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ÉCLAIRCISSEMENTS

ItUroducHoH,., et non pas m^£9«6. — Une esquisse doit re|>résenter tous les grands traits de Tobjet. Une introduction promet seulement une méthode, un fil pour guider celui qui veut faire une étude de cet objet; elle peut négliger beaucoup de choses qui devraient trouver place même dans une simple esquisse.

Paob 9. — Entre l'etprU et la moHère.,. ifUermi' noble lutte. — Je félicite de tout mon cœur les nouveaux apôtres qui nous annoncent la bonne nouvelle d*nne pacification prochaine. Mais J*ai peur que le traité n'aboutisse simplement à matérialiser Tesprit. Le panthéisme industriel qui croit commencer une religion, ignore deux choses ; d*abord , qu'une religion tant soit peu viable part toujours d*un élan de la liberté morale , sauf à finir dans le panthéisme , qui est le tombeau des religions; en second lieu , que le dernier peuple du monde chez lequel la personnalité humaine consentira à s'absorber dans le panthéisme , c'est la France. Le panthéisme est chez soi en Allemagne, mais

Paoi 9.^DelalibertéetdelaftUalùé.— Je prends ce dernier mot an sens populaire , et Je place sous cette dénomination générale tout ce qui feit obstacle à la liberté. — Gonunent coexistent -elles? Demandez à la philosophie, qui, peut-être, sur ce point, devrait avouer pins nettement son impuissance.

Paoi 9.— I>aiM la philosophie et dans l'histoire. — Ce reproche ne peut être adressé à M. Guizot. Il a respecté la liberté morale, plus qu'aucun historien de notre époque ; il n'asservit l'histoire ni au fatalisme de races, ni au fatalisme d'idées; un esprit aussi étendu repousse naturellement toute solution exclusive. — Le grand ouvrage que nous promet M. Villemain ( rie de Grégoire y II) , sera de même , nous en sommes sûrs d'avance, éloigné d'une doctrine qui tend à pétrifier l'his-

toire. Un grand écrivain est incapable de fausser et briser la vie pour la faire entrer, bon gré, mal gré, dans des formules.

Paox 9. — Selon M. Ampère, ces courants magnétiques expliquent la chaleur de la superficie du globe mieux qu'aucune autre hypothèse; ils sont dirigés en général de Test à l'ouest.

Paob 9. — Puissants aromates, — Voyez dans Chardin (t. lY, p. 43, édit. de Langlès, 1811 ), avec quelle prodigalité on use des parfums aux Indes ; aux noces d'une princesse de Golconde , en 1679 , on en versait deux ou trois bouteilles sur chacun des conviés.

Paox 9. — Multiplié à l'excès, — Laknot , ancienne capitale du Bengale, contenait, en 1538, douze cent mille familles , d'après l'Ayen - Acbery.

Paos 9. — Un troupeau d'éléphants sauvages vient en fUreur. — Voir le drame de Sakontala.

Paox 10.— Aftïfe sources vives,— Vn vizir du Korazan (Bactriane) trouva, dans les registres de la province, qu'il y avait eu autrefois quarante - deux mille kerises ou canauxsouterrains.— CAo^ewr/iScofMfe et homicide. . . J'ai vu dans un songe du matin l'ange de la mort gui fUxait sans chaussure et des pieds et des mains, loin de la ville de Raga. Je lui dis : Et toi aussi, tu fuis! Voir, pour cette ciUtion d'un poète persan, et pour tous les détails qui suivent, Chardin, t. II, p. 418 ; t. III, p. 405 ; t. IV, p. 57, 58, «5, 127. — Voir aussi le magnifique ouvrage de Porter (KerPorter's travels,1818, 3 vol. in-4o ), le seul qui mérite de faire autorité sous le rapport de l'art.

Page 10. — En se tttanU sous ses yeux. — Asiatic Researches, m, 844; v, 368.

INTRODUCTION A L'HISTOIRE UNIVERSELLE

Paab iO.— Dans la fakUUè même.— DasHeldenbuch von Iran ans dem Schah Nameh des Firdussi von J. Gœrres (1890). Einleitung.

Paqe 10. — Le don du NU, — Hérod. ii, 5. 07( Alyvic7o(... \tixi KXyyyKxloivi inUliolài rt yfi xa2 i&pov roû icoJafiov,

Page \0.^ Le grand Albuquerque.., —Commentarios do grando Alfonso de Alboquerque, capitan gênerai dà India , etc., 1576, in - fol., par le fils même d*Albuquerque. — Voir aussi TAsia Portugueza de Barros, et êe» continuateurs.

Page W.—Qui combat des deux mains.,, qui n'hésite point à manger les pains de proposition.— ^uf^es^ chap. m, V. 1$.-- Rois, liy. i, chap. xxi.

Page 13. — Réclamant pour l'ftomme auprès du père des Dieux.,.

Zc& nAlvipi ^9* àXXot /Aàxaptç Qtol aUv J6v7c$, Mit7(( I7( rtpôfptiv àyotvàç xctl ^ireos S97» Zxinnlovxoi petvtXébç, /tq^é fptvh OLÏtsifia c2^à{, AUA* aXtï x«^nr4$ t' c1«i , %ai «IvuAk pi^^t,

Aaâv olacv ftysetrac, itali^p i*&ç ^nioç ^cv...

Odtss. E.

Page 12. — Home, etc. — Le développement et les preuves de tout ceci se placent plus naturellement dans mon Histoire Romaine.

Page 13.— Le monde sémitique résistait.,.— Yoyei dans le l«r vol. de V Histoire Romaine, liv. ii, chap. ii, le tableau de la longue lutte du monde sémitique et du monde indo- germanique.

Page 13. — Relut le Phédon à Uiique, mourut à Pkitippes en citant Euripide, ou s'écria en grec sous le poignard de i?r»/tM.— Voyez dans Plutarque les vies de Caton et de Brutus, et dans Suétone celle de César.

Page iE.—Rome avail repoussé les Bacchanales. — Cette invasion de Rome par les idées de la Grèce et de rOrient fait un des principaux objets du troisième livre de mon Histoire Romaine ( in« liv. Dissolution de la Cité, ch. II).

Page IS.— Le sombre Sérapis, autre dieu de la vie et de la mort. — Adrien écrivait : « Ceux qui adorent Sérapis sont chrétiens, et ceux qui se disent évéques du Christ sont consacrés à Sérapis... Ils ( ceux d'Alexandrie) n*ont qu'un Dieu , auquel rendent hommage les chrétiens, les juifo et toutes les nations. «Lettre d'Adrien dans Vcpiscus. Saturnin, chap. vni. — Voyez la dissertation de M. Guignant, à la suite du t. V de la trad. de Tacite, par M. Bumouf.

Page 13. — Sous le Capitole... Le sanguinaire Mithra.,. — Le fSamenx bas -relief mithriaque de la villa Borghèse, qui se trouve aujourd'hui au Louvre, avait

été consacré dans le souterrain qui conduisait à travers lé mont Capitolin du Champ-de-Mars au Forum. ~Df» hideux taurobole... Voyez le mémoire de M. Lajart, et la Symbolique de Creuzer, notes de M. Guignaut.

