IV
U ahsorptioii par les vaisseaux lympliaiiqaes*
Haller et plusieurs autres auteurs ont pensé que les vaisseaux lymphatiques étaient une des terminaisons des artères. Je ne m'arrêterai pas à discuter cette opinion. Mascagni l'a réfutée fort au long 5 niai^, vraie ou fausse , elle ne fait rien à mon objet , puisque cette terminaison n'aurait lieu qu'aux extrémités capillaires. Cndkshank y et sur-tout Mascagni ^ ont considéré la chose autrement. Us admettent qu'il naît des vaisseaux lymphatiques de la cavité des vaisseaux sanguins, comme il en naît en général de toutes les cavités du corps. Ces lymphatiques devant exercer une force absorbante dans les vaisseaux sanguins, on pourrait leur attribuer
la fonction de faire varier le sang dans les différentes régions du corps , et de lui donner des qvialités particulières et appropriées à T usage auquel il est destiné dans chaque organe.
Qu'il y ait des vaisseaux lymphatiques dans les tuniques artérielles , c'est ce dont on ne peut guères douter, puisque ces tuniques sont, comme nous l'avons vu , le siège d'une exhalation. Mais que ces vaisseaux naissent et absorbent dans la^tiavité des artères , c'est une opinion plutôt déduite del'analogie que de l'observation. Il faudrait , pour la soutenir et pour donner aux vaisseaux lymphatiques la fonction dont je viens de parler, faire plus d'une hypothèse. Ainsi, il faudrait supposer qu'ils sont assez nombreux pour altérer , par leur absorption, la nature du sang artériel, malgré la grande vitesse de ce liquide. Il faudrait supposer de plus que leur force absorbante varie dans les différentes artères. Et après cela, on serait peut-être encore dans la nécessité d'imaginer quelqu'autre supposition pôÙT éluder l'objection qu'on pourrait tirer d'une circoûstance qu'ont eux-mêmes observée Cruikshank et Mascdgni, C^est que les liquides que charrient les vaisseaux lymphatiques retiennent ordinairement plus ou moins la coulenr qu'ils avaient à la soUi'ce où ils ont été puisés. Or, Mascàgni ne dit pas aVoir jamais rencontré aucun vaisseau lymphatique brôvenant d'un tronc artériel et dont le liquide fût coloré en rouge. Il est vrai que Cruikshank paraî»,
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avoir élë plus heureux : il dit que dans certains ca^ le sang et même les injections passent immédiatement des vaisseaux sanguins dans les lyniphaiiques. Mais Mascagni nie formellement que ce passage ait lieu. Il affirme que toutes les fois qu'on a cru Tobserver, la substance, soit sang, soit injection, qui paraissait avoir passé immédiatement des vaisseaux sanguins dans les lymphatiques , s'était d'abord échappéexies premiers par transsudation ou par une rupture, et que^ce n'était qu'après cetépanchement qu'elle avait été reprise par les lymphatiques. En un mot, ces deux auteurs , tout en admettant l'un et l'autre que des vaisseaux lymphatiques naissent de la surface interne des vaisseaux sanguins , ne sont point d'accord sur les preuves qu'ils en donnent; Toutes les preuves que cite Cruikshank , et que d'autres auteurs avaient déjà citées auparavant, sont niées par Mascagni, Et quant à celles que donne ce dernier, elles se réduisent à dire qu'ayant poussé de l'eau chaude et colorée dans les vaisseaux sanguins d'un animal vivant, il a pu, à l'aide du microscope , apercevoir les lymphatiques de ces vaisseaux. Je doute qu'on trouve cette expérience démonstrative. Enfin , ils ne sont pas plus d'accord sur les usages que ces lymphatiques peuvent avoir dan§ les cavités vasculaires. Qu'on me permette de ne pas insiste;^ davantage sur le rôle qu'on peut faire iouer à des vaisseaux dont l'existence, encore problématique, est même rojeiée formellement par
( -49 ) M. Blcliaty et Je c(3nclare qu'il n'y a aucune preuve que le sang artériel perde rien par Tabsorplion des lymphatiques , du moins avant d'arriver aux capillaires.
Le mélange de quelque liquide hétérogène.
Il est pareillement incontestable qu'il n'acquiert rien , qu'il ne reçoit aucun liquide étranger à sa nature ; du moins l'anatomie ne nous fait connaître aucun vaisseau, aucun réceptacle, qui verse dans les artères un liquide hétérogène. Le seul liquide de ce genre qu'on pourrait admettre dans les artères est celui qu'on supposerait lobréfier leUr tunique interne. Mais l'existence d'un pareil liquide n'est nullement prouvée : elle n^est même pas probable, car il est tout-à-fait inadmissible qu'un liquide qui^ comme le sang artériel, baigne habituellement tous les organes , quelque délicats qu'ils soient, possède aucune acrimonie. Avancer que ses vaisseaux ont besoin d'être enduits par un liquide moins acrimonieux pour être à l'abri de son action, ou plus onctueux pour faciliter son mouvement, serait une supposition bien gratuite. Et puis , quand on admettrait l'existence d'un liquide de cette nature, il resterait encore à prouver qu'il agit sur le sang à la manière d'un ferment , ou qu^il l'altère d'une manière variable y en s'^
iriéîant en différentes proportions , selon le diamètre des artères. En attendant qu'on eût prouvé tout cela, on pourrait très-bien supposer que ce liquide est parfaitement infermentescible, et que, pour mieux remplir sa fonction , il est immiscible au s;ng, et reste adhérent à la tunique interne des artères. Car ce qu'il y a de consolant dans toutes ces hypôtlîèses , c'est que , s'il est facile d'en créer pour faii e des objcclions, il ne l'est pas moins d'en imaginer d'autres pour y répondre.
M. fichât y ciuï ^ dans son traité des membranes , avait admis que la tunique interne des vaisseaux était sans cesse humectée par un fluide muqueux , reconnaît, dans son anatomie générale, qu'il ne se fait pas plus d'exhalation que d'absorption à la surface de cette membrane.
§. vi.
Les combinaisons graduelles et progressives de Voxigène atmosphérique.
