‹ ŒuvresChapitre 14 sur 27 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Les ramifications des artères,

11 résulte de ce qui a été dit dans les paragraphes précédens , que toutes les raisons d'aprèo lesquelles on pourrait croire que le sang varie dans les différentes régions dusvstèrae artériel, sont ou erronées ou hypothétiques. Et comme en bonne logique on doit admettre qu'une chose reste identique aussi long-temps qu'on ne peut acquérir aucune preuve valide qu'elle a changé , nous serions déjà suffisamment autorisés à regarder le sang artériel comme identique partout , lors même que nous n'en aurions pas de preuves plus dheo,tes. Mais l'anatomie nous en fournit une qu'on peut regarder comme directe.

C'est une chose bien constatée en anatomie, que si l'origine des troncs artériels est constante, celle des rameaux est singulièrement variable. Us naissent tantôt d'une artère , tantôt d'une autre , tantôt plus près et tantôt plus loin 5 ce qui ne peut avoir lieu qu'autant que le sang conserve partout les mêmes qualités. Car alors la source commune où puisent tous les organes , étant partout la même , il est fort indifférent que le sang qui arrive à tel organe , vienne de tel endroit , de telle artère ou de telle autre. Ajoutons qu'une même branche, qu'un môme rameau fournit souvent à deux ou plusieurs

orÊjanes, dont les fonclions sont fort cUfféientes- Youlez - vous que le sang acquière dans l'artère rénale des qualités appropriées à la sécrétion de l'urine, qu'il y soit chargé de matières aqueuses , excrénientitielles , etc ? Mais outre qu'il n'est pas facile de comprendre comment le sang peut se charger ainsi tout-à-coup de ces substances, l'artère rénale donne par fois naissance à l'artère spermatique; et il est singulièrement probable que la préparation nécessaire pour le rein , ne serait pas> du tout celle qui conviendrait au testicule. A son tour, l'artère spermatique qu'on supposerait remplie par un sang approprié à la délicate sécrétion de la semence, fournit à des parties qui n'ont rien de cette délicatesse, telle que la tunique adipeuse du rein, l'uretère, etc : j'en pourrais dire autant de l'artère carotide interne. Admettra-t-on que le sang y prend des qualités particulières et spécialement adaptées à la grande et importante fonclion du cerveau? Mais au moment où cette artère va se diviser pour pénétrer dans la masse cérébrale , elle donne l'ophthalmique qui se rend à des parties dont la texture et les fonctions sont totalement différentes de celles du cerveau. Pour que deuxartères dont l'une donne naissance à l'autre , ne se dépouillent pas récipro- .quement des principes nécessaires aux organes auxquels elles se rendent , il faudra donc admettre que l'une relient , et que l'autre prend juste ce qui lui convient 5 c'est-à-dire, qu'il faudra admeitrô

fjiic presque à chaque subdivision arléiielle, il se l'ait uue sécreLioii sans organe sécréloire. Esl-ce seulement après qu'une artère a fourni tous les rameaux qu'elle doit donner, que le sang y prend un caractère analogue à la sécrétion ? mais alors le sang n'a plus qu'un trajet fort court à parcourir pour arriver à l'organe sécréloire. Et si l'on fait attention , d'une part , qu'il le parcourt avec une assez grande vitesse, et de l'autre, que l'altération qu'on l'y supposerait éprouver étant spontanée, ne devrait survenir que lentement , on ne concevra point qu'elle puisse avoir lieu. Quand il serait possible qu'elle survînt sans le concours d'aucune nouvelle circonstance, il en est une indispensable et qui lui manquerait : c'est le temps.

Concluons donc qu'un liquide qui ne perd rien , qui ne reçoit rien , qui d ans ses canaux reste parfaitement isolé par-tout, qui conserve par-lout sa température, dont le mouvement est entretenu par les mêmes forces vitales , et avec une vitesse qui ne lui donnerait pas le temps d'éprouver une altération spontanée , lors même qu'elle serait d'ailleurs possible 5 qui, pris à différens endroits de son cours , peut également servir à la même fonction 5 et qui, pris au même endroit , peut servir à des fonctions fort différentes 5 concluons, dis-je, qu'un pareil liquide ne peut pas avoir en divers lieux des qualités différentes, et qu'ainsi, //% Partie, l3

Le sang est parfaitement idenil(jue dans toutes les di s tîi butions du sijstème artériel.

Et comme en reclie reliant , parla méthode que nous venons de suivre dans les paragraphes plécédcns, qu'elles pourraient être les causes capables de le faire varier dans les veines pulmonaires ^ nous n'en trouverions aucune^ nous pouvons éiendre cette conclusion à la petile circulation, en disant :

Que le sang artériel reste parfaitement identique depiiis sa formation dans les poumons y juscju aux extrémités capillaires de la grande circulation*

C'est parliculièrement, comme je l'ai déjà'dit , la diversiië des sécrétions, et sur-tout la qualité et la quantité de quelques-unes qui ont porté la plupart des physiologistes à admettre une variation dans la nature du sang artériel. Mais qu'on y réfléchisse, et l'on conviendra qu'il était beaucoup plus facile à la nature de former un sang artériel identique partout, et des organes différens, que des organes semblables et vin sang artériel différent partout de lui-même. On conviendra pareillement qu'elle pouvait obtenir beaucoup plus sûrement par la première disposition, que par la seconde la précision nécessaire à l'exercice de chaque fonction. Que la diversité des organes sécrétoires , jointe au diamètre de leurs artères , suffise pour expliquer celle qui existe tant dans la qualité que dans la quantité des sécrétions , c'est ce qui ne peut pas

( '95) faire la matière d'un doute. Lui cliercher un auxiliaire dans la diversité dvi sang artériel , c'est à une cause palpable et que la simple autopsie démontre, vouloir eu ajouter une autre dont Texistencc n'est ni prouvée , ni probable, et dont la seule supposition fait naître une foule de difficultés inexplicables. S'il y a des cas où, malgré la structure particulière de l'organe sécrétoire , le sang artériel et identique ne puisse pas suffire à la sécrétion , parce qu'il n'en contient pas tous les mat(;riaux , ou plutôt tous les élémens , ou parce qu'il ne les contient pas dans la proportion ou dans la condition convenable , la nature alors y pourvoit par un sang particulier et différent du sang artériel. C'est ce qui a lieu pour la sécrétion de la bile.

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