Page 13.— La liberté, affamée de douleur, courut à l'amphithéâtre, et savoura son supplice... — Nous avons entre autres lettres de saint Ignace, évéque d'Antioche , celle qu'il écrivit aux chrétiens de Rome qui voulaient le délivrer et le priver ainsi de la couronne du martyre : « J'ai l'espoir de vous saluer bientôt sous les fers du Christ, pourvu que j'aie le bonheur de consommer ce que j'ai commencé si heureusement. Ce que je crains, c'est que votre charité ne me fasse tort. Je ne retrouverai Jamais une occasion pareille d'arriver à Dieu; si vous me favorisez de votre silence, je suis à lui... Vous n'êtes point envieux; vous enseignez les autres. Je ne veux qu'accomplir vos enseignements. Laissez-moi devenir la pâture des bétes; Je suis le flroment de Dieu ; que je puisse, broyé sous leurs dents , être trouvé le vrai pain de Dieu... Oh ! puisse -je jouir des bétes qu'on me prépare... Je vous écris vivant, mais avide et amoureux de la mort ( Sval/ttiv r&v Brtplw rfiv

ifiol ifi7o(fta9/uiywv... i&v yicp ypkfu ùfiXv , ip&v rov &tro-

OecvcTv ). » Cette lettre, dont la critique a établi Pauthenticité , n'est pas du nombre des lettres apocryphes du même Père ( SS. Patrum qui temporibus apostoUds floruerunt, Bamabœ, démentis, Hermat, IgnaHi, Poljrcarpi opéra, Recensuît J. Glericus, Amstetodami, 1734, in-fol.; p. 3&4S0).

Page 14. — Je vois devant moi le gladiateur expirant.,, — Ghilde-Harold. iv, 191 -3.

I see before me tiie gladialor lie :

He leant upon hit hand — his manly brow Gonsefato toi death ! but eonqaers agony, And hit droop'd head tiiikt gradually low — And through his aide the laat dropt, ebbing slow From the red gash, fall heavy, ooe by one, Like the first of a thunder-shower ; and now The arena swims around him — be is gone, Ere ccascd the inhuman shout which haiPd the wretch who

[won.

He beard it, but he hee<led not — his eyes Were with his beart, and that was far away He recliM not of the life he lost nor prise, But where fais rude hut by the DaBiû>e lay There were his young bariMuriaos ail at play, J%ere was tfaeir Dacianmother — he, their sire, Butcher'd to make a Roman boliday — AH this rush'd with his blood — shall he expire, And unayenged? — Arise ! ye Goths, and glut your ire !

While stands the Coliseum, Rome shall stand ; When folls the Coliaeum, Rome sliall fisll ; And when Rome falls — the world...

Page iA,—Du Bosphore à la Batavie. — Sur rétablissement des Francs aux bords du Pont-Euxin, et leur retour dans le pays des Bataves,v. Panegjrr. vet. v, 18 et Zozim. 1 , p. 66.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Pam 14. — Souê leur dominaiion /Urouehe et impUogroblê, Vudmmge,.. — il est visible que les Francs n^aceoràèreiit pas au propriétaire d*esclaYes une protection aussi spéciale que les Bourguignons et les Yisigoths. — Yoyex dans le tome lY de la Collection des Historiens de France , lex Bnrgnndionum y tit. xxxix ; et Ibt riêigoihorum, lib. m, Ut. ii , SS '> ^9 ^ î ti^* m* SO.— Lib. y, tit. IV, §§ 17, 18, 31 ; tit. vu, SS S»,3; 10, 11, 15 , 14, 16, 17, ÎO, «1. — Lib. ti , tit. m, 6, lit. IV, 1 , 9, 11 ; tit. V, 9, ao. — Lib. vii, lit. i, $ 6; Ut. n, S 81 ; tit. III, SS 1 , a, 4. — Lib. ix, tll. i.

Paob 14. — N'eêt-ee pas là Jérusa/em?...— Yideres minim quiddam ; ipsos infentulos , dùm obviàm habent quselibet castella vel urbes, si biec esset Jérusalem ad quam tenderent , rogitare. Gulberij lib. 1.

Paob 14. — Les arceaux sans nombre des cathédrales... — Yers Tan 1000 , le monde du moyen Age, étonné d'avoir survécu à cette époque , pour laquelle on lui annonçait depuis si longtemps sa destruction {adeentonte mundivespero,etc.)^ se mit à Touvrage avec une Joie enfantine, et renouvela la plupart des édifices religieux. — G^était, dit un contemporain, comme si le monde , se secouant lui-même , et rejetant tes vieux lambeaux, eût revêtu la robe blanche des églises; erai enim instar ac si mundus ipse exoutiendo semet, rejectâ vetustate pasHmcandidameC'' desiarum vestem indueret. Rad. Glaber , m , 4.

Paob 14. — Les cinq mille statues de marbre qui caurennent celle de Milan.— Ce nombre étonnant m*a été garanti par le savant et exact écrivain auquel nous devons la description de cette calhédrale.(Storia e descrizione del Duomo di MQano, esposte da Gaetano Franchetti. Milano , 1891. In-fMio.)— Yoyez aussi Touvrage colossal de Boissérée surla cathédrale de Cologne. Pour que rien ne manquât à la ressemblance, la description est restée inachevée comme le monument.

Pagb 15.— C^n hommenoir, un légiste contre l'aube du praire. — C*est au milieu du treizième siècle que rinfluence des hommes de loi éclate dans la législation Jusque-là toute féodale et ecclésiastique. Saint Louis et Frédéric II donnent presque en même temps leurs codes, où le droit romain se montre , pour la première fois, ouvertement en fece du droit ftodal. Dans les Établissemenis, les Pandectes sont citées pédantesquement , et souvent mal comprises. C*esl k ces légistes qu^il Hitti vraisemblablement attribuer la conduite ferme du pieux Louis IX à regard de la cour de Rome. Cependant , jV voue que ce cortège de procureurs me semble faire un peu ombre au poétique tableau du saint roi , rendant à ses sujets une Justice patriarcale sous le chêne de Yincennes. Peu à peu ces légistes devinrent les maîtres. Ils régnèrent au quatorzième siècle. Ce fût Tun de ces chevaliers en hi, Guillaume de Nogaret, qui se chargea de porter à Boniface YIII le soufflet de Philippe le Bel. Toute la chrétienté en fut indignée. « Je vois, s*écrie Dante , entrer dans Anagni Phomme des Heurs de lis {lo flordaHso)^ et Christ captif dans son vicaire. Je le vois de nouveau insulté et moqué , Je le vois abreuvé de

fiel et de vinaigre, et mis à mort entre des brigands.» Purgat. xx , 88. J*ai rapporté phis bas tout le morceau dans ritalien.

