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CHAPITRE IV

Le sang est-il identique dans toutes les distributions du système artériel?

Examinons les causes qui pourraient le faire varier.

Le mouvement.

La force impulsive que le cœur exerce sur le sangj agissant simultanément sur toute la niasse de ce liquide , doit renvoyer, le répartir par-tout avec la totalité de ses principes ^ et Ton ne voit rien dans cette force qui puisse déterminer telle partie constituante du sang à se porter vers une artère, plutôt q\ie vers une autre. On ne voit rien non plus dans le sang, qui puisse favoriser cet effet. Comme il forme un tout homogène, et dont les principes sont unis, retenus ensemble par des attractions chimiques, il est hors de toute vraisemblance qu'un mouvement commun et simultané puisse vaincre ces attractions , dissocier ces principes , et les dissocier de telle manière dans une région, et de telle manière dans une antre. Aussi le partage mécanique des divers principes du sang dans les diverses artères, admis autrefois, est maintenant rejeté par

le plus grand nombre des physlologlslcs. Il était sans doute fort commode de faire arriver à un organe , ici ou tel principe du sang en plus grande abondance, suivant qu'on croyait en avoir besoin pour expliquer tel ou tel pbénomène 5 de faire monter à la tête les parties les plus volatiles, en raison de leur légèreté spécifique , quand on voulait expliquer la sécrétion du fluide nerveux 5 et d'y faire monter le mercure, en raison aussi de sa pesanteur spécifique , quand on voulait exphquer la salivation mercurielle. Il ne manquait à tout cela que d'être appuyé de quelques preuves qui eussent au moins un air de vraisemblance.

La transsudatioii au trai>ers des tunicjues artérielles*

Plusieurs pliysiologistes admettent que la partie la plus tenue du sang , transsude continuellement au travers des pores des vaisseaux. Il est en effet incontestable que toutes les parties du corps sont humectées par un liquide séreux, dont raccumu* lation forme les bvdropisies. Que ce liquide s'échappe du sang par des pores inorganiques, comme le veut Mascagni , ou par des orifices organisés , comme le veut Craikshank *, c'est une question que je ne prétends pas décider, et qui est étrangère à mon objet. La seule chose que je veuille établir ici ^

( i2t8 ) c'est que cette transsii dation, de quelque manière qu*elle se fasse, n'a lieu qu'aux extrémités capillaires des artères, c'est-à-dire, là où se font toutes les sécrétions, et où le sang artériel subit toutes les transformations qui le font passer à l'état veineux. C'est dans ce sens, que l'avait admise Xen^dnhoek y d'après ses observations miscroscopiqiies : c'est aussi l'opinion d'uélbinus , qui reste seidement incertain si cette exhalation se fait par les pores des capillaires artériels, ou par les bouches ouvertes de petits vaisseaux nés de ces capillaires (Ann. Ac. lib. 3 cap. lo.). C'est encore celle de^ Hewsen et de Cruikshank, Il est vrai que plusieurs autres auteurs, non moins recommandables , et sur- tout ATascagni , soutiennent , au contraire , que cette transsudation a lieu dans les troncs comme dans les extrémités capillaires 5 mais il n'est pas possible d'admettre les preuves qu'ils en donnent. Presque toutes ces preuves sont déduites d'injections, et d'expériences cadavériques : or, on sait que ces expériences ne sont nullement concluantes en pareille matière 5 et c'est maintenant une chose hors de doute que telle humeur qui, dans le cadavre , transsude au travers de son réceptacle , ne peut transsuder dans le vivant. Cruikshank cite à ce sujet une expérience remarquable^ il rapporte que Hitnter ayant injecté du lait dans les veines mésentériques d'un animal vivant, jusqu'à ce que l'injection revînt par les artères, ne put pas s'aper-

( 1^9 ) cevoir qu'il en eut iien passé daus la cavilo iuteslinale correspondante^ malgré qu'il eût pris toutes les précautions pour s'assurer de ce passage, et qu'il eût continué l'injection pendant long-temps. Mais, l'animal étant mort , de l'air poussé dans les mêmes veines , passa dans la cavité de l'intestin , quoique ce fluide soit d'une nature moins pénétrante que le lait.

