IM
la même chose dans les grenouilles décapitées : elles ne savent plus sauter, ou si elles font encore quelques sauts, ce n'est qu'autant que leurs pieds de derrière rencontrent un point d'appui. Si on les place sur le dos, elles s'agilent parfois pour changer de situation (a); luais elles y restent, parce qu'elles ne savent plus faire les mouvemens convenables pour se remetlre sur le venlre. Tous ces animaux font en général peu de mouvemens, à moins qu'on ne les touche , et l'on conçoit que cela doit être , puisque de tous les sens il n'y a plus que le toucher qui puisse leur transmettre des impressions.
La décapitation n'est même pas nécessaire pour que ces phénomènes aient lieu j on les observe pareillcmenL et d'une manière peut-être encore plus curieuso après la siniple section de la moelle épinière faite à l'occiput. Dans ce dernier cas, la tête est vivante de même que le reste du corps , comme on en peut juger par les mouvemens de la bouche et des yeux. Et cependant l'animal est absolument dans le même état que s'il avait été décapilé^ il ne sait plus gouverner ses mouvemens. Situation vraiment singulière dans laquelle la tête et le corps
(a) Si elles s'iighent jjour changer de situation, elles veulent. Donc, dans ces animaux , la volonté (la faculté de vouloir) ue réside pas seulement dans le cerveau.
( 17) jouissent de lu vie séparémenL sans pouvoir exercer aucune action l'une sur l'autre j la tète vit comme si elle était sans corps, ei le corps comme s'il élait sans le te.
Il peut arriver que des reptiles continuent de i^ouverner leurs mouvemens et de marcher après avoir été décapités j mais si on y prend garde , on trouvera que^ dans tous ces cas, la décapitation n'a été que partielle, qu'elle a été faite sur le crâne, et que la partie postérieure du cerveau est demeurée unie avec le corps : ce qui indique que c'est dans quelque endroit de cette partie que réside la faculté qu'ont les animaux de régler leurs mouvemens. Pour trouver quel est cet endroit , il suffirait d'enlever successivement les portions antérieures du cerveau et de continuer cette opération jusqu'à ce qu'on arrivât à faire perdre tout-à-coup à l'animal la faculté de marcher. Les recherches que j'ai déjà faites sur ce sujet, m'ont appris qu'il a son siège vers la moelle allongée (a). Mais pour le dé-
<a) Un jeune physiologiste a conclu , d'expériences faites suivant le procédé qui est indiqué ici, que la faculté régulatrice des mouvemens réside dans le cervelet. Il me semble qu'il n'y a pas très-loin des idées que l'auteur vient d'émettre, à celles du jeune lauréat. Bien plus , dans des journaux d'expériences faites sur des cliats en 1810 , pour déterminer, par l'ablation successive de tranclies de Teucéphale , quel est, dans cet organe , le siège précis des mouvemens inspiratoires, je trouve <i\]^ après l'enlèvement du cervelet ^ les mou - /? Partit. 2
terminer avec plus de précision, il faudrait avoir des repdles beaucoup plus grands que ceux que j'ai pu me procurer.
La décapitation et la section de moelle à l'occiput produisent des phénomènes absolument semblables dans les animaux à sang chaud , comme on pouvait s'y attendre d'après l'exacte uniformité du plan suivant lequel la puissance nerveuse est organisée dans tous les animaux vertébrés depuis l'homme jusqu'au reptile j car c'est une observation curieuse et bien importante de M. Cuvier, que les nerfs naissent et se distribuent rigoureusement de la même manière dans tous ces animaux. Mais ceux à sang chaud sont beaucoup moins propres que les reptiles aux recherches dont je viens de parler, parce qu'après la section de la moelle ils ne peuvent être entretenus vivans qu'à l'aide de l'insufflation pulmonaire; ce qui era-
vemens , les forces et la respiration ont baissé d'une manière particulière. Dans des expériences faites l'année précédente, l'auteur comparait pour le rythme et le son , les phénomèties respiratoires après l'ablation du cervelet à ceux d'un homme qui dort. MM. Rolando et Flourens ont aussi trouvé une similitude entre le sommeil et l'état d'un animal privé du cervelet. 11 resterait à déterminer si c'est par le fiiit seul de l'ablation que cet état a lieu, ou bien par la compression de l' origine des nerfs cérébraux^ et sur-tout de la huitième paire à la suite de l'hémorragie. Des expériences de M. Mâgendie paraissent être en faveur de cette dernière opinion.