( Allbhaoii B ). Ouelle que soit la sévérité du Jugement que Ton va lire , le lecteur ne doit pas m*accuser de partialité contre la bonne et savante Allemagne, aux travaux de laquelle J*ai tant d*obligation , et où J*ai des amis si chers. Personne ne rend plus que moi Justice à la touchante bonté, à la pureté adorable des mœurs de TAllemagne, à Tomniscience de ses érudits, au vaste et profond génie de ses philosophes. Sous la restauration, le public fk^nçais commençait à se faire leur disciple docile , et recevait patiemment ce qu^on daignait lui révéler de ce mystérieux pays ; encore peu d*années, et peut-être la France était conquise par les idées de TAllemagne du nord, comme Tltalie ra été par les armes de TAUemagne du midi. Cependant quelle que soit sa supériorité scientifique, ce pays a-t-il aigourdliul assez d*élan et d*originalité pour prétendre entraîner la France? Le chef de sa littérature a quatre-vingts ans; tout ce qui lui reste de ses grands hommes, Schelling et Hegel , Gœrres et Greuzer , sont des hommes déjà murs, et ont donné leur flruit. Si vous exceptez deux hommes Jeunes et pleins d'espérances, Gans et Otfried Muller, TAllemagne ne présente guère qu*un grand atelier d'érudition et de critique, un immense laboratoire d'éditions, de recensions, d'animadversions, etc. C'est un peuple d'érudits supérieurement dressés et disciplinés; l'avenir décidera de ce que vaut cette supériorité de discipline en guerre et en littérature.

Paob. 15. — Ls plus hospitalier des hommes. — Au moyen Age , et dans la haute antiquité du Nord , l'hôte exige une condition du pèlerin, du chanteur, du messager, du mendiant (mots souvent synonymes), c'est qu'il réponde A quelque question énigmatique. Odin, déguisé en pèlerin , propose aussi des questions A ses hôtes; il a voyagé quarante-deux fois parmi les peuples et soos autant de noms différents. Alors vmt un pauvre voyageur, qui voulait aller au sahtt sépulcre; il avaU nom Tragemund, et connaissait soixante -douMe rf^umes (Chant allemand de V Habit décousu ou du roi Orendel). Yoyez les questions du pèlerin dans le Tragemundeslied, et la dissertation de J. Grimm sur ce chant ( Altdeutsche Waelder , 7 Heft. 1815).

La tradition de saint André, dont la Légende dorée fait mention , s'en rapproche par la forme. Le diable , sous la figure d'une Jolie femme , s'était glissé chez un évêque, et voulait le séduire. Tout A coup un pèlerin se présente à la porte , frappe A coups redoublés et appelle à grands cris. L'évêque demande A la femme s'il faut recevoir l'étranger. Qu'on lui propose, réponditelle, une question diflicile : s'il sait y répondre, qu'il soit admis; sinon, qu*il soit repoussé comme ignorant et indigne de paraître en présence de l'évêque. Qu'on lui demande ce que Dieu a fait de plus admirable dans les petites choses. Le pèlerin répond : L'excellence et la variété des figures. La femme dit alors : (Hi'on lui propose une seconde question plus difficile. En quel point la terre est plus élevée que le ciel? Le pèlerin ré* pond : Dans l'empyrée où repose le corps de Jésus-Christ {comme chair et par conséquent comme terre). Eh

INTRODUCTION A L'HISTOIRE UNIVERSELLE

bien! dit la femme, qu*oii lui propose uDe troisième question très -difficile et très- obscure , afin que Ton sache s'il est digne de s'asseoir à la table de Tévéque. Quelle est la distance de la terre au ciel? Alors le pèlerin dit au messager : Retourne à celui qui t'envoie, et fais-lui cette demande à lui-même, car il s'y connaît mieux que moi, il a mesuré l'espace quand il a été précipité dans Tabime , et moi je ne suis jamais tombé du ciel. Le messager, saisi de frayeur, avait à peine apporté la réponse, que le malin disparut.— On retrouve une histoire toute semblable dans les Sagas du Nord.

Pagb 15. — La table commune est un autel. — La table a aussi un caractère sacré chez les peuples celtiques, témoin la fameuse table ronde d'Arthur. Mais ' c'est surtout dans TAllemagne et le Nord , que l'homme se livre avec un abandon irréfléchi à ces agapes barbares , où , désarmé par l'ivresse , il se remet sans défense à la foi de ses compagnons. Ces habitudes intempérantes sont constatées dans les lois de Norveége : Les chefs de famille doivent juger à Jeun f si l'un d'eux a trop mangé ou trop bu, point de jugement pour ce jfOtfr.(Magnusar Konongs laga-baetirs gula-things-lang, sive jus commune Norvegicum. Havniœ; 1817, in-4o. C'est une réforme des lois antiques donnée par le roi Magnus, en 1274, dans Pile Guley. La Norwége a suivi ce Code pendant cinq siècles).

Page 15. — Baptême de la bière, Risibles et touchants mystères de la vieille Allemagne. . . SjrmhoUsme sacré,,. Graves initiations, —Cts\i\ei si peu connu mérite d'être traité avec quelque détail. J'insisterai particulièrement sur les associations des chasseurs, et sur celles des artisans.

Grimm a recueilli deux cent cinq cris de chasse (Alt. Wœlder, m, 3, 4, 5« Waidsprtlche und Jœgerschreie). Mœser prétend en avoir connu plus de sept cent cinquante. La langue de lâchasse, telle que ces cris et chants nous l'ont conservée , est infiniment variée et poétique. Les chasseurs reconnaissent à la trace , non-seulement l'espèce, mais aussi le sexe, l'âge, la fécondité des animaux, avec une précision qui nous étonne. Ils avaient soixante - douze signes pour distinguer les traces d'un cerf, la plupart de ces signes avaient un nom. Sous ce rapport extérieur, la langue des chasseurs et des bergers allemands est déjà une langue poétique, puisqu'elle a une foule de mots qui sont autant d'images. Les contrées montagneuses du Tyrol, de la Suisse, du Palatinat et de la Souabe, sont les plus riches en pareilles expressions.

Les demandes et les réponses des ouvriers voyageurs ont, avec celles des chasseurs, une ressemblance intime et incontestable ; vous y retrouvez les couleurs et les nombres symboliques (3, 7). A son langage , à ses répliques sages, prudentes et précises, l'hôte, le compagnon ouvrier ou chasseur, reconnaît son confrère, voit qu'il est avec son semblable , et qu'il peut se fier à lui ; les bandes de brigands même qui , par le braconnage , ont un rapport avec les chasseurs, se sont fait une langue pleine de mots poétiques, qu'ils ont su conserver depuis un temps infini. Les anciens joete, héros et nains, échangent des questions et se demandent des signes. De même,

les compagnons voyageurs et chasseurs ont représenté tout le côté poétique et joyeux de leur genre de vie par des formules régulières , tour à tour instructives et plaisantes, dont le sens profond et sérieux est déguisé par la bonne humeur.