D'ailleurs , il reste à savoir , même dans les injections cadavériques, si c'est bien par les pores des troncs qu'est sortie la portion du liquide injecté , qui s'est amassée au-dehors des vaisseaux, ou si ce n'est pas plutôt par les vaisseaux capillaires qui existent par-tout, et dans les tuniques artérielles comme dans les parties adjacentes. Mascagni tranche la difficulté et nous assure que c'est par les pores. Sa principale raison est qu'ayant employé pour ses injections , une dissolution de colle chlorée avec du cinabre, la dissolution transsudoit i^^^olore^ ce qui ne pouvait avoir lieu, selon lui, qu'autant que l'injection n'avait passé qu'au travers des pores , qui seuls peuvent arrêter la matière colorante. Mais cette raison sur laquelle il revient souvent, et qui lui sert à prouver que les artères ne communiquent immédiatement avec aucun autre vaisseau que les veines, attendu que les injections poussées dans les artères ne conservent leur couleur que dans les veines, et qu'elles passent incolores dans les conduits excréteurs , dans les aréoles du tissu cel- //^ Partie. 9

( i3o ) iulairCj dans les grandes cavilés, en tm mol par* tout ailleurs 5 cette raison, dis-je, me paraîtrait avoir elle-même grand besoin de preuves. Il ne m'est pas du tout démontré qu'il ne puisse pas y avoir des vaisseaux aussi pedls que des pores, et capables, comme ces derniers, d'arrêter la matière colorante , sur-tout quand elle n'est que suspendue comme l'est le cinabre dans l'injection^ de même qu'il pourrait y avoir des pores assez grands pour la laisser passer.

Et puis admettons que ce soit par des pores et miême par des pores inorganiques que s'est faite cette transsudation. N'est-il pas évident qu'elle a dû se faire beaucoup plus facilement par les pores ( des capillaires que par ceux des troncs? Mascngni lui-même en fournit la preuve 5 car ayant poussé son injection colorée dans l'artère humérale d'un cadavre, il la vit transsuder incolore sur la peau du brà^ 5 et loin de prétendre que cette transsudation se soit faite à travers l'épaisseur du bras depuis l'artère jusqu'à l'épiderme, il explique^ au contraire , comment les vaisseaux capillaires qui sont au-dessous de l'épiderme, peuvent, par leur nombre et leur disposition, suffire à cette transsudation. Or, on voit bien qu'en pareil cas les capilraires du tronc injecté , de l'artère humérale, par „ exemple, et des parties qui l'environnent immé- 1 diatement , doivent offrir à l'injection une voie plus f facile encore que ceux de la peau du bras 5 tant

( i3i ) parce que la force qui pousse rinjeclioii y est plus tçraude, que parce que Tarière et les parties ambiaules, participant davantage à la température de rinjcclion , celle-ci conserve mieux sa liquidité en pénétrant dans leurs capillaires.

En attribuant ainsi aux vasa vosorum y aux arlérioles qui se distribuent dans les tuniques des artères, un effet que d'autres font dépendre de la porocité de ces tuniques, je n'avance point une bypotbèse gratuite 5 je ne fais que copier en quelque sorte Topinion des plus grands anatoniistes. ^a//er affirme que ces artérioles fournissent une exlialalion : Ab istis arteiioUs ^ dit-il, reliauas arteriœ majoiis tunicas aliy et vaporem exhalare ^ cjui celhilosa spatia obungit^ id auidein manifestum est» ( phys. t. 1. p. 69.) Or, cette exhalation doit, à plus forte raison , avoir lieu dans les injections cadavériques. Ces expressions de Haller sont d'autant plus dignes de remarque, que, quelques pages auparavant ( p. 35 ), ce savant anatomiste semble croire, comme Mascagniy que les injections fîaes s'échappent par les pores des troncs artériels; et même je dois dire que la plupart des anatoniistes ont partagé cette opinion : presque tous ont pensé que les injections s'échappaient par les pores des vaisseaux, et c'est d'après cette transsudation dans le cadavre que plusieurs ont été conduits à l'admettre dans le vivant. Cruikshanky lui-même, qui a consacré le premier chapitre de son ouvrage

sur les vaisseaux absorbaiis, à réfuter îa (îoelriiKS de la iranssudaiion dans le vivant j admet , comme les autres, que les injeciions cadavériques transsudent au travers des troncs vasculaires.