( 19 ) pèche de les abandonnera eux-mêmes, pour étudier leurs mouvemens j et qu'après la décapitation partielle, l'hémorragie des vaisseaux cérébraux anéantit prompternent les fonctions de la portion de cerveau qu'on n'a pas enlevée, en y faisant cesser la circulation. A la vérité ces inconvéniens seraient moindres en prenant des animaux nouvellement nés, mais à cet âge leurs mouvemens de locomotion sont trop faibles et trop bornés. Les reptiles , au contraire , n'ont besoin d'aucun secours pour suppléer à la respiration dont ils peuvent se passer fort long -temps, et la vie continue dans toutes les parties de leur puissance nerveuse plusieurs heures après la cessation entière de la circulation.
On m'a souvent demandé si les animaux à sang chaud pourraient marcher et s'enfuir après avoir été décapités. Ce que je viens de dire répond à cette question.
Il faut remarquer néanmoins que les mouvemens que fait un tronc vivant sans tête, semblent assez souvent provoqués par une sorte d'instinct ou de volonté. Les cochons d'Inde, à quelque âge que ce soit, lorsqu'ils se sont remis de la stupeur dans laquelle la décapitation les jette d'abord , paraissent ressentir fortement la douleur que leur cause la plaie du cou 5 ils y portent alternativement l'une et l'autre patte de derrière, en les agitant avec beaucoup de vivacité comme pour s'y gratter.
Les pcUls clials Ibul aussi ces mouvcmens (a). Comment le cerveau ièi:,lc-l-il les mouyemeus tlii coips, sans en fournir le principe immédiat? Les expériences ont peu de prise sur cette question. Sans me livrer à toutes les conjectures auxquelles elle pourrait donner lien j je dirai que le cerveau paraît agir sur la moelle épinièrc comme celleci sur les parties qu'elle anime. C'est par les nerfs que la moelle épinière transmet sou action , et les iierfs paraissent être formés par la même substance tjue la partie blanche et médullaire du cerveau et de la moelle. Je conçois donc que la partie blanche de la moelle épinière est composée de filets nerveux , qui ont leur origine ou leur terminaison d'iuie pari dans le cerveau et de l'autre dans tous les points de la nioëllc, et que c'est dans la partie grise de la moelle que naissent et les nerfs spinaux et le principe qui les anime directement. I<jes recherches anatomiques de M. Gall me paraissent donner beaucoup de poids à cette opinion.
L'action du cerveau sur chaque point de la moelle n'a pas uniquement pour effet de déterminer et de régler les mouvemens; mais elle paraît
(/î) Dans ce dernier cas, il y a \isiblenient sensation, jugement, volonlé et mouvement ordonné. Tout cela se fail sans que le cerveau ni le cervelet y participent. Que s'ensuivi-ait-il? (ju'ilfaudrait modifier les conclusions précédentes.
00 augmcnlfir riincrgic. Les monvcmcns sont toujours pins faibles dans l'animal dccapilc qnc dans celui qui ne l'est pas; à moins qu'on no louche immédiatement le bout de la moelle, car alors lest mouvemcns deviennent irès-foris et même counuIsifs. Il est vrai que cette faiblesse des mouvemcns peut aussi dépendre en partie de ce qu'après la décapitation la moelle est toujours dans un état pathologique.
Ces rapports intimes enlrelo cerveau et la mocllc' cpmièrc aident à expliquer certains faits qui, au premier abord, paraissent fort difficiles à concilier avec mes expériences. Telle est la paralysie tle toui. un coté du corps, produite par des causes qui n'ont, affecté que le cerveau. Mais quand bien même ou u apercevrait aucun moyen de les concilier, il n'eu demeurerait pas moins vrai, d'une part, qu'une? affection bornée uniquement an cerveau peut oter le sentiment et le mouvement volontaire à la moitié du corps, et de l'autre , que le sentiment et le mouvement volontaire peuvent subsister et être entretenus dans un animal décapité. Quelque opposés que ces faits paraissent être, il Hiut se souvenir <pio deux faits bien conslalés uo peuvent jantals s'exclure l'r.n l'autre, et rpie la contradicllou qu'oi> croit y remarquer lient à ce qu'il y a entre eu c quelque intermédiaire, qViélqiic point de conlact qui nous échappe.