— Bon chasseur, qu'as-tu senti aujourd'hui? R, Un noble cerf et un sanglier ; que puis-je désirer de mieux? — Bon chasseur, dis-moi : quel est le meilleur temps pour toi? R, La neige et le dégel, c'est le meilleur temps.— Dis-moi, bon chasseur, que doit faire le chasseur de bon matin quand il se lève? R, Il doit prier Dieu pour que la journée soit heureuse et plus heureuse que jamais; il doit prendre son limier par la laisse , pour découvrir les meilleures traces, il doit vivre selon Dieu, et jamais il n'aura de malheur.— Bon chasseur, dis-moi pourquoi le chasseur est appelé maître chasseur ?i{. Un chasseur adroit et sûr de son coup, obtient, des princes et des seigneurs, la faveur d'être appelé maître dans les sept arts libéraux (FreienKunst),

— Dis-moi, mon bon chasseur, où donc as-tu laissé ta belle et gentille demoiselle? R, Je l'ai laissée sous un arbre msgestueux , sous le vert feuillage , et j'irai l'y rejoindre. Vive la jeune fille à la robe blanche, qui me souhaite tous les jours bonheur et prospérité ! Tous les jours, avec la rosée, je la revois à la même place ; quand je suis blessé, c'est la belle fille qui me guérit. Je souhaite au chasseur {dit-elle) bonheur et santé : puisse-t-il trouver un bon cerf!

— Dis-moi , bon chasseur, comment le loup parle au cerf en hiver. R, Sus, sus, enfant sec et maigre, tu passeras par mon gosier; je vais remporter dans la forêt sauvage.

— Bon chasseur, dis-moi gentiment, ce quifait rentrer le noble cerf de la plaine dans la forêt? R, La lumière du jour et la clarté de l'aurore.— Bon chasseur, dis-moi, qu'a fait le noble cerf sorti du bois dans la plaine? i{. Il a foulé l'avoine et le seigle , et les paysans sont furieux.

— Bon valet de chasse, fais ton devoir, et je te donnerai ton droit de chasseur ; sois actif et alerte, tu seras mon valet favori.— Debout, traînards et paresseux, qui voudriez vous reposer encore. Toi, chasseur prudent, arrange les instruments , fais l'ouvrage de ton père ; toi , fier chasseur, tu conduiras ma meute au bois; et toi , jeune piqueur, qu'as-tu senti? J?. Bonheur et santé seront notre partage. Je sens un cerf et un sanglier ; il vient de passer devant moi : mieux vaudrait l'avoir pris.

. — Bon chasseur, sans te fâcher, où courent-ils donc maintenant? R. Ils courent par la plaine et par les chemins ; tant mieux pour le commun gibier ; malheur au noble cerf. Entends-tu la réponse de mon chien; ils chassent par monts et par vaux. Ils sont sur la bonne voie ; je les entends donner du cor ; ils vont tuerie noble cerf. Oui, que Dieu nous favorise; que le noble cerf soit couché sur son flanc ; que leur cor nous annonce la prise du cerf, et nous allons y courir à grands cris : que Dieu nous prête vie à tous.

Debout, debout, cellérier et cuisinier; préparez aujourd'hui encore une bonne soupe et un baril de vin, afin que nous puissions tous vivre en joie.

— Dis-moi, gentil chasseur, où trouves-tu la première trace du noble cerf? R, Quand le noble cerf quitte le corps de sa mère et s'élance dans la feuillée et sur le

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

gazon. — Dis -moi, gentil chasseur, quelle est la plus haute trace? B, Quand le noble cerf équarrit sa noble ramure, et qu^il en frappe les branches, quand il a renversé le feuillage avec sa noble couronne.

— Dis-moi, d*une façon gentille et polie, quel est le plus fier, le plus élevé, et le plus noble des animaux? — Je vais te le dire : le noble cerf est le plus fier , Técureuil est le plus haut, et le lièvre est regardé comme le plus noble ; on le reconnaît à sa trace. — Bon chasseur, dis-moi bien vite quel est le salaire du chasseur? R, Je vais te le dire tout de suite ; le temps est beau, alors tous les chasseurs sont gais et contents ; le temps est clair et serein , alors tous les chasseurs boivent du bon vin : ainsi je reste avec eux aujourd'hui et toujours.— Dis-moi bien , bon chasseur , quels seraient, pour mon prince ou mon seigneur, les gens les plus inutiles. R. Un chasseur bien mis qui ne rit pas, un limier qui trotte et ne prend rien, un lévrier qui se repose, ce sont-là les gens inutiles. — Dis-moi , bon chasseur, ce qui précède le noble cerf dans le bois?J?. Son haleine brûlante va devant lui dans le bois. — Dis-moi ce que le noble cerf a fait dans cette eau limpide et courante? B, Il s^est rafraîchi, il a ranimé son jeune cœur. — Bon chasseur, dis-moi, qui fait au noble cerf sa corne si jolie? /?. Ce sont les petits vers qui font au noble cerf sa corne si jolie. -— Dis-moi, bon chasseur, ce qui rend la forêt blanche, le loup blanc, la mer large, et d*où vient toute sagesse ? J?. Je vais te le dire : la vieillesse blanchit le loup, et la neige les forêts, Teau agrandit la mer, et toute sagesse vient des belles filles.

Debout, debout, seigneurs et dames {etpluê loin .* vous toutes, jolies demoiselles), allons voir un noble cerf. Debout, seigneurs et dames, comtes et barons, chevaliers, pages, et vous aussi bons compagnons qui voulez, avec moi aller dans la forêt. Debout , au nom de celui qui créa la béte sauvage et ranimai domestique. Debout, debout, frais et bien dispos comme le noble cerf; debout , frais et contents comme des chasseurs. Debout, sommelier, cuisinier.

Toyez-le courir, chasseurs, c*est un noble cerf, j*en réponds. Il court , il hésite ( toanks und schwanks ) , le pauvre enfant ne songe plus à sa mère; il court au delà des chemins et des pâturages ; Dieu conserve ma belle amie. Le noble cerf traverse le fleuve et la vallée ; que j^aime la bouche vermeille de mon amie. Voyez, le noble cerf fiait un détour; je voudrais tenir par la main ma belle amie. Le noble cerf court au delà des chemins ; je voudrais reposer sur le sein de ma belle amie. Le noble eerf ftanchit la bruyère; que Dieu protège ma belle amie à la robe blanche. Le noble cerf court sur la rosée; que j'aime à voir ma belle amie.

( Les chasseurs boivent après avoir atteint le cerf. ) — Chasseur, dis -moi, bon chasseur, de quoi le chasseur doit se garder?/?. De parler et de babiller; c*est la perte du chasseur.

— Bon chasseur, gentil chasseur, dis-moi quand le noble cerf se porte le mieux? R, Quand les chasseurs sont assis et boivent la bière et le vin, le cerf a coutume de très-bien se porter.

Quand les ekasseurê s'informent de leurs' chiens. Pourrais-tu me dire, bon chasseur, si tu as vu courir on entendu aboyer mes chiens? R, Oui, bon chasseur,

ils sont sur la bonne voie, je t*en réponds ; ils étaient trois chiens , Tun était blanc , blanc , blanc , et poursuivait le cerf de toutes ses forces ; Tautre était fauve, fauve, fauve , et chassait le cerf par monts et par vaux , le troisième était rouge , rouge , rouge , et chassait le noble cerf jusqu'à la mort.