Une question bien autrement digne de fixer notre attention est celle qu'a fait naître, parmi les physiologistes, la théorie chimique de la respiration. Il s'agit de savoir si le gaz oxigène atmosphérique , que la respiration met en contact avec le sang, s'y combine immédiatement dans les poumons , et forme incontinent l'acide carbonique et l'eau qui s'exhalent pendant l'expiration, ou bien
si celle coniLiuaison s*opère plus lard et dans d'autres lieux. Plusieurs pensent que ce gaz ne fait d'abord que s'unir au sang, sans se combiner ni à son carbone ni à son hydrogène, et que ce n'est qu'à mesure que le sang s'éloigne du cœur, en parcourant les canaux de la grande circulation, que celte combinaison a lieu. Si la chose se passait ainsi, il est évident que la nature du sang varierait à mesure qu'il s'éloignerait du cœur. Car il ne pourrait pas abandonner de plus en plus au gaz oxigène une portion de son carbone et de son hydrogène, ni recevoir le calorique que ce gaz laisserait échapper pendant ces combinaisons, sans éprouver successivement diverses altérations chimiques. Mais on ne cite aucune preuve directe en faveur de cette opinion. Celles qu'on allègue se réduisent à dire que si les combinaisons de l'oxigène s'opéraient dans les poumons , il en résulterait un dégagement de calorique trop considérable, et qui produirait dans la poitrine une chaleur incompatible avec la santé. Il faut convenir qu'il existe beaucoiqi d'incertitude dans toutes les données, dans tous les calculs relatifs à 1^ respiration. Ainsi, Goodwin évalue la quantité de gaz oxigène contenue dans l'air atmosphérique à 0,185 tandis que les physiologistes français l'évaluent, d'après Lapoisier^ à 0,27, et que , d'après les expériences faites tant au Caire qvi'à Paris, par M, BertîioUet^ elle paraît être de 0,22. — Goodmn a cru trouver qu'à chaque
( i5-^- ) inspiradon il n'entre dans les poumons que 198 ccntim. et 168 miilim. cubes (10 p. c.) cFrâr atmosphérique. Selon Jurine y il entre Zg6 cenlim. et 336 miilim. c. (20 p. c.)^ 653 centim. et 964 miilim. c. (33 p. c.), selon Menzies ^ et selon les physiologistes français, de 694 centim. et 5o4niilL c. à 792 centim. et 672 mill. cub. (de 3o à 40 p» c. ) — On n'est pas pins d'accord sur la quantité du gaz oxigcne qui est consommée à chaque inspivation. Selon Goochviuy elle est de treize parties en volumes sur 18. Menzies ne s'explique point sur ce sujet 5 mais comme il admet que tout le gaz consommé est employé à former de l'acide carbonique, si on calcule la quantité qu'en contiennent les 589 cenlim. et i53 miilim. cub. (29,73 p. c), d'acide carbonique qu'il dit se former chaque minute dans les poumons , on trouve qu'elle ne fait pas tout-à*fait le quart de celle qui , selon cet auteur, doit être inspirée dans le même temps. Je trouve dans un tableau manuscrit de M. Chaussier sur la respiration, que sur vingt-sept parties de gaz oxigène qui entrent dans les poumons, il en est consommé treize , c'est-à-dire , un peu moins de moitié. — La quantité d'acide carbonique qui se forme dans les poumons, n'est pas mieux déierminée. Goodwin veut qu'elle forme les 0,11 de l'air inspiré, et Menzies seulement les 0,063 la plupart (Xq^s autres auteurs admettent des quantités moyennes entre ces deux extrêmes. — La vapeur
( i53) aqueuse qui s'cxliale des poumons n*est évaluée par Menzics (pi'à io6 nilUigiani. (2 grains) pour chaque miniue. Mais quelques autres physiologistes esliment qu'elle est de 978 gram. et 292 niilligrani. (2 liv. ) en vingl-quatre heures, ce qui fait environ 636 milligram. (12 gr.) par minute. — Enfin , on ne connaît point au juste quelle est la quantité de sang qui traverse les poumons dans un temps donné. Toutes ces incertitudes, et l'ignorance où nous sommes encore de beaucoup de circonstances relatives , tant à ce qui se passe dans la respiration , qu'au dégagement du calorique en général, rendent impossible de déterminer, je ne dis pas seulement avec précision , mais même par approximation, la quantité de calorique que pourraient laisser dégager dans les poumons les combinaisons de Foxigcne atmosphérique. Néanmoins, connue ceux qui prétendent que la chaleur serait trop grande dans les poumons, si les combinaisons s'y opéraient , n'ont pu, n'ont dû embrasser cette opinion, que d'après des supputations basées sur l'état actuel de nos connaissances, tant en chimie que sur la respiration 5 cherchons, si, en partant de données plutôt trop fortes que trop faibles , on arriverait à un résultat conforme à cette opinion. Yoyons, si véritablement il y a quelque lieu de redouter cette déflagration pulmonaire, dont semblent nous menacer quelques physiologistes , si nous ne réléguons pas hors du poumon, si nous ne trans-
( i54) porlons pas avec eux, clans la grande circulation , les combinaisons de Toxigène atmosphëiique.
Admettons donc ,
Que le nombre des contractions du cœur étant de 72 par minute , celui des inspirations soit de 18 ;
Qu'à chaque inspiration il entre dans les poumons 693 centim. et 588 millim. cub. ( 35 p. ) d'air atmosphérique;
Que les 0,22"' de cet air soient du gaz oxigène ;
Que la moitié de ce gaz soit consommée dans les poumons j et employée à former d'abord uniquement de l'acide carbonique, puis de l'acide carbonique et de l'eau tout à la fois ;
Que la vapeur aqueuse qui s'exhale des poumons soit de 636 milligram. (12 grains) par minute;
Enfin , que la quantité du sang qui traverse les poumons pendant une minute , soit de 3913 gram. et 168 milligram. (8 liv.) — Evaluation plutôt trop faible que trop forte, puisqu'en supposant que le ventricule droit contienne seulement 61 gram. et 143 milligram. (2 onc.) de sang , qu'il se contracte 72 fois par minute, et qu'à chaque systole, il se vide complètement, il pousserait dans les poumons 4402 gram. et 3 14 milligram. ( i44 ^uc. ou 9 liv.) de sang par minute ;
Et calculons quel surcroît de température pourrait donner à ce sang le calorique qui se dégagerait de la moitié du gaz oxigène inspiré , si ce gaz se combinait immédiatement dans les poumons.
Supposons tVabord qu'il ne forme que de raclde carbonique.
Puisque le nombre des inspirations est de 18 par minute j qu'à chaque inspiration il entre 6^3 cent, et 588 millim. c. (35 p.) d'air atmosphérique dans les poumons, et que les 0^22*^'. de cet air sont du gaz oxigène , il entre à chaque minute dans les poumons 274^<^Gi^^ii^i' c^ 607 millim. cub, ( i38;6 p.) de gaz oxigène. La moitié de ce gaz pèse 1 889 mill. (34j65 gr. à ^ grain le pouce cube) et doit être employée à former de Facidc carbonique. Mais puisque y 2 parties en poids de gaz oxigène , forn\ent 100 parties d'acide carbonique, 1839 milligram. ( 34j65 grains ) en doivent former 2554 milligr. (48,12 grains), dont le volume est à celui de l'air atmosphérique inspiré , comme 1 1 est à 1 00 : rapport qui est précisément celui qu'indique Goodwin , et qui est plus que double de celui qu'a trouvé Menzies. Selon Lavoisiery il se dégage pendant la formation, de 489 gram. et i/{6 milligram. (i liv.) d'acide carbonique, une quantité de calorique capable de fondre 27 liv. de glace , que, pour éviter la muliipliciié àfâs chiffres que donneraient les comparaisons des poids , nous considérerons comme autant de parties dont chacune a une valeur déterminée de 489 gram. 146 milligram. 11 doit donc s'en dégager pendant la formation de 2647 "^ilh<^. (48 grains en négligeant la fraction) d'acide carbonique une quamité qui ferait fondre 0^1406 part.
de glace. Une portion du calorique ainsi dégagée est enlevée par la vapeur et par les gaz expirés qui se mettent à la température du poumon. Suivant le doct. FTatt, i5i gram. et5i2 milL (4^956 onc.) d'eau absorbent, tant pour se maintenir sous forme de vapeur, que pour prendre la température du poumon, une quantité de calorique capable de fondre 4y^^9 p^^it. de glace, 636 milligr. ( J2. gr. ) d'eau, en absorbant donc, dans les inêmes circonstances, une quantité capable de fondre 0,016 jxirt^ de glace. Le même doct. jPJ^at esiime que le gaz acide carbonique, et les gaz résidus de la respiration, enlèvent et dissipent sous forme de chaleur sensible , dans l'espace de vingl-quatre heures , une quantité de calorique qui ferait fondre 20,9262 part, de de glace 5 ils en enlèvent donc chaque minute une quantité capable de fondre 0,014 part, de glace. Cette dernière évaluation convient spécialement aux données du doct, Menzles : d'après celles que j'admets, les gaz expirés étant un peu plus considérables , ils doivent enlever une plus grande quantité de calorique ^ mais la différence est trop petite pour mériter d'être calculée. Elle ne serait d'ailleurs qu'à mon avantage.
