‹ ŒuvresChapitre 5 sur 232 · MICIKLKT · texte numérisé non relu

MICIKLKT

Moravie, Hongrie, Bohême, Thuringe, Franconie ; adrni* ration et souhaits pour Nuremberg.— 11 place en forme de triangle les noms des trois meilleurs meuniers qui aient existé. Enfin il termine dévotement par Dieu, l'architecte du monde, et par une conclusion à la louange de l'état du meunier. — Livre connu seulement, à ce qu'U semble, dans le nord de l'Allemagne.

Quelques belles nouvelles formules de l'honorable corps des Charpentiers, qu'ils ont coutume de pronon* cer après avoir achevé un nouveau bâtiment, en atta* chant le bouquet ou la couronne en présence d*un grand nombre de spectateurs, publié pour la première fuis en cette année. Cologneet Nurenû>erg.— La maison est considérée comme l'image mystique de l'église visi<* ble. — Cérémonie du bouquet placé sur la maison ter-* minée. — Discours à prononcer du haut du toit.

Coutumes de l'honorable métier des Boulangers i comment chacun doit se conduire à l'auberge et à l'ouvrage. Imprimées pour le mieum, à l'usage de ceux qui se préparent aux voyages. Nuremberg.

Origine, antiquité et gloire de l'honorMe compa^ gniedes Pelletiers. Description exactede toutes lesfbr* mules observées depuis longtemps d'après les statuts de la corporation, dans les engagements, initiations et réceptions de maitre, comme aussi de la manière dont on examine les compagnons. Le tout fidèlement décrit par Jacob fVahrmund (bouche véridique ), imprimé pour lapremière ftfis. — Les pelletiers et les mégisslers se vantent d'avoir eu pour premier compagnon Dieu lui-» même , attendu qu'il est dit dans l'Écriture sainte que Dieu fit à Adam et Eve un habit de peau, honneur que n'ont point les autres compagnies. Le candidat doit être enfant très-légitime.

Le génie symbolique des livres de compagnonnage forme un contraste avec VEulenspiegel, le livre populaire dés paysans allemands :

Eulenspiegel {nûrolT de hibou) ressuscité, histoire surprenante et merveilleuse de Till Eulenspiegel, ftis d'unpt^san, natif dupays de Braunschioeig, traduite du saxon en bon haut allemand, revue et augmentée de quelques figures ; ouvrage très^vertissant, suivi d'un appendice très-gai; le tout bien rehaussé et bien recuit. Cologne et Nuremberg. — Esprit de grosse malice. C'est l'esprit du paysan du Nord personnifié ; Eulenspiegel fk'équente toutes les classes, fait tous les métiers; c'est le fou du peuple, par contraste avec les fous des princes. — La première édition parut en 1488. A la Réforme, l'EuIenspiegel de la quatrième édition de Strasbourg Ait, comme l'Allemagne, moitié catholique et moitié protestant; en cette deraière qualité il se moque des papes et des prêtres, n fkit traduit en français, en vers iambiques latins, et plus tard en plusieurs autres langues. — Ce livre réussit auprès des paysans de l'intérieur de la Suisse, ces robustes montagnards chez qui lachairestsi forte et si puissante, et qui s'accommodent assez des obscénités d'Eulenspiegel. — On dit que le héros du livre exista en efPet, et mourut en 1350. On montrerait encore son tombeau sous les tilleuls , à Mttllen , près Lubeck. La pierre porterait gravés une chouette et un miroir; la chouette désigne le caractère malicieux, gourmand et voleur d'Eulenspiegel .

A côté de ce livre national se place V Histoire de

INTRODUCTION A L'HISTOIRE UNIVERSELLE

FauBt. Elle est tirée d^un ouvrage plus volumineux, dont voici le titre : Première partie des péchés et des Pioet tiffireuw et abominableB, comme ausei des prodiges surprenants que le docteur Joannes Faustus, fameux magicien, archisorcier, a opérés par sa magie jusqu'à sa fin terrible, Hambourg, 1590. — Les dépositions d^une foule de témoins oculaires prouvent Texistence de Faust à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième. Contemporain et ami de Paracelse, de Gornélius-Agrippa. Mélanchton (dans ses lettres), Conrad, Gessner, Manlius in CoUectaneis locorum Communium, parlent de Faust. Yidmann cite les paroles de Luther à son siy et. L*abbé Tritheim, dans ses Lettres familières f le traite de fot etd*imposteur : N'a-t-il pas osé dire que si les volumes d'Aristote et de Platon périssaient tous avec leur philosophie, il les rendrait au monde par son génie, comme Esdras retrouva les livres saints dans sa mémoire! — Chaque époque avait eu son Faust, auquel les contemporains attribuaient toigours quelque chose de surnaturel,* tous vinrent se réunir dans le véritable et dernier Faust, qui dès lors Alt le chef de tous les sorciers précédents, perfectionna le grand œuvre et fit plus encore. Faust est donc plutôt un livre qu*une personne; tout ce que Thistoire de sa vie raconte de ses tours de sorcellerie était depuis des siècles dans la tradition, etrimage de Faust fut seulement imprimée comme un cachet sur le recueil universel. — L*écrit de Yidmann se fonde sur un manuscrit autographe de Faust, que les trois fils d*un docteur célèbre de Leipsick trouvèrent dans sa bibliothèque. Ce manuscrit pourrait bien être de Walger ou Wagner , disciple de Faust, à qui son maître rend témoignage en ces termes : « Discret, plein de malice et de ruse, i^jrant assez d'esprit, passant pour muet à l'école avec les boulangers et les bouchers, mcds parlant fbrt bien au logis; bâtard au demeurant, » 11 le fit son héritier, lui laissa tous ses livres, et lui dit avant sa mort : Je t'en prie, ne révèle que longtemps après ma mort mon art et mes opérations, cUors tu rassemblera les faits avec soin pour en composer une histoire; ton esprit familier, le coq de brtijrère, t'aidera dans ce travail, et te rappellera ce que tu aurais oublié; car on voudra connaître mon histoire écrite de ta main»

La littérature populaire de TAllemagne se ferme par la Réforme , ou plutôt elle se concentre alors dans le seul Luther, Técrivain le plus populaire qui ait existé. Immédiatement avant cette époque (vers 1500), on dis* tingue deux poètes, le cordonnier Hans Sachs, et le prédicateur impérial Mumer. Je ne parle pas de Sébastian Brant, conseiller de Maximilien, Tauteur du Vaisseau des fous (Narrenschiff ),qui eut si peu de mérite et tant de succès, et qui, peut-être, servit de modèle aux Emblemata d*Alciat. Brant place au premier rang, parmi les fous, les amis de rimprimerie, ^m', dit-il, doit tomber bientôt dans le mépris,

Hans Sachs est plus intéressant (Voyez ses œuvres, réimprimées à Nuremberg, 1781, 5 vol. in-8o, sa vie par Ranisch, et les ouvrages de Wagensell, Schœber, Hirsch, Dunkel, Will et Riederer). Sa vie, peu féconde en événements , n*en est pas moins propre à faire connaître les mœurs et la singulière culture des artisans de PAllemagne à cette époque.— Né en 1494 d'un Uilleur

de Nuremberg , envoyé à sept ans aux écoles latines, à quinze en apprentissage chez un cordonnier , h dix-sept en voyage à Ratisbonne , Passau , Salzbourg , Inspruck, où il est employé comme chasseur de Tempereur Maximilien (Soininutiledelafemme, l»Tol.desesœuvres, et 4« vol., p. 294, éd. 1590). Puis il alla à Munich, s^arrèta à Wurtzbourg et à Francfort, puis à Coblentz, Cologne et Aix. —Son maître de poésie avait été Léonard Nunnenbek, tisserand de Nuremberg; sur sa route, il apprit un grand nombre de rhythmes, et, parvenu dans la haute Autriche, il embrassa la résolution de se dévouer aux lettres; (3n«vol. les dons des Muses) il tint peu après à Francfort sa première école. Après avoir • visité encore Leipsick , Lubeck , Osnabruck , Vienne , ErfUrth , il revint à Nuremberg, âgé de 23 ans (1516), d*après le désir de son père. — Reçu maître cordonnier, il se maria en 1519, fit d*abord, dans un faubourg, un petit commerce , et retourna encore peu après à la foire de Francfort. Il vécut heureux avec sa Cunégonde plus de quarante ans , en eut deux fils et cinq filles, qui moururent tous avant lui. Il se remaria en 1561 (5'»« vol. Kunstlichenftauen lob). A TAge de 76 ans, il perdit Tusage de ses facultés, et mourut à 82 ans , en 1576.

En 1523 , il donna un panégyrique de la Réforme , sous le titre suivant : Le Rossignol de fVittemberg, qu'on entend aujourd'hui partout. Dans la gravure en bois ^ on voit un rossignol entre le soleil, la lune et divers animaux; sur une montagne, un agneau avec un étendard de victoire. Tout à la fin : Christus amator. Papa peccator. Un père Spée en donna une réfutation sous le titre : A moi, contre le rossignol!— Eans Sachs écrivit aussi sur la Réforme des dialogues en prose , 1524. Le premier est intitulé : Dispute entre un chanoine et un cordonnier, ot^ l'on défend la parole de Dieu et une existence chrétienne, Hans Sachs. MDXXIIII. La gravure représente, entre autres personnages , un cordonnier qui tient une paire de pantoufles à la main.

Le plus curieux des ouvrages d'Hans est celui dont nous allons donner l'analyse. Voy. page 290 de rin-8«, 1781, et page 161 de rin-24, 1821. Une courte et Joyeuse pièce de camaviU, à trois personnages, savoir: Un bourgeois , un paysan et un homme noble. Les Gâteaux creux. Le titre est vague , et la moralité placée à la fin n*a aucun rapport avec la pièce. L'auteur crut peut-être devoir entourer de ces précautions un ouvrage où il donnait l'avantage au paysan sur les autres ordres, en présence des bourgeois de Nuremberg, et cela à une époque où la révolte presque universelle des paysans d'Allemagne excitait contre eux la plus violente animoslté. La pièce n'est point datée , contre l'usage de l'auteur ; mais l'allusion au nom de Gœtz von Berlichingen , général des paysans soulevés, indique qu'elle fut probablement composée après 1525.

Le paysan veut s'asseoir avec le bourgeois pour prendre part à la joie de la fête ; celui-ci le repousse avec insulté ; et le paysan , après une généalogie burlesque , ajoute : « Du côté de ma mère je suis un Gœtz (Gœtz pourKlotz, une souche, une bûche). C'est pourquoi ceux qui me connaissent me nomment Gœtz Tœlp Fritz. Maintenant que vous savez qui je suis, recevez-

NOTES ET éCLAIRGSSEMENTS.

moi pour convive, et laisaez<inoi ni^asseofr à Uble. — Vb bourgeois .• Hors d*ici, imbécile! ne vois- lu pas veoir un noble? Que ?eux-tn faire ici avec nous? — Le noble .- Que fais-tu ici, Tcelp Fritz? Ne peux-tu trouver une auberi^e dans le village sans venir ici avec les bourgeois. — Le bourgeoiê .* G*est ce que je lui disais, cbe- ▼alier. — Le paxêon : Dois-je tous dire à tous deux ce que J*ai dans Tâme? — Le noble : Parle , Tœlp, sans cela tu étoufferais. Tu es bien un vrai paysan. — Le PQfean .- Qui vous ouvrirait les veines de paysans que vous avez, pourrait bien vous saigner à mort. — Le noble f Entendez-Tous ce cheval? Qu*on le Jette du haut de Tescalier. ~ Le pc^rean : Comprenez du moins ma pensée. Adam, comme nous le dit notre curé, a été notre père à tous; nous sommes tous ses enfants. — Le noble : Oui, mais il y a bien de la di£Férence. Noé eut trois fils : Tun qui était un coquin , s^appelait Gham, et c'était un paysan. De Sem et de Japhet descendent les races de la bourgeoisie et de la noblesse.— £e pt^ean : Tavals encore entendu dire que la noblesse venait de la vertu, que Jadis les nobles protégeaient les veuves, les orphelins, et défendaient les pauvres voyageurs. Chevalier, est-ce encore votre usage? — Le noble : Et toi, dis^moi , n'était-ce pas aussi le vôtre dans les temps anciens , à vous autres paysans, d*ètres simples. Justes et pieux? aiyourd'hui vous n'êtes plus que des fripons, des scélérats ; vous avez la bouche dure, vous ne vous laissez pas conduire... Toi, tu n'es qu'un malotru ; moi, je suis noble de race. J'ai toujours des provisions sans travail , j'ai des revenus et des rentes. Je suis élégant et poli quand je vais à la cour des princes. ^Le pqysan / Ma politesse à moi, c'est de labourer, de semer, de moissonner, de battre le grain , de couper le foin, d'arracher les herbes , et tant d'autres travaux par lesquels . je vous nourris tous deux... Oh! je sais bien comment vous vivez l'un et l'autre. Dites-moi, noble seigneur, votre cheval n'a-t-il jamais sur une route mordu la poche d'un marchand ? •

Le paysan prouve ensuite, par des raisons burlesques, qu'il est plus heureux que le noble et le bourgeois ; ce que sans doute les véritables paysans n'auraient point accordé. Suivent beaucoup de détails de mœurs assez curieux sur les costumes , les jeux du peuple et les aliments des différentes classes de la société. Le noble, convaincu, finit par dire : « Morbleu, le paysan dit vrai. Fiens, je veux faire le carnaval avec toi. Nous verserons bravement, nous boirons, nous jouerons à qui mieux mieux. — Le bourgeois conclut / Mes bons seigneurs , ne nous accusez point, si nous sommes restés longtemps avec ce paysan grossier : il ne pouvait être plus poli; comme dit le vieux proverbe : Mettez un paysan dans un sac, les bottes passeront toujours. En vivant avec les gens grossiers , on devient grossiers comme eux ; il faut donc que les jeunes gens, etc. Hans Sachs vous souhaite une bonne nuit. »

Rien n'est plus opposé au génie d'Uans Sachs que celui de Mumer. Le cordonnier de Nuremberg vise à l'élégance, parle toujours de fleurs et de bocages, et tombe souvent dans la fadeur. Mumer, docteur, prédicateur, poète lauréat, affecte la grossièreté pour se foire entendre du peuple. Ses satires mordantes (la contre et la conjuration dee pm$ , Schel-

menzunft, Narrenbeschwœrung), inspirées par la corruption mercantile de Strasbourg, n'ont rien qui fasse penser à la vieille Allemagne. Nous n'en citerons que les passages suivants.