Quand on donne la curée au chien, le chasseur lui dit : Compagnon , brave compagnon , tu chassais bien le cerf aujourd'hui , quand il franchissait la plaine et les chemins, aussi nous a-t-il cédé les droits du chasseur. Oh ! oh ! compagnon , honneur et merci ! N'est-ce pas un beau début? Les chasseurs peuvent maintenant se réjouir, ils boivent le vin du Rhin et du Necker. Grand merci , mon fidèle compagnon , honneur et merci.

Les artisans , beaucoup plus étroitement liés que les chasseurs, n'admettaient de nouveaux membres dans leurs corporations qu'en leur faisant subir des initiations solennelles dont on aimera peut-être à trouver ici la forme : Extrait du livre de Frisius, correcteur à Altenburg, vers 1700 (Altdeutsche Wœlder, durch die BrUder Grimm. , 3 Heft. Cassel , 1815) .

Réciptioii d'uit cohpagiton forgbkoit. — L'apprenti doit paraître devant les compagnons le jour où Us se réunissent à l'auberge. Les discours et les opérations qui ont lieu sont de trois sortes : 1» soufiler le feu ; 2» ranimer le feu ; 5» instruire.

On place une chaise au milieu de la chambre , un ancien se passe autour du cou un essuie-main , dont les bouts retombent dans une cuvette placée sur la table. Celui qui veut soufiBer le feu , se lève et dit : Qu'il me soit permis d'aller chercher ce qu'il faut pour soufiBer le feu... Une fois, deux fois, trois fois, qu'il me soit permit d'ôter aux compagnons leurs serviettes et leurs cuvettes... Compagnons, que me reprochez-vous?

Réponse : Les compagnons te reprochent beaucoup de choses, tu boites, tu pues ' ; si tu peux trouver quelqu'un qui hoite et qui pue davantage, lève-toi et pend*lui au cou tes sales lambeaux.

Le compagnon fait semblant de chercher, et l'on introduit celui qui veut se faire recevoir. Dès que l'autre l'aperçoit, il lui pend sa serviette au cou et le place sur une chaise. L'ancien dit alors à l'apprenti : Cherche trois parrains qui te fassent compagnon... Alors on ranime le feu. Le filleul dit à son parrain : Mon parrain , combien veux -tu me vendre l'honneur de porter ton nom ? R, Un panier d'écrevisses, un morceau de bouilli, une mesure de vin, une tranche de jambon, moyennant quoi nous pourrons nous réjouir...

Instruction .* Mon cher filleul , je vais l'apprendre bien des coutumes du métier, mais tu pourrais bien savoir déjà plus que je n'ai moi-même appris et oublié. Je vais te dire en tous cas quand il fait bon voyager. Entre Pâques et Pentecôte, quand les souliers sont bien cousus et la bourse bien garnie , on peut se mettre en

■ Deux moU allemands qui sonnent à peu près de même, et qu^on retrouTe toujours ensemble dans les vieilles chansons pour désigner en général ce qui est déplaisant. Ainsi dans un rans {Beeueil de J.^R. TTyMê, Berne, 1826) :

Tryh yha, allsamma :

Die hinket, die stinket, etc.

INTRODUCTION A L'HISTOIRE UNIVERSELLE

route. Prends honnêtement congé de ton maître, le dimanche à midi après le dîner; Jamais dans la semaine; ce n'est pas la coutume du métier qu*on quitte Touvrage au milieu d'une semaine. Dis -lui : Maître, Je vous remercie de m'ayoir appris un métier honorable; Dieu veuille que je vous le rende à vous ou aux v(^tres , un jour ou Tautre. Dis à la maîtresse : Maltresse, je vous remercie de m'avoir blanchi gratis ; si je reviens un jour ou Tautre , je vous payerai de vos peines... Va trouver ensuite tes amis et tes confrères, et dis-leur : Dieu vous garde; ne me dites point de mauvaises paroles. Si tu as de Targent, fais venir un quart de bière , et invite tes amis et tes confrères... Quand tu seras à la porte de la ville, prends trois plumes dans ta main et soufiBe-les en Tair. L'une s'envolera par-dessus les remparts, l'autre sur l'eau, la troisième devant toi. Laquelle suivras -tu?

Si tu suivais la première par delà les remparts , tu pourrais bien tomber, et tu en serais pour la jeune vie, ta bonne mère en serait pour son fils, et nous pour notre filleul ; ça ferait donc trois malheurs. Si tu suivais la seconde au-dessus de l'eau, tu pourrais te noyer, etc.. « Non, ne sois pas imprudent, suis celle qui volera tout droit, et tu arriveras devant un étang où tu verras une foule d'hommes verts assis sur le rivage , qui te crieront; Malheur! malheur!

Passe outre; tu entendras un moulin qui te dira sans s'arrêter : En arrière , en arrière ! Ya toujours Jusqu'à ee que tu sois au moulin. As-tu faim, entre dans le moulin et dis : Bonjour, bonne mère, le veau a-t-il encore du foin? Comment va votre chien? La chatte est -elle en bonne santé? Les poules pondent -elles beaucoup? Que font les filles, ont -elles beaucoup d'amoureux? Si elles sont toujours honnêtes , tous les hommes les rechercheront; — Eh ! dira la bonne mère, c'est un beau fils bien élevé ; il s'inquiète de mon bétail et de mes filles ! Elle ira chercher nne échelle poyr monter dans la cheminée et te décrocher un saucisson ; mais ne la laisse pas monter, monte toi-même, et descends- lut la perche. Ne sois pas assez grossier pour prendre le plus long et le fOurrer dans ton sac; attends qu'elle té le donne. Quand lu l'auras reçu , remercie et va -t'en. Il pourrait se trouver là une hache de meunier , que tu regarderais en pensant que lu voudrais bien faire un pareil outil , mais le meunier penserait que tu veux la prendre : ne regarde pas plus longtemps, car les meuniers sont gens inhospitaliers. Ils ont de longs cureoreilles; s'ils t'en donnaient sur les oreilles, tu en serais pour ta jeune vie, ta bonne mère, etc.

En allant plus loin tu te trouveras dans une fbrêt épaisse, où les oiseaux chanteront, petits et grands, et tu voudras t'égayer comme eux; alors tu verras venir à cheval un brave marchand habillé de velours rouge, qui te dira : Bonne fortune, camarade ! pourquoi si gai? —Eh! diras -tu, comment ne serais-je pas gai, puisque j'ai sur moi tout le bien de mon père? — 11 pensera que tu as dans tes poches quelques deux mille thalers, et te proposera un échange. N'en fais rien, ni la première, ni la seconde fois. S'il insiste une troisième fois, alors change avec lui, mais fais bien attention, ne lui donne pas ton habit le premier , laisse-le donner le sien. Car si tu lui donnais le lien d'abord , il pourrait se sauver au galop ; il a quatre pieds, tu n'en as que deux, et tu

ne pourrais l'attraper. Après l'échange , va toi^ours et ne regarde point derrière toi. Si tu regardais et qu'il s'en aperçût , il pourrait penser que tu l'as trompé , il pourrait revenir, te poursuivre, et mettre ta vie en danger : continue ton chemin.