La quantité de calorique qu'enlèvent tant la vapeur aqueuse que les gaz expirés, étant donc exprimée par 0,016 d'une part, et par 6,014 de l'autre, si on défalque leur somme i,o3 de o, 1 406 que nous avons trouvé pour l'expression de tout
'( ^^7 ) ce qui se dégage de calorique pendant la formalioii de l'acide carbonique^ le reste 0,11 indique la quantité de glace que ferait fondre le calorique qui demeure dans les poumons , et se fixe dans le sang à chaque minute. Il ne reste plus qu'à connaîtie la température que pourrait donner ce calorique à 0913 gram. , et 168 milligram. (8 liv.) de sang. Or, suivant Lapoisier , une partie de glace { c'^est-à-dire 1 liv. ) à zéro , absorbe pour se fondre une quantité de calorique capable d'élever 4^9 gram. et i4<^ miligr. (1 liv. ) d'eau de zéro à 60 degrés, échelle de Keaumur^ 0,11 part, de glace doivent donc en absoiber une quantité capable d'élever la même quantité d'eau de zéro à 6,6deg.j ou plus généralement d'augmenter de 6,6 deg. la température de cette eau , en supposant , comme on le fait pour l'ordinairq, qu'un corps qui ne change ni de nature ni d'état, conserve la même capacité calorimétrique à toutes les températures 5 capable par conséquent d'augmenter de 0,82 d,. celle de 0913 gram. et 168 milligr. (8 liv.) d'eau. Mais, d'après le doct. Crawford^ l'eau et le sang veineux ont des capacités pour le calorique, qui sont : : 1 000 : 892. La température que peut donner à, deux corps une même quantité de calorique, étant, eu raison inverse de leurs capacités, celle que prendraient 3913 gram. et 168 milligr. (8 liv.) de sang par le calorique en question , se détermine donc par cette proportion, 892 : 1000 : : 0,82 :
( i58) rtm 891 . Ainsi, le calorique que laisserait dégager en formant de l'acide carbonique la moitié du gaz oxigène inspiré dans un temps donné , ne pourrait élever que 0,91^5. de deg. la température du sang .veineux qui traverserait les poumons dans le même temps , et partant celle du même sang devenu artériel s'il conservait la capacité veineuse.
Cherchons maintenant quelle augmentation subirait la température du sang dans les poumons > s'il y avait, à la fois, formation d'eau et d'acide carbonique : circonstance dont il est d'autant plus important de nous occtiper , que c'est pa'rtiêùlièrehient de la formation de l*èâuqûé plusieurs physiologistes'semblent redouter tiil trop grand dégâgetilent de calorique.
Supposons donc qu'une partie des iSSp milligr. (34,65 grains) d'oxigene qui sont consommés chaque mintité dans les pounions, soit employée à former de l*èlu; suppôs^oùs même toute l'eau qui est entraînée par l'expiration, et que nous avons évaluée à (536 milligr. ( 12 grains) par minutes, soit prodtiite d^ cette manière. Les excellences de Lapot^iVrnoiis apprennent qu^il se déigage, t^éndant la formation, de 489 g^i- et 146 milligr. ( i liv. ) d'eau', une quantité de calorique capable de fondre 44j'^38 part.: de glace. Celle qui se dégageiàlt' pendant la formation de 63^ milligr. (liz grains) d'eau, en pourrait donc fondre o\6Sjj part. Et même un un peu rrioins ; car Lai^oisier ayant employé , dans
ses expériences de Thydrogène à Te'tal de gaz , tout le calorique qui donnait à cet hydrogène la forme gazeuse , et qui s'est mis en liberté pendant la formation de l'eau , doit être en moins dans les poumons où l'hydrogène dont se forme l'eau , n'est pas à l'état de gaz.
Puisqu'il entre 85 parties en poids d'oxigène dans loo parties d'eau, il en doit entrer 641 ( r 10,12. grains) dans 636 milligr. (12 grains) d'eau. Il n'en restera donc, pour foi^ier de l'acide carbonique , que 1298 milligr. (24,4^ grains) lesquels en formeront 1799 millig. (33,9 gi'ains), en abandonnant une quantité de calorique capable de fondre 0,0993 part, de glace. Si on ajoute à ce calorique celui qui se dégage pendant la formation des 636 milligr. (12 gi^ins) d'eau, leur somme pourrait fondre 0,167 P^i'^» ^^ glace .5 mais il faut retrancher de cette somme toute celle qui s'en échappe pendant l'expiration , et dont la quantité est sensiblement la même dans ce cas- ci que dans le précédent, où nous supposions qu'il ne se formait que de l'acide carbonique : quantité que nous avons représentée par la fusion de o,o3 part, de glace. Ce qui reste dans les poumons, de tout le calorique fourni, tant par la formation de Teau que par celle de l'acide carbonique, pourrait donc fondre 0,127 P^^^. de glace. Mais puisque nous avons trouvé précédemment que la température de 3913 graiîa. et 168 milligr. (8 liv. ) de sang
veineux serait augmentée de 0,91 deg. par uae quantité de calorique, comme 0^1 1 5 eilc le serait de i,o5 deg. par une quantité de calorique , comme O5I27. Ainsi le calorique qu'ahandonnerail la moitié du gazoxigène, inspiré dans un temps donné pour former à la fois de l'eau et de l'acide carbonique, ne pourrait élever que de i ,06 deg. la température du sang veineux qui traverserait les poumons dans le même temps , et par conséquent celle du même sang devenu artériel, s'il conservait la capacité veineuse.
Résumons en peu de mots tous ces calculs :
le*". Cas. La moitié du gaz oxigène inspiré y 11 est employée au à former de V acide carhonicjue,
18 inspirations, contenant chacune 690 centi. et 588 milli. cub. (35 pouces) d'air atmosphérique, dont les 0,22. es sont du gaz oxigène, font entrer; à chaque minute dans les poumons 274^ centim.i et 607 millinii cub. (i38,6 pouces) de gazoxigène. viqqr;.
,3 bliiîi.. ' : ;.;::p:iîqàii:'> '^oi^Ji'. ^ La moitié de, ce sjaz, ou iStJ centim. et 3o3
millim.' cub. (^9,3 pou-ces)^ pèse 1 839 milli-
gram. (34j^5 grains), et contribua à former 2,547.
milUg. (4^ S^'O d'acide carbonique , e.n laissant
dégager une quantité de calorique représentée
par , , 0,14
Si l'on retranche de ce calorique celui qui se dis-
sipe pendant les expiraûons, et qui a
pour expression 0,03
Le reste o^ii
pourrait augmenter
de 6,6 deg. la température de ^S^ gram. et 146 milligram. (il.) d'eau ; de 0^82, celle de 091 3 gram. 168 millig. (|8 liv. ) d*eau ^ de 0,91 , celle d'une égale quantité de sang veineux.
II®. Cas. La moitié du gaz oxigène inspiré^ 6?Valuée comme dans le premier cas à 1,839 ^lUgJ** (34>65 gr.^ par inimité , contribue à former tout à la fois y de Veau et de V acide carhonicjue»
Les 636 milligr. (12 gr.) d*eau expirés chaque minute , ont besoin , pour se former , de 641 milligr. 10,2 gr. ) d'oxigène, et dégagent, en se formant, une quantité de calorique qui est comme 0,0577.
Si on ajoute à ce calorique celui que les 1298 milligr. ( 24^4^ gï** ) ^^ gaz oxigène restant abandonnent pour entrer dans la composition de 1799 milligr.
(33,9 g^'* ) d'acide carbonique et qui est
comme 0,0993
et si de leur somme 0,1670
on retranche celui qui se perd pendant les expirations et qui est encore ici représenté par. o,o3 le reste a pour expression o?i27
IlK Parité, 1 i
cl pourrait aiigmenler de i,o5 deg. Li lempé rature de 0913 gram. et 168 mil. (8 1. ) de saug veineux.
Concluons donc que la plus haute température oue les combinaisons de Voxigène atmosphéricjue puissent donner au sang dans les poumons , est de i^o5 deg, de Iléaumur.
