaire , prosaïque. L'iur^ dividu tire sa gloire de sa participation volontaire à l'ensemble ; il peut dire , lui aussi : Je m'appelle légion^ Chercherez-vous là la personnalité superbe de l'Anglais, ou le calme, la pureté, le chaste recueillement de l'Allemagne ? Demandez donc aussi le gazon de mai à la route poudreuse où la foule a passé tout le jour.

Mélange, action, savoir-faire, tout cela ne se concilie guère, il faut le dire, avec l'idée d'innocence , de dignité individuelle. Ce génie libre eC raisonneur dont la mission est la lutte, apparaît sous les formes peu gracieuses de la guerre, de l'industrie, de la critique, de la dialectique. Le rire moqueur, la plus terrible des négations, n'embellit pas les lèvres où il repose. Nous avons grand besoin de la physionomie pour ne pas être un peuple laid.. Quoi de plus grimaçant que notre premier regard sur le monde du moyen âge. Le Gargantua de Rabelais fait frémir, à côté de la noble ironie de Cervantes et du gracieux badinage de l'Arioste.

Je ne sais pourtant si aucun peuple mêlé à la vie, engagé dans l'action autant que la France, aurait mieux gardé sa pureté. Voyez au contraire comme les races non mélangées boivent avidement la corruption. Le machiavélisme, plus rare en Allemagne, y atteint souvent un excès dont au moins le bon sens nous préserve. Nous avons, nous, le privilège d'entrer dans le vice sans nous y perdre, sans que le sens se déprave, sans que le courage s'énerve, sans être entièrement dégradés. C'est que dans le plaisir du mal, ce qui nous plaît le plus,^ c'est d'agir , c'est de nous prouver à nous-mêmes, que nous sommes libres , par l'abus de la liberté*. Aussi rien n'est perdu ; nous revenons par le boi^ sens à l'idée de l'ordre.

Notre vertu, à nous, ce n'est pas l'innocence, l'ignorance du mal , cette grâce de l'enfance , cette vertu sans moralité; c'est l'expérience, c'est la. science, mère sérieuse de la liberté. Le bien sortant ainsi de l'expérience est fort et durable \ il dérive, non de l'aveugle sympathie, mais de l'idée d'ordre. Il sort de la sensibilité incertaine et mobile pout entrer dans le domaine immuable de la raison^

Il sera pardonné beaucoup à ce peuple pour son noble instinct social. Il s'intéresse à la liberté du monde ; il s'inquiète des malheurs les plus lointains. L'humanité tout entière vibre en lui. Dans cette vive sympathie est toute sa gloire et sa beauté. Ne regardez pas l'individu à part; contemplez-le dans

lamières et à Texercice des droits politiques qui doit y être attaché.

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la masse et sartout dans l'action. Dans le bal ou la bataille, aucun ne s'électrise plus Tivement du sentiment de la communauté, qui fait le vrai caractère d'homme. Les nobles faits , les paroles sublimes , lui viennent naturellement; des mots qu'il n'avait jamais sus, il les dit. Le génie divin de la société délie sa langue. C'est surtout dans le péril, lorsqu'un soleil de juillet illumine la fête, que le feu répond au feu, que jaillissent et rejaillissent la balle et la mort ; alors la stupidité devient éloquente , la lAcheté brave; cette poussière vivante se détache, scintille , et devient merveilleusement belle. Une brûlante poésie sort de la masse et roule avec le glas du tocsin et l'écho des fusillades, du Panthéon au Louvre, et du Louvre au pont de la Grève. De la Grève? Non. Au pont d'ArcoIe. Et puisse ce mot s'entendre en Italie !

Ce que la révolution de juillet offre de singulier, c*est de présenter le premier modèle d'une révolution sans héros, sans noms propres; point d'individu en qui la gloire ait pu se localiser. La société a tout fait. La révolution du quatorzième siècle s'expia et se résuma dans la Pucelle d'Orléans, pure et touchante victime qui représenta le peuple et mourut pour lui. Ici pas un nom propre; personne n'a préparé , n'a conduit; personne n'a éclipsé les autres. Après la victoire, on a cherché le héros, et l'on a trouvé tout un peuple.

