‹ ŒuvresChapitre 18 sur 27 · IS · texte numérisé non relu

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de monlrer combien en effet elles sont insignifiantes.— La couleur blanche commune au lait et au chyle , a particulièrement frappe les physiologistes , et a peut-être influé sur leur opinion plus qu'aucune autre circonstance. Mais si elle suffisait pour prouver que ces deux liquides sont iclenliques entre eux, il faudrait donc dire qu'ils le sont pareillement avec une émulsion; genre de subslance auquel on les a d'ailleurs fréquemment assimilés, — On allègue beaucoup les qualités que le lait retient des alimens, telles que l'odeur, la couleur, etc. Mais nous avons vu tout à l'heure que pareille chose arrivait aux os, aux urines et à d'autres produits de l'économie , et que la présence du chyle n'y contribuait en rien. Je ne puis pas apercevoir pourquoi elle y contribuerait davantage dans le lait. Il est possible que le lait s'imprègne plus facilement de quelques-unes de ces qualités. Mais la matière colorante de la garance ne se fixe t-elle pas de préférence sur certains produits animaux et spécialement sur les os ? L'odeur de l'ail que l'on fait manger aux poules, ne se communique , dit-on, qu'à leur graisse; tout cela dépend des affinités, MM, DeT/eux ei Parmentiery qui, dans leur travail commun sur le lait, n'ont rien omis pour constater l'influence des alimens sur ce liquide , ont bien reconnu que certaines substances lui communiquent de la couleur, de l'odeur ou de la saveur; mais ils ont reconnu en même-temps

( ^^9 ) qu'il s'en faut beaucoup cjue celle influence ait touie la lalilude qu'on ait piéiendu lui donner. Cela se réduit toujours à ce que certaines madères qui ont éludé l'action de l'économie , sont tenues en dissolution dans le lait, et par telle ou telle des parties conslituantes du lait, suivant raffinité qu'elles ont avec telle de ces parues plutôl qu'avec telle autre. Mais le lait n'en reste pas moins un véritable lait , et n'en conserve pas moins ses caractères essentiels. Si les alimens lui font éprouver quelque altération soit dans sa quantité , soit dans la proportion de ses parties constituantes y cela ne dépend point de ce que leurs caractères particuliers passent dans ce liquide, mais plutôt de l'influence qu'exerce le régime sur les forces digestives et sur l'économie en général. Un fait rapporté par les deux savans que je viens de citer , ne laisse aucun doute à cet égard : c'est que du sel ajouté à des fourrages fades et détériorés, concourt à rendre le lait plus crémeux. Or , comme Fobservent ces savans, on ne peut pas dire que ce soit cet assaisonnement qui fournisse les élémens de la crème. Cependant les auteurs ne tarissent pas sur les qualités que les substances introduites dans l'estomac peuvent donner au lait. Ils en disent tant , ils en on t , tant vu , qu'à la fin la confiance de Haller en est ébranlée ^ et quand ils attestent qu'ils ont vu de la bièrej, du vin, etc. , s'écouler tout purs des mamnielles, il ne peut s'empêcher de convenir que

c'est un peu trop fort : Hœc pêne nimià (tom. j^ pag. 27. ) — On cite encore la montée du lait après le repas chez les nourrices. Mais , est-il donc indispensable ^ pour que la sécrétion du lait soit augmentée, que la partie alimentaire qui passe dans les vaisseaux sanguins , y circule sous forme de chyle ? Et n'est-ce pas là proprement une pétition de principe ? d'ailleurs cette explication de la. montée du lait, déduite de la présence du chyle dans le sang , traîne après elle d'assez grandesidifficultés. Et entie autres, il est certain que la quantité de chyle qui se mêle au sang dans un temps donné, est trèspetite par rapport à celle du sang auquel elle se mêle 5 il est certain aussi que si le chyle subsistait encore dans le sang après avoir traversé les poumons, il y serait disséminé uniformément et réparti avec lui dans toutes les artères indistinctement; il est encore certain que les artères qui se distribuent aux mammelles sont fort petites , et même si petites, qu'on a douté qu'elles pussent suffire à la sécrétion du lait. Si donc, la montée du lait n'était produite que par le chyle , il faudrait dire qu'elle l'est par une très-petite portion d'une quantité de sang, qui , toute entière , est à peine jugée capable de suffire à la sécrétion du lait. Il faudrait dire aussi, comme on l'a en effet assuré, que chez les nourrices , la plus grande partie du chyle est employée à la formation du lait; tandis qu'il est évident que la moitié seulement du chyle qui provient