Ces calculs sont imités du doct. Menzies, J'ai cru devoir les refaire ici tout au long, attendu que les données que j'ai admises, sont beaucoup plus fortes que celles du médecin anglais. La marche que j'ai suivie est d'ailleurs un peu différente de la sienne» Au lieu de clierclier comme lui à déterminer quelle est précisément la quantité de calorique qui se dégage dans les poumons , j'ai seulement voulu connaître quel en pouvait être le maximum. Car, en examinant les choses d'après l'état actuel de nos connaissances , je regarde les deux résultats que j'ai obtenus , et sur- tout le dernier comme le maximum de température que la respiration puisse ajouter au sang. En effet, la donnée principale , celle d'où dépend spécialement l'augmentation de température dans les poumons, est la quantité de gaz oxigène qui s'y combine. J'ai évalué cette quantité à la moitié de celle inspirée : évalualion indubitablement trop forte. Elle est supérieure à celle admise ordinairement par les physiologistes, excepté Goodwin, àoxiilowxes les mesures de gaz inspirés et expirés, paraissent être erronées. Il est possible même que l'évaluation des autres
( i63 ) pliyslologlstcs , quoique plus faible que celle d'après laquelle j'ai calculé, soit encore trop forte. L'erreur est ici très-facile. IJu homme qui fait de rexercice, ou qui parle depuis un certain temps , expire un air très-peu vicié ^ et qui ne trouble que faiblement Teau de chaux ^^ tandis que, si cet homme fut resté tranquille et dans le silence , Tair sorti de ses poumons aurait troublé davantage Teau de chaux , et l'aurait même troublée d'autant plus , à volume égal, que l'expiration aurait été plus profonde. Il est évident que dans ce dernier cas, tout l'acide carbonique expiré n'est pas le produit d'une seule inspiration, et que pour peu que Texpiration ait été profonde, on évalue trop haut le degré d'altération de l'air inspiré. — Une autre supposition qui contribue à rendre le dernier résultat trop fort, est que toute l'eau expirée se forme dans les poumons 3 tandis qu'il est généralement reçu qu'une partie de cette eau s'échappe du sang par transpiration. Il est même plus que probable qu'elle provient toute de cette source , et qu'il ne s'en forme point du tout dans les poumons.
Nonobstant tout cela, et malgré qu'on calcule d'après toutes les données de la chimie sur les quantités de calorique qui se dégagent pendant les différentes combinaisons de l'oxigène 5 malgré qu'on suppute le plus exactement possible , tout «e qui se perd du calorique dégagé, et tout ce qui
( i64 ) ■en resie dans les poumons 5 enfin, nialgre qu'ont néglige toute différence de capacité calorimétrique, entre le sang artériel et le sang veineux , à peine peut-on trouver que la température du sang artériel surpasse d'un degré celle du sang veineux. Et il est évident que quoique les poumons soient le foyer permanent du^îîdorique qui se dégage , ds ne peuvent pas prendre une température plus élevée que celle du sang , qui ne fait que les traverser. Baignés d'un côté j et dans tous leurs points , par ce sang , en contact de l'autre avec une vapeur qui s'en exhale , ils ont nécessairement la même température que ce liquide et que cette vapeur.
Je viens de dire que j'ai négligé à dessein toute différence entre la capacité calorimétrique du sang veineux , et celle du sang artériel. On ne peut guères douter néanmoins qu'il n'en existe une. Plusieurs considérations l'indiquent. Elle paraît d'ailleurs avoir été constatée par des expériences. Le docteur Crawford a même essayé d'en déterminer le quantum. Il a trouvé que la capacité du sang veineux est à celle du sang artériel : : 100 ; 11 5. Différence assez grande pour opérer des réductions notables dans les températures, et qu'en conséquence, il n'est pas permis de négliger. Aussi le docteur Menzies s'est-il gardé de l'omettre. Mais il est tombé à cet égard dans une étrange erreur. C'est que , tout en admettant le rapport indiqué par le docteur Crawford , il n'en a tenu compie que
( KÎS) pour calculer Tcffet llierniomé trique que doil produire sur le sang artériel , le calorique dégagé par la respiration. Et quant à celui que contenait déjà le sang -veineux , en entrant dans les poumons , et qui déterminait sa température , il a supposé , ou il parait avoir supposé qu'il pouvait encore élever au même degré la température de ce sang devenu artériel , c'est-à-dire , qu'il pouvait remplir au même niveau, des capacités si différentes.
Yoyons donc ce que doit devenir dans la capacité artérielle , telle qu'elle a été déterminée par le doct. Crawford f non pas seulement le surcroît de température que la respiration peut donner an sang veineux, mais toute la température qu'avait ce sang , augmentée de celle qu'il peut recevoir dans les poumons. — Nous avons trouvé que quand il se forme à la fois de l'eau et de l'acide carbonique dans les poumons, la température du sajag veineux pourrait être augmentée de i,o5 deg. Supposons que la température de ce sang soit de 3o degrés avant qu'il subisse l'action pulmonaire , elle serait donc de 3i,o5 degrés après avoir reçu le calorique que cette action pourrait lui donner. Pour déterminer ce qu'elle devient dans le sang artériel , par la différence de capacité, on établit cette proportion : ii5 ; loo : : 3i,o5 : a: = 27 deg. Nous sommes donc amenés à cette conclusion , que si le sang veineux a une température de 3o degrés avant de âubir l'action pulmonaire , celle q^u'il aura après
Favoir subie ^ et en avoir reçu tout le calorique qu'elle peut lui fournir , loin d'être augmentée, sera au contraire diminuée de plusieurs degrés. La diminution doit même être plus grande encore que celle que je vieus de trouver. Car, en cherchant à la déterminer 5 je n'ai pu éviter de commettre une erreur analogue à celle du docteur Aïenzies, Eu effet , je n'ai ramené à la capacité artérielle qu-e la quantité de calorique que contient le sang veineux au-dessus du zéro^ et j'ai supposé que tout ce qu'il en contient au-dessous , monte au même niveau dans les deux capacités , et qu'il peut élever à zéro la température de l'un comme de l'autre sang. Autrement , j'ai calculé comme si le zéro du thermomètre répondait à zéro de calorique. Or , ces deux termes n'ont rien de commun. Le zéro de calorique est un terme inconnu , inassignable. Le zéro du thermomètre n'est qa'un terme de convention y un point de départ pour la graduation , audessous comme au-dessus duquel le thermomètre fait sa fonction, et partant iudique la présence du calorique. Pour connaître avec précision ce que devient la température du sang veineux dans la capacité artérielle, il faudrait avoir un thermomètre dans lequel ces deux termes coïncidassent. On pourrait^ à l'aide d'un pareil instrument, établir celte proportion : ii5 : loo : : La température à laquelle est élevé le sang veineux, par tout ce qu'il contient de calorique non combiné , est à celle à
( «5/- ) laquelle serait élevé , par celte même quantité de calorique , ce même sang devenu artériel. Il est évident qu'elle donnerait pour quatrième terme , une température inférieure, et peut-être même de beaucoup à celle de 27 deg. Résultat qui ne cadre guères avec les idées reçues , touchant l'influence de la respiration sur la chaleur dvi sang , mais qui dérive nécessairement de toutes les données relatives à cette fonction. Si le docteur Menzies en a trouvé un opposé , c*est qu'il n'a pas fait toute Fatlention convenable à une de ces données, et qu'il ne Ta pas prise dans toute sa latitude. Aussi cette inexactitude rend-elle erronées \e*3 deux principales conséquences qu'il a déduites de tout son travail sur la respiration : l'une, que l'augmentation de température que le sang artériel acquiert dans les poumons , est un des principaux stimulus des cavités gauches du cœur 5 l'autre , que c'est par cette même augmentation de température que la chaleur de tout le corps est renouvelée et entretenue. Il peut être vrai que la chaleur animale ne soit entretenue que par le calorique que la respiration fixe dans le sang artériel 5 mais il ne l'est pas qu'elle le soit par l'augmentation de température en question, ou du moins, ses données ne l'autorisaient point à le conclure.