L'unité du moi^ dont nous avons la conscience ^.
est encore un fait qui semble répugner à la dissémination du principe de la vie dans toute l'étendue du cerveau et de la moelle épinière. Mais il faut prendre garde que la connexion et l'harmonie de toutes les parties de la puissance nerveuse suffisent pour donner le sentiment de cette unité, sans que cette puissance soit concentrée dans un seul point. Qu'on ^suppose, si l'on veut me permettre cette comparaison grossière, qu'on suppose, dis-je, un assemblage de roues qui s'engrènent les unes dans les autres; elles ne formeront toutes qu'un seul système, et aucune ne pourra faire un mouvement qu'il ne soit partagé par les autres (a). Mais que les engrenages viennent à être interrompus dans un ou plusieurs endroits, il en résultera plusieurs systèmes qui pourront avoir du mouvement indépendamment les uns des autres. De même si l'on opère des interruptions dans le siège de la puissance nerveuse, on établit, par cela seul, plusieurs centres de sensations entièrement distmcts. Mais ce qu'il importe d'observer , c'est que
(a) une telle comparaison est non-seulement grossière , pour employer l'expression de l'auteur lui-même, mais encore elle est fausse. Vos rouages engrenés ne sentent pas , et c'est de sensibilité qu'il s'agit. Dans quelqu'étroite connexion que soient le mouvement et la sensibilité, il est pourtant très-douteux que sentir ne soit que se mouvoir.
( ^3 ) ces divers centres ne peuvent jamais avoir lieu que par des interruptions faites à dessein ou par accident, et que chacun d'eux suppose toujours la coexistence d'une portion du siège de la puissance nerveuse. Ce qui est bien différent de l'opinion suivant laquelle on n'admet que dans l'état naturel il y a dans chaque organe un centre de sensation et une sorte de vie particulière (a). Cette opinion, que, repoussent les notions les plus saines et les faits les plus certains de la physiologie , avait acquis une grande faveur dans ces derniers temps , lorsque M. Cuvier s'en est déclaré l'adversaire j il ne fallait pas moins que l'ascendant d'un homme aussi justement célèbre pour en arrêter les progrès.
Une autre question à laquelle je ne me suis point arrêté, c'est de savoir comment les nerfs transmettent l'action de la puissance nerveuse aux parties auxquelles ils se distribuent. Ne sont -ils que de simples conducteurs , ou bien se fait-il en eux-mêmes ime sécrétion de nature analogue à celle qui a lieu dans le cerveau et la moelle épinière ? Les recherches de MM. Reil et Prochaska avaient rendu cette dernière opinion très-vraisemblable^ M. Nysten a montré depuis que dans les
(a) Cela ne fut dit que par métapliore, ou plutôt par esprit d'analyse. Il est impossible de nier que la vie soit la même dans les reins et dans le cerveau.
paralysies les plus complètes l'iiTitabilitc se conserve dans les membres paralysés, tout aussiblenque dans ceux qui ne le sont pas. J'ai obienu un résultat semblable d'une expérience que j'ai souvent répétée. Elle consiste à détruire la moelle lombaire dans un lapin âgé de moins de dix jours j il faut le choisir de cet àgc, pour que la -circulation ne soit pas arrêtée , et qu'il puisse continuer de vivre. Quoique dans cette expérience, le train de derrière soit frappé de mort , et que ses nerfs ne puissent plus recevoir aucune influence de la moelle épinière , l'irriiabilité s'y conserve^ et l'on peut pendant fort long-temps faire contracter les cuisses en irrilanl les nerfs sciatiques. Il paraît donc qu'il se fiiit dans toute l'étendue des nerfs une sécrétion d'un principe particulier. Ce principe v.uc fois produit subsiste par lui-iucme et après la cessation entière de la circulation, de même que celui du cerveau et de la moelle épinière, mais plus long-temps. J'avais pensé que c'était par l'intermédiaire du principe des nerfs que le cerveau et la nioëlle épinière exerçaient leur action sur les différentes parties du corps , sans translation de leur propre principe , mais par une sorte d'ébranlement de celui des nerfs , à peu près comme le son est transmis par l'air. Pour vérifier cette conjecture, il fallait trouver un nerf qui fût facile à isoler dans une certaine étendue et qrii présidât à quelque fouction dont l'interruption fût subite et liès-pro-