« Il y en a qui veulent décider de ce qui se fait dans l'Empire , juger où l'Empereur en est avec l'Allemagne ou l'Italie, et pourtant, à bien examiner, personne ne le leur commande. A gui le» f^énitiens empruntentilêf Comment veulent-ils vendre? Comment le pape tient-il maison? Pourquoi le Français ne reste-il pas dans l'alliance du roi des Romains? Que nous mangions ou que nous buvions, nous déplorons la puissance de ce rusé (Louis XII ) , qui veut nous faire la queue; le roi d'Aragon ne veut pas trop bien récompenser ceux de Fenise; le T\irc passe la mer, ce qui nous chagrine fort le cceur; sans parler des villes de l'Empire qui nous ont fait ceci et cela, mais ce ne sera point sans vengeance!,.. Mon bon ami, songe à tes affaires; laisse les villes impériales pour villes impériales ; bois plutôt de bon vin ; l'Empire n'en perdra aucune ville.—... Avoir peu et dépenser beaucoup, écarter les mouches des seigneurs, fourrer à la dérobée dans son manteau , jeter des pierres dans les fenêtres, écrire de petits libelles anonymes , pousser ensemble avec Aes mensonges, se grimer dans l'habit de prêtre... Est-ce ma faute , si je les place ici. Je suis pour cette année secrétaire delà compagnie des fripons. Qu'ils en choisissent un autre. »

Page 15. — Se faire I'homma d'un autre... Est -il permis à un vassal de cracher, tousser, étemuer ou se moucher en présence de son seigneur? ne mérite- t-il pas punition pour ne pas s'être tenu droit, ou avoir chassé les mouches en sa présence? Le Jusfetêdale Alemanicum pose ces deux questions. — Cette dépendance servile dans la forme était ordinairement anoblie par la sincérité du dévouement; il éclate d'une manière touchante dans ces vers d'Harmann de Aue : « Ma Joie ne fût jamais sans inquiétude jusqu'au jour où je cueillis pour moi les fleurs du Christ que je porte aujourd'hui (les insignes de la croisade); depuis que la mort m'a privé de mon seigneur, il entre pour la meilleure part dans ma joie , et la moitié de mon pèlerinage est pour lui. » Gcerres» Recueil des Mhmesinger. Citations de

la préftice.

Grimm {uber den altdeutschen Meistergesang, 181 1 ) a fort bien établi que généralement le poète, comme le chevalier , était Vhomme du prince , et subsistait de ses présents. La poésie louangeuse était, à ce qui semble, un service ftodal, comme celui de l'ost et du plaid. Voici des vers oit un meistersinger s'efforce de provoquer par des louanges mêlées de reproche la générosité du pauvre et chevalereus empereur, Rodophe de Habsbourg. « Le roi des Romains ne donne rien , et pourtant il est riche comme un roi ; il ne donne rien, mais il est brave comme un lion; il ne donne rien , mais il est très-chaste ; il ne donne rien , mais sa vie est irréprochable. — II ne donne rien, mais il aime Dieu et respecte la vertu des femmes; il ne donne rien, mais Jamais homme n'eut un plus beau corps; il ne donne rien, mais il est sans taches ; il ne donne rien, mais il est sage et pur. — 11 ne donne rien , mais il juge avec équité ; il ne

INTRODUCTION A L'HISTOIRE UNIVERSELLE

donne rien , mais il aime Tbonneur et la fidélité ; il ne donne rien , mais il est plein de vertus ; hélas ! il ne donne rien à personne ! Que dirai-je encore? il ne donne rien, mais c'est un héros plein de grâces et de prestesse : il ne donne rien, le roi Rodolphe, quoi qu'on puisse dire et chanter à sa louange. »

Pagb 16. — Frav... La Vierge,.. Il peut être curieux de mesurer tout le chemin qu'avait fait Tidéal de la femme germanique , depuis le paganisme du Nord jusqu'au temps du christianisme et de la chevalerie , qui la placèrent sur l'autel même , et la montrèrent transfigurée à la droite de Dieu. D'abord dans le Nialsaga, la femme est belle d'une pureté farouche ; elle est élevée par un guerrier qui veille sur elle toute sa vie , et qui tue , sans pitié , l'époux trop peu respectueux pour sa fille d'adoption. Deux fois la vierge fatale coûte ainsi la vie à son époux. Dans les Nibelungen , la femme charme son barbare amant par sa force autant que par sa beauté. «• Divers bruits s'élevaient sur le Rhin; sur le Rhin, disait-on , il y a plus d'une belle fille ; Gunther le roi puissant voulut en obtenir une, et le désir s'accrut dans le cœur du héros. — Une reine avait son empire sur la mer; de l'aveu commun , elle n'eut point de semblable ; elle était d'une beauté démesurée ( diu wcts untnasen schcene), puissante était la force de ses membres ; elle défiait au javelot les rapides guerriers qui briguaient son amour. — Elle lançait au loin la pierre , et la ramassait d'un seul bond. Celui qui la priait d'amour, devait sans pâlir vaincre à trois jeux la noble femme ; vaincu dans une joute , il payait de sa télé. — Mille fois elle était sortie vierge de ces combats. Sur le Rhin un héros bien fait l'apprit, qui tourna tous ses pensers vers la belle femme ; avec lui les héros payèrent de leur tôte. — Un jour le roi était assis avec ses hommes; ils agitaient de qnelle femme leur maître pourrait faire son épouse et la reine d'un beau pays. — Le chef du Rhin dit alors : « Je veux descendre jusqu'à la mer, jusqu'à Brunhild, quoi qu'il m'arrive; pour son amour je risquerai ma vie, et la perdrai si elle n'est ma femme. « — Et moi je vous en détournerai, dit Sigfried. Cette reine a des mœurs si barbares ! qui prétend à son amour joue gros jeu ; et je vous donne sur ce voyage un avis franc et sincère. — Jamais, dit le roi Gunther, femme ne fut si forte et si hardie ; je voudrais de mes mains dompter son corps dans la lutte. — Doucement , vous ne connaissez pas sa force. Fussiez-vous quatre, vous ne sortiriez pas sains et saufé de sa terrible colère : renoncez à votre envie , je vous le conseille en ami , et si vous ne voulez mourir, ne courez point, pour son amour , une chance si aflreuse. — Quelle que soit sa force , je ne renonce pas à mon voyage ; allons chez Brunhild , quoi qu'il m'arrive ; pour sa beauté prodigieuse, on doit tout oser, et quoi que Dieu me réserve , suivez-moi sur le Rhin. » Der Nihelwigen Lied, édition de 1820.

Nous avons traduit le morceau dans toute sa naïveté barbare. M. le baron d'Eckstein , qui a donné dans le Catholique de belles et éloquentes traductions des Nibelungen , me semble en avoir adouci quelquefois le caractère rude et fruste , sans doute par ménagement pour la timidité du goût français.

Peu à peu l'idéal de la femme s'épure. La femme de la chair subsiste sous le nom de Wbib , tandis que 8*en * dégage la femme de l'esprit , la femme morale, Frau. L'un des plus célèbres meistersinger, Frauenlob, reçut ce nom pour avoir dans maint combatpoétique soutenu celte distinction, et célébré tour à tour dans des chants d'amour et dans des hymnes les dames de ce monde et les dames du paradis. Celles d'ici-bas témoignèrent au panégyriste de la femmeune tendre reconnaissance;elles voulurent faire elles-mémesles fïinérailles de leur poète. La pierre sépulcrale que l'on voit encore dans la cathédrale de Mayence, les représente portant le cercueil de celui qu'elles avaient inspiré si longtemps et ftilt tant pleurer.

Pagi 16. — ta f^ierge,., — Voy. Grimm, Alt. fT,, Inlrod. à la Forge d'Or (poëme en l'honneur de la Yierge), de Conrad de Wurtzburg, très-curieux pour les mythes chrétiens du moyen âge. « Une des idées qui reviennent le plus dans nos meistersinger, dit le savant éditeur, c'est la comparaison de l'incarnation de Jésus-Christ avec l'aurore d'un nouveau soleil. Toute religion avait eu son soleil dieu , et , dès le quatrième siècle, l'Église occidentale célèbre la naissance de Jésus- Christ au jour où le soleil remonte, au 95 décembre, c'est-à-dire au jour où l'on célébrait la naissance du êoleil invincible. C'est un rapport évident avec le soleil dieu Milhra (Creuzer, Symbolik, ii, 920; Jablonski, opus III, 846, seq.). — On lit encore dans nos poètes que Jésus à sa naissance reposait sur le sein de Marie , comme un oiseau qui, le soir, se réfugie dans une fleur de nuit éclose au milieu de la mer. Quel rapport remarquable avec le mythe de la naissance de Brama, enfermé dans le lis des eaux , le lotus, jusqu'au jour où la fleur fut ouverte par les rayons du soleil , c'est-à-dire par Tischnou lui-même, qui avait produit celle fleur (Voyez Mayer et Kanne ) ! Le Christ, le nouveau jour, est né de la nuit, c'est-à-dire de Marie la Noire , dont les pieds reposent sur la lune , et dont la tête est couronnée de planètes comme d'un brillant diadème ( Voyez les tableaux d'Albert Durer). Ainsi reparait, comme dans l'ancien culte, cette grande divinité, appelée tour à tour Maïa Bhawani, Isis, Cérès, Proserpine, Persephone. Reine du ciel, elle est la nuit d'où sort la vie, et où toute vie se replonge ; mystérieuse réunion de la vie et de la mort. Elle s'appelle aussi la rosée , et dans les mythes allemands , la rosée est considérée comme le principe qui reproduit et redonne la vie. Elle n'est pas seulement la nuit , mais comme mère du soleil, elle est aussi Taurore devant qui les planètes brillent et s'empressent , comme pour Persephone. Lorsqu'elle signifie la terre comme Cérès, elle est représentée avec la gerbe de bié, de même que Cérès a sa couronne d'épis : elle est Persephone, la graine de semence; comme cette déesse, elle a sa faucille ; c'est la demi-lune qui repose sous ses pieds. Enfin , comme la déesse d'Ëphèse , la triste Cérès et Proserpine , elle est belle et brillante , et cependant sombre et noire , selon l'expression du Cantique des Cantiques : Je suis noire, mais pleine de charmes; le soleilm'a brûlée (le Christ). Encore aujourd'hui, l'image de la mère de Dieu est noire à Naples , comme à Einsiedeln en Suisse. Elle unit ainsi le jour et la nuit, la joie

NOTES ET ÉCLAmaSSEMENTS.

avec la tristesse, le soleil et la lune (chaleur, humidité), le terrestre et le céleste.

