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CHAPITRE VI

Corollaires,

De ridentité du sang depuis roriglne des veines pulmonaires, jusqu'aux dernières ramifîcalions de Taorte , on peut déduire comme corollaires :

Que le sang conserve jusqu'aux extrémités capillaires de la grande circulation , le caractère qu'il a reçu dans les poumons 5

Que ce caractère, quel qu'il soit, lui donne les qualités nécessaires pour servir à toutes les sécrétions , pour présider à toutes les fonctions de l'économie ^

Qu'en conséquence, la diversité des sécrétions dépend entièrement de celle des organes sécrétoires. Le sang artériel également propre pour toutes , n'est nulle part adapté socialement k aucune ^

Que dans l'état de santé , dans le libre exercice des fonctions , tous les principes qui existent dans le sang et qu'il a pris ou retenus en passant de l'état veineux à l'état artériel, ne s'y trouvent qu'en vertu des lois de l'économie, et font partie de ce caractère artériel avec leqviel le sang va pi-éslder à toutes les fonctions ;

Que si le chyle avait besoin de circuler un certain temps avec le sang, ^ de passer plusieurs fois

( 199 ) au travers des poumons pour cire complètement hématose , il faudait dire alors que c'est une loi de réconomie, une des conditions requises pour le libre exercice des fonctions, que le sang artériel contienne toujours une certaine quantité de chyle élaboré à difféicns degrés, depuis celui qui n'a passé qu'une fois au. travers des poumons, jusqu'à celui qui, les ayant traversés un nombre de fois suffisant, est complètement hématose 5

Que cette loi serait néanmoins très-irrégulièrement, très-infidèlement observée, puisque la quantité de chyle qui passe dans le sang, peut varier considérablement aux différentes heures du jour. Variation, qui, comme toutes les infractions aux lois de l'économie, ne pourrait manquer de produire des dérangemens notables dans les fonctions^

Que cette même loi serait d'ailleurs en opposition avec l'opinion qui statue que le sang artériel n'est bien pur, bien parfait que quand l'hématose du chyle est complète j

Que si cette dernière opinion était véritable, et qu'il fut pareillement véritable que le chyle n'est complètement hématose qu'après avoir circulé pendant plusieurs heures avec le sang, il en résulterait que la nature aurait arrangé les choses de manière que notre sang ne pourrait jamais jouir de toute éa pureté , de toute sa perfection , que pendant un court espace de temps , encore cette perfection du fang n 'aurait-elle guères lieu qu'aux heures où elle

nous serait le moins nécessaire. Et quant aux personnes qui soupent fort lard et déjeunent fort matin, il est très-vraisemblable qu'elles n'y pourraient jamais prétendre 5

Que toutes ces difficultés, toutes ces contradictions nepermeltent pas de douter que le chyle ne soit parfaitement et complètement hématose dès son premier passage au travers des poumons ^

Que par conséquent il n'existe dans le domaine de la grande circulation , aucun organe destiné médiatementou immédiatement à élaborer le chyle passé dans les artères , à en compléter l'hématose 5 Qu'ainsi le lait n'est point du chyle élaboré à un certain degré. Il n'existe pas plus de lait que de chyle dans la grande circulation 5

Que ce qui vient d'être dit du chyle peut l'être également de tous les autres liquides que verse lé système lymphatique dans le torrent de la circulation j

Que tous ces liquides une fois passés dans le sang artériel sont poussés, répartis avec lui dans tous les organes indistinctement, dans le cerveau comme dans les reins 5

Qu'ils doivent donc , de même que le chyle , avoir été complètement assimilés dès leur premier passage au travers des poumons ^

Que devenus ainsi partie intégrante du sang artériel, ils n'y peuvent porter rien de nuisible , rien d'excrémentitiel. Je parle toujours de l'état de santé;

Que par conséquent, il n'existe dans le domaine de la grande circulaiiou , aucun organe destiné à purifier le sang artériel , à le dépouiller de matières hétérogènes , trop ou trop peu animalisées , du résidu de la digestion et de la nutrition, etc. 5 Que les reins , entre autres , ne peuvent point avoir pour fonction de purifier le sang, ni de le débarrasser d'aucune matière nuisible ou même superflue^ (Je rechercherai dans un mémoire particulier quelle est leur véritable fonction. )