Cependani, si Ton examine attentivement les faits cités par les divers auteurs, et même par Cruikshank , on n'y découvre rien qui prouve que c'est réellement au travers des troncs que les injeciions ont transsudé. Les circonstances concomittantes semblent plutôt prouver le contraire 5 car, la surface des membranes, le tissu cellulaire, et plusieurs autres parties qui lie contiennent que des vaisseaux capillaires, se trouvaient recouvertes et remplies de la même injection, douée de la même couleur que celle qui s'était rassemblée autour des vaisseavix sanguins. Dans l'expérience de Hanter y citée plus haut, et qui démontre dans le cadavre une perméabilité qui n'existait pas dans le vivant, on voit que c'est aux extrémités capillaires que cette perméabilité s'est manifestée, et que c'est par là que l'air a pénétré dans la cavité intestinale.

Enfin le raisonnement vient à l'appui de ces faits. 3Iascagni y le plus zélé défenseur de latranssudation universelle , est bien obligé d'admetti e que dans le vivant elle se fait principalement aux extrémités capillaires. Dans la section de son ou- Il vrage , où il traite de la terminaison des artères et de j l'origine des veines, il explique comment sont dis-^

posées les extrémités capillaires des ailères^ et il iait voir qu'elles le sont de manière à présenter VI ne très-grande surface, et à pouvoir fournir une iranssudation considérable. Cette disposition doit sans doute être encore favorisée par une texture particulière dans les tuniques de ces petits vaisseaux 5 mais si la mort occasionne suivant les uns, augmente seulement suivant les autres , la perméabilité des parties contenantes, n'est-il pas évident que, de l'aveu de tous, cette perméabilité doit être plus grande dans les parties qui étaient spécialement le siège de la iranssudation pendant la vie?

Ce n'est pas que je veuille affirmer qoe les injections ne puissent jamais pénétrer par les pores des troncs artériels. Il v a sans doute des cas où elles sont assez fines , et où. la force qui les pousse est assez considérable pour qu'elles s'échappent par cette voie^ cas que ces deux circonstances rende^nt plus que jamais étrangers à l'état de nature. J'ai sevdement voulu dire que ce ne sont pas les ])lus communs, et que les anatomisies se sont trop bâtés d'expliquer de cette manière l'extravasatioi;i ^^ des injections. Quelques-uns sur-tout se sont trop bâtés de transporter cette explication à ce qui se piisse dans le vivant.

Au reste, par quelque voie, de quelque manié rfï que se fasse cette transsudation dans le cadavre^ les preuves déduites de ce qu'on observe dans jl,e

vivant, sont, comme je l'ai déjà dit, beaucoup plus concluantes. 3'lascagni en allègue deux de ce genre à l'appui de son opinion. Il trouve une de ces preuves dans l'humidité qu'il a remarquée à la surface externe àes vaisseaux, dans la facilité avec laquelle cette humidité reparaissait bientôt après qu'il l'avait essnyée, et enfin dans la vapeur qui s'exhalait de cette même surface. Mais il ne nous dit point si les vaisseaux qu'il a vus redevenir humides à mesure qu'il les essuvait, étaient recouverts d'une membrane séreuse, comme dans les grandes cavités , ou s'il les avait disséqués et mis à nu. Dans le premier cas, la rosée, qu'il attribue à la transsudation vasculaire, peut s'attribuer, avec beaucoup plus de vraisemblance, à l'exsudaticnde la membrane, exsudation que KaawBoer- Jiaapeel Ilaller^ ont vu reproduire absolument de la même manière une rosée sur le péritoine, à mesure qu'on l'essuyait. i^Etiampost incisum vwi anivialis ventrem ahstersus redit ^ noi>iscjue guttulis suas jnemhranas irrorat. Haller y ihid. p. io3.) Dans le second cas, l'humidité était entretenue, reproduite par l'exhalation que fournissent les capillaires contenus dans les tuniques des troncs^ à quoi il faut ajouter que les petits vaisseaux capillaires , lymphatiques, etc., qui unissaient les troncs aux parties voisines , ayant été coupés , devaient laisser suinter leurs liquides, et d'autant plus facilement même que l'équilibre de pression était rompu.