Pagi 16.— £es /fe«rs...~Les miDnesiDger chantent les fleurs sans jamais se lasser, et commencent toigours par parler de la beauté dez fôréts et de leurs joyeux concerts* On pourrait, à Texemple de TEdda, qui appelle avec tant de grâce Vhiver, le deuil, lasouffirtnce, et la misère des oiseaux, comprendre le sqjet de la plupart des chants d*amour en deux classes, Tété et rhiver : la joie , le réveil , la vie des oiseaux et des fleurs , et le deuil , la langueur, le sommeil et la mort des fleurs et des oiseaux.— Sur la signification des fleurs et des feuilles, voy. Grimm, Altd. W. 4 Heft, d*après un manuscrit du quinzième siècle , dont Tauteur était peut^tre du pays de Cologne, des bords de la Moselle, ou bien encore de la Flandre , de la Champagne, de la Picardie, patrie des Redenker,on Rhétoriciens du moyen âge, qui parlaientaussibeaucoupdesfleurs. Nous trouvons ici des règles fixes et positives sur la manière dont les amants portaient les feuilles et les fleurs , par leur choix , ou par Tordre de leurs dames. — « Chêne. Celui qui porte des feuilles de chêne, annonce par là sa force, et fait entendre que rien ne peut rompre sa volonté. Mais s*il les porte par Tordre de sa dame, c*est un signe qu*U ne faut point s'attaquer à lui, car le bois de chêne est plus dur que tout autre hoï9.— Bouleau, Celui qui se choisit de lui-même un seul maître , et soufl^e volontiers les châtiments qu'il lui impose , jqu*ils soient doux ou rigoureux, celui-là doit porter le bouleau sans feuilles; celui à qui Ton ordonne de les porter doit comprendre par là qu'on ne veut pas lui montrer trop de rigueur, et que, cependant, on veuttoqjours le tenir sous la verge. — Châtaignier. Celui à qui son amour devient de jour en jour plus cher et qui plait à sa dame, celui-là doit porter des châtaignes qui sont piquantes, et plus elles sont piquantes, mieux elles valent. — La bn^frère. Celui qui choisit la bruyère avec ses feuilles et ses fleurs , montre que son cœur aime la solitude comme la bruyère qui naît volontiers dans les lieux déserts, et n'habite point dans le voisinage des autres plantes. S'il reçoit Tordre de la porter, c'est un avis pour lui de n'avoir des sentiments que pour sa belle, de bien veiller sur lui, et de placer en haut lieu son amour et sa joie, comme la bruyère qui s'élève avec ses semblables sur les montagnes et sur les rochers , quoique peu BoMe par elle-même. — Bluei. Celui dont le cœur volage ne sait point lui-même où il doits'arrêter et fixer •on inconstance, celui-là doit porter des bluets , jolie fleur bleue , mais qui blanchit et ne sait point con<server sa couleur. — Rose. Celui qui aime en son amie la crainte du péché et l'innocence, et qui la défend contre lui-même, celui-là doit porter la rose avec ses é|Hnes.

Pagi 16. — Puérile et proftmde... — YoyejE le char» mant recueil intitulé : des Knaben ff^underhom, le cor •merveilleux de l'enfant. La plupart de ces chants populaires, si doux, si inspirés de calme et de solitude, me restent dans le cœur et dans Toreille, à l'égal des plus délicieux chants de berceau que j'aie entendus jamais sur les genoux de ma mère. Je n'ose en rien traduire.

Page 84. — JLe ParcewU d'Eschenbach... ~ DAt le lecteur en sourire, je citerai tout au long le morceau de Grimm (AU. W. 1 h.) sur le Parceval. «Le noble héros, dont la jeunesse simple et naïve comme l'enfance, sans cesse enfermée et tenue sous les yeux d'une mère trop craintive, résiste encore à la voix secrète qui l'appelle tous les jours plus fortement au service de Dieu; Parceval est piqué des reproches de Sigunen , et se rend dans la ville des miracles, à travers les forêts et les déserts. Un matin, au point du jour, la neige lui cache son chemin, il dirige son cheval à travers les buissons et les pierres ; bientêt la blanche forêt brille aux rayons du soleil , il approche d'une plaine où venait de s'abattre une troupe d'oies sauvages : un faucon fond sur elles et en blesse une; elle s'élève dans les airs, mais de ses blessures tombent sur la neige trois larmes de sang ; objet de douleur pour Parceval et pour son amour. — Lorsqu'il vit sur la neige toute blanche ces gouttes de sang, il se dit : Qui donc avec tant d'art a peint ces vives couleurs ! Condviramurs, cette couleur peutse comparer à la tienne. Dieu me protège, il veut que je trouve ici ton image. Dieu soit loué, et toutes ses créatures! Condviramurs, voilà ton incarnat! La neige prête au sang sa blancheur, et le sang rougit la neige. C'est l'image de ton beau corps. Les yeux du héros sont humides de pleurs , il songe au jour où deux larmes coulaient sur les joues de Condviramurs, et la troisième sur son menton. — Cette comparaison secrète Toccupe et Tabsorbe tout entier, il ne sait plus ce qui se passe autour de lui, il reste immobile dans son attitude rêveuse, comme s'il dormait. Un chevalier envoyé vers lui l'appelle , il ne répond point, ne bouge pas; enfin celui-ci le pousse rudement en bas de son cheval. En se relevant, il mar^ che sur les gouttes de sang et ne les voit plus; alors il revient à lui-même, renverse le chevalier importun, puis, sans perdre une seule parole, il retourne vers les gouttes de sang, et les contemple de nouveau.

> Un second chevalier n'est pas plus heureux.

> Le troisième est plus sage; voyant que Parceval ne répond pas à son salut poli et discret, il comprend qu'il est sousle charme de Tamour, et cherche sur quel objet sont arrêtés ses regards immobiles. Il prend alors une fleur sauvage et la laisse tomber sur les gouttes de sang. A peine la fleur les a-t-elles couvertes et cachées, que le héros revient à lui-même, et demande seulement avec douleur qui lui a ravi sa dame!

> C'est nous montrer d'une manière à la fois touchante et singulière combien il aime la femme qu'il a voulu quitter lui-'même, pour Dieu et la chevalerie. Dans un monde désert et lointain, un souvenir d'elle le surprend tout à coup comme un songe pénible auquel la force seule peut l'arracher. A la même place où il a vu les gouttes sur la neige, s'élève la tente où il revoit cinq ans après son épouse chérie, dormant dans sa couche avec deux enfants jumeaux qu'il ne connaissait pas encore. Sous les trois gouttes de sang, il reconnaît les trois larmes qu'il avait vues un jour sur le visage de Condviramurs ; il ne savait pas qu'elles lui prédisaient aussi sa femme avec deux enfants dans ses bras, comme trois pertes brillantes...

» Dans l'ancien pœme ftrançais de Chrétien de Troyes, Gauvln, l'ami du héros, ne jette pas de fleurs sur les

INTRODUCTION A L'HISTOIRE UNIVERSELLE

gouttes de «ang. La neige 9% fond insensiblement aux rajons du soleil; déjà deux gouttes se sont effacées, et Parceval est moins réyeur : la troisième disparaît peu à peu , et Gauvin croit quMl est temps de le saluer. G^est lUmage du temps, à la fois cruel et bienfaisant, qui, paisible comme le soleil, dissipe comme lui les Joies et les douleurs de Tbomme. »

Suit l'indication d*une foule de passages relatifs à Toppositton du rouge (naissance), du blanc (vie, pureté), et du noir (mort).

Pagb 16. ^ jévec seê conséquences immorales, — En attaquant ces conséquences et le danger de cette doctrine pour la liberté , je ne m*en dissimule point le caractère profondément poétique. 11 faut le dire, cet hymen de Tesprit et de la matière , de Thomme et de la nature , les agrandit et les enchante Tun parVautre. L'esprù divin, dit Schelling , dort dans la pierre, rêve dans l'animal, est éveillé dans l'homme, L*homme est le verbe du monde, la nature ayant conscience d^ellemême , et reconnaissant son identité , il s*y retrouve en toute chose , et sent à son tour respirer en lui Tunivers j partout la vie réfléchit la vie. Ne vivent -ils pas ces fnonts et ces étoiles? Les ondes, n'est -il pas en elles un esprit? Et ces grottes en pleurs n'ont -elles pas un sentiment dans leurs larmes silencieuses? (Byron.) Lorsque, préoccupé de ces idées, on parcourt les forêts et les vallées désertes , c*est Je ne sais quelle douceur , quelle sensualité mystique d*ajouter à son être Tair, les eaux et la verdure, ou plutôt de laisser aller sa personnalité à cette avide nature qui Tattire et qui semble vouloir Tabsorber. La voix de la sirène est si douce, que vous la suivriez, comme le pêcheur de Gœlhe,dans la source limpide et profonde, ou, comme Empédocle , au fond de TEtna. O mihi tûm quàm moUiter ossa quiescant!

C'est une chose merveilleuse à quel point cette doctrine s'est emparée de la rêveuse Allemagne , et infiltrée dans toute sa littérature. Vous en retrouverez l'influence dans presque tous les livres, dans l'art, dans la critique, dans la philosophie , dans les chansons. J'en connais une d'étudiants qui est fort belle; mais j'aime encore mieux citer la suivante composée en France dans la guerre de 1815. Au milieu de l'ardeur de la Jeunesse, et de l'ivresse des combats, la pensée philosophique arrive bon gré , mal gré. « Rien au monde de plus gai, de plus rapide , que nous autres hussards sur le champ de bataille. L'éclair brille, le tonnerre gronde; rouges comme la flamme, nous tirons sur l'ennemi; le sang roule dans nos yeux , nous faisons tomber la grêle. — On nous crie : Hussards , tirez tous vos pistolets, ftrappez, le sabre à la main , fondez celui qui se trouve là. Tous ne comprenez pas le français ! que ça ne vous inquiète pas! il ne parle plus sa langue quand vous lui coupez la tête. — Si le fidèle camarade restait sur le champ de bataille , les hussards ne s'en plaindraient pas. Le corps pourrit au tombeau, l'habit reste au monde, Tâme s'exhale en l'air , sous la voûte azurée. »

Page 16. — £/n bois, un pré, une fontaine, — Ne pati quidcm inter se junctas sedes. Golunt discret! ac diversi ; ut fons, ut campus, ut nemusplacuit,etc. Taciti germ. 16.

Page 16. — La bonne Nuremberg,,, — Cette ooatume d*orner les maisons de belles sentences tirées de l'Écriture , est répandue par toute PAllemagne. J*ai cité Nuremberg, parce que nulle ville n'a mieux conservé son aspect antique. C'est le Pompeï du moyen âge.

Page 16. — Les cerfs venant boire sous le balcon des électeurs, — J'ai cédé ici à une double tentation, au plaisir de parler de cette charmante petite ville d'Heidelberg , qui laisse à tous ceux qui Tout visitée tant de souvenirs et de regrets , et d'en parler dans les termes mêmes d'un grand écrivain qui m'est bien cher, le traducteur d'Herder , l'auteur du Foyuge en Grèce, Edgar Quinet.

Page 17. — Que de fois l'Allemagne s'est soulevée! mais c'était pour retomber bientôt,,, — Si l'on veut une image de ceci , il n'en est pas de plus fidèle que le Rhin. Vrai symbole du génie de la contrée , il en réfléchit l'histoire, tout aussi bien que les arbres et les rochers de ses rives. Sorti comme un torrent de la nuit des Alpes, il s'endort dès le lac de Constance. Il s'élance de nouveau par un lit déchiré de rochers , s'emporte et tombe furieux à Schaffouse; sa chute fait trembler la Souabe et la Suisse. Ne craignez rien ; il est déjà calmé. Il roule alors, large et profond comme les Nlbelungen dont il traverse le théâtre. Resserré à Bingen , le fleuve héroïque perce sa route entre des géants de basalte , à travers tous les châteaux qui dominent ses rives, et qui quelquefois semblent être descendus armés de toutes pièces pour lui défendre le passage {à PfalM),

Enfin, quand il a salué l'inachevable cathédrale de Cologne , las et désabusé des nobles efforts , il se laisse aller le long des plaines prosaïques des Pays-Bas , et si ses rives retentissent encore, c'est d'une déclamation de quelque Rederiker flamand , du champ uniforme d^un Baenkelsœoger , d'un poète charpentier ou forgeron, qui va martelant son œuvre de Cologne jusqu'à la Hol^ lande. Le Rhin arrive ainsi en face de l'Océan, et s'y. évanouit sans regret. C^est encore ici l'image de l'Allemagne se résignant à s'absorber dans l'unité absolue de Schelling. Heureuse de se reposer dans l'infini, elle fait entendre en Gœthe et G«erres un dernier son poétique.

Page M,— En Islande, les dieux mourront comme nous.,, — Yoyez Gelers Schewedens Geschichte. Il n'existe encorequ'un volume de la traduction allemande. J'attends aussi avec une vive impatience la publication de l'important ouvrage de M. J.-J. Ampère, sur la LUlératùre du Nord , Ce livre préparé par tant de voyages etd'études variées et profondes, va révéler tout un monde au public finançais.