Que de même on ne peut point admettre avec quelques physiologistes , qu'un des caractères particuliers des meiiibranes muqueuses , soit de sécréter un liquide essentiellement excrémenîiliel 5 Que les matières qu'on nomme excrément itielles ne peuvent porter ce titre qu'en tant qu'elles ne rentrent pas dans le torrent de la circulation, et nullement en tant qu'elles avaient dans le sang artériel rien d'hétérogène, rien d'excrémentitiel 5

Que ces matières ne pouvant contenir rien de nuisible, puisque la source homogène dont elles proviennent ne consient rien de tel, elles peuvent toutes être absorbées et rentrer dans la masse des humeurs. Si quelques-unes n'y rentrent pas, c'est que l'usage auquel elles sont destinées a nécessité qu'elles eussent une forme , une manière d'élre qui ne permet pas qu'elles rentrent;

(^uc le coips ne se renouvelle ni tous les sept ans, ni suivant aucune autre période, puisque

tout ce qui n'y rentre pas , en était sorti sans distinction de vieux j ni de récent , de nouveau, nid*ancien j Que les règles des femmes ne peuvent point avoir pour usage d'évacuer un sang altéré , nuisible , etc. j et que , sous ce rapport , on ne peut pas les considérer comme des purgations ^

Que les substances médicamenteuses qui seraient capables d'éluder Faction des puissances assimilatrices, et de passer dans le sang artériel, se trouvant répandues uniformément dans toute sa masse, ne pourraient se diriger vers aucun organe en particulier, et que sous ce rapport.

Il n'y a point de sudorifiques , point de diurétiques , poiul d'emménagogues , point d'apéritifs , point d'incisifs , point d'astringens internes, etc.

( Les béchiques et les expccLorans ne peuvent pas à la rigueur trouver place dans ce corollaire, et ne le mériteraient pas moins.) Mais y en a-t-il en ce sens que la matière médicamenteuse , par son action sur les nerfs d'une partie, avant d'être assimilée, détermine sympathiquement l'action d'un organe plus ou moins éloigné; ou en ce sens, que bien qu'elle soit répandue uniformément dans le sang artériel, et qu'elle le modifie d'une certaine manière, elle ne puisse exercer sa puissance que sur tel organe en

parilculler? C'est ce dont je m'occuperai dans un autre temps, lorsqu'en traitant des urines j'aurai occasion de parler des diurétiques;

Que les substances qui, absorbées des différentes parties du corps, et reportées dans le sang par le système lymphatique, seraient capables d'éluder l'action des puissances assimilatrices , étant de même répandues uniformément dans le sang, ne pourraient pas aller se déposer spécialement sur telle partie, et qu'ainsi,

Il n'y a point de métastases.

(Je ferai de ce corollaire l'objet d'un mémoire particulier. )

Que l'identité du sang artériel, étant une des lois de l'économie dans l'individu qui a respiré, il €st plus que probable que cette loi s'étend au fœtus , et que le sang qui remplit ses artères est identique partout; qu'ainsi le sang qui revient du placenta ne peut pas être exclusivement destiné pour les parties supérieures du fœtus, et les parlies inférieures ne peuvent pas être bornées à ne recevoir que le sang veineux qui vient des supérieures. (Je rechercherai , dans une autre circonslance, si les faits s'accordent avec ces deux derniers corollaires (î). )

(i; Voyez tom. i, art. cœur ^ où ropinîon de Sahatier sur la distribution du sang dans U fœtus , est combattue tï réfuté*.

( io4 ) §. II.