iVun repas, ne pourrait arriver aux mammelles , qu*à l'aide d'un temps considérable , et qui excéderait la durée qu'on assigne à l'hématose , puis* qu'elle ne pourrait s'y rendre qu'en progression géométrique décroissante. Il faut bien que l'abord du chyle aux mammelles, présente réellement beaucoup de difficultés par les voies ordinaires delà circulation, puisque quelques-uns des auteurs qui continuent de l'admettre , trouvent moins d'inconvénient à forcer les valvules des vaisseaux lymphatiques , pour lui frayer par ces vaisseaux une voie directe des intestins aux mammelles.

La présence du chyle et du lait dans le sang , paraît avoir été constatée par un assez grand nombre d'auteurs. On peut les voir cités dans la grande physiologie de Haller^ pag. i4 et i5 du second volume, et dans quelques autres endroits du. même ouvrage. Les uns ont vu du chyle avec sa couleur blanche , circuler dans les vai&seaiix sanguins. Les autres y ont vu de véritable lait semblable à celui de vache 3 et il n'y a presque point de parties , presque point de vaisseaux où ils n'en aient vu. Ils en QUI vu dans le sang de la carotide, dans celui des saignées, dans celui d'une hémorragie nasale 5 ils en ont vu sortir des ulcères, et des endroits où l'on avait appliqué les ventouses. Quelques-uns ont trouvé que ce lait était en quantité notable, qu'il avait bon goût [id lac boni saporis esse) , et qu'on pouvait en retirer du fromage en le traitant avec uu

ncide. Tout cet appareil de citations serait véritablement imposant, si Ton ne savait pas quelle énorme influence les opinions exercent en médecine sur les observations. On suppute, on imagine, qu'il doit se trouver du chyle dans le sang^ il n'en faut pas davantage pour qu'on y en trouve en effet, et ce serait un grand hasard si une foule de faits ne venaient bientôt se ranger sous la bannière de cette opinion. Haller^ en parlant dans une autre occasion d'un certain auteur qui prétendait avoir constaté par l'observation , je ne sais quelle opinion mal fondée mise en avant par un autre, lui applique assez plaisamment l'épithète de Félix in videndis quœ finxerant alii. Plus d'un auteur a joui de ce bonheur là ^ et l'on ne doutera point , je m'assure, que ceux qui ont vu si communément, si abondamment du lait dans le sang, n'en aient eu leur part , si l'on fait attention que quelques-uns d'entre eux ont vu des choses encore plus merveilleuses, telles que des potions vulnéraires prises par la bouche, des bouillons de viande, etc , sortir presque purs,/^r^ ahscjue mutatione y d'une veine ouverte, et d'un ulcère profond Çîbid, tom. 7, pag. 59). Il faut convenir qu'il y a des hommes qui malheureusement ne savent presque jamais voir les choses telles qu'elles sont, et qui, plus malheureusement encore , se croient dans l'obligation d'informer le public de tout ce qu'ils ont yu. Ce n'est pas seulement touchant l'hématose

qu'on trouve de ces Hûts suigiilicrs. Il n'est point du louL rare d'en trouver de semblables dans les diverses parties de la physiologie et de la pathologie. Qu'on lise dans le traité du Cœur deSenac^ différens endroits des chapitres 4 ^"t 5 du 6^, livre , on y verra , sur certaines affections du avjxc ) «des choses encore plus inconcevables , auxquelles ce judicieux écrivain se garde bien d'ajouter foi , et telles à coup sûr que n'en a jamais rencontrées Cowisart^ lui qui pourtant a plus diagnostiqué de maladies du cœur, et même de lésions organiques en général, et qui en a plus constaté par Fouveiture des cadavres, que n'a jamais fait aucun médecin ancien ni moderne.