iioucéc, aussiiot que Je nerf cesserait de rcm[ijiila sienne. J'aidioisi le nerf de la huiiièmc paire, dans les jeunes chais. Nous verrons par la suilc que la ligature ou la section de ces nerls , dans ces finimaux, produit subitement tons les synipiômcs d'une violente suffocation. En les isolant dans la plus grande partie du cou , et en détruisant tou;î les vaisseaux qui s'y rendent, je devais espérer, si ma conjectnrc était fondée, qu'aussitôt que le principe dont ils étaient imprégnés au moment de la dissection serait épuisé, les petits chais devaient éprouver la même suffocation que si ces nerfs eussent été liés ou coupés. Mais c'est en vain que j'ai répété plusieurs fois cette expérience j le résultat n'a jamais répondu à mon attente; la respiralion n'en a pas été dérangée d'une manière bien sensible, tandis que si une ou plusieurs heures après avoir isolé les nerfs, j'en faisais la section, la suffocation survenait tout-à-coup. Néanmoins je ne renonce pas encore entièrement à ma conjecture ; car le cou a peu de longueur dans les chats , et encore ne peut -on pas isoler les nerfs vagues dans toute celte longueur. Il se po\irrail que la sécrétion qui continue de se faire près de la poitrine et près de la léte , où les vaisseaux n'ont point été détruits , se répandît dans la portion disséquée. Voilà ce que j'avais à ajouter sur les fonctions de la puissance nerveuse , et en particulier sur celle du cerveau, à ce que j'en ai dit dans mes
Mémoires. L'idée générale que je me fais de cette puissance , c'est que son siège constitue à lui seul l'individu, comme être vivant j tout le reste de l'organisation d'un animal ne sert qu'à mettre la puissance nerveuse en rapport avec les objets extérieurs , ou bien à lui préparer et à lui fournir les matériaux nécessaires à son entretien ou à son renouvellement. Je ne vois dans l'échelle des animaux, que celle de toutes les combinaisons possibles d'organes, capables d'entretenir la puissance nerveuse avec des qualités variables comme ces combinaisons , mais au fond de même nature dans toutes. Parmi ces combinaisons , celles qui sont les plus simples et dans lesquelles les conditions nécessaires à l'entretien de la puissance nerveuse existent dans toutes les parties , sont susceptibles d'être divisées p^r portions, et la vie peut continuer dans chaque portion comme dans l'animal entier, ou plutôt chaque portion devient un nouvel animal. Celles , au contraire , dans lesquelles ces conditions sont concentrées dans certaines parlies , n'admettent pas de semblables divisions avec le même succès 5 la vie ne peut continuer dans les segmens qui se trouvent séparés de ces parties , que le temps que la puissance nerveuse peut subsister par elle-même sans être renouvelée.
Je me suis spécialement appliqué à bien faire connaître les résultats , sans m'arrêter à décrire longuement des expériences et à en accumuler un
grand nombre. Je n'ai donné de détails que ceux (jni m'onl pain nécessaires pour saisir la marche des phénomènes, cl povir mellre les physiologistes à portée de les vérifier. Je me propose de publier par la suite les journaux de mes expériences avec tous les détails qu'ils renferment.
J'ai mis plus de soin à constater les faits que d'empressement à les publier. Néanmoins je crois convenable de fixer ici les dates. Mes recherches sur les fœtus remontent à 1806. Ce ne fut qu'en 1808 que j'en communiquai les premiers résultats à la Société des professeurs de la Faculté de médecine de Paris ; j'y fis connaître mes premiers aperçus sur la décapitation et sur les fonctions de la moelle épinière. D'après l'invitation de M. Thouret, je démontrai publiquement devant la même Société, les 2, et 16 mars 1809 , que le principe de la vie du tronc réside dans la moelle épinière; et je répétai ensuite les mêmes expériences le 16 avril suivant, devant MM. Chaussier et Duméril , que la Société avait nommés commissaires pour les examiner , et qui en firent leur rapport le 2.7 du même mois.