J'ai encore omis , dans les calculs pr écédens , une circonstance fort importante , et dont on ne peut s'empêcher de tenir compte 5 je veux parler de la
quantilé de caîoiiqne qu'absoibe un corps en prenant une capacité plus grande. A la vérité, le docteur Craw/ordiin attribué cette absorption qu'à ce que la capacité devenue plus grande , a besoin d'une quantité de calorique plus considérable pour être remplie depuis zéro de calorique, jusqu'au degré que se trouve avoir le corps au moment où il change de capacité. Dans ce sens, cette absorpition ne serait point une circonstance à part ; elle se trouverait calculée par la même proportion qui déterminerait l'effet qiie produit sur la température l'augmentation de capacité. Mais les chimistes français ne partagent pas cette opinion. Ils ont établi que, pendant l'augmentation de capacité, une certaine quantité de calorique se combine avec le corps qui la subit , en devient partie constituante , et cesse de marquer au. thermomètre. Je sais bien que c'est particulièrement dans les cas où l'augmentation de capacité est produite par ce qu'ils appellent un changement d'état, c'est-à-dire, par le passage de l'état solide à l'état liquide , de l'état liquide à celui de fluide élastique, qu'ils ont admis cette combinaison du calorique. Mais, si l'on examine les raisons qu'ils en donnent pour ces cas , on conviendra qu'une pareille combinaison doit avoir lieu dans tous les autres cas de changement de capacité , et qu'il est indifférent à cet égard que les corps changent d'état, ou qu'en conservant le même état ils changent seulement de nature. En un mot ^ ce
paraît être vm axiome dans la théorie du calorique , «lie tout corps , dont la capacité calorimétrique augmente dans quelque circonstance et par quelque cause que ce soit, absorbe, pour prendre cette augmentation, nne certaine quantité de calorique qu'il ne contient pas à l'état d'interposition, pour me servir des expressions de M. Stguin , mais à rétat de combinaison. C'est ainsi que de la glace à zéro absorbe en se fondant, c'est-à-dire, en prenant la capacité de Teau , tout le calorique nécessaire pour élever de zéro à 60 degrés, la température d'une égale quantité d'eau, et qu'après cette absorption, elle se trouve encore être à zéro 5 quoiqu'à vrai dire, tout ce calorique ne se combine pas avec la glace pour lui donner la capacité de l'eau , mais qu'une partie serve à remplir l'augmentation de capacité une fois opérée. Car il est indispensable de concilier l'opinion du docteur Crawford avec celle à^Q.?> chimistes français. On ne peut pas apprécier quelle portion du calorique absorbé reste simplement interposée, et quelle portion se combine. Mais cela est indifférent pour notre objet, puisque nous voulons seulement connaître la quantité totale qu'en absorbe le changement de capacité. Eornons-nous donc ici à répéter, qu'une partie de glace absorbe uniquement, pour se fondre, tout le calorique nécessaire pour augmenter de 60 degrés îa température d'une égale quantité d'eau , sans nous embarrasser de ce que devient ce calorique
( ^7^ ) après son absorption. Mais, suivant Kiiwan ^ la capacité de la glace est à celle de Teau : : 9 : lo, c'est-à-dire, : : 100 : 11 1 . Et nous avons dit précédemment que, suivant Crawford ^ la capacité du sang veineux est à celle du sang artériel : : 100 : I i5. Si donc la quantité de calorique qu'absorbe un corps en cbangeant de capacité, était proportionnelle à la différence qui existe entre les deux capacités qui se changent Tune dans l'autre, le sang veineux devrait en absorber beaucoup pins pour prendre la capacité artérielle, que ne fait la glace pour prendre la capacité de l'eau. Le calcul donne qu'il devrait en absorber tout ce qu'il faudrait pour augmenter de 81,81 degrés, la température d'une égale quantité d'eau, et de 79, 43 degrés, celle d'une égale quantité de sang artériel, la capacité de l'eau étant à celle du san^ artériel : : 100 : io3.
Véritablement , je ne sais où prendre l'énorme quantité de calorique nécessaire pour assouvir une pareille avidité 5 car on voit bien que les 0,91^^^ et les 1,0 5 ^s de degré que nous avons trouvés pour résultats des combinaisons pulmonaires , ne seraientquede très-chéiifs morceaux pour un si terrible appétit , et que toute la température qu'ont les poumons au-dessus de zéro, serait elle-même insuffisante. Ainsi, pendant que plusieurs physiologistes veulent transporter hors du poumon , les combinaisons de l'oxigène atmosphérique , pour prévenir la déflagration , l'examen de tout ce qui
se passe dans ces combinaisons , nous fait connaître qae ce n'est réellement pas de ce côté que se tronve le danger, et que c'est, au contraire, la congélation que nous avons à redouter. En effet, si Ton ne tient compte d'aucune différence de capacité entre le sang artériel et le sang veineux, on trouve , à la vérité, que le premier reçoit dans les poumons une augmentation de température. Mais cette augmentation ne va qu'à un degré ; encore pour la trouver faut-il exagérer la plupart des données. Or, ce degré de température, loin de pouvoir être considéré par les physiologistes comme nuisible dans la poitrine, est même inférieur à la différence que plusieurs d'entre eux admettent, et admettent d'après l'expérience , entre la température du sang veineux et celle du sang artériel. Mais si l'on admet , et il ne paraît pas possible de s'en dispenser 5 si l'on admet, dis- je , une différence de capacité entre les deux sangs, on trouve que la respiration, loin d'augmenter la température du sang artériel , la rendrait inférieure de plusieurs degrés à celle du sang veineux , quand bien même tout le calorique de celuici , en passant d'une capacité dans l'autre , continueiait d'être simplement interposé. Mais comme toute augmentation de capacité produit une absorption de calorique, dont une grande partie passe à l'état de combinaison 5 si l'on suppute cette absorption d'après les données actuelles , on trouve qu'elle
( 17^ ) pourrait amener les poumons au-dessous du degré de la congélation.
J'aurais donc assez beau jeu pour soutenir qu'un des usages de la respiration , est de diminuer la température du sang veineux , au moment où il devient artériel. Et il me semble que les partisans de Topinion contraire en seraient quitte à fort bon marcbé, si je leur demandais seulement que cette diminution fût de deux degrés y d'autant plus qu'à l'appareil des calculs, je pourrais ajouter d'autres preuves. Je rappellerais , par exemple , que dans les lieux où l'on respire mal , et où l'air n'est pas renouvelé , on ressent en soi une cbaleur incommode que dissipe la respiration d'un air libre et pur. Je ferais remarquer aussi la chaleur des cadavres dans certaines asphyxies. Puis, je ferais intervenir l'opinion de nos devanciers qui voulaient qu'un des principaux usages de la respiration fût de rafraîchir le sang. Enfin , une circonstance trèsprécieuse , et que je ferais valoir de mon mieux ^ c'est que je pourrais réunir dans mon opinion^ celle des anciens et des modernes, en faisant voir que le poumon est tout-à-la-fois le réfrigèrent dvi sang, et le foyer de la chaleur animale.
Mais au lieu de m'embarquer ici dans des paradoxes étrangers à mon sujet, je conviendrai que les calculs précédens, comme presque tous ceux de ce genre , quoique fort bons pour combattre des opi-
( ^73) liions vagues ei hypothétiques , ne le sont pas pour nous faire connaître au juste ce qui est. Et après les avoir employés utilement à réfuter une erreur , ce serait en commettre une autre y que de prendre leurs résultats pour l'expression exacte de ce qui se passe réellement dans la nature. Je le disais au commencement de ce paragraphe, toutes les données relatives à la respiration sont incertaines ; et par conséquent tous les résultats auxquelles elles conduisent ne peuvent être considérés que comme des probabilités plus ou moins éloignées de la vérité. Parmi ces données, il faut sur-tout distinguer le rapport indiqué par le docteur Crawford entre les capacités artérielle et veineuse : rapport qui donne un caractère d'exagération à tous les produits dans lesquels il entre comme facteur. Ce qui suffirait pour prouver qu'il est erroné, quand on ne saurait pas d'ailleurs que la méthode d'après laquelle il a été déterminé , est essentiellement défectueuse. C'est une fort belle découverte en physiologie, que celle de la différence de capacité entre les sangs artériel et veineux. Mais il faut ne l'admettre que comme vui fait dont le cjuantum n'est point déterminé, et ne le sera vraisemblablement jamais. Tout ce qu'on peut faire , c'est de hasarder quelques conjectures sur cette détermination. Ainsi, dans l'hypothèse que la respiration peut augmenter d'un degré la température du sang veineux en la portant de 3o à 3i degrés, et que ces 3i degrés sont rame-
Dits de reclief à 3o par la capacité arlérielle , les deux capaciics sciaîcnl entre elles : : loo : io3 , en ne tenant compte ni du calorique que contient le sano veineux au-dessous du zéro thernio métrique, iii de celui qui se combine pendant le changement de capacité. Mais comme il n'est pas possible de néiiliger ces deux quantités de calorique , il est manifeste que ce rapport est trop grand , et je doute si celui de loo à I o i ne Test pas lui-même.