De ce que la nature du sang varie dans chaque veine, on peut conclure :

Que tout au contraire du système artériel où le sang n'éprouve aucune altération, le système veineux est un laboratoire où chaque veine, versant dans la branche ou le tronc auquel elle s'unit , un sang plus ou moins hétérogène à celui de cette branche ou de ce tronc, y détermine progressivement des combinaisons nouvelles 5

Que ces combinaisons favorisées par le mouvement peu rapide, non uniforme, mais progressivement accéléré du sang veineux , et par sa masse plus grande que dans les artères, ont leur dernier terme dans les deux veines caves et Foreillette droite du cœur 5

Que c'est aussi dans ces dernières parties que le sang veineux subit ses principales transformations, tant par la mixtion du chyle et de la lymphe que par les oscillations et les reflux considérables auxquels il y est exposé ;

Que la nécessité de cette permixtion et de ces oscillations explique pourquoi l'oreillette droite a plus de colonnes , est plus rugueuse et plus ample que la gauche, et pourquoi les veines caves n'ont point de valvules à leur insertion dans l'oreillette, tandis que les veines coronaires en ont une. En effet, le défaut de valvules pour celles-ci n'aurait

presque rien ajoute aux oscillaiions et à la perinixtiondu saug, cL aurait pu nuire beaucoup à sa circulation dans la substance du cœur 5

Que cette combinaison des sani^s veineux entre eux , et avec le cbyle et la lymphe , ne permet pas d'admettre, avec quelques physiologistes, que le chyle est déposé dans le parenchyme pulmonaire , repris par les lymphatiques et reporté au cœur, puis rapporté, déposé et repris de nouveau dans les poumons jusqu'à ce qu'il ail subi une élaboralion complète, tant dans ces viscères que dans les glandes bronchiques 5

Que cette même combinaison des sangs veineux et des sucs chyleux et lymphatiques est une des conditions, une des circonstances nécessaires à la reproduction du sang artériel , qui reçoit ensuite dans les poumons sa dernière façon, si je puis m'exprimer ainsi. C'est cette combinaison qui détermine les proportions des principes de ce sang ; Que toutes les autres circonstances, restant d'ailleurs les mêmes, si une veine d'un certain diamètre vient à fournir beaucoup plus ou beaucoup moins de sang que ne le comporte un juste état d'équilibre , il en devra résulter un changement dans la proportion des principes du sang artériel , un état particulier de ce sang , dont l'influence se fera sentir dans tout le corps , et notamment dans le genre nerveux ;

Que par conséquent le sang artériel est suscep-

( ^^^ ) lible de varier en differens temps , c*est-à-dire, que celai qui sort des poumons dans un temps conserve bien , comme je Fai expose , le caraclère qu'il y a pris jusqu'à ce qu'il ait subi l'action des organes delà grande circulation^ mais que' celui qui lui succède ou qui l'a précédé peut avoir un caractère plus ou moins différent , caractère qu'il conservera de même jusqu'aux extrémités capillaires de la grande circulation 5

Que si l'augmentation ou la diminution dans la quantité du sang fourni par une veine n'est qu'accidentelle, elle ne produira qu'une inégalité passagère dans l'exercice des fonctions , qu'une courte anomalie dans l'état physique ou moral du sujet ^

Que si elle est constante et habituelle , le type qu'en reçoit le sang artériel l'étant de même , elle aura sur le tempérament une influence marquée;

Que le sang fourni par les veines hépatiques , étant particulièrement susceptible de cet excès en plus ou en moins , le foie , ou plus généralement le système gastrique , doit se faire remarquer par une grande influence sur l'économie , il doit donner un type au tempérament , ou produire une anomalie dans les fonctions, suivant que cet excès est constant ou accidentel;

Que parmi les causes capables de produire accidentellement cette influence, on doit compter une digestion laborieuse , qui augmente ou prolonge ractivilé du système gastrique 5

Qu'on doit attribuer en partie à celle influence de la digestion sur Téconomie , la nécessité d'approprier la nature plus ou moins digestible des alimens au genre de vie de ceux qui en usent , nécessité que semait bien Horace quand il s'écriait : O dura inessorum ilia !