Cette merveilleuse unité ne s'était pas encore présentée au monde. Il s'est rencontré cinquante mille hommes d'accord à mourir pour une idée. Mais ceux-là n'étaient que les braves , une foule d'autres combattaient de cœur ; la subite élévation du drapeau tricolore par toute la France a exprimé l'unanimité de plusieurs millions d'hommes. Cet élan si impétueux n'a pas été désordonné. On s'accorda sans s'être entendus. Par-dessus l'acliofi et le tumulte s'éleva l'idée de l'ordre. Dans l'absence momentanée d'un gouvernement, d'un chef visible, apparut l'invisible souverain du monde, le droit et la loi. Au milieu d'un si grand trouble, pas un meurtre , pas un vol ne fut commis pendant les trois jours. Dans d'autres temps , on eût vu ici un miracle ; aujourd'hui nous n'y voyons que l'œuvre de la liberté humaine ; mais quoi de plus divin que l'ordre dans la liberté ?

Ce moment unique, qui me revient toujours en mémoire, soutient mon espérance et me donne foi aux destinées morales et religieuses de ma patrie. Au milieu de l'agitation universelle qui nous envi-» renne , je crois au repos de l'avenir. Car enGn ce peuple s'est uni un jour dans une pensée commune ; l'idée divine de l'ordre a lui à ses yeux. Ce n'est pas en vain que l'on a une fois entrevu cet éclair céleste.

Ayons espoir et confiance, de quelque agitation

que soit encore remplie la belle et terrible époque où notre vie s'est rencontrée. C'est la péripétie d'une tragédie où la victime est tout un monde. Époque de destruction, de dissolution, de décomposition , d'analyse et de critique. C'est en philosophie, par l'analyse logique, dans l'ordre social, par celte autre analyse de révolutions et de guerres, que l'homme passe d'un système à un autre ; qu'il dépouille une forme pour en revêtir une autre qui donne toujours plus à l'esprit; mais ce n'est pas sans un cruel effort , sans un douloureux dé^ chirement qu'il s'arrache à la fatalité au sein de laquelle il est resté si longtemps suspendu ; la séparation saigne aussi au cœur de l'homme. Cependant il faut bien qu'elle ait lieu , que l'enfant quitte sa mère ; qu'il marche de lui-même ; qu'il aille en avant. Marche donc, enfant de la Providence. Marche ; tu ne peux l'arrêter ; Dieu le veut ! Dieu le vent ! c'était le cri des croisades.

Ce dernier pas loin de l'ordre fatal et naturel, loin du dieu de l'Orient , en est un vers le dieu social qui doit se révéler peu à peu dans notre liberté même. Mais s'il est un moment où le premier disparaît et s'efface, où l'autre tarde à paraître , un moment où les hommes croient, comme Werner, voir sur l'autel le Christ en pleurs avouer lui -même qu'il n'y a point de dieu , dans quelle agonie de désespoir tombera ce monde orphelin ? Demandez à l'infortuné Byron.

Comment du fond de cet abtme allons- nous remonter vers Dieu ?

L'humanité, nous l'avons dit, procède éternellement de la décomposition à la composition, de l'analyse à la synthèse. Dans l'analyse, tous les rapports disparaissent , tous les liens se brisent , l'unité sociale et divine devient insensible. Mais peu à peu les rapports reparaissent dans la science et dans la société , l'unité revient dans la dté, dans la nature. Ce monde, naguère en poudre, se reconstitue et refleurit d'une création nouvelle où l'homme reconnaît, plus belle et plus pure, l'Image de Tordre divin. Aujourd'hui la science en est à l'analyse , à la minutieuse observation des détails; c'est par là seulement que son œuvre peut commencer. La société achève un laid et sale ouvrage de démolition : elle déblaye le sol encombré des débris du monde fatal qui s'est écroulé. Ce travail nous parait long sans doute. Voilà bientôt quarante ans qu'il a commencé. Hélas! c'est plus d'une vie d'homme. Mais c'est peu dans la vie d'une nation. Tranquillisons -nous donc, et prenons courage; l'ordre reviendra tôt ou tard, an moins sur nos tombeaux.