Quant à la vapeur qui s'exhalaiL de la surface externe des vaisseaux, on ne voit pas la nécessite de la faire provenir d'une transsudalion , quand rhumidilé et la température un peu élevée d'une surface suffisent pour la produire.

JMascagni déduit son autre preuve de ce qu'ayant plusieurs fois intercepté du sang entre deux ligatures, dans un tronc artériel, il a toujours vu la partie la plus tenue de ce sang s'échapper au travers des tuniques , et le tronc , auparavant trèsplein , devenir flasque. Mais n'est-on pas fondé à croire que l'exsudation, qui avait lieu dans ce cas à la surface de l'artère, dépendait des niémescauses que dans le cas précédent, c'est-à-dire , de l'exhalation fournie par les arlérioles du tronc, et de la section qu'on avait faite des pelils vaisseaux de ce tronc pour le mettre à nu ? Quant à la flaccidité de ce tronc, ne suffit-il pas qu'il ait été plus ou moins exposé à Pair pendant un certain temps, pour que le sang qu'il contenait en perdant de sa tenipérature, ait perdu de son volume , et l'ait par conséquent moins rempli ? De plus , la constriction des ligatures, et la dissection au moins partielle du tronc lié, ont pu contribuer encore à sa flaccidité, en le privant de sa vitalité , de sa loniciié. Enfin ces mêmes ligatures ont pu con tondre l'artère et endommager sa tunique interne au point qu'elle ait permis la transsudation, rinfiltralion du liquide contenu. Suivant Bichat, le moindre effort,

une ligature un peu serrée, suffisent pour rompre cette tunique^ en un mot, dans une expérience de ce genre, un effet peut dépendre de plusieurs causes et de causes variables même , suivant les différentes circonstances qui ont accompagné l'expérience. Il est toujours fort hasardeux de le rapporter à Funique cause que l'on a en vue , et de tout expliquer dans le cas présent par la transsudalion poreuse. Ajoutons que cette expérience , quoique faite sur le vivant, ne diffère guères d'une expérience cadavérique : il n'y a rien ou presque rien de commun entre une artère ainsi mutdée , et celle qui remplit librement ses fonctions.

Je me rappelle, à ce sujet, qu'un autre auteur italien^ Michel Rosa^ a fait une expérience toutà-fait send>]able à celle de Mascagni ^ dans la vue de constater l'existence d'un gaz dans les artères des animaux vivans. Mais le tronc artériiSl , loin de devenir fiasque entre les deux ligatures, resta an contraire distendu jusqu'au moment où l'auteur y fit une incision pour en évacuer le sang. Et comme ce sang se trouva être en quantité inférieure à celle nécessaire, non-seulement pour distendre la portion d'artère qui le contenait, mais même pour la remplir médiocrement, l'auteur en inféra que la distension n'avait été produite que par la présence d'un gaz qui s'était dissipé au moment de l'incision. Ainsi deux expériences paifailemeut semblables, font voir à leurs auteurs des

( i37 ) résultais loialemcnt opposés ^ et cliaciin trouve, dans ce qu'il a vu , la preuve de son opiuion.

C'est une réflexion déjà fiiite bien des fois que dans les expériences de ce genre, on lîe voit souvent que ce cpi'on désire y voir^ et malgré toute ma considération pour le savant professeur de Sienne, je soupçonne un peu que cette réflexion lui est applicable. Il avait à cœur d'enlever aux petits vaisiscaux artérioso-vcineux, aux vaisseaux blancs admis sous différens noms, par Boerhaave^ Vieussensy Huiler ei leurs sectateurs, la circulatioil et l'élaboration des liquides séreux, pour l'attribuer toute entière au système des lymphatiques valvuleux. Il a donc nié formellement l'existence de tous ces petits vaisseaux^ et il a établi que les artères ne se terminent, ne se coniinrient dans aucun vaisseau de quelque dénomination que ce soit, hors les veines qui seules en sont la continuation immédiate et non interrompue. D'après cela il a dû nécessairement admettre que les liquides séreux, que la matière de la nutrition , que celle dies sécrétions transsudent au travers des pores inorganiques des vaisseaux sanguins; car il ne restait point d'autre voie par où Ces substances pussent s'échapper du sang. Et cette transsudation loin de l'embarrasser, lui présentait au contraire l'avantage de rehausser encbi^ l'importance du' système lymphatique; car un liquide transsudé par des pores inorganiques, devant avoir par -tout à peu

