‹ ŒuvresChapitre 65 sur 232 · CANON CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

CANON CHRONOLOGIQUE

Pour déterminer les commencements de rhistoîre universelle, antérieurement au règne de Ninus, d*ott elle part ordinairement.

Nous voyons d'abord les hommes, en exceptant quelques-uns des enfants de Sem, dispersés à travers la vaste Ibrêt qui couvrait la terre, un siècle dans TAsie orientale, et deux siècles dans le reste du monde. Le culte de Jupiter, que nous retrouvons partout chez les premières nations païennes , fixe les fondateurs des sociétés dans les lieux où les ont conduits leurs courses vagabondes, et alors commence l'âge des dieux, qui dure neuf siècles. Déterminés dans le choix de leurs premières demeures par le besoin de trouver de Teau et des aliments, ils ne peuvent se fixer d'abord sur le rivage de la mer, et les premières sociétés s'établissent dans Tintérieur des terres. Mais vers la fin du premier âge, les peuples descendent plus près de la mer. Ainsi chez les Latins , il s'écoute plus de neuf cents ans depuis le siècle d'or du Latium , depuis Vàge de Saturne jusqu'au temps où Ancus Martius vient sur les bords de la mer s'emparer d'Ostie.— L'âge héroïque, qui vient ensuite, comprend deux cents années pendant lesquelles nous voyons d'abord les courses de Minos, l'expédition des Argonautes, la guerre de Troie et les longs voyages des héros qui ont détruit cette ville. C'est alors, plus de mille ans après le déluge, que Tyr, capitale de la Pbénicie , descend de l'intérieur des terres sur le rivage, pour passer ensuite dans une tle voisine. Déjà elle est célèbre par la navigation et par les colonies qu'elle a fondées sur les côtes de la Méditerranée et même au delà du détroit, avant les temps héroïques de la Grèce.

Nous avons prouvé l'uniformité du développement des nations , en montrant comment elles s'accordèrent à élever leurs dieux Jusqu'aux étoiles, usage que les Phéniciens portèrent de l'Orient en Grèce et en Egypte. D'après cela, les Chaldéens durent régner dans TOrient autant de siècles qu'il s'en écoula depuis Zoroastre jusqu'à Ninus, qui fonda la monarchie assyrienne, la plus ancienne du monde; autant qu'on dut en compter depuis Hermès Trismégiste jusqu'à Sésostris, qui fonda aussi eu l^pte une puissante monarchie. Les Assyriens et les Égyptiens , nations méditerranées , durent suivre dans les révolutions de leurs gouvernements la marche générale que nous avons indiquée. Mais les Phéniciens, nation maritime, enrichie par le commerce, durent s*arréter dans la démocratie, le premier des gouvernements humains. ( f^oyez le 4« liv. )

Ainsi par le simple secours de l'intelligence , et sans avoir besoin de celui de la mémoire, qui devient inutile

lorsque les faits manquent pour ftapper nos sens, nous avons rempli la lacune que présentait l'histoire universelle dans ies origines, tant pour l'ancienne Egypte que pour l'Orient plus ancien encore.

De celte manière l'étude du développement de la civilisation humaine prête une certitude nouvelle aux calculs delà chronologie. Conformément à l'axiome 106, elle part du point même où commence le stijet qu'eUe traite : elle part de xp^^if le temps, ou Saturne, ainsi appelé à saiis, parce que l'on comptait les années par les récoltes; d'Uranie, la muse qui contemple le ciel pour prendre les augures; de Zoroastre, contemplateur des astres, qui rend des oracles d'après la direction des étoiles tombantes. Bientôt Saturne monte dans la septième sphère, Uranie contemple les planètes et les étoiles fixes, et les Chaldéens, favorisés par l'immensité de leurs plaines, deviennent astronomes et astrologues, en mesurant le cercle que ces astres décrivent, en leur supposant diverses influences sur les corps sublunatres, et même sur les libres volontés de l'homme ; sous les noms d'^astronomie, d'astrologie ou de théologie, cette science ne fut autre que la divination. Du ciel les mathématiques descendirent pour mesurer la terre , sans toutefois pouvoir le faire avec certitude à moins d'employer les mesures fournies par les cieux. Dans leur partie principale elles furent nommées avec propriété géométrie.

C'est à tort que les chronologistes ne prennent point leur science au point même où commence le sujet qui lui est propre. Ils commencent avec l'année astronomique, laquelle n'a pu être connue qu'au bout de dix siècles au moins. Cette méthode pouvait leur faire connaître les conjonctions et les oppositions qui avaient pu avoir lieu dans le ciel entre les planètes ou les constellations, mais ne pouvait leur rien apprendre de la succession des choses de la terre. Voilà ce qui a rendu impuissants les nobles eifèrts du cardinal Pierre d'Ailly. Voilà pourquoi l'histoire universelle a tiré si peu d'avantages, pour éclairer son origine et sa suite,''du génie admirable et de l'étonnante érudition de Petau et de Joseph Scaliger.

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