Page M,— Du vivant de Luther , à sa table même, commença le mjrsticisme.,, —On connaît peu Luther. Avec ce col de taureau , cette face colérique (voyez les beaux portraits de Lucas Granach), et cette violence Airieusedans le style, c'était une âme tendre, très-sensible à la musique , aussi accessible à l'amitié qu'à l'amour. Rien ne lui fût plus douloureux que de voir Jusque dans sa maison ses disciples les plus chéris abandonner

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

ta doctrine, ou plutôt la pousser à tes conséquences extrêmes ayec une inflexible logique. Dans ses attaques contre Rome, il avait écrit : Périêse la loti vive la grâce/ Pouyaii'û se plaindre après cela que les luthériens inclinassent au mysticisme? Lui • même, dans la première moitié de sa yie, ayait été prodigieusement mystique.

Pagi 17. — Qui devaa triompher en Bœhme... — Cordonnier à Gœrlitx, mort en 1694. Saint -Bfartin a traduit trois de ses ouvrages : L'Aurore fuUsêante, leê Troie Principeêj et la Triple Fie ou l'Étemel Enr ffendremetU sane origine. 1803. Il se proposait de traduire les cinquante yolumes de Bcehme. Plusieurs passages de ce théosophe sont de la plus haute poésie ; par exemple, tout le commencement du deuxième yolume des 7'roiê Principee.

Je ne puis m*empêcfaer de terminer ces notes sur TAllemagne , en citant quelques yues de madame de Staël, toutes frappantes de sagacité et de Justesse. Ces observations sur la société allemande d^ai^ourd'hui reçoivent une merveilleuse confirmation de Tancienne littérature de ce peuple, que Tauteur n*apas connue. — «Cest un certain bien-être physique , qui, dans.le midi de TAliemagne, fait rêver aux sensations, comme dans le nord aux idées. L*existence végéUtive du midi de TAllemagne a quelques rapports avec Texistence contemplative du nord : il y a du repos, de la paresse et de la réflexion dans Tune et Tautre. — Les forces tyroliennes, qui amusent à Vienne les grands seigneurs comme le peuple, ressemblent beaucoup plus à la bouffonnerie des Italiens qy*à la moquerie des Français. — Celui qui ne s^occupe pas de Tunivers, en Allemagne, n*a vraiment rien à fiaîre.— D faut, pour que les hommes supérieurs deTun et de Taulre pays atteignent au plus haut point de perfMion, que le Français soit religieux, et que TAllemand soit un peu mondain. — Il y a plus de sensibilité dans la poésie anglaise , et plus d'imagination dans la poésie allemande. Les Allemands, plus indépendants en tout, parce qu'Us ne portent Tempreinte d'aucune institution politique, peignent les sentiments comme les idées, à travers des nuages : on dirait que l'univers vacille devant leurs yeux, et l'incertitude même de leurs regards multiplie les objets dont leur talent peut se servir. ~ On a vu souvent, chez les nations latines, une politique singulièrement adroite dans l'art de s'afAranchir de tous les devoirs; mais on peut le dire à la gloire delà nation allemande , elle a presque l'incapacité de cette souplesse hardie, qui fait plier toutes les vérités pour tous les intérêts, et sacrifie tous les engagements à tous les calculs. — Les poêles, la bière et là fumée de tabac, ferment autour des gens du peuple, en Allemagne, une sorte d'atmosphère lourde, et chaude dont ils n'aiment pas à sortir. Quand le climat n'est qu'à demi rigoureux, et qu!il est encore possible d'échapper aux ii^ures du ciel par des précautions domestiques, ces précautions mêmes rendent les hommes plus sensibles aux soufl^nces physiques de la guerre. — L'imagination, qui est la qualité dominante de l'Allemagne , artiste et littéraire , inspire la crainte du péril, si l'on ne combat pas ce mouvement naturel par l'ascendant de l'opinion et l'exaltation de rhonneur. -* Les Français, opposés en ceci aux Alle-

mande, considèrent les actions avec la liberté de l'art, et les idées avec l'asservissement de l'usage. — Comme il y a chex les Allemands plus d'imagination que de vraie passion (dans l'amour), les événements les plus bizarres s'y passent avec une tranquillité singulière;: cependant, c'est ainsi que les moeurs et le caractère perdent toute consistance ; l'esprit paradoxal ébranle > les institutions les plus sacrées, et l'on n'y a sur aucun sujet des règles assez fixes. »

Pagi 17. — Italie. — Celles peut alléguer la langueur du eUmat, les forcée dieproportùmnéee dee couquarante, etc.— Mais la meilleure excuse de cette malheureuse contrée , c'est que sa fatale beauté a toujours irrité les désirs et le brutal amour de tous les peuplesbarbares. Les géants de glace que la nature a placés à ses portes, comme pour la défendre, ne lui ont servi de rien. Les conquérants n'ont Jamais été rebutés par l'extrême difficulté du passage. Naguère encore, on descendait le mont Genis par une pente si rapide, qu'elle portait le traîneau du voyageur à deux lieues en dix. minutes.

On peut firanchir les Alpes de côté, par la Savoie et par l'Allemagne, ou au centre par la Suisse. Ce dernierpassage; celui du Simplon, est court et brusque. Dw triste Valais où vous laissez les hommes du Nord , le» chalets de bois bariolés, vous tombez à Milan, au milieu du bruit, de la brillante lumière, de l'agitation italienne^ au nûlieu des orangers et des maisons de marbre. Le Simplon est la porte triomphale de l'Italie. L'artiste et le poète choisiront ce passage. L'historien entrera plutôt par l'orient ou l'occident; ce sont en effet les deux routes que les armées et les grandes émigrations ont suivies. Les Gaulois, Hannibal, Bonaparte; une foule d'armées firançaises passèrent par le mont Genis ou le Saint-Bernard ; les €roths d'Alaric et de Théodoric, lea Allemands d'Othon le Grand , de Frédéric Barberousse» et de tant d'empereurs,entrèrent par les défilés du Tyrol.

Aujourd'hui encore, lorsqu'on voit cette terrible barrière des Alpes , on frémit en songeant à ce que lea hommes ont autrefois osé et souffert pour pénétrer dana ce jardin des Hespérides. Hannibal, entré dans les Alpea avec cinquante mille hommes, en sortit avec vingt-cinq mille. N'importe, toutes les nations du monde ont voulu camper à leur tour sur cette terre, jouir de ses fruits et de son ciel, sauf à y trouver leur tombeau. Les Gaulois y cherchaient la vigne , les Normands le citronnier. Louis XII et François I" y usèrent leur vie et leur peuple pour recouvrer leur belle /îancée, comme ils appelaient Naples ou Milan. Les Goths croyaient y retrouver leur Asgard, la cité mystérieuse et fortunée d'où, selon eux, leurs ancêtres avaient été exilés. Alaric assurait qu'une invincible fatalité l'entraînait vers Rome, en sortant de laquelle il devait mourir.

G'est qu'en efi^et la nature a placé sur cette terre d'invincibles séductions : Je me pereuade, dit Gœthe ( Mé« moires ), que j'y euis né, et que j'y reviens après un voyage en Groenland pour la pêche de la baleine, — Kennst du das land, etc.,

Connait-ttt le pays où, sous an noir feuillage,

Brille comme un fruit d'or le fruit du citronnier ?ete.

INTRODUCTION A L'HISTOIRE UNIVERSELLE

(Gœtbe. WllhelmmeUter. Dans l*élégante traduction de M. Toiusenel ).

G*est encore une des aéductions de l'Italie, que presque partout le péril s*y trouve à côté du plaisir. A peine échappé aux glaciers et aux avalanches, vous rencontrez les lies Borromées et les enchantements du lac Majeur. Les riches plaines du Pô sont à peine protégées par des digues contre les envahissements du plus fougueux des fleuves. La Maremme de Toscane, la campagne de Rome sont aussi remarquables par leur fertilité que par leur insalubrité meurtrière. Dans la Maremme, dit le proverbe toscan, on s'enrichit en un an, ei l'on meurt en si3P mots.—Le Vésuve... (Voy. mon Hiêtotre ftomaùie, cbap. ii ),

Page 17. — L'Italien fait descendre Dieu à lui, y cherche un objet d'art.., et dans les cérémonies même du culte, il y réussit souvent avec un génie admirablement dramatique. A Messine, le jour de TAssomption, la Vierge, portée par toute la ville, cherche son fils, comme la déesse de la Sicile antique cherchait Proserpine. Enfin, quand elle est au moment d*entrer dans la grande place, on lui présente tout à coup Tlmage du Sauveur. Elle tressaille et recule de surprise, et douze oiseaux qui s'envolent de son sein portent à Dieu TeffUsion de la joie maternelle.— Gomment le cruel M.Blunt li*a-t-il vu là qu'une momerie ridicule? ( Vestiges of ancient manners and customs discoverable in modem Italy and Sicily; by the révèrent John James Blunt, fellùw of John's collège, Cambridge, and late one of the travelling bachelors of that unlversity. London. J.Murray, tSîS; in-S», pag. 158),

Pàgi 17, x- Leê prières et les formules augurâtes eontde véritables contrats avec les Dieus.,. — On lit dans les inscriptions : ^dem tempestatibus dédit meriid..f Pompeius votum mérita JAmerva.—Solvere vota indique raccomplissement d'un contrat, —La formule du vœu d'un Fer sacrum (Tit. Liv., lib. xxii ), et celle du consul Licinius contre Antiochus (T. L. xxxvi), sont de véritables contrats avec Jupiter,— Servius ad Mn, m ( ad versum : Da pater augurium). — Legum diçtio appellatur, cùm condictio ipsius augurii certâ nuncupai^ tione verborum dicitur, quali conditione augurium peracturus sit... tune enim quasi legitimo Jure legem adscribit.— Varron nous a conservé la formule augurale par laquelle on choisit l'emplacement du Capitole (dans mon Histoire Romaine, liv. i ),

PA6917. — Pour trouver les plus beaus raisins, pour rattraper un oiseau perdu... Gic. de Divinatione, —Ainsi, chez ces Romains dont on vante la gravité, la religion fut souvent un objet aussi peu sérieux qu'elle l'est pour les Italiens d'aujourd'hui.

Paob 17. — I/is papes furent des légistes... mieux que vous autres gens de loi. — €e mot est de Philippe de Valois qui, en 1533, envoyait au pape Jean XXII la décision de l'université de Paris , sur une question de dogme: Mandans sibi à latere, quatenùs sententiam magistrorum de Parisiis, qui melius sciunt quid débet teneri et credi in fide quàm juriste et alli clerici, qui

parùm aot nihll sciunt de theologlâ , approbaret, etc. Gonf. chron. Guil. de Nangis, p. 97. Le roi alla plus loin, selon Pierre d'Ailly ( Goncil. eccl. Gall. 1406 ) ; il fit dire au pape qui favorisait l'opinion condamnée par l'université : «qu'il se révoquast, ou qu'il le feroit ardre. »

• Pagb 17. — ^Pon^i;...— Pontifices ego à ponte arbitror ; nam ab iisSublicius est factus primùm , et restitutus sœpe , cum ideo sacra et uls et ois Tiberim non mediocri ritu fiant. Varro, de Linguà lat. IV. 15.

Page 17.— le» monuments étrusques... — Voyez le grand ouvrage d'inghirami, l'Atlas de Micali (l'italia avanti, etc. ), Die Etrusker, von Otfried Muller, etc.

Page 17. — Beaucoup d'églises , mais c'étaient les lieux où se tenaient les eusefnblées.,., et le théâtre d'une foule de crises politiques. Julien de Médicis et Jean Galeas Sforza furent poignardés dans des églises. — Entre autres passages qui font vivement sentir ce caractère politique des églises du moyen âge, voyez dans notre Ville -Hardoin l'admirable scène où les envoyés des croisés implorent à genoux et avec larmes, le secours du peuple de Venise assemblé dans Saint-Marc. On pourrait citer aussi une foule de passages de» Villani. — Le Duomo de Pise, Santa -Maria delfiore à Florence, et toutes les vieilles églises italiennes dont je me souviens, n'ont pas de tribunes : c'est que de là on eût dominé l'assemblée du peuple souverain.

Page \7.— Architectes de Strasbourg, pour fermer les voûtes de la cathédrale de Miian.—lA lettre auto* graphe existe, datée de 1481. Voy. Fiorillo, 1. 1.

Page 18.— /amoû ce qui constitue la féodalité eUemême, la fin de l'iiomme en l'homme. — Voyez dans l'histoire romaine et au moyen Age, avec quelle facilité les clients et les vassaux se tournent contre leurs patrons et leurs seigneurs.