Je conviens cependant que parmi les auteurs qui font mention du chyle dans le sang , il en est dont le témoignage mérite d'être distingué. Cruikshank est de ce nombre 5 mais il semble en parler plutôt comme d'une chose possible que comme d'une chose qu'il a vue. Il n'est point étonnant qu'il l'ait crue possible , puisque la raison qu'il donne de l'insertion du canal thorachique dans une veine plutôt que dans une artère, est la résistance moins grande qu'oppose la première à l'afflux du liquide que contient ce canal. Cruikshank cite d'ailleurs lui-même une circonstance qui a pu , qui a dû même en imposer à plus d'un observateur sur la présence du chyle dans le sang, et dont quelques autres auteurs font aussi mention. C'est

que quelquefois laseroslié du sang devient blanche comme du lait j et conserve celte apparence pen^ dant des mois entiers, puis reprend enfin sa couleur naturelle , sans qu'on sache ni pourquoi elle l'avait quittée 5 ni pourquoi elle la reprend,

^EafiS-.,. si le chyle passait dans les vaisseaux sanguins de la.grande circulation , cela ne pourrait arriver qu'en vertu des lois de l'économie. Or, ces lois étant constamment les mêmes , on devrait retrouver constamment du chyle dans le sang à une certaine époque des repas. Cependant beaucoup dViteurs et de praticiens d'un grand poids n'y en ont jamais vu. Cullen y si recommandable par la saine critique qu'il aj)porte ordinairement dans rappréciation des faits, n'avait jamais vu ni chyle, ni lait dans le sang, pendant quarante ans de pratique, et il assure que ceux qui prétendent y en avoir vu ont été trompés par des apparences qu'on peut expliquer différemment. Hunier y Mascagni y et la plupart des autres auteurs qui ont travaillé à l'anatomie et à la physiologie des vaisseaux lymphatiques , ont examiné avec beaucoup d'attenûon et à différentes époques des repas, Itîs veines du mésentère, dans le dessein de véiider si le chyle était absorbé par ces veines, sans qu'ils aient jamais pu y en apercevoir , soit absorbé directement des intestins, soit amené par le torrent de la circulation 5 et, s'dest arrivé quelquefois que le sang de ces veines leur ait paru rayé de blanc, c'était à

des époques du repas où il ne pouvait exister de chyle ni dans les intestins, ni dans le sang. Les chimistes ont fréquemment soumis le sang à l'analyse , et n'y ont vu ni chyle, ni lait. Je tiens de M. Dey eux que , ni dans le travail qu'il a fait en commun avec M. Parmentier , ni dans ses recherches particulières, il n'a jamais rien vu de semblahle dans le sang. Enfln , il est si bien avéré qu'on ne peut reconnaître aucune apparence de chyle dans les vaisseaux sanguins, que quelques-uns même des physiologistes qui continuent d'admettre qn'il circule avec le sang, et qu'il y prend successivement différens degrés d'hématose, avouent (jaon ne peut Vy distinguer ni par le secours des sens y ni par V expérience, (Cullen, phys. n*^ 271.)

Mais supposons que réellement le chyle circule et complète son hématose dans les vaisseaux sanguins : de quelle manière s'opère ce complément ? A-t-il lieu dans toutes les artères indistinctement par le mouvement et l'agitation qu'y éprouve le chyle? ou bien est-ce plutôt, comme le pensent plusieurs physiologistes, dans l'organe cutané et par l'action de l'oxigène atmosphérique ? Dans le premier cas, le chyle devrait être d'autant mieux hématose, qu'il se trouverait dans un vaisseau plus éloigné du cœur , et par conséquent les orteils recevraient un sang plus parfait que ne ferait le cerveau. De plus, ce complément d'hématose

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produit, (lit-on, un lësidu excremenlidel qui s« sépare du chyle, et doit s'échapper partie par la peau , partie par les reins. Or , je ferai voir dans le paragraphe suivant que ce résidu ne pourrait jamais sortir en totalité. Dans le second cas^ supposera-t-on que la modification que reçoit le chyle dans l'organe cutané est la même que celle qu'il reçoit dans le poumon ? Mais le moyen d'admettre qu'une substance puisse être modifiée de la même manière , par des causes el dans des circonstances si différentes ? Il faudra donc dire que cette modification a quelque chose de particulier , et qu'elle est véritablement complémentaire de celle imprimée par le poumon. Mais, comme le chyle ne pourrait se porter à la peau que successivement, il est évident que ce complément s'effectuerait en progression géométrique , et qu'une partie du chyle ne le recevrait jamais. Enfin, si l'on veut que l'hématose ne s'opère que d^ius le poumon, mais qu'on veuille en même teuq^s que pour être parfaite , elle ait besoin de l'aclion répétée de cet organe, c'est une opinion qni n'a d'autre fondement que la persuasion où l'on est que cette opération ne peut pas se faire d'un seul coup, et qui d'ailleurs s'accorde mal avec une autre opinion généralement admise , et suivant laquelle le résidu de l'hématose doit être évacué par certains organes de la grande circulation 5 car , si le chyle Be reçoit des modifications que dans le poumon ,