L'unité, et celte fois la libre unité , reparaissant dans le monde social ; la science ayant, par l'obser-

INTRODUCTION A L'UlSTOiM UNIVERSELLE.

vation des détails , acquis un fondemeni légitime pour élever son nugestueux et harmonique édifice, rhamanîté reconnaîtra l'accord du double monde, naturel et ciyil, dans Tintelligeoce bienveillante qui en a fait le lien. Mais c'est surtout par le sens social qu'dle reviendra à Tidée de l'ordre universel. L'ordre une fois senti dans la société limitée de la patrie, la même idée s'étendra à la société humaine, à la république du monde.

L'Athénien diêaU : Salui, dté de Cécrope ! Et toi, ne dimê-iu pas : SaM, cité de la Providence!

Le christianisme a constitué l'homme moral ; il a posé daQS l'égalité devant Dieu un principe qui devait plus tard trouver dans le monde civil une application féconde. Cependant les circonstances qui entourèrent son berceau, l'ont rendu moins favorable i l'action commune , é la vie sociale, qu'é la contemplation inactive et solitaire. Lorsqu'il parut. Dieu était encore captif dans le matérialisme et la sensualité païenne ; l'homme était emprisonné dans rétroile enceinte de la cité antique. Le christianisme délivra Thomme en brisant la cité, affranchit Dieu en brisant les idoles. Â ce montent unique, l'homme, entrevoyant pour la première fois sa patrie divine, languit pour elle d'un incurable amour , croisa les bras et les yeux vers le ciel, attendit le moment de s'y élancer. Qwmd eera^ee, grand Dieu ?... Ouvrier impatient et paresseux , qui vous asseyez et réclamez votre salaire avant le soir, vous demandez le ciel, mais qu'avezvous fait de la terre que Dieu vous a confiée? Suffit-il pour dompter la matière de briser des images, déjeuner, de fuir au désert? Vous devez lutter et non fuir, la regarder en face cette nature ennemie, la connaître , la subjuguer par l'art , en user pour la mépriser. Vous avez dissous la cité antique , la cité étroite et envieuse qui repoussait l'humanité, et, des ruines de celte Babel , vous vous êtes dispersés par le monde. Vous voilà divisés en royaumes, en monarchies, parlant vingt langues diverses. Que devient la cité universelle et divine , dont la charité chrétienne vous avait donné le pressentiment, et que vous aviez promis de réaliser ici-bas?

Si le sens social doit nous ramener à la religion, l'organe de cette révélation nouvelle, l'interprète entre Dieu et l'homme , doit être le peuple social entre tous. Le monde moral eut son Verbe dans le christianisme, fils de la Judée et de la Grèce; la France expliquera le Verbe du monde social que nous voyons commencer.

Cest aux points de contact des races , dans la collision de leurs fatalités opposées , dans la soudaine explosion de l'intelligence et de la liberté , que jaillit de l'humanité cet éclair céleste qu'on

appelle le Verbe, la parole, la révélation. Ainsi , quand la Judée eut entrevu l'Egypte, la Chaldée et la Phénicie, au point du plus parfait mélange des races, orientales , l'éclair brilla sur le Sinaï , et il en resta la pure et sainte unité. Quand l'unité juive se fut fécondée du génie de la Perse et de l'Egypte grecque, l'unité s'épanouit, et elle embrassa le monde dans l'égalité de la charité divine. La Grèce /iu6ot6xo«, mère du mythe et de la parole , expliqua la bonne nouvelle ; il ne fallut pas moins que la merveilleuse puissance analytique de la langue d'Aristote pour dire aux nations le verbe du muet Orient.

Au point du plus parfait mélange des races européennes, sous la forme de l'égalité dans la liberté, éclate le verbe social. Sa révélation est successive ; sa beauté n'est ni dans un (emps ni dans un lieu. U n'a pu présenter la ravissante harmonie par laquelle le verbe moral éclata en naissant : le rapport de Dieu k l'individu était simple ; le rapport de l'humanité à elle-même dans une société divine , cette translation du del sur la terre , est un problème oompleze, dont la longue solution doit remplir la vie du monde ; sa beauté est dans sa progression infinie.