Page 18,—// sait mourir... mais mourir pour une idée... — Je ne puis m'empécher de rapporter ici ( Voy. Sismondi, Rép. it., t. XI, ch. 84, 1476) l'admirable récit du meurtre de Galeas Sforza , qui a été dicté entre la question et le supplice , par le jeune Girolamo Olgiati, l'un de ceux qui avaient fait le coup. Les Milanais ne pouvaient plus endurer cet exécrable tyran qui se plaisait à faire enterrer ses victimes toutes vivantes, ou à les faire mourir lentement en les nourrissant d'excréments humains. Trois jeunes gens, Olgiati, Lampugnani et Visconti (celui-ci était prêtre ), Jurèrent de venger leurs injures et de délivrer la patrie. Leur première conférence eut lieu dans le jardin de la basilique de Saint-Ambroise : « J'entrai ensuite dans le temple ; je me jetai aux pieds de la statue du saint pontife , et lui adressai cette prière : Grand saint Ambroise, soutien de cette ville, espérance et gardien du peuple de Milan, si le projet que tes concitoyens ont formé, pour repousser d'ici la tyrannie, l'impureté et des débauches monstrueuses, est digne de ton approbation, sois-nous favorable au milieu des dangers que nous courons pour

NOTES ET ÉGLàlRaSSEMENTS.

délîTrer notre pays. Après avoir prié, Je retournai auprès de mes compagnons, et je les exliortai à prendre courage, les assurant que je me sentais rempli d*espé> rance et de force , depuis que j^avais invoqué le saint protecteur de notre patrie. Pendant les jours qui suivaient, nous nous exerçâmes à Tescrime avec des poignards, pour acquérir plus d*agilité, et nous accoutumer à nmage du péril que nous allions braver... La sixième heure de la nuit avant le jour de saint Etienne , désigné pour Texécution , nous nous rassemblâmes encore une fois , comme pouvant ne plus nous revoir. Nous arrêtâmes rbeure, le r61e de chacun , et tous les détails de Texécution, autant qu*on pouvait prévoir. Le lendemain, de grand matin, nous nous rendîmes dans le temple de saint Etienne; nous suppliâmes ce saint de favoriser la grande action que nous devions accomplir dans son sanctuaire, et de ne point s*indigner si nous souillions de sang ses autels, puisque ce sang devait accomplir la délivrance de la ville et de la patrie. A la suite des prières qui sont contenues dans le rituaire de ce premier des martyrs, nous en récitâmes une autre qu'avait composée Charles Visconti ; enfin , nous, assistâmes au service de la messe, célébrée par Tarchiprétre de cette basilique; puis je me fis donner les clefs de la maison de cet arcbiprètre pour nous y retirer. » Les coqjurés étaient dans cette maison auprès du feu , car un flroid violent les avait feit sortir de Téglise, lorsque le bruit de la foule les avertit de rapproche du prince. C'était le lendemain de Noël, 30 décembre 1476. Galeas, qui semblait retenu par des pressentiments, ne s'était déterminé qu'à regret â sortir de chez lui. Il marchait cependant à la fête, entre l'ambassadeur de Ferrare et celui de Hantoue. Jean -André Lampugnani s'avança au-devant de lui , dans l'intérieur même du temple , jusqu'à la pierre des Innocents. De la main et de la voix il écartait la foule. Quand il Ait tout près de lui, il porta la main gauche, comme par respect, à la toque que Galeas tenait à la main ; il mit un genou en terre, comme s'il voulait lui présenter une requête, et en même temps de la droite, dans laquelle il tenait un court poignard caché dans sa manche , il le frappa au ventre , de bas en haut. Olgiati, au même instant, le frappa à la gorge et â la poitrine, Visconti à l'épaule et au milieu du dos. Sfona tomba entre les bras des deux ambassadeurs qui marchaient à ses côtés, en criant : Jh Dieu! Les coups avaient été si prompts, que ces ambassadeurs euxmêmes ne savaient pas encore ce qui s'était passé. Au moment où le duc fut tué , un violent tumulte s'éleva dans le temple : plusieurs tirèrent leurs épées ; les uns fuyaient, d'autres accouraient, personne ne connaissait encore le but nlles forces des conjurés. Mais les gardes et les courtisans, qui avaient reconnu les meurtriers, s*animèrent bientôt à leur poursuite. Lampugnani , en voulant sortir de l'église, se jeta dans un groupe de femmes qui étaient à genoux; leurs habits s'engagèrent dans ses éperons : il tomba, et un écuycr maure du duc l'atteignit et le tua. Visconti fut arrêté un peu plus tard, et fut aussi tué par les gardes. Olgiati sortit de l'Oise et se présenta chea lui ; mais son père ne voulut pas le recevoir, et lui ferma les portes de sa maison. Un ami lui donna une retraite , où il ne fut pas longtemps en sûreté. 11 était, dit- il lui-même, sur le point d'en

sortir, et d'appeler le peuple à une liberté que les Milanais ne connaissaient plus, lorsqu'il entendit les vociférations de la populace , qui traînait dans la boue le corps déchiré de son ami Lampugnani : glacé d'horreur, et perdant courage, il attendit le moment fatal où il fût découvert. Il fût soumis à une effroyable torture; et c'était avec le corps déchiré, et les os disloqués , qu'il composa la relation circonstanciée de sa conspiration qu'on lui demandait, et qui nous est restée. U la termine en ces termes :

« A présent, sainte mère de notre Seigneur, et vous, ô princesse Bonne ! {la veuve de Galeas ) je vous implore pour que votre clémence et votre bonté pourvoient au salut de mon âme. Je demande, seulement, qu'on laisse à ce corps misérable assez de vigueur pour que je puisse confesser mes péchés suivant les rites de l'Église, et subir ensuite mon sort. »

Olgiati était alors âgé de vingt- deux ans ; il fkit condamné à être tenaillé et coupé, vivant, en morceaux. Au milieu de ces atroces douleurs, un prêtre l'exhortait à se repentir. « Je sais, reprit Olgiati , que j'ai mérité, par beaucoup de fautes, ces tourments, et de plus grands encore, si mon faible corps pouvait les supporter. Mais quant à la belle action pour laquelle je meurs, c'est elle qui soulage ma conscience : loin de croire que j'ai, par elle, mérité ma peine, c'est en elle que je me confie pour espérer que le juge suprême me pardonnera mes autres péchés. Ce n'est point une cupidité coupable qui m'a porté à cette action , c'est le seul désir d'ôler du milieu de nous un tyran que nous ne pouvions phis supporter. Si je devais dix fois revivre pour périr dix fois dans les mêmes tourments, je n'en consacrerais pas moins tout ce que j'ai de sang et de forces à un si noble but. » Le bourreau, en lui arrachant la peau de dessus la poitrine^ lui fit pousser un cri, mais il se reprit aussitôt. « Cette mort est dure, dit-il en latin, mais la gloire en est éternelle I Mors acerha^ fàma perpeiua , stabU vêtus mematia facH. » ( Confessio Hieronymi Olgiati morientis,apud Ripamontium,Hist. médiol. 1. vi, p.649.)

Pa«i 18. — Génie passionné, tnais sévère,,, monde artificiel de la cité... — Je n'ignore pas les objections qu'on peut tirer de l'état actuel de l'Italie; mais je dois ici caractériser chaque peuple par l'ensemble de son développement et de son histoire. Aujourd'hui même tout ce que j'ai dit subsiste pour qui ne voit pas toute l'Italie dans la douceur florentine, la sensualité milanaise, et la langueur de la baie de Naples.

Pagi \S.— L'indestructible droit romoàs...— Voyez dans le 3« vol. de Gans ( Erbrecht ) , avec quelle puissance ce droit a lutté contre l'esprit des Goths, des Lombards et des Francs. L'influence même des papes l'a moins modifié qu'on ne serait tenté de le croire.Xe catholicisme, dit l'ingénieux auteur, est en Italie comme un dôme vu de tout le pays , vers lequel on se tourne quand on veut prier, et qu'on ne remarque plus quand on fait autre chose. ^ L'ouvrage que prépare M. Forti (de Florence ), nous fera connaître d'une manière plus complète encore le curieux développement du droit romain sous la forme italienne du moyen âge. Je place la plus grande espérance dans les travaux de ce jeune

INTRODUCTION A LUISTOIRE UNIVERSELLE.

et «avant Jurisconsulte. Ce n*«st pas en vain qu*on porte dans ses veines le sani; des Sismondi.

Paob i^.'-Cardan ei TartagUa.,., et page 19, CampaneUa et l'infortuné ^rtino. —Nulle part la destinée n^a été plus cruelle pour le génie qu*en Italie. Gela s'explique par la contradiction d^une forte personnalité., froissée et brisée sous le joug de la cité ou de TËglise. On sait les infortunes du Dante, et Pinélégante et douloureuse épitaphe qu'il s'est faite lui-même pour son tombeau de Ravenne :

Hic condor Daotes, pttriis extorris ob oris, Qaem genuit panri Fioreniia mater «moris.

Tous les grands hommes de Tltalie ont su, comme lui, ce que c'est que de monter et descendre l'eecalier de l'étranger y et goûté combien ily a de §el dans le pain d'au/rwi. —Campanella, ce moine héroïque qui voulait armer tous les couvents de la Galabre , et traitait avec les Turcs pour délivrer son pays des Espagnols, passa vingt-sept ans dans un cachot. Les sonnets qu'il y composa, et que nous avons encore, montrent combien la captivité avait été impuissante pour briser cette Ame forte. Il parvint enfin à en sortir, se réfugia' en France, et y mourut ami du cardinal Richelieu, qui le consultait souvent dans son couvent de la rue Saint-Honoré.

Tartaglia reçut ce nom ridicule (tartagUa, qui bégaye), parce qu'à l'âge de douze ans, il Ait sabré par les Français au sac de Brescia, dans une église où sa mère avait cru trouver un asile. Le coup fendit la lèvre; s'il eût porté plus haut, c'était fait du restaurateur des mathématiques.

Cardan, entre autres infortunes, eut celle de voir son fils exécuté comme empoisonneur. La vie de cet homme extraordinaire, écrite par lui-même, est inférieure pour le style, mais non pour l'intérêt des observations psychologiques , aux Confessions de saint Augustin , de Montaigne et de Rousseau.

Que dire de l'existence douloureuse et de la mort horrible du pauvre Giordano Brimo ? On ne peut voir sans émotion, dans un portrait contemporain, la douce et sou£Frante figure (Yoy. en tête de saYie, par Silber et Rixner) de cet homme que l'on traqua par toute l'Europe comme une bête sauvage. Après avoir erré de Genève à Wittemberg, et de Paris à Londres, le pauvre Italien voulut encore revoir le soleil de sa patrie, et se fit prendre à Venise. On sait qu'il fut condamné comme athée à Rome, et périt sur le bûcher. On pouvait blâmer dans sa doctrine une tendance immorale; mais comment l'accuser d'athéisme? Cet athée nous a laissé une foule de poésies religieuses, entre autres un beau sonnet dans le genre de Pétrarque , à l'amour» Par ce mot il entend- toujours l'amour divin.

Page 18. — Colorié vénitien, grâce lombarde... -— La Lombardie, celtique d'origine, placée entre la France et l'Italie , entre le mouvement et la beauté, s'exprime en peinture par la beauté du mouvement, par la grâce. — L'école vénitienne se distingue par le coloris, les écoles florentine et romaine par le dessin ; ainsi la peinture va de Venise à Naples perdant de son caractère

concret et se spiritualisant pour ainsi dire; elle atteint dans Salvator Rosa le plus haut degré d'abstraction et de spiritualisation. Les tableaux de ce grand artiste n'ont ni l'éclat du coloris, ni la sévérité du dessin, mais ils sont pleins de vie et de traits ingénieux.— L'école de Bologne,venue après toutes les autres, est un admirable éclectisme.

L'art italien a perdu de bonne heure le génie symbolique, étouffé presque à sa naissance par le sentiment de la forme, par l'adoration de la beauté physique. L'Allemagne, au contraire, ne voit dans l'art qu'un symbolisme; tout entière à l'idée, elle traite la forme comme un accessoire. De là cette honnête laideur répandue presque partout dans l'art allemand ; mais le charme de la beauté morale y est souvent si pénétrant, que l'âme dément le jugement des yeux. Quand l'Allemagne unit la forme et l'idée, elle égale alors ou surpasse ritalle. Qui décidera entre les vierges de Cologne et celles du CampoSanto de Pise?