( 2^7 ) il ne doit rien perdre dans la grande circulation , et par conséquent il n'y peut pas abandonner quelques-uns de SCS principes pour fournir à certaines excrétions. Que de contradictions! que de difficultés dans touies ces opinions ! et tout cela pour maintenir dans la grande circulation Texistence d'une substance qu'on ri y peut distinguer ni par le secours des sens , ni par V expérience^

A la vérité, quelques-unes de ces difficultés n'existent pas dans l'opinion que j'ai citée dans le second paragraphe des corollaires , et qui établit pour l'hématose une petite circulation par laquelle le chyle est porté du cœur dans le poumon , par l'artère pulmonaire , et rapporté au cœur par les vaisseaux lymphatiques, jusqu'à ce qu'il soit complètement hématose. Mais cette opinion ne s'autorise d'aucune preuve 5 elle ne repose que sur des hvpothèses. Pour l'admettre , il faudrait supposer que le chyle , intimement mêlé et vraisemblablement combiné au sang dans les veines caves et le côté droit du cœur, peut facilement s'en séparer dans les poumons ; que le grand nombre des vaisseaux lymphatiques du poumon prouve qu'ils sont destinés à la petite circulation du chyle 3 que la couleur bleuâtre des glandes bronchiques ne peut être due qu'au carbone et aux fuliginosités qu'y dépose le chyle en passant 5 que ces fuliginosités , reportées de rechef au cœur, (car elles ne peuvent pas s'accumuler indéfiniment dans les glandes) et

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de là dans les poumons , s'y convertissent en acide carbonique, qui s'échappe par l'expiration^ que si elles n'ont pas pris cette forme dés la première fois qu'elles ont traversé les poumons, c'est que le carbone , étant susceptible de différens degrés d'oxigénation , il est de toute impossibilité qu'il prenne du premier coup celui qui le convertit en acide carbonique.

Il est facile de reconnaître que tout ce qu'on a dit de la durée de rhémalôse découle principalement d'une idée théorique que j'ai déjà indiquée plus haut , et qu'il me reste à examiner. C'est qu'on a regardé l'hématose comme une opéiadou difficile et qui exigeait l'action répétée ou prolongée des organes assimilateurs } et véi ilablcment en ne pouvait guères s'en faire d'autre idée dans les temps où l'on croyait qu'elle ne s'accomplissait que par des triturations et des atténuations mécaniques qui exigeaient une agitation long-temps continuée , et le passage réitéré du chyle à travers des couloirs et des filières de tout calibre. Mais aujourd'hui que les attractions chimiques ont pris la place de toutes ces explications mécaniques , il me semble que l'instantanéité de l'hématose n'a rien qui répugne ni qui puisse surprendre ; car il ne faut pas croire que si les opérations chimiques exigent du temps , entraînent des longueurs dans nos laboratoires; il en soit de même dans les labora-

loires que la naltire a moulés , dans les appareils qu'elle a organisés elle-même.

La nature fait toujours tout ce qu'il est possible qu'elle fiisse dans des circonstances (^lonnées^ et le grand objet du cbimiste comme du physicien est d'épier les circonstances d'où dépend la production de chaque phénomène. Mais, lors même qu'ils sont parvenus à les connaître , et qu'il est en leur pouvoir de les reproduire à volonté , ils sont souvent fort éloignés de connaître avec une exacte précision l'intensité de chacune y et le rapport qu'elles conservent entr'elles 5 et si , à force de recherches et dans quelques cas bien simples , ils réussissent à déterminer , à très-peu près, ce rapport et cette intensité , il n'est pas pour cela dans leur puissance de les obtenir à leur gré dans la juste mesure. Qu'un chimiste connaisse la composition d'un sel, qu'il puisse le former quand il lui plaît, ce n'est que bien rarement, et peut-être jamais, qu'il pourra parvenir à le former instantanément de toutes pièces, sans excès de base ni d'acide^ il mettra ou trop ou trop peu d'acide 5 il faudra qu'il tâtonne le degré de saturation. Si la combinaison exige une certaine température, ce n'est que graduellement et d'une manière inégale qu'il pourra la Ini donner 5 encore n'en a-l-il point de mesure bien exacte , et ne peut-il pas l'obtenir constante. S'il s'agit d'une composition moins simple , le résultat sera encore plus long à obtenir, et il sera

infailliblement compliqué de substances héiérogènes dont il faudra le débarrasser par des évaporations j des cristallisations, des dissolutions, etc., opérations qui indiquent Timpossibilité où s'est trouvé le chimiste de faire intervenir à la fois, et dans un juste rapport, toutes les circonstances qui devaient concourir à ce résultat.