Que les vomitifs et les purgatifs doivent être rangés pa rmi les moyens les plus efficaces e t les plus prompts pour déterminer un changement danslesangartérielj

Que le sang veineux de tout autre organe ou de tout autre système d'organes peut avoir la même influence , s'il est en assez grande quantité , et s'il est susceptible de dépasser l'état d'équilibre en plus ou en moins d'une manière constante ou accidentelle. Tel pourrait être le système musculaire. ,

Que le système lymphatique doit exercer une pareille influence sur la composition du sang artériel, et partant sur le tempérament , suivant la quantité et la qualité des liquides qu'il verse dans le torrent de la circulation. — Je ne poursuivrai pas plus loin la théorie des tempéramens ; je n'ai pas la prétention de retrouver par cette méthode tous les beaux résultats que nous a donnés M. Halle sur cette matière. Ce n'en est pas moins une circonstance bien favorable à mes opinions, de n'être point opposées dans leurs conséquences aux idées d'un savant aussi distingué.

Que sous le rapport de l'influence qu'exerce tel ou tel sang veineux sur la composition du sang ar~

lériel, la veine azygos niérite spécialement d'élrc remarquée tant par la grosseur quV4le conserve jusqu'à son extrémité inférieure que par son origine en apparence si singulière dans les veines rénales ou cave inférieure , et par le mode et le lieu de son insertion dans la veine cave supérieure (i) 5 insertion qui est manifestemenl en rapport avec les combinaisons qui se font au confluent des sangs veineux, de même que Test celle des deux troncs lyniphatiques dans les deux veines sous-clavières. (J'au-' rai occasion de revenir ailleurs sur ce corollaire.)

Que les cautères et les autres exuloires agissent sur les liquides, non en évacuant une humeur nuisible , mais en opérant un changement dans la crâse du sang.

Que l'insuffisance de la saignée pour remédier à la suppression des règles , du flux liémorroï-

(i) Bichat^ frappé de ces circonstances, a pensé qu'un de& principaux usages de la veine azygos était d'obvier aux embarras qui pourraient s'opposer à la circulation du sang dans la veine cave inférieure. Un cas cité por Vf^ijislou paraîtrait favorable à cette opinion. Mais , outre que si l'azygos et la demi-azygos comptaient cet usage parmi ceux qu'elles sont destinées à remplir, elles devraient l'une et l'autre s'insérer constamment dans la veine cave inférieure ; je n'aime point à n'attribuer qu'une fonction de vicariat à une disposition qui, étant la même à tous les instans , doit^ reproduire à tous les instans l'effet quelconque dont elle est nécessairement cause.

( ^'^9 ) dal, çtc, peut dépendre en partie de la différence des sangs évacués*

Que celle même différence doit être comptée parmi les causes qui ne permettent pas de regarder la saignée du bras comme équivalente à celle de la jugulaire.

De l'identité du sang artériel et de la diversité des sangs veineux > on peut conclure :

Qu'une analyse fondamenlale dans l'examen chimique du sang, est l'analyse du sang artériel.

Qu'analyser ce sang mélangé avec un sang veineux, c'est analyser un sang qui n'existe pas, et qui sans doute ne peut pas exister dans l'économie animale. Ce n'est réellement analyser ni le sang artériel, ni le sang veineux, qui lui est mélangé , puisqu'après l'analyse il restera toujours à dé 1erminer si le nombre des matériaux trouvés provient également de l'un et de l'autre de ces sangs, et quelle était leur proportion dans chacun.

Que le sang d'un même individu , analysé de cette manière, peut donner des résultats différens, suivant que ce sera tel ou tel sang veineux qui aura été mélangé au sang artériel.

Que ces causes d'incertitude , indépendamment des difficultés de l'analyse en elle-même , suffiraient pour rendre précaires toutes les conséquences qu'on en pourrait déduire.

//«. Partie, 1^

Que le triomphe de la chimie animale serait de trouver dus rapports entre le sang artériel , la matière de telle sécrétion et le sang veineux correspondant y tant dans l'état sain que dans l'état pathologique des divers animaux ; de trouver des différences entre les divers sangs veineux; de trouver enfin ces différences proportionnelles à celles des sécrétions correspondantes.

Qu'arrivé à ce degré de perfection, il serait souvent possible qu'elle dégageât l'inconnue dans cette équation : sang artériel z=z telle sécrétion Hsang veineux correspondant ^ c'est-à-dire que le premier membre étant donné, elle pourrait deviner à peu près ce que doit être la sécrétion si elle connaissait le sang veineux , et ce que doit être le sang veineux si elle connaissait la sécrétion.

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