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CHAPITRE III

Le sang artériel diffère- 1- il du sang veineux ?

Bornons d*abord notre examen à la grande circulation. Elle se compose de deux ordres , de deux systèmes de vaisseaux fort distincts , les artères et les veines. Le premier point à constater est donc de reconnaître si le sang qui remplit les artères, est en tout semblable à celui contenu dans les veines.

Il y a long- temps que les cbirurgiens savaient distinguer, par la couleur du sang, si celui qui sortait d*uue plaie, venait d'une artère ou d'une veine. Quelques auteurs avaient pareillement observé que la couleur du sang , dans l'artère pulmonaire, différait de celle dans les veines de ce nom, et ils en avaient inféré que le sang change de nature en traversant les poumons. Mais ce changement , dont on ne pouvait alors démêler la cause, et qui s'accordait mal avec la théorie qu'on admettait sur la respiration, était rejeté par d'autres physiologistes d'un grand poids. Et ce qui a lieu de surprendre dans une question qui pouvait être décidée par la simple inspection , ces derniers mêmes , et sur-tout Haller, allaient jusqu'à contester qu'il existât aucune différence entre la couleur du sang artériel et celle du sang veineux, sans doute à cause de la difficulté qu'ils trouvaient à

Texpliquer; car en parcourant les opinions qui se sont succédées en médecine, il fanl bien convenir qu'on a pins d'une occasion de se rap])eler ce mot du citoyen de Genève, « que tout au contraire » des théologiens, les médecins et les philosophes » n'admettent pour vrai nue ce qu'ils peuvent 33 expliquer. » En un mot, la question était demeurée , et devait demeurer indécise, jusqu'au moment où la chimie pneumatique s'est occupée de déterminer ce qui se passe dans la respiration. Elle a démontré que le sang, en traversant les poumons pour devenir artériel , subit des altérations chimiques qui le font différer de ce qu'il était avant de les traverser. Les expéiiences et les observations auxquelles a donné lieu cette découverte, ont ensuite mis hors de doute, que quelle que soit la grandeur de cette différence considérée chimiquement, elle est immense considérée physiologiquement ^ puisqu'elle s'étend de la vie à la mort, et que le sang des veines ne peut aller remplir les artères sans faire périr l'animal. C'est donc maintenant une vérité constatée, et sur laquelle il est inutile d'insister ici, qu'il existe une différence bien tranchée entre le sang artériel et le sang veineux.

Mais chacun de ces deux sangs reste-t-il partout semblable à lui-même ? Le sans artériel est-il identique dans toutes les artères? le sang veineux l'est-il dans toutes les veines ? On ne doit pas cher-

cher des notions précises sur ces deux quesiions , avant la découverte des clùmistes sur la respiration , puisqu'avant cette époque , la différence ca~ jîitale qui existe entre le sang artériel et le sang veineux, était elle-même contestée. Depuis cette découverte , les physiologistes , satisfaits en quelque sorte de connaître que le sang artériel diffère du sang veineux, se sont à peine occupés des différences secondaires que chacun de ces deux sangs peut présenter. S'ils en parlent quelquefois^ c'est d'une manière qui tantôt est vague, et tantôt implique contradiclion. Ainsi, quelques-uns regardent le saniî artériel comme différent dans les différentes régions du corps 5 mais on voit que ce n'est là qu'une opinion qu'ils mettent en avant d'après de simples aperçus dont ils ne s'arrêtent pas à discuter la valeur. D'autres, au contraire, paraissent regaider ce sang comme identique partout 3 mais ils admettent en même temps sur certaines fondions des opinions qui sont absolument incompatibles avec cette identité. Quant au sang veineux , l'attoniion des physiologistes s'est encore moins fixée sur la constance ou la variabilité de sa naturel! paraît néanmoins qu'ils le regardent assez généralement comme identique dans tout le système veineux, sauf le sang de la veine-porte, auquel ils s'accordent à attribuer des qualités particulières.

Essayons de résoudre ces deux questions.

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