Mais, quand la nature veut former une combinaison , elle est à Tabri de tous ces mécomptes, de tous ces tatonnemens. Comme elle connaît seule les proportions et toutes les conditions nécessaires , elle seule aussi sait se les procurer. Veut-elle convertir le cbyle en sang artériel ? elle connaît dans quelles proportions sont les principes du sang veineux , avec lequel elle doit Tamalgamer , et ce qui manque à ce sang pour être artériel. Elle calcule en conséquence les proportions des principes du chyle, en lui faisant subir des altérations convenables, tant par Faction des glandes conglobées que par son mélange avec la lymphe; en le faisant arriver dans le sang avec une température constante , et en IV versant avec une vitesse et par un orifice tels, que la quantité qui en parvient dans l'oreillette pendant un temps donné, soit à celle du sang, qui v arrive dans le même temps, dans un rapport déterminé. Elle Tagite, elle le combine avec ee sang par des reflux et des oscillations qu'elle communique à ce liquide, puis t:lle pousse dans un organe vésiculeux:

la combinaison qui en résulte , Vy élcnd sur une vasle surface , et y met toutes ses molécules en contact avec une quantité déterminée d'un air dont les parues constituantes sont dans un rapport constant. Quand tout est ainsi calculé, préparé d'avance pour produire un effet, comment pourrail-cn être surpris qu'il s'opèie instantanément ? Je le serais beaucoup, au contraire, que la nature y revînt à deux fois. Cela ferait croire à une sorte de mécompte dans ses calculs, à une sorte d'impuissance dans ses procédés qu'il est impossible de supposer, ni d'admettre.

Remarquons ici combien est différente la marche que suit la nature dans les combinaisons des corps organisés de celle qu'elle suit dans les combinaisons de la matière brute. Dans ces dernières^ elle ne fait qu'obéir à des circonstances qu'elle n'a ni prévues ni voulues, et qui dépendent du concours fortuit des choses ; mais elle fait rigoureusement tout ce qu^e veulent ces circonstances. Dans les premières , elle fait pareillement tout ce que veulent les circonstances 5 mais elle les a ellemême prévues et disposées j dans la matière brute, comme rien ne la presse d'arriver à tel résultat, elle ne compte pas le temps , et elle y arrive au hasard, taniot plus promptement , lanlôt plus lentement , suivant que les circonstances la favorisent ou la contrarient. Dans les corps organisés , au coniraire , comme tous les résultat* sont danf

une dépendance mutuelle, et que telle opération doit être finie pour que telle autre commence, le temps a du faire partie des conditions que la nature a prévues et calculées j et c'est ainsi qu'elle emploie des siècles pour produire un bloc de marbre;, tandis que le sang destiné à animer le génie qui analyse ou qui sculpte ce marbre , est l'ouvrage de quelques instans.

A l'appui de ces considérations sur la promptitude avec laquelle s'accomplit l'hématose , ajoutons que presque toutes les sécrétions s'opèrent instantanément. Ajoutons aussi que la durée de l'hématose est en rapport avec celle de chacune des modidcations que subit l'aliment depuis le moment où il entre dans l'estomac jusqu'à celui où il pénètre dans les vaisseaux sanguins. On peut distinguer dans ce trajet trois digestions, l'une stomacale , l'autre intestinale , et une troisième aussi indispensable que les deux premières , qui a lieu dans le système absorbant, depuis la naissance des vaisseaux lactés jusqu'à l'insertion du canal thorachique dans la veine sous-clavière, et qui s'y opère , tant par l'action des glandes conglobées que par le mélange de la lymphe. Or , la durée de chacune de ces trois digestions va toujours en diminuant , parce que la matière à élaborer devient de moins en moins hétérogène aux liquides animaux qui s'y unissent, et que sa masse l'emporte de moins en moins sur celle de ces liquides.

Ces deux circonslances de la masse et de l'hélcrogcnéité qui rendent la troisième digestion plus prompte que la deuxième , et celle-ci plus que la première, élant encore plus favorables à Tliematose, qui est elle-n^iéme une quatrième et dernière digestion j doivent pareillement la rendre encore plus prompte que la troisième. Ainsi, c'est dans ces trois premières digestions que la nature a concentré tout le travail qui doit faciliter la quatrième. Elle a abrégé la durée de cette dernière de tout le temps dont elle a allongé celle des premières.