Quand on est obligé de corriger, de rapetisser ainsi les données , pour ne pas trouver la température du sang artériel inférieure à celle du sang veineux, on conçoit à peine comment divers auteurs ont pu annoncer, et annoncer diaprés des expériences tliermométriqucs y qu'elle est supérietire de deux degrés. On m'objectera que tous les raisonnemens doivent se taire devant les faits, et que quand le thermomètre atteste que cette différence existe, on doit l'en croire, nonobstaut toute supputation contraire. Je suis fort éloigné de reçu série témoignage du thermomètre ; mais on me tiermettra de faire observer qu'en pareille matière, cet instrument peut fort aisément devenir un faux témoin. Il n'est pas du tout facile de déterminer avec précision la température qu'a le sang dans tel ou tel vaisseau. Si l'on ne se sert pas de l'instrument le plus propre à faire promplement sa fonction , c'est-à-dire d'un thermomètre à mercure , construit sur les plus petites dimensions, et si l'on
ne prend pas garde que suivant la vitesse avec laciucUc le sang circule , suivant l'épaisseur des tuniques du vaisseau et suivant son diamètre , le thermomètre doit remplir sa fonction plus ou moins promptement, et le sang perdre plus ou moins de sa température pendant qu'il la remplit, sur-tout si la température atmosphérique est un peu basse; on pourra fort bien se tromper d'un ou deux degrés sur trente , et croire que le sang de tel vaisseau est plus chaud de cette quantité que celui de tel autre , quoique l'un et l'autre soient réellement à la même température. Aussi les auteurs qui ont tenté des expériences de cette nature sont-ils peu d'accord entre eux. Les causes d'erreur dont je viens de parler 5 expliquent assez pourquoi c'est le sang veineux que plusieurs ont trouvé moins chaud. Ce n'est point, h la vérité, en plongeant le thermomètre dans les troncs artériels et veineux, que ScJuvencke a observé la différence de température de leurs sangs 5 mais sa méthode , qui consistait à remplir deux vases , l'un du sang retiré de la carotide , l'autre de celui retiré de la jugulaire , est manifestement plus défectueuse. A quoi il faut ajouter que ses thermomètres étaient construits sur des dimensions beaucoup trop grandes.
Ce n'est pas que je veuille dire que le sang contenu dans les veines extérieures, ne puisse pas avoir une température inférieure. Mais, sauf les cas où il se fait à la surface du corps une grande
( 17^ ) et subite souslracdon de calorique, ce sang en se mêlant à celui des veines inlërieures, et en traversant les grandes cavités pour arriver an cœur, doit reprendre , avant d*y arriver , la température de ces cavités, c'est-à-dire , la température artérielle. Sa vitesse pen considérable , le peu d'épaisseur des tuniques veineuses , les oscillations qu'il épVouve dans les deux veines caves , et peut-être encore quelques autres causes dont il serait déplacé de faire mention ici , lui en donnent la faciliié. En un mot, il n'est point du tout probable que le sang des veines intérieures et celui de l'artère pulmonaire aient, comme le veulent plusieurs physiologistes , une température inférieure à celle du sang artériel.
Il résulte de là que ce n'est point par un excès de température , que le sang artériel renouvelle et entretient la chaleur du corps. Ce mode de renouvellement serait sujet à bien des difficultés dans le détail desquelles je ne puis pas entrer, mais qui sont levées par le changement de capacité. On conçoit très-bien que le sang, en prenant dans les poumons une capacité plus grande , peut se charger du calorique que dégage la respiration sans augmenter de température , et qu'arrivé aux extrémités capillaires de la grande circulation, il doit, en y reprenant la capacité veineuse , abandonner tout le calorique pris dans les poumons. Cette théorie simple et lumineuse que je ne puis qu'indiquer ici.
i '77 ) a cie exposée dès 1790 par M. Seguin ^ et ii*a peut-cire point assez fixé Fat ic»ii lion des pliysiologisies. M. Seqidn. attribuait parliculièremcnt le changement de capacilé qu'éprouve le sang dans les poumons , à la sousiraclion d'une certaine quanli lé d'hydrogène carboné 5 et celui qu 'il éprouve dans les extrémités capillaires de la grande circulation à une absorption de la même substance. C'était pe'nétrer trop avant dans les causes , et gâter une bonne théorie par une étiologie yicieuse. Il est très-douteux que le sang perde de son hydrogène dans les poumons 5 il Fest encore plus y il est même tout-à-fait invraisemblable qu'il reprenne ni hydrogène ni carbone dans les extrémités capillaires de la grande circulation. Il change de capacité dans ces dernières parties , parce qu'il y devient veineux , et il y devient veineux par des causes qui varient comme les organes auxquels il se distribue , et qui font sans doute qu'au sortir de ces organes , les sangs veineux ont entre eux des capacités différentes. Quant à Faugmeuiaiion de capacité que prend le sang en traversant les poumons j elle dépend du changement intime qu'il y subit dans sa composition : changement encore inapprécié , mais qu'on ne peut pas aUribuer uniquement à une soustraction d'hydrogène carboné. Contentons-nous des faits qui sont à notre- portée, quand nous ne pouvons pas aller plus loin, et ne nous croyons pas sans cesse obligés d'en développer toutes les causes,
//« .Partie, 12.
de peur que des étiologies trop hasardées ne jettent du louche sur les faits eux-mêmes.
Mais ces questions s'éloignent de mon sujet. Je ne dois pas oublier que je ne suis entré dans toute cette discussion sur la respiration, que pour rechercher si les combinaisons'de Toxigène atmosphérique peuvent s'opérer immédiatement dans les poumons , et notamment si elles peuvent s'y opérer sans produire une chaleur incompatible avec la santé. Il me semble que l'affirmative résulte assez clairement de tous les détails dajis lesquels je suis entré. J'ajouterai pourtant encore quelques considérations.
Il est indubitable que le sang ne devient artériel dans les poumons, qu'en y subissant des combinaisons chimiques , et que l'action du gaz oxigène atmosphérique est en quelque sorte l'àme de ces combinaisons. Mais comment ce gaz pourrait-il les déterminer en ne faisant que se dissoudre dans le sang , et sans éprouver lui-même une véritable combinaison ? Cela ne paraît point s'accorder avec les notions que nous donne la chimie de la manière dont les corps agissent les uns sur les autres. Teuton qu'il se combine réellement , mais que la combinaison n'aille pas jusqu'à former de l'acide carbonique î Cette combinaison , quelle qu'elle soit, ne peut pas avoir lieu , sans que l'oxigène abandonne le calorique qui le tenait à l'état de gaz; et il reste à savoir si ce calorique n'égalerait pas en
( 179 ) quanllté celui qui se dégagerait pendent la formalion de Tacidc carbonique.