Plus loin tu verras une fontaine... bois et ne salis point l'eau, car un autre bon compagnon pourrait venir qui ne serait point fâché de boire... Plus loin tu verras une potence : seras-tu triste ou gai?

Mon filleul, tu ne dois être ni gai ni triste, ni craindre d'être pendu , mais lu dois te réjouir d'être arrivé dans une ville ou dans un village. Si c'est dans une ville, et que l'on te demande aux portes d'où tu viens, ne dis pas que tu viens de loin; dis toujours d'ici près, et nomme le plus prochain village. C'est l'usage en beaucoup d'endroits que les gardes ne laissent entrer personne ; on dépose son paquet à la porte et l'on va chercher le signe. — Va donc à l'auberge ^ demander le signe au père des compagnons. Dis en entrant : Qopjour, bonne. fortune, que Dieu protège l'honorable métier; maîtres et compagnons , je demande le père.

Si le père est au logis, dis-lui : Père, je voudrais vous prier de me donner le signe des compagnons pour prendre mon paquet à la porte de la ville. Alors le père te donnera pour signe un fèr à cheval ou bien un grand anneau , et tu pourras faire entrer ton paquet. Dans ton chemin tu rencontreras un petit chien blanc avec une jolie queue frisée. Eh ! diras-tu, je voudrais bien attraper ce petit chien et lui couper la queue , ça me ferait un beau plumet. — Non , mon filleul , n'en fais rien , tu pourrais perdre ton signe en le lui jetant, ou bien le tuer, et tu perdrais un métier honorable... Quand tu seras revenu chez le père, à l'auberge, dis4ui : Je voudrais vous prier, en l'honneur du métier, de m'héberger moi et mon paquet. Le père te dira : Pose ton paquet : mais prends bien garde et ne le pends pas au mur, comme les paysans pendent leurs paniers ; place-le joliment sous l'établi ; si le père ne perd pas ses marteanx, tu ne perdras pas non plus ton paquet...

Le soir, quand on va se mettre à table, reste près de la porte; si le père compagnon te dit : Forgeron, viens et mange avec nous. N'y va pas si vite; s'il t'invite une seconde fois, vas-y et mange. Si tu coupes du pain, coupe d'abord doucement un petit morceau , qu'on s'aperçoive à peine de ta présence , et à la fin coupe un bon gros morceau , et rassasie-loi comme les autres...

Quand le père boira à ta santé, tu peux boire aussi. S'il y a beaucoup à boire, bois beaucoup; s'il y a peu, bois peu; mais si tu as beaucoup d'argent , bois tout et demande si l'on pourrait avoir un commissionnaire, dis que tu veux aussi payer une canette debi^^... Quand viendra la nuit , demande si le bon père a besoin d'un forgeron qui dorme bien? Le père te répondra : Je dors bien moi-même: je n'ai pas besoin d'un forgeron pour cela. Le lendemain quand tu seras levé de bonne heure, le père te dira : Forgeron, que signifiait donc ce vacarme {au matin)? Béponds : Je n'en sais rien; les chats s'y battent , et je n'ose rester au lit.

L'ancien dira alors : Celui dont le nom ne se trouve

* Chaque métier avaiC son auberge chez un TÎeux compagnon.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

point dans not lettres , dans les re^stres de la société, celui-là doit se lever et comparaître devant la table des maîtres et compagnons; qu*il donne un gros pour frais d*écriture, un bon paur-boire au secrétaire, et on rinscrira comme moi-même, comme tout autre bon compagnon, parce que tels sont les usages et les coutumes du métier, et que les usages et les coutumes du métier doivent être conservés, soit ici , soit ailleurs... Que personne ne parle des coutumes et des histoires du métier, de ce qu'ont pu faire à Tauberge maîtres et compagnons, jeunes ou vieux.

RiGipnoH B*oi« coHPAGiTON Toifiisiin.— Ou demande d*abord la permission d'introduire dans rassemblée le Jeune homme qui doit être reçu compagnon , et qu*on appelle Tablier de Peau de Chèvre. Lorsqu'il est introduit, le compagnon qui doit le raboter, parle altasi :

Que le bonheur soit parmi vous! Que Dieu honore l*honorable compagnie , maîtres et compagnons ! Je le déclare avec votre permission , quelqu'un , je ne sais (pli , me suit avec une peau de chèvre , un meurtrier de cerceaux, un gâte-bois, un batteur de pavés, un traître à la compagnie; il avance sur le seuil de la porte, il recule, il dit qu'il n'est pas coupable, il entre avec moi, il dit qu'après avoir été raboté, il sera bon compagnon comme un autre. Je le déclare donc , cbers et gracieux maîtres et compagnons. Peau de Chèvre, ici présent, est venu me trouver, et m'a prié de vouloir bien le raboter selon les coutumes du métier, et de bénir son nom d'honneur, puisque c'est l'usage delà compagnie. J'ai bien pensé qu'il trouverait beaucoup de compagnons plus anciens qui ont plus oublié dans les coutumes du métier, que moi, jeune compagnon , je ne puis avoir appris, mais je n'ai point voulu le refuser. J'ai consenti , car ce refus eût été ridicule , et c'était lui foire commencer bien mal ses voyages. Je vais donc le raboter et l'instruire , comme mon parrain m'a instruit; ce que je ne saurai lui dire, il pourra l'apprendre dans ses voyages. Mais je vous prie , maîtres et compagnons, si je me trompais d'un ou plusieurs mots dans l'opération, de ne point m'en savoir mauvais gré , mais de bien vouloir me corriger et m'instruire.

Avec votre permission je ferai trois questions : je demande pour la première fois : S'il est un maître ou compagnon qui sache quelque chose sur moi , ou sur Peau de Chèvre ici présent, ou sur son maître? Que celui-là se lève et fasse maintenant sa déclaration... S'il sait quelque chose sur mon compte , je me soumettrai à la discipline de l'honorable compagnie, comme c'est la coutume; s'il sait quelque chose sur /'eau de Chèvre ici présent, alors celui-ci ne sera pas tenu digne d'être reçu compagnon par moi et par toute l'honorable compagnie ; mais s'il s'agit de son maître, le maître se laissera punir aussi comme c'est la coutume... Avec votre permission je vais monter sur la table.

L'apprenti entre alors dans la chambre avec son parrain, il porte un tabouret sur ses épaules, et se place avec le tabouret sur la table, les autres compagnons s'approchent l'un après l'autre , et lui retirent chacun trois fois le tabouret pour le faire tomber sur la table, mais le parrain lui prête secours et le retient en haut par les cheveux; c'est ce qu'on nomme raboter; puis

on le consacre à plusieurs reprises avec de la bière.