U existence du chyle au-delà des poumons nest donc pas mieux fondée en théorie ouétahlie par les faits," -

Il résulte de là que le cbamp de l'hématose ne peut s'étendre que depuis l'insertion du canal tlioracbique dans la \eine sous-clavière jusqu'aux poumons. Mais est-ce graduellement dans toutes les parties de ce champ qu'elle s'opère, ou bien estce spécialement dans les poumons ? Je n'entreprendrai point de résoudre directement cette question ^ mais j'examinerai dans quel lieu se régularisent les proportions des principes dont se compose le sang artériel 5 si c'est dans les poumons, comme on le pense assez communément, ou bien au confluent des sangs veineux et des sucschyleux et lymphatiques , cpmme je l'ai avancé dans les corollaires. Il est vraisemblable que ce lieu est en même-temps le principal siège de l'hématose.

SI c'est dans les poumons que se régularisent le» proponionsdontils'agU, ilestévidentquecenepeut étro qu'en vertu des pertes et des acquisitions qu'y fait le sang en devenant artériel. Les pertes ont lieu par la formation de l'acide carbonique , par celle de l'eau, par la transpiration pulmonaire et par l'absorption des vaisseaux lymphatiques. Les acquisitions ne paraissent consister qu'en oxigène atmosphérique 5 tâchons d'évaluer l'influence de ces différentes pertes et de cette acquisition sur les proportions des principes du sang artériel, et sur le caractère constitutif de ce sang.

En conservant les données d'après lesquelles nous avons calculé précédemment la quantité de calorique qui se dégage dans les poumons, il doit se former dans ces viscères 2647 lï^illig' (4^ graine) d'acide carbonique par minute, quand il ne s'y forme point d'eau, et 1799 milligr. (33,9 gi'aii^s) quand il s'y forme 6Z6 milligr. (12 grains) d'eau. Mais 2,547 niilligr. (48 grains) d'acide carbonique, contiennent 711 milligr. (i3,4 grains) de carbone, et 1799 milligr. (33,9 g^*^^^^^)^ en contiennent 498 milligr. (9,4 grains). Enfin , il entre 96 millig. (1,8 grains) d'hydrogène, dans 636 milligr. (i2gr.) d'eau. La plus grande quantité de carbone que puissent perdre 391 3 grains et 168 milligr. (8 liv.) de sang, en traversant les poumons, est donc de 711 milligr. ( i3 grains etquatre dixièmes de gr.) ; et la plus gr.ande quantité d'hydrogène dont ce

saw^ puisse être depouilli^ dans le même trajet, est de 96 milllgr. ( i grain et huit dixièmes de grain). 11 est manifeste que ces deux quanlités toutes petites qu'elles paraissent, excèdent encore de beaucoup ce qui se passe réellement dans la nature. Car, d'abord pour l'acide carbonique , outre qne la quantité de gaz oxigène que je suppose se consommer dans les poumons, est trop considérable , comme je l'ai déjà dit précédemment 5 j'ai calculé la quantité d'acide carbonique que peut former ce gaz et celle du carbone qu'il absorbe pour cela, d'après les proportions données par Lapoisier, et adoptées généralement 3 savoir : que cent parties d'acide carbonique, sont composées de soixantedouze parties d'oxigène, et de vingt-huit parties de carbone. Mais il parait par ce qu'en dit M. Ber^ tholet^ dans le numéro 126 (3o prairial an X) des Annales de chimie , que Lavoisier avait reconnu parla suite que ces proportions n'étaient pas exactes, et que celles de soixante -seize parties d'oxigène sur vingt -quatre parties de carbone , l'étaient davantage. Nous pouvons donc conclure que 09 13 gram. et 168 milligr. (8 liv.) de sang, perdent à peine 53o milligr. (10 grains) de carbone, en traversant les poumons.