( i38 ) près la même nauire, c'est à îa propriété absorbante du système lymphatique qu'il doit être réservé de donner à chaque sécrétion un caractère propre 5 aussi ce système devient-il, dans l'opinion ile jyfascagniy le principal agent des sécrétions. 11 paraît donc que ce sont moins les expériences qui ont conduit cet auteur à son opinion sur la transsudation, que ce n'est cette opinion qui l'a conduit aux expériences dont il a voulu l'étayer. Mais dans ces expériences il n'a pas assez distingué sur le vivant ni même sur le cadavre , ce que font , ce que sont destinés à faire les vaisseaux capillaires , de ce que ne font ni ne doivent faire les troncs. Et oubliant, pour ainsi dire , qu'il n'y a aucune partie où l'exhalation capillaire n'ait lieu, il a admis que les liquides naturels ou injectés, qui se trouvaient au-dehors et autour des troncs vasculaires , avaient transsudé par les pores de ces troncs. C'est ainsi que tout en revendiquant , que tout en agrandissant la prérogative des vaisseaux . lymphatiques , il en est venu à rendre le corps perméable comme une éponge 5 car , selon cet auteur, ce ne sont pas seulement les artères qui sont perméables aux liquides séreux, les veines, les vaisseaux lymphatiques, le canal alimentaire, la vessie, etc., le sont également^ et on conçoit , en effet, que toutes ces parties doivent l'être si les troncs artériels le sont.

Cette perméabilité dans le vivant n'est donc lieii

( i39 ) moins que provivée par tous les faits qu'on cite en sa faveur, et elle a contre elle des difficnltés insoluLics. Crnikshaiikct Hewson objectaient à Hunier^ et aux autres auteurs qui admettaient aussi la transsudalion ^ sans toutefois lui donner autant d^extension et lui faire jouer un rôle aussi important que Ta ïcàl 3Iascagni , que, si elle avait lieu , Thydro-thorax et Tascite seraient constamment jointes ensemble, et à Tanasarque, et que ces maladies ne ne pourraient même pas subsister long-temps, puisque Feau s'échapperait bientôt au travers de la peau. Hewson observait de plus qu'une goutte de liquide ne pourrait arriver de l'estomac au «rein, qu'après avoir ctë successivement exhalée et absorbée un très-grand nombre de fois. Il me semble même qu'elle n'y pourrait jamais arriver 5 car, comme el^e éprouverait une pression moins forte dans les aréoles du lissu cellulaire que dans les vaisseaux , elle s'échapperait sans cesse de ces derniers , bientôt après que la force absorbante l'y aurait fait entrer.

Si on ajoute à ces considérations que , quoiqu'il y ait derrière le péritoine un assez bon nombre de troncs artériels, ce n'est pas derrière cette membrane, mais dans sa cavité que se font les amas de sérosité , et qu'en général les principaux amas de ce genre se font dans des membranes, dans des parties qui ne reçoivent que des vaisseaux capillaires : si, de plus, on fait attention que d'autres

réceplacles , que d'autres canaux nioins denses que les artères ne laissent point transsuder leurs liquides 5 que la graisse ne s'échappe point des pellicules minces qui la contiennent^ que les kystes reliennent parfaitement leurs liquides 5 que la bile qvii, dans le cadavre , transsude au travers de la vésicule du fiel, ne transsude pas dans le vivant j que , de l'aveu de Huiler, les oreillettes du cœur ne laissent rien transsuder dans le péricarde : si on fait attention encore que la fonction des artères qui est de servir de canaux de conduite au sang que le cœur envoie aux différentes parties, serait troublée d'une manière variable et irrégulière par la iranssudation ^ qu'on ne peut point établir de comparaison |X)ur la facilité de la transsudation entre ks troncs et les vaisseaux capillaires, et que ces derniers étant le siège de toutes les sécrétions, doivent avoir indépendamment de la minceur de leurs tuniques , une texture, une disposition particulière et favorable à la transsadation ou exhalation qui s'y fait, on aura, je pense, une masse de preuves suffisantes pour conclure que le sang ne peut rien perdre par transsudation au travers des tuniques artérielles 5 qu'il ne peut, dis-jc, rieq. perdre ailleurs qu'aux extrémités capillaires ^ c'està-dire au moment de deveiiii- veineux.