C'est à la France qu'il appartient et de foire éclater cette révélation nouvdie et de l'expliquer. Toute solution sociale ou intellectuelle reste inféconde pour l'Europe , jusqu'à ce que la France l'ait interprétée, traduite, popularisée. La réforme du Saxon Luther, qui replaçait le Nord dans son opposition naturelle contre Rome, fut démocratisée par le génie de Calvin. La réaction catholique du siècle de Louis XIV fut proclamée devant le monde par le dogmatisme superbe de Bossuet. Le sensualisme de Locke ne devint européen qu'en passant par Voltaire, par Montesquieu qui assi^ettitle développement de la société à l'influence des climats. La liberté morale réclama au nom du sentiment par Rousseau, au nom de l'idée par Kant; mais l'influence du Français fut seule européenne.

Ainsi chaque pensée solitaire des nations est révélée parla France. EUe dit le Verbe de l'Europe, comme la Grèce a dit celui de l'Asie. Qui lui mérite cette mission ? C'est qu'en elle, plus vite qu'en aucun peuple, se développe, et pour la théorie et pour la pratique, le sentiment de la généralité sociale.

A mesure que ce sentiment vient à poindre chez les autres peuples , ils sympathisent avec le génie français, ils deviennent France; ils lui décernent, au moins par leur muette imitation, le pontificat do la civilisation nouvelle. Ce qu'il y a de plus jeune et de plus fécond dans le monde , ce n'est point l'Amérique, enfant sérieux qui imitera longtemps;

INTRODUCTION A L'HISTOIRE UNIVERSELLE

c'est la vieille France, renoavelée par l'esprit. Tandis que la civilisation enferme le monde barbare dans les serres invincibles de l'Angleterre et de la Russie , la France brassera ^'Europe dans toute sa profondeur. Son intime union sera , n'en doutons point, avec les peuples de langues latines, avec l'Italie et l'Espagne , ces deux lies qui ne peuvent s'entendre avec le monde moderne que par l'intermédiaire de la France. Alors nos provinces méridionales reprendront l'importance qu'elles ont perdue.

L'Espagne résistera longtemps. La profonde démagogie monacale qui la gouverne, la ferme à la démocratie modérée de la France. Ses moines sortent de la populace et la nourrissent. Si pourtant ce peuple , rassuré du côté de la France , reprend son génie d'aventure, c'est par lui que la civilisation occidentale atteindra l'Afrique , déjà si bien nivelée par le mahométisme.

L'Italie, celtique de race dans les provinces du Nord, l'Italie préparée à la démocratie par le génie antiféodal de l'Eglise et du parti guelfe, appartient de cœur à la France, qui ne lui demande pas plus aqjourd'hui. Ces deux contrées sont sœurs; même génie pratique : Salerne et Montpellier, Bourges et Bologne , n'avaient-elles pas un esprit commun? L'économie politique, née en France, a

retenti en Italie. Il y a un double écho dans les Alpes. La fraternité des deux contrées fortifiera le sens social de l'Italie , et suppléera à ce qu'elle laissera toujours à désirer pour l'unité matérielle et politique. Chef de cette grande famille , la France rendra au génie latin quelque chose de la prépondérance matérielle qu'il eut dans l'antiquité, de la suprématie spirituelle qu'il obtint au moyen âge. Dans les derniers temps , le traité de famille qui unissait la France, l'Italie et l'Espagne, dans une alliance fraternelle , était une vaine image de cette future union qui doit les rapprocher dans une communauté de volontés et de pensées. Mais la vraie figure de cette union future de l'Italie et de la France, c'est Bonaparte. Ainsi Gharlemagne figura matériellement l'unité spirituelle du monde féodal et pontifical qui se préparait. Les grandes révolutions ont d'avance leurs symboles prophétiques.

Quiconque veut connaître les destinées du genre humain doit approfondir le génie de l'Italie et de la France. Rome, a été le nœud du drame immense dont la France dirige la péripétie. C'est en nous plaçant au sommet du Capitole, que nous embrasserons, du double regard de Janus , et le monde ancien qui s'y termine, et le monde moderne, que notre patrie conduit désormais dans la route mystérieuse de l'avenir.

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