Quant à la quantité d'hydrogène qu'y perd ce même sang , celle que j'ai indiquée est proportion- «cllement bien plus fautive encore; car j'ai supposé que toute l'eau qui s'exhale des poumons y a

été formée, ce que n*a jamais admis aucun physiologiste. Ils conviennent tous que la plus grande partie de cette eau provient de la transpiration pulmonaire. Lapoisier^ qui a conjecturé un des premiers qu'il se formait de l'eau dans les poumons , avait été conduit à cette opinion d'après la comparaison de la quantité de gaz oxigène consommé dans les poumons pendant un temps, et de celle de l'acide carbonique expiré dans le même temps. Il avait calculé qu'il v avait un cinquième de ce gaz, qui n'entrait point dans la composition de l'acide carbonique expiré , et qui devait ou se fixer dans le sang ou s'unir à de l'hydrogène , pour former de l'eau ; et c'était à cette dernière idée qu'il s'élait arrêté. En faisant aux calculs de cet immortel chimiste quelques corrections, et entr'autres celles qu'exigent les nouvelles proportions dont je viens de parler , on trouverait que Sp 1 3 gram. et 168 millig. (8 liv. ) de sang, ne perdent dans les poumons qu'environ 53 milligr. (1 grain) d'hydrogène.

Quand on compare à la petitesse de ces pertes l'immense altération que subit le sang en les faisant , on est fort en peine comment un si prodigieux effet peut dépendre de si petites causes. On l'est d'autant plus, qu'il y a manifestement une certaine latitude dans les proportions des principes qui composent le sang artériel. Qu'on admette ou non la manière dont j'ai expliqué la variation de ces proportions , dans le second paragraphe des co-

( 237 ) Voîlaires , il n'en restera pas moins incontestable que la composition du sang artériel varie non-senlement de l'état de santé à celui de maladie, mais même dans l'état de santé ; et que, sans cette variation, sans cette latitude, que la nature s'est ménagée, l'animal ne pourrait pas exister deux minutes. Or, cette latitude serait bien étroite , si 53o millicyr. (lo grains.) de carbone, sur 891 3 gram. et 168 miUig.(8 1.) de sang en excédaient les limites. Mais , s'ils ne les excèdent pas , si le sang , au sortir du poumon, est susceptible de contenir plus de carbone dans la proportion de 35o milligrammes (10 grains)sur SpiS gram. et 168 milligrammes (8 liv.), il aurait donc pu retenir celui qu'il a perdu dans les poumons, abstraction faite des causes qui ont du le lui faire perdre, c'est-à-dire^ que le sang artériel qui lui succédera la minute suivante, pourra avoiren plus les 53o milligrammes (10 grains) de carbone que le premier a en moins, sans qu'il soit moins propre que celui-ci, non-seulement à l'entretien de la vie, mais même à celui de la santé. Ce n'est donc pas parce que le sang veineux était surcbargé de carbone , et pour s'en débarrasser , qu'il a traversé les poumons , et ce n'est pas précisément cette soustraction de carbone qui constitue un des caractères du sang artériel. Il est d'ailleurs évident que si la respiration avait pour un de ses usages de régler et de rendre constante la proportion du carbone dans le sang arté-.

riel , la quantité d'acide carbonique expiré aux différentes heures du jour, devrait être singulièrement variable , et qu'elle devrait être très-considérable après les repas, puisqu'on fait spécialement consister l'hématose dans la soustraction du carbone du chyle, d'où, il pourrait arriver souvent que tout le gaz oxigène inspiré ne pût pas suffire à cette décarbonisation : il en résulterait aussi un dégagement de calorique fort inégal, et souvent très-considérable. Mais , tout au contraire , la quantité d'acide carbonique expiré paraît être assez régulièrement proportionnelle à celle du sang qui traverse les poumons 5 en sorte que les variations en plus ou en moins qu'on y a remarquées sont plutôt apparentes que réelles. Par exemple, Jurine et quelques autres physiologistes ont observé que la digestion augmente la quantité d'acide carbonique qui se forme dans les poumons pendant un temps donné ^ mais ils ont observé pareillement que l'exercice et tout ce qui accélère la respiration l'augmentent aussi, de manière que dans tous ces cas c'est uniquement l'augmentation de la circulation qui en produit une dans la formation de l'acide carbonique.

Enfin , si l'on examine d'après quels fliits on a admis que le sang veineux est surchargé de carbone, et qu'il va s'en débarrasser dans les poumons, on trouve que c'est d'après la formation de l'acide carbonique dans ces viscères , et d'après la