Cependant on cite une expérience pour prouver que réellement le gaz oxigène peut , sans se combiner immédiatement, faire prendre au sang veineux le caractère artériel. Elle consiste à mettre dans un vase du sang veineux en contact avec du gaz oxigène. On assure que ce sang prend la couleur artérielle , bien avant qu'il s'en soit dégagé de l'acide carbonique. Tout ce qu'on peut conclure de là ; c'est que le dégagement de l'acide carbonique n'est pas essentiel à la coloration du sang. Ce dont on ne doute plus d'après la belle découverte de M. Four^ croy sur le rôle que joue le phospbate de fer dans celte coloration. Mais celle expérience ne nous apprend pas ce que devient le gaz oxigène qui est absorbé au moment de la coloration du sang j s'il ne fait d'abord que se dissoudre 5 ou s'il se décompose pour se combiner d'une manière quelconque. Elle ne nous apprend même pas s'il se forme ou non de l'acide carbonique dès le premier instant. Car, malgré qu'il ne s'en dégage point d'abord , il pourrait s'en être formé qui restât dissous dans le sang , jusqu'à ce que sa quantité ou l'agitation du vase le lit se dégager ; tandis que dans les poumons, la température, la vitesse du sang, l'affinité de l'acide pour la vapeur aqueuse , pourraient l'obliger à se dégager dès le moment de sa formation. Enfin ^ quand il serait vrai que dans
celte expérience il ne se forme point (l\iciJe caiLoniqae au moment où le sang change de couleur , en pourrait-on inférer qu'il ne s'en forme point immédiatement dans les poumons ? Les circonstances du contact du gaz oxigène avec le sang sont-elles les mêmes dans les deux cas ? Y a-t-il dans Fun comme dans l'autre un organe destiné à présenter au cfaz oxis'ène les élémens du sans dans un certain état d'atténuation, d'isolement, doués d'une certaine température , d'une certaine vitesse , etc. ? Et la chimie a-t-elle démontré qu'une différence dans toutes ces circonstances n'en peut occasionner aucune dans les combinaisons ? En vérité c'est une chose étonnante que cette facilité avec laquelle on cite en preuve de ce qui se passe dans les fonctions les plus compliquées , des expériences qui n'ont presque aucun rapport avec ces fonctions. Tout in- ^ dique que ce qui se passe entre du gaz oxigène et du sang veineux que l'on a mis dans un vase, ne représente point du tout ce qui se passe dans le poumon , et que la similitude dans la couleur produite n'annonce point une identité parfaite dans les résultats. Sicette vérité avait besoin de nouvel les preuves , je citerais les expériences qu'a faites M. Chaussier sur les asphyxies produites par les gaz carboneux et hydrogène carboné , et desquelles il résulte qu'un animal peut être asphyxié, malgré que son sang continue de prendre une belle couleur vermeille en traversant les poumons. Beddoes avait
cîcjà fait cette observation par rapport au gaz hydrogène carboné.
Au reste, après avoir prouvé , autant qu'il était en moi^ que nous n'avons aucune raison pour croire que le gaz oxigène atmosphérique ne subit pas iinmédiatement et complètement dans les poumons toutes les combinaisons auxquelles il est destiné f j'admettrai, si l'on veut, qu'il ne fait que s'y dis^ soudre dans le sang. Mais alors il faudra dire qu'il est de l'essence du sang artériel que le gaz oxigène lui soit uni de cette manière , et que ce mode d'union doit perséyérer aussi long-temps que le sang reste artériel. Car il n'est pas possible de croire que la nature qui a si bien pris ses liiesures pour ne laisser arriver dans le sang artériel aucune substance , sans lui avoir préalablement fait éprouver toutes les modifications capables de lui donner une inocuité convenable, y laisse errer à l'aventure et avec la faculté de se combiner à son gré une substance aussi active , aussi désorganisatrice que l'oxi^, gène. Les combinaisons que produirait cette substance altéreraient successivement la compositio n du sang artériel ; et il est inadmissible que ces altérations soient indifférentes à l'intégrité des fonc lions. Je sais bien qu'on peut dire ou plutôtsupposer qu'en effet elles n^y soient point indifférentes , et que chaque organe exige qu'elles aient lieu à tel degré particulier dans le sang qu'il reçoit. Puis, on supposera , comme on l'a fait par rapport aux reins et
au cerveau , et comme on aurait pu le faire avec tout autant de fondement par rapport anx autres organes; on supposera, dis- je, que ce degré dépend de la distance au cœur, et ensuite que l'organe qui Texigc est jusle à cette distance. Car, tel est d'ordinaire le sort de toute explication purement hypotliéiiquc, que tandis qu'on la croii propre à lever une difficulté réelle ou apparente, dont on était embarrassé , on voit naître de cette explication iiiéuie d'autres diftlcultés , lesquelles ont besoin , pour être levées , qu'on imagine successivement de nouvelles hypothèses. Sans m'arréter davantage à celles-ci , je terminerai tout ce long paragraphe en concluant : que c'est une hypothèse tout-à-fait gratuite d'avancer que l'oxigène atmosphérique ne peut pas former immédiatement de l'acide carbonique dans les poumons, et que si, indépendamment de la formation de cet acide, une portion de l'oxigène inspiré s'unit au sang, ce qui est trèçvraisemblabie, ce ne doit, ni ne peut être d'une manière graduelle , mais que cette combinaison quelle qu'elle soit , étant de Fessence du sang artériel , doit subsister telle que l'ont opérée les poumons , jusqu'aux extrémités capillaires de la giande circulation.
( i83 ) §. VIL
Un changement opéré dans le sang par certaines dispositions que prennent les artères apant de pénétrer dans les organes»
C'est une opinion admise par des savans d'un grand poids , que le sang , avant de pénétrer dans les organes , svibit dans les artères qui l'y portent un changement préparatoire et approprié à la fonction qu'il doit remplir dans chacuil.
J'ai cherché , avec toute l'attention que m'inspirait l'autorité de ces savans , quelles pourraient être les causes capables d'opérer un pareil changement. Il ne m'a pas été possible d'en découvrir aucune. Je sais fort bien qu'un fait n'encourt pas déchéance du moment que les causes en échappent à nos recherches 5 et que, malgré l'inutilité des miennes, le changement en question n'en pourrait pas moins être une vérité de fait. Mais au moins cette vérité de fait n'a du être admise qu'après avoir été constatée 5 et il m'a été impossible de m'assurer qu'elle l'ait jamais été. Tout ce qu'on cite , tant sur l'existence du fait , que sur ses causes , se réduit à des conjectures.
Il m'a semblé que c'était spécialement d'après l'usage qu'on attribuait à certaines sécrétions , qu'on avait été conduit à admettre une qualité particulière dans le sang aux dépens duquel elles s'o-
( iS4 )
pèrent. Il est en effet très -difficile et même impossible de concilier Tusage qu'on attribue à la sécrétion de l'urine , par exemple, avec l'ideniiié du sang dans Tarière rénale et dans la caroiide interne. Mais, pour pouvoir conclure ainsi d'après Fusage d'une sécrélion , il faudrait être bien assuré qu'elle n'en a point d'autre que celui qu'on lui attribue 5 ou tout au moins il faudrait que la conclusion ne donnât pas au sang une qualité nonseulcmeni bypoihéiique , mais même incompatible avec tout ce qu'on sait sur la circulation. Si , pour expliquer Tusage d'une sécrélion , on est obligé d'admellre, contre toute yraisemblancc , une qualité particulière dans le sang d'où, elle provient , et qu'ensuite pour expliquer comment le sang acquiert cette qualité , on soit obligé d'imaginer d'autres raisons plus ou moins improbables , et. qui ont à leur tour besoin d'explication 3 on ne fait évidemment que reculer , que transposer successivement la difficulté.
Les autres considérations dont on appuie l'opinion que j'examine ici , sont l'oxigénation graduelle du sang sur laquelle je me suis suffisamment expliqué dans le paragraphe précédent, et sur-tout la direction qu'affectent beaucoup d'artères avant de se plonger dans les organes ; direction qu'on suppose avoir pour but de modifier la vitesse et par suite la nature du sang. Ainsi on a remarqué avec Haller y que la plupart àes artères qui se dis-
iribuent aux muscles , se recourbent sur elles-mêmes avant d'y enirer. On en conclut que celte direction leur a été donnée à dessein par la nature , pour retarder la vitesse du sang et lui faire subir un changement préparatoire et favorable à la sécrétion de la fibrine. A Tappui de cette opinion , on cite comme une preuve remarquable de ce que peut sur le sang , la vitesse augmentée ou diminuée, Texemple delà rate, dans laquelle , dit-on , le sang ne devient veineux que parce qu'il y perd de son mouvement. On cite plus particulièrement encore l'exemple du foie.