Je n'ai conservé de l'Italie aucun souvenir, aucun regret plus vif que de cette ville de Pise. Florence est bien splendide, Rome bien migestueuse et bien tragique; mais avec tout cela il me semble qu'il serait doux de vivre et de mourir à Pise, et de dormir au Campo-Santo. Ce n'est pas seulement , je l'avoue , parce que la terre en a été apportée de Jérusalem sur je ne sais combien de galères : mais cette architecture arabe est si légère, ces marbres noirs et blancs s'harmonisent si doucement par leurs belles teintes Jaunâtres avec le ciel et la verdure ; et cette tour de marbre se penche avec un air si compatissant sur la pauvre vieille ville qui n'a conservé rien autre de sa splendeur. Ah ! les pierres ont là un sentiment et une vie. Dans ce cloître, où tant de figures mystiques me regardaient d'un œil scrutateur, je remarquai, entre les antiques tombeaux étrusques et ceux des croisés italiens, la statue pensive de l'Allemand Henri VU, le chevaleresque et religieux empereur qui fut empoisonné dans la communion , et mourut plutôt que de rejeter l'hostie.

Page 18. — L'agrimemor et l'augure mesuraient et orientaient les champs. . . le juriste et le stratégiste. — Voy. mon Histoire Romaine, et le Recueil de Goesius. — Au Jugement de Sylla lui-même, Marius était un des plus habiles agriculteurs du monde.

Page 18. — L'Italien donne son nom à sa terre. — Villae Tullianœ àTusculum, Formies, Arpinum, Calvi, Puteoli, Pompeii, etc. Aujourd'hui l'on recherche curieusement les ruines de ces villas de Cicéron. La villa Manzoni n'excitera pas moins l'intérêt des voyageurs à venir.

Page 18. — Les fondateurs de l'architecture militaire.., — Castriotto et Félix Paciotto, du duché d'Urbin, qui construisirent les fameuses citadelles d'Anvers et de Turin. — On connaît le grand ouvrage classique sur l'architecture militaire du Bolonais Marchi. — Un autre Bolonais, An t. Albert! , donna la première idée des cadastres.

Page 18. — Jugex donc aussi la France par les

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

canuU de torom,-' G*ett le nom qu'on donne dan$ cette ville à cette race dégénérée qui végète dans les manufactures, surtout dans celles de soie.

Pagi 19.— Za perpétuité du gétiie Haii»n, dsê temp$ amcieng aus temps ntodemea. — Voyez sur ce sujet Touvrage de Blunt, cité plus haut, et celui de Carlo Denina (in-8<», 1807 , Milan ).— On peut consulter aussi la lettre du docteur Middleton , à la suite de la Conformité des eérémonieê du P. Mussard. Amsterdam, 1744, Svol.in-12.

Pagb 19. — Le coêtume est presque le même,.. — Juv., Sat. xnr, 186; m, 170. — Pitn., Uist. N. ix, XXXIII, i.—Rues étroites... ia\. m, ^^.—Prandium à midi, la sieste et la promenade du soir... Suet., Aug., 78. — Plin. Jun., ep. m , 5. — Plin., Hist. N. vu, 44; X, 8. — Mart. vi, 77, 10. — Suet. Aug. 43.— Colum. prsf.

Page \9.—L'improxnsateur... qu'il s*appelle Stace, Dante ou Sgricd... Juven. vu, 85. — On montre encore , en face de la cathédrale de Florence , la pierre où s^asseyait Dante au milieu du peuple (Sassodi Dante). J^en veux à ceux qui ont mis cette pierre vénérable parmi les dalles d*un trottoir : il faut se détourner pour ne pas marcher dessus. Dante déclamait encore ses vers, ainsi que Pétrarque, au Poggio impériale, à la porte de la ville , du côté de Rome.

Page 19. — Les filosofi de Naples...'les litterati en plein vent... F.-J.-L. Meyer. Darslellungen aus italien , 1784-5? — Suet. de ill. gr. — Aul. G. ii, 5.

Pagi 19.— Ia c/tarrue est celle que décrié Firgile. .. — h'incumbere aratro a toujours été mis en pratique. Une médaille d'Enna représente le laboureur monté sur une planche au-dessus du soc pour renfoncer par son poids. Hunter*s medala, plat. 35.

Pags 19. — Le fypesauvage des Brutiens. .. — Séjour d^un officier français en Calabre, 1890, p.943.— SiTon en croyait le témoignage du comte de Zurlo, cité par Niebuhr, le grec serait encore parié aujourd'hui aux envûnons de Locres. Il est bien entendu qu*il ne s*agit point des colonies albanaises .

Pagi 19. — ^u midi, l'idéalisme, la spéculation elles Grecs; au nord, le sensualisme, l'action et les Celles... — Yoy. plus bas une des notes relatives à la France. — On reproche entre autres choses.aux Italiens d*ètre bruyants et grands parleurs; ceci ne peut guère s^appliquer qu'aux Italiens du Nord et du Midi , c'est-àdire aux Celtes de la Lombardie,et aux Grecs du royaume de Naples.

Page 19.— i^er^ifie^ jMi^n'e d'Arlequin...^kv\tq\nn et Polichinelle peuvent prétendre à une antiquité bien autrement reculée , s'il est vrai qu'on a trouvé des figurines tout à fait analogues dans les hypogées étrusques.

Pagx 19. — Le nom mjrstérieux de Rome.,. ^ Le

nom mystérieux de Rome était Eros pu Amor; le nom sacerdotal , Flora ou Anthusa; le nom civil, Roma. Yoy. Plin. , H. N. m , 5 ; Mttnter , De occulto urbis Romœ Domine , n» 1 de ses Mémoires sur les antiquités.

Page \%.^Qi$estaprot>inciaparenataarieuseilare le cose morte... — Machiav. Arte délia guerra. L. viii, sub fin.

Page 90. — La seule exportation de Rome , c'est la terre, les haillons et les antiquités... — Je parle de la pouzzolane qu'on vient chercher de loin à Rome, et dont on fait un ciment inaltérable. On exporte aussi beaucoup de chiffons , qui servent à envelopper pendant rbiver les arbres déUcats , vignes et orangers. — Ouant aux antiquités, il y a à Rome un marché où les paysans viennent à jour fixe vendre ce qu'ils ont trouvé en fouillant la terre pendant la semaine. Les médailles, figurines , etc., s'y vendent comme les fruits, les légumes et autres produits du sol.

Page. 90. — Le préteur et le tribun recueillant la sportula de porte en porte.,.. — On sait que c'était la corbeille d'aliments que les grands de Rome faisaient distribuer à leur porte aux clients qui venaient les saluer... Yoy. Martial m, 7, 3 . Suet. Claud. 5S, et le beau passage de Juvénal :

Nunc sportula primo Limino.parTa sedet, turbc rapiooda io^tc. Ille tameo faciem priùs inspicit, et trépidât ne Suppositus Ténias, ac faiso nomine poscas. Agnitas accipies; jubet à praecone Tocari Ipsos Trojagenas, aam Tezant limen et ipsi Nobiscum : da Pnetori, da deiade Tribuno. Sed libertâatts prior est : prior, inquit, ego adaum, etc.

Page 30..— Toujours le porc... — Polybe parle déjà du grand nombre de porcs qu'on élevait en Italie, soii pour la consommation Journalière , soit pour les provisions de guerre (Ub. ii ). — La viande dont on faisait plus tard des distributions au peuple , était fournie par les troupeaux de porcs à Tenlretien desquels l<es empereurs réservaient les forêts de chênes de la Lucanie.

Page 30. — De combats de taureaux. — Ce n'est guère qu'à Rome , à Spolète et dans la Romagne, que le peuple prend plaisir à ces combats. Ils sont inconnus à Naples , malgré le long séjour des Espagnols. Remarquons en passant que , dans cette dernière ville , toute corrompue qu'elle est, le meurtre est aussi rare qu'il est commun à Rome. Naples a toujours quelque chose de la douceur du sang grec.

Page 90. — £0 coup de couteau est un geste naturel à Rome... — Un abbé tue un homme ; le peuple s'écrie : Poverino / ha ammaMMato un uomo ! la compassion est pour le meurtrier. Après une fêle, Meyer trouva à l'hôpital de la Consolation cent soixante hommes blessés de coups de couteau.

Page 30. — Mort au seigneur abbé.. . — Che la bella principezza sia ammazata ! che il signore abate sia amr

INTRODUCTION A L'HISTOIRE UNIVERSELLE

maixato! — EtdêêroUdanêlafiml»... Je ne parie pas seulement d'illustres voyan^eurs , comme le roi actuel de Bavière et tant d'autres ; mais des rois habitants de Rome, de Christine , des Stuarts, du prince Henri de Prusse , des Napoléons , etc. — Rome est toujours un lieu de refuge. — Ses églises sont ouvertes aux brigands, comme Tasile de Romulus. — La rencontre d'un cardinal sauve un condamné du supplice, comme autrefois celle d'une Vestale... ~ Qu'il y a dans l'air de celte ville quelque chose d'orageux , d'imfnoral el de frénèHque.„ Ho£Ftaiann aplacé à Rome le thé&tre de quelquesuns de ses contes fantastiques.

Pagb 90. — Urbamlas.,, Solitude des environs de Rome.., La guerre vivant d'elle-même. Yoy. sur tout ceci mon Histoire Romaine.— CSésar fut déjà c/uttgé de dessécher les marais PotUins (Dioo. Plut. Suet. 44. Cicéron se moque de l'entreprise, Philipp. 3 ).

Pour terminer ces rapprochements entre l'Italie ancienne et celle des temps modernes, nous ajouterons quelques détails sur certaines croyances qui se sont perpétuées.— Les gens de la campagne de Rome craignent toujours la magicienne Gircé , et ne risquent guère de pénétrer dans Panlre du Circeio (Bonstelten , Yoyage sur le théâtre de l'Enéide).— Les Romains savent bien que la belle Tarpéia est au fond d'un vieux puits du Capitole, assise et toute couverte de diamants (Niebuhr). J'avoue que j'ai cherché inutilement sur les lieux le puits et la tradition. — Tous les Sabelliens , el surtout les Marses, interprétaient les présages , en consultant particulièrement le vol des oiseaux. Les Marses charmaient les serpents et guérissaient leurs morsures. Aujourd'hui les jongleurs viennent encore des mêmes contrées à Rome et à Naples. — Les Giravoli des environs de Syracuse prétendent, comme les anciens Psylles, guérir la morsure des serpents par leur salive. Us portent un serpent dans leurs mains comme les statues d'Esculape el d'Hygie. — Le peuple du royaume de Naples attribue aujourd'hui à San Domenico di Culllno, ce que ses ancêtres attribuaient à Médée ( Hicali , Italia , etc., et Grimaldl , Annali del R. di Napoli, t. IT, p. 598, 38).

Dans l'ancienne Rome , quatre cent vingt temples ; dans la moderne , plus de cent cinquante églises. Le temple de Vesta est maintenant l'église de la Madone du Soleil ; celui de Romulus et Rémus est devenu l'église de Gôme et Damien , frères jumeaux. On croit que le temple de Salus a fait place à l'église de San Vitale. Près de Lavinlum (Pratica), est la chapelle de S. Anna Petronilla ^ sur le même bord du Numicius, où se précipita Anna Perenna, sœur de Didon, qui revint, sous la forme d'une vieille femme, nourrir le peuple romain sur le mont Sacré. Dans le Forum Boarium , près de la place de l'Ara Maxima, où l'on jurait (Mebercle), se trouve l'église de Santa-Maria in Cosmedin, mieux connue du peuple sous le nom de Bocca délia Venta.

Pagi 90. — /;« parti allemand ou gibelin. . . — Si un guelfe veut se faire tyran, dit MatteoVillani, il faut qu'il change et se fasse gibelin.

Pagb 90. — le radicalisme de l'Église rotnaine. . . —

J*espère un jour prouver et éclairclr ce que je me con^ lente d'énoncer ici.

Page 91 .— Fatalités locales de races et de climats... —Le principe si fécond de la persistance des races a été, je crois , mis pour la première fbis dans tout son jour par le D. Edwards. J'espère que, tôt ou tard, cet illustre physiologiste exposera avec plus d'étendue ses idées sur le croisement des races. Lui seul peut-être est capable d'élever cette partie de la physiologie à une forme scientiflque , parce que seul il tiendra compte d'un élément trop négligé de ceux qui se livrent à ces études. L'anatomie et la chimie combinées ne sont pas encore la physiologie. D'éléments identiques sortent des produits divers; le mystère de la vie propre et originale varie les résultantes à l'infini. De la combinaison de l'hydrogène et du carbone résultent l'huile et le sucre. Du mélange celio -latino -germanique sortent la France et l'Angleterre.

