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nuit au Vélabre '• Les troupeaux de chèvres, les grands bœufs, les chevaux à demi sauvages que vous y rencontres , au milieu même du bruit et du luxe d'une capitale moderne, vous rappellent la solitude qui environne la ville. Si vous passeï les portes, si vous vous achemine! vers un des sommets bleuâtres qui couronnent ce paysage mélancolique, si vous suives , à travers les marais Pontins, l'indestructible voie Appienne, vous trouverei des tombeaux, des aqueducs, peut-être encore quelque ferme abandonnée avec ses arcades monumentales; mais plus de culture, plus de mouvement, plus de vie; de loin en loin un troupeau sous la garde d'un chien féroce qui s'élance sur le passant comme un loup, ou bien encore un buffle sortant du marais sa tète noire, tandis qu'à l'orient, des volées de corneilles s'abattent des montagnes avec un cri rauque. Si Ton se détourne vers Ostie, vers Ardée , l'on verra quelques malheureux en haillons, hideux de maigreur, et tremblant de fièvre. Au commencement de ce siècle , un voyageur trouva Ostie sans autre population que trois vieilles femmes qui gardaient la ville pendant Tété. Son jeune guide , enfant de quinze ans , qui partageait ses provisions , lui disait avec l'œil brillant de la fièvre : Et moi aussi, je sais ce que c'est que la viande, j'en ai goûté une fois '•
3 Bonstetten, Id,, p. 13. * 5 Id., p. 218.
mSTOlAE D£ LA RÉPUBLIQUE ROMAINE.
Au milieu de cette misère et de cette désolation, la contrée conserve an caractère singulièrement imposant et grandiose. Ces lacs sur des montagnes, encadrés de beaux hêtres , de chênes superbes ; ce Nemi , le miroir de la Diane taurique , specuium Dianœ; cet Albano , le siège antique des religions du Latium ; ces hauteurs , dont la plaine est partout dominée , font une couronne digne de Rome. C'est du Monte Musino , Vara mutiœ des Étrusques, c'est de son bois obscur ^ qu'il faut contempler ce tableau du Poussin. Dans les jours d'orages surtout, lorsque le lourd sirocco pèse sur la plaine, et que la poussière commence à tourbillonner , alors apparaît , dans sa mageslé sombre , la capitale du désert.
Dès que vous avez passé la place du Peuple et l'obélisque égyptien qui la décore, vous vous enfoncez dans cette longue et triste rue du Corso, qui est encore la plus vivante de Rome. Poursuivez jusqu'au Capitole ; montez au palais du Sénateur, entre la statue de Marc-Aurèle et les trophées de Marins, vous vous trouvez dans l'asile même de Romulus , intermontium. Ce lieu élevé sépare la ville des vivants et la ville des morts. Dans la première, qui couvre l'ancien Champ de Mars, vous distinguez les colonnes Trajane et Antonine, la rotonde du Panthéon, et rédifice le plus hardi du monde moderne, le dôme de Saint-Pierre.
Tournez - vous ; sous vos pieds vous voyez le Forum, la voie triomphale, et le moderne hospice de la Consolation près la roche Tarpéienne. Ici sont entassés pêle-mêle tous les débris, tous les siècles de l'antiquité; les arcs de Septime- Sévère et de Titus, les colonnes de Jupiter Tonnant et de la Concorde. Au delà, sur le Palatin, des ruines sinistres, sombres fondations des palais impériaux. Plus loin encore , et sur la gauche , la masse énorme du Colisée. Cette vue unique arracha un cri d'admiration et d'horreur au philosophe Montaigne ^.
L'amphithéâtre colossal ( Coloêseum, Colisée), où tant de chrétiens ont souffert le martyre, efface par sa grandeur tout autre ouvrage humain. C'est une monstrueuse montagne de pierres, decentcinquante-sept pieds de haut, sur seize cent quarante de circonférence. Celte montagne , à demi ruinée, mais richement parée par la nature, a ses plantes,
> Les gens du village voisin croient la vie de leurs premiers nés attachée à la conservation des chênes de cette montagne. Le cône qui en forme le sommet est entouré d^une terrasse antique de soixante pieds de large. Plus bas, il y a une grotte qui, selon les paysans, renferme on trésor. Toyez Eaaai topographique dêt environs de Rome, par sir Will. Gell (1823 et 1828), et les jânnalidell* Ineliiuio tH correepondenjta archeoloffica, V. II.
ses arbres, sa flore. La barbarie moderne en a tiré, comme d'une carrière, des palais entiers. La destination de ce monument de meurtre, ou Tr^an faisait périr dix mille captifs en cent jours , est partout visible dans ses ruines ; vous retrouvez les deux portes par l'une desquelles sortait la chair vivante ; tandis que par l'autre on enlevait la chair morte , sanavivaria , sandapilaria '.
A la porte du Colisée se voit la fontaine où, selon la tradition, les gladiateurs venaient, après le combat, laver leurs blessures. La borne de cette fontaine était en même temps la première pierre milliaire de l'Empire; toutes les voies du monde romain partaient de ce monument d'esclavage et de mort.
Au delà du Colisée et du mont Palatin, au delà de l'Avenlin , Rome se prolonge par ses tombeaux. Là, vous rencontrez le sépulcre souterrain des Scipions, la pyramide de Cestius, la tour de Cécilia Métella , et les Catacombes , asile et tombeau des martyrs, qui, dit-on, s'étendent sous Rome, et jusque sous le lit du Tibre *.
Contemplée ainsi du Capitole , cette ville tragique laisse facilement saisir, dans ses principaux monuments, le progrès et l'unité de son histoire. Le Forum vous représente la république ; le Panthéon d'Auguste et d'Agrippa , la réunion de tous les peuples et de tous les dieux de l'ancien monde en un même empire, en un même temple. Le monument de l'époque centrale de l'histoire romaine occupe le point central de Rome , tandis qu'aux deux extrémités vous voyez dans le Colisée les premières luttes du christianisme, son triomphe et sa domination dans l'église de Saint-Pierre ^.