H s'en fallait beaucoup que la matière fût épuisée. Je commençai bientôt après mes recherches sur les mouvemens du cœur. M. Magendie ne tarda pas à faire connaître par des expériences curieuses que c'est en agissant sur la moelle épinère que le poison des Indiens, connu sous le nom d*upas
(2S ) tiédit., lue les ammaux. M. Brodie, .nombre de la Socielë royale de Londres, a voulu savoir ce que devenait la tcmperaiure et les sécrétions dans les ammaux qu'on entrelient vivans après les avoir décapités. J'ai répété les expériences de cet anleur en ce qui concerne la température. Il ne m'a pas semblé que les résultats qu'il annonce soient aiissi constans qu'il le dit. M. Brodie assure que les animaux décapités qu'on entretient vivans, se relroidissent autant que s'ils étaient morts. Il est vrai qu'ils se refroidissent considérablement. Mais ] ai toujours trouvé que les petits cliats se refroidissent un peu moins qu'après la mort. La différence a été dans mes expériences de i à 3 de'^rés centigrades. Elle est, en général, un peu moins grande dans les lapins. J'ai trouvé aussi que Finsnfflation pulmonaire est une des principales causes au refroidissement ^ et qu'en général tontes les circonstances qui dénaturent ou qui ^énent la respiration, deviennent des causes de refroidissement. Ainsi il suffit de temr un animal allongé sur le dos pour que sa température baisse. Il restait à savoir si, dans ces diverses circonsiances îa formation de l'acide carLonique dans les poumons est diminuée, et si elle l'est en proportion de la température, c'est ce dont je m'occupe maintenant. Mon anù, M. Tliillaye fds, a eu la complaisance de s'associer à mes rechercbes. Les lumières de cet habile physicien, sa dextérité et sa
( ^-9 ) grande haLUvidc dans les expciicnces , me rendent sa coopération slijî^ulièrenient précieuse. Plusieurs causes avaient inlci rompu nos travaux, et entre autres le manque de quelques instrumens dispendieux. M. le baron Corvisart , premier médecin de l'Empereur, informé que ces instrumens n'existaient pas dans le cabinet de physique de la Faculté de médecine, les y a fuit placer à ses fiais, i)ar un mouvement spontané de sa munificence ordinaire , sous la condition que j'en pourruis disposer à mon i^ré , e t il a bien voulu me confier le soin de les faire construire moi-même de la manière que je le jugerais convenable. Il m'est bien doux de saisir cette occasion de lui eu témoigner publiquement ma vive reconnaissance.
Ces recherches terminées, je me propose de revoir et de publier mes premières expériences sur les fœtus: celles qui ont pour objet de déterminer le temps qu'un fœtus peut vivre sans respirer, après qu'il a cessé de communiquer avec sa mère.
Je désirais bien , avant de finir cet avant-propos , disculper un peu les physiologistes qui fout des expériences sur les animaux vivans, des reproches de cruauté qu'on leur a si souvent adressés. Je ne prétends pas les justifier entièrement, je voudrais seulement faire entendre que la plupart de ceux qui leur font ces reproches pourraient Lien euxmêmes en mériter de semblables. Par exemple , est-ce qu'ils ne vont pas, ou qu'ils n'ont jamais été
à la chasse ? Et comment le chasseur qui, pour son plaisir, mulile tant d'animaux, et souvent d'une manière si cruelle , serait-il plus humain que le physiologiste qui se voit forcé de les faire périr pour son instruction ? Que les droits que nous nous attribuons sur les animaux soient légitimes ou non, il est certain que peu de persomies se font scrupule de détruire par toutes sortes de moyens ceux qui leur causent quelque incommodité , fùt-elle légère 5 et que nous ne nourrissons la plupart de ceux qui nous entourent que pour les immoler à nos besoins. J'ai peine à comprendre comment nous aurions tort de les tuer pour nous instruire, quand nous croyons avoir raison de les tuer pour nous en repaître , et sur-tout quand , par un raffinement de gourmandise , nous ne leur donnons la mort qu'après leur avoir fait subir des opérations douloureuses et des tourmens de longue durée.
Je conviens qu'il serait barbare de faire souffrir en vain des animaux , si le but des expériences pouvait être atteint sans cela. Mais c'est malheureusement une chose impossible. Les expériences sur les animaux vivans sont un des plus grands flambeaux de la physiologie. Il y a l'infini entre l'animal mort et l'animal le plus faiblement vivant. Si le plus habile mécanicien ne peut connaître tout l'effet d'une machine qu'après l'avoir vue en action, comment le plus savant anatomiste pourraitil deviner, par la seule étude des organes, le jeu
d'une machine aussi prodigieusement compliquée que l'est le corps animal. Pour en péiicUer les secrets, il ne sulïil pas d'observer le jeu simultané de toutes les fonctions dans l'animal en santé , il est sur-tout important d'étudier les effets du dérangement ou de la cessation de telle ou telle fonction. C'est à déterminer par cette analyse la fonction de tel ou tel organe, et sa corélation avec les autres fonctions, que consiste tout l'art des expériences sur les animaux vivans. Mais pour parvenir à le faire avec quelque précision , on est dans l'indispensable nécessité de multiplier les victimes, à cause du grand nombre de circonstances et d'accidensqui peuvent rendre les résultats nuls ou incertains. Je dirais volontiers des expériences physiologiques, ce que l'on a dit des bieufails : Perdenda surit milita, ut se/nel portas bene. Senèque.