Frargi. Pagi 91. — Originalités provinciales...— J'ai totgours trouvé un spectacle attachant dans ces générations incessamment renouvelées, que l'enseignement fait comparaître chaque année devant mes yeux, qui bientôt m'échappent et s'écoulent, et pourtant me laissent chacune quelque intéressant souvenir. A l'École Normale surtout ce spectacle me frappait vivement. Les élèves qui nous venaient de toutes les provinces, et qui en représentaient si naïvement les types, offk'aient dans leur réunion un abrégé de la France. C'est alors que j'ai commencé à mieux comprendre les nationalités diverses dont se compose celle de mon pays. Pendant que je contais à mes jeunes auditeurs les histoires du temps passé, leurs traits, leurs gestes, les formes de leur langage me représentaient à leur insu une autre hist<^re bien autrement vraie et profonde. Dans les uns je reconnaissais les races ingénieuses du Midi , ce sang romain ou ibérien de la Provence et du Languedoc, par lequel la France se lie à l'Italie et à l'Espagne , et qui doit un jour réunir sous son influence tous les peuples de langue latine. D*autres me représentaient cette dure race celtique , l'élément résistant de l'ancien monde , ces têtes de fèr avec leur poésie vivace et leur nationalité insulaire' sur le continent. Ailleurs je retrouvais ce peuple conquérant et disputeur de la Normandie , le plus héroïque des temps héroïques, le plus industrieux de l'époque industrielle. Quelques-uns , dans leur instinct historique , caractérisaient la bonne et forte Flandre , pays de beaux faits et de beaux récits, qui donnait tour à tour à Constantinople des historiens et des empereurs. D'autre part, les yeux bleus et les têtes blondes me faisaient songer avec espoir à cette Allemagne firançaise , jetée comme un pont entre deux civilisations et deux races. Enfin l'absence de caractère indigène, les traits indécis , la prompte aptitude , la capacité universelle, me signalaient Paris, la tête et la pensée de la France.

Pagb 99. — L'épée rapide.,. — C'est le Gemot des Nibelungen. — Partout où il y a des coups d'épées à donner et à recevoir, je parierai qu'il y a un Français. A la Bataille de Nicopolis, les croisés prisonniers trou*

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

vèrent près de Bajazet un Picard, <iui, ayant d*ètre avec les Turcs, avait seryi Tamerlan. Aujourd*hui, le général des armées de la Gochinchiue est un de nos compatriotes. — Le Français est ce méchant enfant que caractérisait la bonne mère de DuguescHn, celfd qui bat toujours les auires. Dans Thisfibire de nos mouvements populaires, on a oublié un élément essentiel qui n*appartient qu*à ce pays , le gamin. Laissez grandir cet enfent insouciant et intrépide; s*tl n*est énervé de trop lionne heure, ce polisson pourra sauver la patrie. — A une époque militaire, formé, discipliné, trempé comme Tacier , par la fatigue et par Taction de tous les climats, le ffamin finit par devenir le terrible soldat de la garde, le grognard de Bonaparte , jugeant son chef et le suivant toujours. Dans les deux types du gamin et du grognard est tout le génie militaire de la France.

Pa6S 99. ^ C*est le peuple législateur des tempe modemeê..* ^ La science du droit a deux patries, Rome et la France ; deux époques , le second siècle et le seizième ; deux maîtres, Papinien et Cujas. Du temps de ce dernier, les Allemands se découvraient quand on prononçait son nom (Yoy. sa vie par Berryat-Saint-Prix). De nos jours, chez le même peuple , VÉeole historique a relevé les autels de Gujas. — Dès le treizième siècle , la France était regardée avec Tltalie, comme le pays du droit. Un Tieux poète allemand qui a parcouru tous les pays welehes et infidèles , énumère les singularités de chaque contrée : Je n'ai pas voulu, dit-il , étudier la magie eùus les nécromanciens de Dol; mats pour Vienne en Dauphiné , je dirais combien il x ode légistes (Le Tanbuser, cité par Gœrres. Alt. Yolks-Und-Meisterfleder, aus den H. der Heidelberger Bibliothek. 1817 ).

Page 93. — Il faut voir dans les vieilles chroniques tout cequefimtnos gens... Yoy. par exemple V Histoire de Jean de Paris, roi de France, imprimée à Troyes, ainsi quêtant d*autres livres populaires. G^est probablementlaplus forte gasconnade que possède aucun peuple.

Page 93. — La littérature de la France, c'est Véloquenceetla rhétorique... Peuple rhéteur et prosateur.

— Tout cela est vrai en général. La poésie d*iraages manque à la France; mais je suis loin de lui reftiser la poésie de mouvements qui est encore de Téloquence.

Je ne puis quitter ce sujet sans remarquer combien les anciens avaient été ft'appés de Tinstinct rhéteur et du caractère bruyant des Gaulois. Nota invanos tumultus gens (Tit. Liv. à la prise de Rome). Les crieurs publies , les trompettes , les avocats , étaient souvent Gaulois. Insuber, idest, mercator etprcsco (Cic. firagm. or. in Pisonfem). Yoyez aussi tout le discours pro Fonteio. Pleraque Gallia duas res indusiriosissimé persequitur, virtutem beUicam et arguté loqui ( Cato in Charisio? Je cite de mémoire.) ÀTrccA«}7a2, xai ÀvaTaTcxo^, Tttai rtlpdXtfâvifithot, Diod. Sic. lib.Ti. — Dans les assemblées politiques des Gaulois, les orateurs s*obstinaient souvent à ne point céder la parole. Alors , un huissier, après avoir deux fois commandé le silence, s^approchait du récalcitrant, Tépée à la main, et lui coupait un pan de sa sale, assez grand pour que le reste devint inutile

— {Uv» âxpvifîlùv iroi^jvac th X^titàv. Strab. Tl, p. 1©7).

Les Rederiker ou rhètoriciens des Pays-Bas imitaient la France, et non TAllemagne (Grimm. ttber die Meistergesang ). La Belgique avoua par ce mot même ce que la France pensait, sans se Texpliquer : la littérature,c*est la rhétorique. Dans les chambres des rhètoriciens, le poète était mis à genoux, et devait terminer son œuvre avant de se relever. Ces conditions ridicules montrent, ainsi que la métrique prodigieusement compliquée des troubadours, que les uns et les autres étaient, avant tout, préoccupés du mérite de la difiiculté yaincue.

Page 95. — Louis le Débonnaire... — « Encore, écrivait Charles le Chauve en parlant de ses fk^res, s*ils m*avaient cité au tribunal des évèqnes, mes juges naturels. » Sans les invasions des Normands qui obligèrent la France de prendre un caractère militaire et léodal, la domination des évéques continuait.

Page 93. — Prêtres et rois s'avisent de créer les communes , et de chercher en elles une armée antiféodale... ^ Tùm communitas in Francià popularis statuta est à praesuUbus , ut presbyteri comitarentur régi ad obsidionem vel pugnam, cum vexillis et parochianis omnibus. Orderic. Yital. pag. 886. éd. Duchesne.

Page 95. — En fnême temps que tombent les prir viléges locaux des communes, commencent les états généraux... — Députés du tiers état appelés à rassemblée des barons , en 1509. De 1590 à 1375 , suppression des communes de Laon , Soissons , Meulan , Tournai , Douai , Péronne , Neuville , Roye , etc.

Page 94. — Pour adversaire du chef de la féodalité, de l'Empereur , la France élève et soutient le pontife de Rome... — En 1169, Tarchevèque de Cologne, chancelier de Frédéric Barberousse , haranguant la diète assemblée à Besançon , appelait les rois de France et d*Angleterre, rois provinciaux. Saxo Gramm. 1. 14. — L*empereur Henri VI eût voulu exiger du roi de France un serment de fidélité. Innoc. m , ep. 64. — Les moines d* Allemagne jouaient dans les couvents une pièce , où tous les rois de la terre se soumettaient à TEmpereur ; le roi de France résistait avec le secours de Tantechrist. Thesaur. Anecdot. , t. II, p. m, page 187.

Page 94. — Confisquer le pontificat... — Yoyez plus haut, dans une des notes relatives à Tltalie , quelle tyrannie Philippe le Bel et Philippe de Yalois exercèrent sur les papes, pendant leur séjour à Avignon. La maison de France, qui disposait de Pautorité du saint-siége , qui possédait le royaume de Naples , et réclamait celui d*Arragon, excitait alors la haine et la jalousie de toute TEurope. Edouard I^** et Edouard IIl furent regardés comme les vengeurs de la chrétienté. On peut juger de Tanimosité des Italiens par le fameux morceau de Dante où il fait parler Hugues Capet. Le poète pousse la violence aveugle de Pinvective , jusqu*à faire dire au fondateur de la troisième race quHl était fils d'un boucher de Paris.

r fui la radicc délia mala pianta Ghela terra Cristiana talta adaçgîa, Si che buon firatto rado se ne schianta.

INTRODUCTION A LinSTOIRE UNIVERSELLE.

Ma se Doa|(gto, Guanto, Lilla et Broo^a Poteuer, tosto ne saria Tendetta : Ed V la cheggio a lui che tutto gluggia.

Ghiamato foi di là Ugo Ciapetta :

Di me son nati i Filippi, et i Luigi Per cui noTcllamente è Francia retta :

Figlinol fui d*uii beceajo di Parigi.

Qoando li régi anticbi Tcnner meno Tutti, fuor ch'uo renduto ia panoi bigi ,

Trovami stretto nelle mani il freno Del governo del regno et tanta powa Di auoTO acquisto, e si d^amici pieno,

Ch*alla corona Tedova promossa La testa di mio figlio fti, dal quale ComiDciar di costor le sacrate ossa.

Neutre che la grau dote Provensale Al sangne mio non toise la Tergogna, Poco Talea, ma pur non facea maie.

Ll cominciè con fona et con menzogna La sua rapina; et poscia per ammenda Ponti et Normandi presse e la Guascogna.

Carlo Tenne in Italie et per ammenda Yittima fe* di Gorradino, et poi Ripinse al ciel Tommaso per ammenda.

Tempo vegg^io non molto dopo ancoi, Che tragge un altro Carlo fuor di Francia Per far conoscer meglio et se et i suoi.

Sens^arme n*esce, et solo con la lancia Con la quai giostrè Guida, et quelle ponta, Si ch*a Fiorenxa fu scoppiar la pancia.

Quindi non terra, ma peccato ed onta Guadagnerà per se, tanto più grave Quanto più lieve simil danno conta.

L^altro che già nsù presse di nave, Veggio Tcnder sua figlia et patteggtarne, Come fanno i Corser dell* altre schiave.

O aTarizia che puoi tu più fsrne, Poi ch* hai il sangue mio a te si tratto Che non si cura délia propria carne?

Perché men pi^a il mal future eH latto, Veggio in Alagna entrer lo fiordaliso, B nel Tlcario sue Cristo esser catto.

Veggiolo un altra Tolta esser deriso :

Veggio rinnoTcllar Paceto é*\ fêle, E tra viTi ladroni essere anciso.

Veggiol nuoTO Pilato si crudele Che cid nol saiia, ma senza décrète Porta nel tempio le cupide vêle.

O signer mio, quando sarè io lieto A veder la Tendetta que nascosa Fa dolceTira tua nel tuo segreto?

(D*ifn. Pmy. xx.)

Page 94. — C'éiait au dauMtème tiède un dicton 69^ Provence».. — Voy. Sionondi , Littératures du midi de TEurope.

PAfiv 94. — Le roi de Franioe est préeenté comme un roi citoyen, ^ «En France, dit Fleury, tous les particuliers sont libres ( il veut dire , êans douie, en comptaraison du reste de l'Europe); point d*esclayage; liberté pour domiciles, voyages, commerce, mariages, choix de profession, acquisitions, dispositions de biens , successions, s — Voici un passage très-singulier de Machiavel, où il Juge de même : « Il y a eu beaucoup de rois et trèspeu de bons rois : j*entends parmi les souverains absolus, au nombre desquels on ne doit point compter les rois d^Égypte, lorsque ce pays, dans les temps les plus reculés, se gouvernait par les lois; ni ceux de Sparte; m ceux de France, dans nos temps modernes, le gouvernement de ce royaume étant, de notre connaissance, le plus tempéré par les lois. » Disc. sopr. Tit. Liv. i, c. 8. — « Le royaume de France, dit-il ailleurs, est heureux et tranquille , parce que le roi est soumis à une infinité de lois qui font la sûreté des peuples. Mui qui constOua ce gouvernement voulut que les rois disposassent à leur gré des armes et des tr^rs ; mais, pour le reste , H les soumit à Teropire des lois. » Disc, i, 16. — Gomines, liv. V, c. 19. « Y a-t-il roi ni seigneur sur terre qui ait pouvoir, outre son domaine , de mettre un denier sur ses sujets , sans octroi et consentement de ceux qui le doivent payer, sinon par tyrannie et violence?... Notre roi est le seigneur du monde , qui le moins a cause d*user de ce mot .* J'ai privilège de lever sur mes sujets ce qui me pkUt, car ni lui ni autre Ta : et ne lui font nul honneur ceux qui ainsi le dient, pour le faire estimer plus grand. »

Pagb 94. — De désobéir sous peine de désobéissance.,. — Cet ordre, donné par Louis XII au parlement, a été renouvelé plus d*une fois en d^aulres termes. Cela n^est point contradictoire. Il y a dans un même prince, deux personnes : le roi etThomme. Le premier défendait d*obéir au second.