( '4i ) §. IlL

JLa sécrétion de la graisse»

tfa lier (i^hy s. t. i , pag. 38) pensait que la graisse iranssudait par les pores des artères , dans tonte la longueur de ces vaisseaux. Je pourrais regarder cette opinion comme refutée par tout ce que je viens de dire sur la transsudation. Mais elle a été, et elle est même encore si généraLement admise , que j'ai cru devoir en faire l'objet d'un paragraphe.

ce La sécrétion de la graisse, dit cet illustre ana- >5 tomiste , n'est point aussi obscure que l'a pensé » ^^insloiv. On la concevra fort aisément, si l'on » fait attention que la graisse circule, toute for- 35 mée, avec le sang artériel 5 que les pores des 3> artères lui offrent par - tout un passage librô yy et facile dans le tissu cellulaire adjacent, et que 33 ce passage est encore favorisé par la manière :» dont la graisse, dans son mouvement commun ">D avec le sang , est portée , appliquée contre les 53 parois des artères en raison de sa légèreté spé- 53 cifique. » La chose serait en effet assez claire , si tout cela était vrai. Mais d'abord est-il bien certain qu'il existe de la graisse toute formée dans le sang? Haller cite, à l'appui de l'affirmative, le témoignage de Morgagni , qui a tu de la graisse s'écouler par gouttes des vaisseaux sanguins coupés ; «elui àeMalpigliiy qui en a vu circuler dans les

vaisseaux sanguins des grenouilles ; ceux de Ruisch et de Glissoii qui en ont vu dans le sang des scorbutiques. Mais il est singulièrement digne de remarque, que Haller na.Vixil jamais vu lui-même de la graisse dans le sang. Ce qu'il avoue avec une grande franchise; (^uœ ecjuidem félicitas^ dit-il, numquam niihi coniigit. Comment a-t-il donc pu admettre si facilement un fait que ses nombreuses expéiifences ne lui avaient jamais présenté ? C'est qu'il était persuadé qn'il devait exister de la graisse dans le sang, malgré qu'il n'y en eût point vu. Quand un fait paraît douteux , une méthode assez sûre pour savoir qu'en penser , c'est de remonter à l'opinion à laquelle on le rattache , et d'examiner quelle influence cette opinion a du exercer ou sur l'observation du fait, ou sur la facilité avec laquelle on l'a admis. Or , Huiler croyait que le chyle contenait une partie butyreuse 5 que, passé dans les vaisseaux sanguins^ il y circulait quelque temps, et que l'agitation et le froissement qu'il y éprouvait, élaboraient de plus en plus sa partie biityreuse , àpeu-près comme il arrive au beurre quand on bat la crème, et lai donnaient à la fin le caractère de graisse animale. D'après cette opinion, il n'est point étonnant qu'il n'ait fait aucune difficulté d'admettre les faits qu'il cite.

Mais si la graisse se formait, s'élaborait dans le sang, il devrait être fort commun d'y en apereevoir. Et cependant, quoique les occasions d'exa-

miner le sang ne soient pas pins rares de nos jonrs que du temps de Ruisch et JMorgagni ^ et que cet examen se fasse d'une manière plus exacte et plus scrupuleuse, je n'ai pas appris qu'aucun de nos contemporains ait vu de la graisse dans le sang. M. Kic/ierand avait cru en observer dans le sang de la veine-porte, que la plupart des physiologistes sont convenus, je ne sais trop pourquoi, de regarder comme surchargé d'huile et de graisse 5 mais un examen plus attentif lui fît reconnaître qu'il s'était trompé. MM. Déyeux et Parmentier , à qui nous sommes redevables d'un excellent mémoire sur le sang, dans lequel ils ont relevé bien des erreurs accréditées , ne font point mention de graisse dans le sang^ ce que n'auraient pas omis des observateurs aussi exacts , s'ils en avaient vu. M. Déyeux a d'ailleurs bien voulu me confirmer de vive voix que réellement ils n'avaient jamais vu de graisse dans le sang (a). Cependant le travail de ces deux savans a duré une année entière , pendant laquelle ils étaient sans cesse dans le sang. Ils ont examiné, analysé de sangs de toute espèce , et notamment celui de sujets scorbutiques. Si , au milieu de tant