On ne peut pas nier que la vitesse avec laquelle le sang arrive dans un organe , n'ait une influence sur la sécrétion qui s'y opère , ou sur l'altération quelconque qu'y éprouve le sang. Le foie et les poumons en fournissent des preuves irréfragables. Le sang nous offre manifestement dans ces deux organes , les deux extrêmes de sa vitesse dans l'économie animale 5 et il n'est indubitable que dans chacun elle est en rapport avec la fonction de l'organe. Car j si dans la matière brute et animée où la nature ne dispose pas elle-même les circonstances qui doivent concourir à la production de tel ou tel phénomène , mais agit seulement en raison de celles que le hasard rassemble , les effets sont toujours proportionnels aux causes , et s'il n'est pas une des circonslanees concomittanles qui n'ait sa part dans l'effel produit , il serait bien extraordinaire qu'il
en fut autrement dans les corps organise's , et que , quand la nature elle-même a tout disposé , tout calculé pour produire un phénomène , quand elle a dû et qu.'elle a pu n'employer que les circonstances nécessaires , on pût sans erreur négliger une des circonstances dont est constamment accompagnée la production de ce phénomène. Convenons donc que la vitesse entre comme élément dans l'expression des forcés ou des conditions d'où dépendent les altérations que subit le sang dans les divers
organes.
Mais un changement survenu dans la vitesse du sang, un simple ralentissement, peut-il seul et sans le concours d'aucun organe ni d'aucune autre circonstance , modifier ce liquide et lui faire éprouver une altération chimique ? C'est ce dont on n'administre aucune preuve et qui pourtant en aurait grand besoin. Car on ne doit pas supposer que les principes du sang puissent se séparer pendant ce rallentissement , comme ils feraient pendant un repos total , et encore moins comme ils feraient dans un vase à l'air libre. D'ailleurs je ferai voir dans le paragraphe suivant , que quand ils le pourraient ils n'en auraient pas le temps.
L'exemple de la rate qu'on revendique ici , ne prouve absolument rien. Outre que c'est en général une supposition tout-à-fait gratuite et même tout-à-fait improbable que de borner l'action d'un organe sur le sang à diminuer ou à suspendre le
( i87 ) monvemenl de ce liquide 5 la grande quantité de vaisseaux lymphatiques qui sortent de la rate, atteste qu'il s'y passe réellement autre chose qu'une simple modification dans le mouvement du sang. Car, quel que soit le fluide que charrient ces vaisseaux , il est clair qu'il est pris aux dépens du sang artériel et qu'il se trouve en moins dans le sang veineux. La rate destinée à former un sang veineux, d'une nature appropriée à un usage déterminé , en metlant en jeu dans un certain ordre, d'une certaine manière, les affinités des principes qui constituent le sang artériel , rejette de ce dernier tout ce qui ne doit pas entrer dans la nouvelle combinaison ^ et c'est ce rebut qu'emportent les vaisseaux lymphatiques. En général ^ je ne connais dans l'économie animale aucun cas où le sang change de nature sans avoir rien perdu , ni rien acquis . Par-tout où il devient veineux , il fait quelque perte au moment où il le devient. On peut m'objecter que Hiuiter SLjam intercepté du sang entre deux ligatures dans l'artère ca« rotide , trouva, au bout de quelques heures, que ce sang était caillé , et qu'il avait l'apparence veineuse. J'ai dit précédemment que la même expé-, rience avait été faite par deux autres auteurs , et que chacun d'eux y avait trouvé la preuve qu'il y cherchait. On présume bien que Hunterridi pas été moiny beui eux ; mais j'avoue que je ne puis apercevoir dans h» circulation aucun cas analogue. C'est une de ces nombreuses expériences qui n'ont aucun
' ( i88 ) sens hors d'elles-mêmes , et dans lesquelles, pour toute conclusion^ pour toute conséquence, on est réduit à répéter leur résultat. Tout ce qu'on peut conclure de celle de Hunier ^ se borne à répéter qu^en interceptant du sang entre deux ligatures dans un tronc artériel, on trouve, au bout de ouelcjues heures , que ce sang est caillé et qu'il a l'apparence veineuse. Encore ne voudrais-je pas garantir que ce résultat est constant, et qu'il ne varie pas suivant que les circonstances concomittantes varient ellesmêmes. On peut ni'objecter encore que les matériaux emportés parles vaisseaux lymphatiques de la rate dans un temps donné, sont en trop petite quanjtité,, comparativement au sang qui traverse ce viscère dans le même temps ^ pour occasionner dans ce sang un changement notable. Je réponds , i». que ce changement doit s'opérer plus facilement à l'aide de cette soustraction quelque petite qu'elle soit , que sans elle 5 a^. que nous ne savons pas dans quelle proportion le sang ni les autres liquides doivent perdre de leurs principes , pour subir un changement notable. Il est vraisemblable que le sang n'éprouve nulle part une altération aiissi considérable que dans les poumons y qu'on suppute la perte qu'y font SpiS gram. et 168 milligram, ( 8 liv. ) de sang , en passant de l'état veineux à l'état artériel , on sera étonné de la trouver si petite.
Quant à l'exemple du foie , sur lequel on in-
( iSp ) slsle beaucoup 5 11 est bien vrai que ce viscère reçoit un sang d'une nature pardculicre.Mais est-ce donc par un simple rallcntissement de vitesse dans les branches de la veine-porte , et par la disposition qu'ont ces brandies, que ce snag acquiert cette nature ? Pour qu'on pût conclure ainsi du foie à tous les autres organes , il faudrait que les vaisseaux qui portent le sang dans ces derniers , eussent une origine et une disposition analogues à celles qu'a la veine -porte, ou que la veine -porte en eût d'analogues à celles qu'ont ces vaisseaux. Si, par exemple, la veine-porte , au lieu d'être formée par des veines, l'était par des at-tères, et que le sang eût manifestement dans ces artères, l'apparence et le caractère que nous lui reconnaissons dans la veine -porte , on en pourrait conclure que ce caractère dépendrait de la direction et de l'arrangement que prendraient ces artères avant d'entrer dans le foie. Et l'on serait assez bien fondé à étendre cette conclusion à tous les organes , en disant que , par une disposition plus ou moins analogue dans les vaisseaux qu'ils reçoivent , le sang peut acquérir , avant de pénétrer dans leur substance, un caractère approprié à leurs fonctions. Mais rien de tout cela n'a lieu. Si le sang de la veine-porte jouit d'une nature particulière , c'est qu'il est devenu veineux eu subissant l'action des viscères gastriques. Or, nous n'apercevons point que le sang subisse aucune action analogue , avant de pénétre^ dans les autres
( 19° ) organes. En un mot , je conçois bien que la sécrétion de la bile peut exiger un sang d'une nature particulière, et que la qualité et l'activité de cette sécrétion , devant être en rapport avec les fonctions du reste du système gastrique , c'est de ce dernier que le foie doit recevoir ce sang. Mais je doute qu'il y ait aucune loi dans l'économie animale , aucune règle dans la logique , qui autorisent à penser que parce qu'un organe a besoin de recevoir un sang d'une manière particulière, et parce qu'il en reçoit en effet de tel en vertu de causes que nous apercevons , tous les autres organes ont de même besoin de recevoir des sangs qui leur soient spécialement appropriés, malgréquerien n'indique un pareil besoin; et qu'ils en reçoivent en effet de tel, malgré que nous ne puissions nous en assurer d'aucune façon , ni en apercevoir aucune cause. D'ailleurs, si tous les organes étaient à cet égard comparables au foie , ils devraient tous recevoir comme lui deux espèces de sang, l'un approprié à al fonction qu'ils remplissent, l'autre destiné à leur nutrition , à l'entretien de leur vie. Car il paraît par l'exemple du foie et aussi par celui du poumon que, quand un organe reçoit pour sa fonction un sang d'une nature particulière, ce sang ne peut pas servir en même temps à la nutrition et à l'entretien de la vie de l'organe. Cependant nous ne connaissons point dans les autres organes une pareille distinction entre le sang de la fonction et celui de la vie. La même artère leur fournit l'un et l'autre.