Le parrain dit : Vous le voyez , la tête que je tiens est creuse comme un sifflet; elle a bien une bouche ver* meille qui mange de bons morceaux , et boit de bons coups... C'est ici comme ailleurs l'usage et la coutume du métier, que celui qu'on rabote doit avoir, outre son parrain, deux autres compères raboteurê : regarde donc tous les compagnons et choisis-en deux qui te servent de compères... Comment veux-tu t'appelerde ton nom de rabot? Choisis un joli nom, court, et qui plaise aux jeunes filles. Celui qui porte un nom court plaît à tout le monde, et tout le monde boit à sa santé un verre de vin ou de bière... Maintenant donne pour l'argent de baptême ce qu'un autre a donné, et les maîtres et compagnons seront contents de toi.

— Avec votre permission, maître N , je vous demanderai si vous répondez que votre apprenti sache son métier? A-t-il bien taillé , bien coupé le bois et les cerceaux? A-t-il été souvent boire le vin et la bière, et courir les belles filles? A-t-il bien joué et bien joùlé igetumiret)? A-i'il dormi longtemps, peu travaillé, souvent mangé et allongé les dimanches et iètes ? A-t-il /lait ses années d'apprentissage , comme il conviait à un bon apprenti? B. Oui. — As-tu tout appris? A. Oui.

Eh ! ça n'est pas possible , regarde autour de UÀ ces maîtres et ces compagnons ; il y en a de bien braves et de bien vieux, cependant aucun d'eux ne sait tout, et tu voudrais tout savoir? Tu es loin de ton compte. Prétends-tu passer maître? — Oui. — Tu dois d'abord être compagnon. Veux-tu voyager? — Oui.

... Sur ton chemin tu verras d'abord un tas de fUmier, et dessus , des corbeaux noirs qui crieront : Il part! il part! Que faire? fàudra-t-il reculer ou passer outre? Réponds oui on non... Tu dois passer outre , et dire en toi-même : Noirs corbeaux , vous ne serez pas mes prophètes. Plus loin, devant un village, trois vieilles femmes, te regarderont et diront : Ah! jeune compagnon , retournez sur vos pas , car au bout d'un quart de mille vous arriverez dans une grande forêt où vous vous per^ drez, et l'on ne pourra savoir où vous êtes... Retourneras-tu? R» Oui. — Eh! non, n'en fais rien ; il serait ridicule à toi de t'en laisser conter par trois vieilles femmes. Au bout du village tu passeras devant un moulin qui dira : En arrière! en arrière! Que feras-tu? Yoilà trois espèces de conseillers, d'abord les corbeaux; puis les trois vieilles femmes , et maintenant le moulin : il t'arrivera sans doute un grand malheur. Faut-il reculer ou passer outre? B. Oui. — Poursuis ta route et dis : Moulin, va ton train , et j'irai mon chemin... Plus loin, tu arriveras dans la grande et immense forêt dont les trois vieilles femmes t'ont parlé , forêt immense et sombre ; tu pâliras de crainte en la traversant, mais il n'y a pas d'autre chemin ; les oiseaux chanteront, grands et petits, un vent piquant et glacial soufflera sur toi, les arbres s'agiteront, winketwank, klinket klank, ils craqueront comme s'ils allaient tomber les uns sur les autres, et tu seras dans un grand danger. Ah ? dirastu , si j'étais resté chez ma mère! car enfin un arbre pourrait t'écraser en tombant , et tu en serais pour ta jeune vie , ta mère pour son fils , et moi pour mon filleul. Tu seras donc forcé de retourner? ou bien veux-tu passer outre?... tu le dois.

INTRODUCTION A L'HISTOIRE UNIVERSELLE

Au sortir de la forêt, tu te trouveras dans une belle prairie , où tu verras s^élever un beau poirier couvert de belles poires jaunes, mais Tarbre sera bien baut... Reste quelque temps dessous et tends la bouebe , sUl vient un vent frais, les poires tomberont dans ta bouche à foison... Est-ce là ce qu'il faut faire? (L'apprenti répond oui, et on le ro^toen lui tirant les cbeveux comme il faut. )... N'essaye pas de monter sur Tarbre, le paysan pourrait venir et te rouer de coups ; les paysans sont des gens grossiers qui frappent deux ou trois fois à la même place. Écoute , je vais te donner un conseil : Tu es un .jeune compagnon robuste : prends le tronc de Tarbre et secoue-le fortement, les poires tomberont en grand npmbre...yas-tu les ramasser toutes? 72. Oui.— Eh ! non pas , tu dois en laisser quelques-unes et te dire : Qui sait? peut-être à son tour un brave compagnon, traversant la forêt, viendra jusqu'à ce poirier; il voudrait bien manger des poires , mais il ne serait pas assez fort pour secouer l'arbre , ce serait donc lui rendre un bon service que de lui préparer des provisions.

En continuant ton chemin, tu viendras près d'un ruisseau coupé par un pont fort étroit, et sur ce pont tu rencontreras une jeune fille et une chèvre ; mais le pont sera si étroit que vous ne pourrez manquer de vous heurter. Gomment feras-tu? Eh bien , pousse dans l'eau la jeune fille et la chèvre , et tu pourras passer à ton aise : Qu'en dis -tu? R. Oui. — Eh! non pas, je vais te donner un autre conseil ; prends la chèvre sur tes épaules, la jeune fille dans tes bras , et passe avec ton fardeau ; vous arriverez tous trois de l'autre côté , tu pourras alors prendre la jeune fille pour ta fomme, car il te faut une fomme , et tu pourras tuer la chèvre, sa chair est bonne pour le repas de noce ; sa peau te fournira un bon tablier ou une musette pour réjouir ta femme... (L'apprenti est raboté de nouveau.)

Plus loin tu verras la ville; quand tu en seras près, arrêle-toi quelques moments , mets des souliers et des bas propres... Demande l'auberge tenue par un maître, vas-y tout droit, salue tout le monde, et dis : Père des compagnons , je voudrais vous prier de m'héberger en l'honneur du métier, moi et mon paquet, de souffrir que je m'asseye sur votre banc et que je mette mon paquet dessous; je vous prie , ne me faites pas asseoir devant la porte , je me conduirai selon les usages du métier , comme il convient à un honnête compagnon.

Le père te dira : Si tu veux être un bon fils, entre dans la chambre et dépose ton paquet au nom de Dieu. Si tu vois la mère en entrant dans la chambre, dis-lui : Bonsoir, bonne mère. Si le père a des filles, appelle -les êCBurs j et les compagnons /Hfe«. En plusieurs endroits ils ont de belles chambres, avec des bois de cerfs attachés au mur; pends ton paquet à l'un de ces bois ; s'il a plu , et que tu sois mouillé , pends ton manteau près du poêle, comme aussi tes souliers et tes bas, et faisles bien sécher, pour être le lendemain frais et dispos, prêt à partir; le foras-tu? R, Oui. — Eh! non pas; si le père a bien voulu t'héberger , entre dans la chambre, dépose ton paquet sous le banc près delà porte, assiedstoi sur le banc , et te tiens coi.

Quand le soir viendra, le père te fera conduire à ton lit; mais si la sœur veut monter. pour t'éclairer... afin que tu n'aies pas peur... prends garde. Quand tu es ar-

rivé en haut, et que tu vois ton lit, remercie-la , souhaite-lui une bonne nuit, et dis-lui qu'elle descende pour l'amour de Dieu , que tu seras bientôt couché.