Pagi 94. — L'Angleterre explique la France, mais par opposition.,. — Voy. dans V Histoire de la Guerre de la Péninsule, par le général Foy, tom. I», un tableau admirablement contrasté des armées Arançaise et anglaise.

Pagi 94. — L'orgueil humainpersonniflé., . lesraces n'y sont pas mêlées, ni lesconditions rapprochées.., l'école satanique... — La formule la plus vraie d'un objet très-complexe, doit négliger de nombreuses exceptions; c'est parce qu'elle néglige les exceptions, qu'elle est une formule et une formule vraie. L'Angleterre s'ef* force certainement de sortir de l'état que J'ai décrit ; mais la peine qu'elle a pour y parvenir , prouve mes assertions. La prise en considération du bill de réforme a été décidée par la minorité d'une seule voix... En religion , Je vois bien que l'Angleterre fait d'incroyables efforts pour croire. Les uns se cramponnent à ia lettre, à la Bible ; les autres se laissent conduire à l'esprit , au travers des déserts et des précipices. Les nations elles-

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

mêmes te trompent souyeni sur rétai de leur foi reli* gieuse. A coup sur, le siècle de Louis XIY croyait croire ; Bossuet triomphait dans la chaire , mais derrière le triomphateur murmurait le triste Pascal qui seul avait la pensée du temps , et voyait toujours Tablme entre Montaigne et Voltaire. — Pour TAngletèrre, sa pensée est constatée par son invariable prédilection pour les trois poètes que j*ai nommés. Sa poésie a trois actes, le doute y le mal, et le déeeepoir, Shakespeare ouvre la terrible trilogie. ï^ que TAngleterre se reconnaît, après les guerres de France , celles des Roses , et la Réforme, son premier cri est une amère ironie sur ce monde. Shakespeare réfléchit Tunivers, moins Dieu. Placée aux extrémités de TOccident, TAngleterre a moins ressenti qu*aucun peuple le souffle oriental. Sa littérature est la plus occidentale, la plus héroïque, c'est-à-dire la plus Youée à Torgueil du tnoi. Le développement occidental a atteint son terme dans Fichte, Byron , et la révolution française. Le moment du retour va commencer. Déjà la race germanique venue de rinde , y est retournée sur les vaisseaux de P Angleterre. Bonaparte, si français, si italien , sympathise pourtant déjà avec TOrient , surtout avec le radicalisme mahométan. — La fatalité a poussé rhumanité d*Orient en Occident , aujourd'hui nous revenons par notre volonté vers l'Orient. L'Inde ani^aise fera pour l'Asie , ce que l'Inde antique a fait pour l'Europe.

Pagi 24. — Cette vie effHnée de courses et d^aventureê... roU de la mer, du monde tana lois et eanê limttes... — La possession de l'élément aride ( klpiritloio OflcJiam^c) a toujours donné cet orgueil farouche. Il éclate dans Eschyle ; mats l'individu était trop serré dans la cité grecque pour qu'il atteignit tout son développement. Ajoutez que la marine grecque était fort timide ; ceux qui ne perdaient guère la terre de vue, qui apercevaient un beau temple à chaque promontoire , étaient sans cesse avertis des dieux. Au contraire , sur l'Océan sans bornes, sans témoin... le pirate de Byron, et le premier volume de Thierry {Conquête de l'Angleterre , etc. ) , sont le vrai commentaire de tout ceci.

PagbM. —Xr'é^OMnte... —L'égobmese produit tantôt par l'avidité des jouissances, tantôt par l'orgueU qui les dédaigne. De là la tendance si prosaïque de l'industrialisme anglais , à côté d'une poésie si sublime. -- Ceci explique pourquoi dans la molle Toscane, dans l'industrielle Florence , s'éleva Michel-Ange, dont l'inspiration •érable avoir été la colère et le dédain.

Pagi 34. — Mal, sois mon bien,., —

EtîI, be thon my good !...

Down to bottomlew perdition...

MiLTOH, Pondue lofl. B. it, t. 110; B. i, ▼. 17.

Pagi 3A,—Le Gallois chante avec le retour d'Jrthur et de Bonaparte,.. — Yoy. Thierry, Conquête de l'Angleterre, 4* vol.

Pagi 24.— Les aristocraties guerrières et iconoclastes de la Perse et de Rome. . . — Plutarque (Vie de Numa)

nous apprend que les Romains n'adorèrent point d'images dans les premiers siècles. — J'ai indiqué ailleurs quelques autres analogies de la Perse et de Rome.

Pagi S4. — Celui qui dit toujours : Non. . . — Yoy. le discours du Schah?... dans Saint-Martin , Histoire d'Arménie.

Pagi 95. — Vulgaire, prosaïque... je m'appelle légion.. . — Ceux qui trouveront ceci un peu dur , doivent se rappeler que dans notre langue et dans nos mosurs, c'est un ridicule inexpiable d'être ce qu'on appelle original.

Pagi S5. — Comme les races non mélangées boivent avidement la corruption... — Pour ne citer qu'un exemple, voyez comme nos Mérovingiens s'abâtardissent en peu de temps. Us en viennent au point que les derniers meurent presque tous à vingt ans.

Pagi 9lfi.^Et puisse ce mot s'entendre enltaUe...^ Il y a été trop entendu peut-être. Infortunée Bologne ! dans quel état ce livre va-t-il vous trouver en passant les Alpes? Hélas ! une ville française de cœur! pour qui Dante rêvait la suprématie de l'esprit et du langage dans riUUe !

Pagi 96. — Que l'enfant quitte sa mère... — Voici le sombre et décourageant tableau que trace de ce moment solennel l'Ossian de la philosophie allemande : « Après le dernier -éclat jeté par la peinture , après que Shakespeare eut fermé la porte du ciel, vint pour longtemps le repos des morts. L'Antéchrist était né... La terre s'était suspendue au ciel comme le nourrisson au sein de sa mère; devenue forte ^ il était temps qu'elle s'en séparât; la réformation se chargea de la sevrer. L'esprit de la terre en fouille aujourd'hui les entrailles partagées entre l'or et le fer ; il y cherche le bézoard qui doit le guérir ; la pâleur de la mort est sur son visage ; les douleurs travaillent ses os ; comment songerait-il aux chants et aux sons de la lyre ?... Il est touchant de voir que les poètes ne veulent point céder ; toute fouille a jauni ; chaque souffle d<^ vents en jonche la terre , et l'enfont de la poésie , s'obstinant sur son rameau, chante toujours ses plabites,ses espérances ; et le soleil s'abaisse toujours davantage, et les nuits deviennent de plus en plus longues, et les froides et sombres puissances entrent de plus en plus dans la vie... »

Pagi 96. — Comme fVemer... — C'est plutôt , je crois , Jean-Paul (Richter).

Pagi 96. — f^oilà quarante am qu'il a commencé... — Il fout croire que pendant cette période si agitée , le temps n'a pas été perdu , même pour le bien-être. En 1789, la vie moyenne éUit de 98 ans et S/4 ; en 1851 , elle est de SI ans et demi {jénnuaire du bureau des longUudes, 1831 ).

Pagi 96. — L'ordre reviendra. . . <- Nulle part plus de propriétaires qu'ici; nulle part des prolétaires plus libres

INTRODUCTION A L'HISTOIRE UNIVERSELLE

dans leur activité, et par conséquent plus à même de cesser d'être prolétaires; nulle part le besoin et Tinstinctdela centralisation à un si haut degré. Faite pour agir sur le monde, la France aura plus longtemps qu'aucun peuple un pouvoir central; plus qu'aucun autre, elle est une personne politique; l'action exige la personnalité ; la personnalité n'existe pas sans l'unité ; nouvelle garantie pour l'ordre public.

Paoi 37. — V Athénien dUaU : Salut I cité de Ce- CTùpê/,., —Je restitue ici le passage dans son entier. C'est peut-être le plus beau de Marc-Aurèle : U&f fiot

9Woip/Uitif S aoi ivàpfioçév iff7<, w xév/it • oO^cv fioi rcpàù»pWf ovit d^c/AOy , t6 aol tHjxaipw • irây x«pic6fi, S fipwviv al oal ^poLtf &fÙ9tç • ix aoïf vàvlaf i» 90l n&vleif tiç vk vcAvTa, Exctyo( fUv ^ac, itéXt flXri ILéxponoi» aîf ii oûx f^c((,

M nàXt flX-n Mon — O monde , tout ce qui s'harmonise avec toi s'harmonise avec moi ! Pour moi, rien trop tôt, rien trop tard, qui soit à temps pour toi. O nature! quoi qu'apportent tes saisons , c'est toujours un fruit. Tout de toi, tout en toi, tout pour toi! L'autre disait : Chère eUé de Cécropê I et toi, ne diras-tu pas : O chère cité de JupUerl(Uh.rf,%&.)

Paob 37. — - JLe verbe eocial,,. — Le monde ancien avait légué pour testament au monde moderne deux mots d'une admirable profondeur : La science est la démonstration de la foi { Saint Clément d'Alexandrie). — V homme, c'est la liberté ( Proclus). La destinée de l'homme fût d'aller par la liberté de la fbi à la science. Or, la science elle-même , c'est le plus puissant moyen de la liberté ; la science popularisée, est le moyen de la liberté égale, de l'égalité libre , idéal dont le genre humain approchera de plus en plus ; mais qu'il n'atteindra Jamais , de sorte qu'une autre vie soit toujours nécessaire pour achever le développement de l'homme.

PAftB 98. — Cest en nous plaçant au sommet du Capitole,., — Cette belle image appartient à l'éloquent et ingénieux auteur de V Histoire du Droit de Succession, que j'ai déjà cité {Gans, Erbrecht^ i«<- vol.).

Paob 38. — JLe génie de l'Italie et de la France,,. Rome est le nomd du drame, „ Cette publication sera immédiatement suivie dé celle de mon histoire d'Italie ( première partie. République romaine), Qu*on me permette à cette occasion de faire connaître l'unité d'esprit qui a présidé jusqu'ici à mes travaux, et qu'on me pardonne si Je suis obligé de dire un mot de moi. Dès qu'il

s'agit de méthode , les questions s'agrandissent. Peu importent les individus.

Entré de bonne heure dans l'Enseignement (dès 1817) sans avoir eu l'avantage de suivre les cours de l'École Normale, il m'a bien fallu choisir moi-même une route. Bonne ou mauvaise, ma direction m'appartient. La nécessité où Je me trouvai d'enseigner successivement, et souvent à la fois, la philosophie, l'histoire et les langues, me rendit sensible et toujours présente l'union intime des études d'idées et des études de faits , de l'idéal et du réel. Dans le premier enthousiasme que ce point de vue ne pouvait manquer d'inspirer à un Jeune homme. J'avais conçu et préparé un Essai sur l'histoire de la civilisationtrouvée dansles langues. Mais mes travaux sérieux et suivis n'ont commencé qu'en 1824, par un discours sur l'Unité des sciences qui font l'objet de l'enseignement classique (imprimé, mais non publié). — En 1837, je donnai en même temps un travail sur la philosophie de l'histoire, et quelques essais d'histoire ou de critique {Principes de la philosophiede l'histoire, traduits de la Scienza Nuova de rico ; Précis de l'tiUtoire moderne; f^ie de Zénobie, dans la Biographie universelle, etc.); J'en fis autant en 1851 : le petit essai philosophique qui termine cette note, s^9l suivi de divers travaux historiques d'une plus grande étendue. {V Histoire de la République romaine, le Préds d'Histoire de France, et les deux premiers volumes de V Histoire de France, ont paru depuis.)

Personne ne méconnaîtra la liaison qui existe entre la publication de Tico et celle-ci. Dans la philosophie de l'histoire., Yico s'est placé entre Bossuel et Voltaire qu'il domine également. Bossuet avait resserré dans un cadre étroit l'histoire universelle , et posé une borne immuable au développement du genre humain. Voltaire avait nié ce développement, et dissipé l'histoire comme la poussière au vent , en la livrant à l'aveugle hasard. Dans l'ouvrage du philosophe italien, a lui pour la première fois sur l'histoire, le dieu de tous les siècles et de tous les peuples, la Providence. Vico est supérieur même à Herder. L'humanité lui apparaît, non sous l'aspect d'une plante qui, par un développement organique, fleurit de la terre sous la rosée du ciel, mais comme système harmonique du monde civil. Pour voir l'homme, Herder s'est placé dans la nature ; Vico dans l'homme même, dans l'homme s'humanisant par la société. C'est encore par là que mon vieux Vico est le véritable prophète de l'ordre nouveau qui commence , et que son livre mérite le nom qu'il osa lui donner : Scienza Nuova,

FIN DES NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Page 1