{a) M. le professeur Béclard a découvert, avec toutes les précautions possibles, une des artères d'une vache vivante , et après y avoir pratiqué une incsiion, il n'a pu découvrir dans le sang qui la remplissait, un atome de graisse dont il Toulait constater la présence. E, L,

(roccasions d'apercevoir de la graisse dans le sangj; ils n*€n ont point vu , il faut bien qu'il n'y en ait point 5 puisque, comme me Ta fait observer M. JDéyeux , la graisse est une des substances qu'on y distinguerait le plus facilenient. J'ajoute qu'il n'y a aucune comparaison à établir entre des recherches si multipliées et suivies avec tant de soin et de constance , et quelques observations faites accidentellement et d'une manière plus ou moins superficielle. Il est donc indubitable que ceux qui ont cru reconnaître de la graisse dans le sang, se sont trompés 5 quelle qu'ait été la cause de leur erreur. Puisque la graisse xie circule point toute. formée dans les vaisseaux sanguins, je suis dispensé d'examiner les autres raisons qu'allègue Hallery pour .expliquer sa filtration au travers des artères. Il est seulement remarquable que le refoulement de la graisse contre les parois de ces v^iisseaiix est déduit d'une expérience de physique, dont on a fait plus d'une application en physiologie et toujours fort malheureusement.

Avant de terminer ce paragraphe, je ne puis m'empêcher de faire observer par quel enchahiement d'erreurs on arrive à la transsudation de la graisse au travers des artères. On suppose que les matières huileuses des alimens passent dans le chyle j qu'elles y vont former une partie butyreuse^ que le chyle passe et circule dans les vaisseaux sanguins de la grande circu lation ^ que sa partie buiy

reusc s*y élabore^ et devient graisse animale par le niouvenient et par son mélange avec la lymphe; qu'elle est portée par sa légèreté spécifique contre les parois artérielles j qu'enfin ces dernières la laissent transsuder par leurs pores. Il n'y a pas une de ces propositions qui ne soit fausse. Et si elles étaient vraies, la sécrétion de la graisse n'en serait que plus incompréhensible. Car comment concevoir, avec cette explication mécanique pourquoi la graisse est abondante dans certaines parties, et nulle dans d'autres qui pourtant reçoivent beaucoup de vaisseaux, et pourquoi elle a des qualités différentes dans les différentes régions du corps ? On s'est beaucoup tourmenté pour expliquer la sécrétion de la graisse; en vérité, je ne vois pas sur quel fondement. Cette sécrétion n'a rien ni de plus mvstérieux , ni de plus intelligible que les autres. Nous en savons , et vraisemblablement nous en saurons à jamais tout autant sur la sécrétion de la graisse que sur les autres sécrétions, et sur les autres sécrétions que sur celle de la graisse. Elles ont cela de commun, que le sang ne contient point, comme on l'a cru silong- temps, leurs produits tout formés. Cette opinion, qui était nécessairement liée aux élaboraûons et aux filtralions mécaniques , n'est point encore assez complètement rejetée par beaucoup de physiologistes modernes. Elles ont encore cela de commun qu'elles ont toutes lieu dans le système capillaire. C'est là le grand laboratoire de /i®. Partie. i Q

ia nature. Elles s'y opèrent en vertu d'un concours de forces j dont nous ne connaissons ni le genre, ni le nombre , ni Fintensité proportionnelle 5 mais parmi lesquelles il est hors de doute qu'on doit compter le mouvement. Si la sécrétion de la graisse est plus variable que la plupart des autres, cela paraît dépendre de ce que le concours des causes qui la produisent est susceptible d'éire influencé d'une manière spéciale par certaines cii constances que nous pouvons souvent distinguer, quoiqu'il nous soit impossible de comprendre le mode de leur influence.

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