Le matin , quand il fait jour et que les autres se lèvent, tu peux rester au lit, jusqu'à ce que le soleil t'éclaire, personne ne viendra le secouer, et tu peux dormir à ton aise; qu'en dis-tu? 72. Oui. — Eh! non pas, mais si tu t'aperçois qu'il est temps de se lever, lève-toi, et quand tu entreras dans la chambre, souhaite le boi^our au père , à la mère , aux frères et aux sœurs; ils te demanderont peut-être comment tu as dormi; raconte-leur ton rêve pour les faire rire.

As-tu envie de travailler en ville... tantôt c'est l'ancien, tantôt c'est le firère, d'autres fois c'est toi-même qui dois te chercher de l'ouvrage ; selon l'usage différent des lieux.ya trouver l'ancien, et dis : Compagnon, je voudrais vous prier,selon les usages et coutumes du métier, de vouloir bien me trouver de l'ouvrage, je désire travailler ici : l'ancien répondra : Compagnon, je m'en occuperai... Maintenant tu vas sortir pour boire de la bière , ou pour voir les belles maisons de la ville... N'est-ce pas. 72. Oui. —Eh! non pas, tu dois retourner à l'auberge, jusqu'à ce que l'ancien revienne, car il vaut mieux que tu attendes, que de te faire attendre par lui. Mais, dans l'intervalle, tu verras sur ton chemin trois maîtres : le premier a beaucoup de bois et de cerceaux; le second a trois belles filles, et donne de la bière et du vin; le troisième est un pauvre maître; chez lequel travailleras -tu? Si tu travailles chez le premier , tu deviendras un vigoureux cercleur ; chez le second qui donne de la bière et du vin , et qui a de belles filles, tu serais heureux , comme on dit; on y fait de beaux cadeaux , on y boit bien , on saute avec les belles filles. Et chez le pauvre maître?... J'entends, tu voudrais faire fortune. Chez lequel veux-tu travailler? Tu ne dois mépriser personne, tu dois travailler chez le pauvre comme chez le riche... L'ancien te dira à son retour : Compagnon, j'ai cherché de l'ouvrage et j'en ai trouvé. Réponds : Compagnon, attendez, je vais faire venir une canette de bière. Mais si tu n'as pas d'argent, dis-lui : Compagnon, pour le moment je ne suis pas en fonds , mais si nous nous retrouvons aigourd'hui ou demain , je saurai bien vous prouver ma reconnaissance.

Le maître te donnera ton ouvrage et tes outils. Après avoir travaillé quelques moments , tes outils ne couperont plus. Maître , diras-tu, je ne sais pas si c'est que les outils ne veulent pas couper, ou que je n'ai pas de goût au travail ; tournez-moi la meule pour que j'aiguise mes outils. Le foras-tu? R. Oui. — Eh ! non pas. Si tu te mets à l'ouvrage , et qu'il y ait avec toi beaucoup de compagnons, tu ne dois pas être piqué de ce que le maître ne te met pas tout de suite au-dessus d'eux : si le maître voit que tu travailles bien , il saura bien te mettre à ta place.

Demande aux compagnons s'ils vont tous à l'auberge, et ce que le nouveau venu doit mettre à la masse : ils t'en instruiront... L'ancien te dira : Un gros , ou bien neuf liards , selon la coutume. A l'auberge , l'ancien dira : C'est ici comme ailleurs la coutume du métier qu'on se rassemble à l'auberge tous les quinze jours , et que chacun donne le denier de la semaine. Si la mère

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

a bien garai ta bourse , prends de l^argent et Jette-le sur la table, si bien qu*il saute à la figure de Tancien, et dis : Voilà pour moi , rendez-moi de la monnaie. Le feras-tu ? B. Oui. — * Eh ! non pas; prends Targent dans ta main droite; place-le bien honnêtement devant l'ancien, et dis : Avec votre permission , voilà pour moi ; ne demande pas ta monnaie , Tancien saura bien te la rendre , si tu as donné plus qu*il ne te faut... ( Alors on le raboie pour la troisième fois. )

Si Tanden te dit: Compagnon, fais plaisir aux maîtres et compagnons , et va chercher de la bière ; tu ne dois pas reftaser. Si tu rencontres une Jeune fille ou un bon ami , tu lui donneras de ta bière, entends-tu ? R. Oui. — Eh ! non pas ; si tu veux faire une honnêteté à quelqu'un, prends ton argent et dis : Va boire à ma santé ; quand les compagnons se seront séparés, j'irai te rejoindre; autrement, tu serais puni, à la fin du repas, lève-toi de table et crie au feu ! les autres viendront l'éteindre... — Le parrain rentre alors, et dit : Je le déclare avec votre permission, maîtres et compagnons; tout à l'heure je vous amenais une Peau.de CMvre, un meurtrier de cerceaux , un gâte-bois, un batteur de pavés, traître aux maîtres et compagnons ; maintenant j*espère vous amener un brave et honnête compagnon... Mon filleul. Je te souhaite bonheur et prospérité dans ton nouvel état et dans tes voyages , que Dieu te soit en aide sur la terre et sur Teau. Si tu vas aujourd'hui ou demain dans un endroit où les coutumes du métier ne soient pas en vigueur , travaille à les établir; si tu n'as pas d'argent, tâche d*en gagner, fais respecter les coutumes du métier, ne souffla pomt qu'elles s'affaiblissent , fais plutôt recevoir dix braves compagnons qu'un mauvais , là où tu pourras les trouver ; si tu ne les trouves point , prends ton paquet et va plus loin.

Alors Tapprenti doit courir dans la rae en criant au /èul les compagnons viennent et lui font une aspersion d*eau froide assez abondante. Enfin vient le repas ; on le couronne, on lui donne la place d*honneur , et l'on boit à sa santé.

Pour achever de faire connaître l'esprit des compagnons allemands , nous ferons connaître, d'après le bel oorrage de Gœrres (Volksbucher) , plusieurs de leurs livres populaires.

Couronne d'honneur des Meunière, revue eiaugmenièe y ou EspticaHon complète de la traie naiure du Cercle, dédiée à lacompagnie des Meunier» , par un garçon meuniory nommé Georgeê Bohrmann, donné en préeent à ses compagnons pour qu'ils consertfefU de lui un bon souvenir. On a fttii imprimer ses vers et ses écrits parce que , comme le dit Sirack , è l'œuvre on conna£i l'artisan. Imprimé dans cette amnée ( ce titre est en vers). — Écrit en Misnie. — Le meilleur livre qu'ait produit en Allemagne l'esprit de corporation. — Esprit de simplicité calme et digne; versification faicile. Une première gravure en bois représente un cercle avec des sentences mystiques ; l'explication nous apprend ensuite que tout a été créé par le cercle. A la seconde figure , l'auteur essaye de nous montrer le monde dans la croix. Vient ensuite une histoire de la profession des meuniers d'après la sainte Écriture , puis un dialogue satirique , puis un voyage poétique et une description des meilleurs moulins de Lusace , Silésie ,

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