(239 ) couleur noire du sang veineux. Il est incontestable que le sang veineux ne peut pas contribuer à la formation de l'acide carbonique dans les poumons , sans perdre de son carbone , et qu'ainsi le sang artériel contient moins de carbone que le sang veineux dont il provient 5 mais, d'après ce que je viens de dire , on n'en peut pas conclure que ce dernier était surchargé de carbone. On ne peut regarder la formation de l'acide carbonique dans les poumons que comme une circonstance concomittante et nécessaire d'une opération fort compliquée, opération qu'il faudrait connaître parfaitement dans tous ses détails pour apprécier le rôle qu'y joue la formation de l'acide carbonique. Quant à la preuve déduite de la couleur noire du sang, elle ne se repose que sur une de ces fausses analogies auxquelles ont si fréquemment donné lieu les ressemblances de couleur. J'en ai cité plus haut un exemple assez remarquable dans l'analogie qu'on a cru exister entre le lait et le chyle : on en pourrait alléguer beaucoup d'autres. Je ne suis point surpris que les chimistes , un peu trop enclins peut-être à attribuer au carbone les couleurs noires et sombres, aient, à une certaine époque , expliqué de cette manière, la couleur du sang veineux; mais je le serais beaucoup, qu'ils continuassent d'admettre cette opinion, après la découverte qu'ils ont faite des causes qui produisent la coloration du sang artériel.

( Mo )

Une grande partie de ce que je viens de dire touchant le carbone, peut s'appliquer à l'hydrogène , qu'on suppose en excès dans le sang veineux. Si la très-peiile quantité de cette substance, que l'oxigène atmosphérique enlèverait au sang pour former de l'eau , pouvait être considérée comme une surcharge, comme un trop plein, il en faudrait conclure que la proportion de l'hydrogène dans le sang, est rigoureuse, et qu'elle ne comporte aucune latitude. L'impossibilité d'admettre une pareille conclusion , prouverait seule qu'il ne se forme point d'eau dans les poumons 5 mais d'autres raisons se joignent encore à celle-là. D'abord la vapeur aqueuse du poumon remplit un usage important et tout-à-fait étranger à la déshydrogénation du sang; en second lieu , il n'existe aucune preuve directe de la formation de l'eau dans les poumons. On y a admis cette formation sur ce que le sang prend une couleur sombre par son contact avec le gaz hydrogène, mais ce n'est là qu'une apparence illusoire j et aussi sur ce que tout l'oxigène consommé dans les poumons , n'étant pas emplové à former de l'acide carbonique, la portion qui n'y est pas employée doit remplir quelqu'autre usage. Mais quoique cet usage ne soit point rigoureusement déterminé par les expériences^ il est pourtant beaucoup plus probable que la portion d'oxigène dont il s'agit, se fixe dans le sang, qu'il ne l'est , qu'elle enlève de l'hydrogène à ce liquide ;

puisque, d'une part , les découvertes sur la coloralion du saug artériel annoncent que Toxigène doit se fixer dans le saugpour Topérerj et que, de l'autre 5 53 niilligr. ( i grain ) d'hydrogène , exigeant près de 3i8 milligr. (6 grains) d'oxigène, pour former de l'eau 3 on conçoit que l'addiiion de ces 3 18 milligr. (6 grains) d'oxigène au sang, doivent exercer une plus grande influence sur la composition chimique du sang, que ne ferait la soustraction de 53 milligr. ( i grain) d'hydrogène.

Toute l'eau expirée est donc le produit de la transpiration pulmonaire. Mais est-ce par la quantité d'eau qu'elle enlève, est-ce en déterminant le degré de fluidilé du sang artériel que cette transpiration influe sur la formation de ce sang? tout porte à croire que ce n'est nullement là son usage. Nous avons évalué la quantité de cette transpiration à 636 milligr. (12 grains) par minute 5 c'està-dire que 3913 gram. et 168 milligr. (8 liv.) de sang, perdent 636 milligr. (12 grains) d'eau en traversant les poumons 3 en sorte que si toute la masse du sang les traversait sans éprouver cette perte , la quantité d'eau qu'elle contient ne serait augmentée par là que d'environ 1 gram. 908 millig. il b''^^)* ^^9 ^^ n'est pas possible de supposer qu'une aussi petite quantité d'eau ne soit pas comprise dans la latitude dont est manifestement susceptible la fluidité du sang. Je sais bien que cette latitude n'est pas très -considérable et qu'elle IP. Partie, 16

ne l'est pas à beaucoup près autant que le supposent certains titres généraux de la matière médicale. Mais 5 quoique nous soyons fort éloignés de pouvoir augmenter à notre gré la fluidité du sang en augmentant la quanlilé des boissons , il n'en est pas moins prouvé par beaucoup de phénomènes que cette fluidité est susceptible d'une certaine variation (i)^ etque par conséquent le sang n'est point ramené dans les poumons à un degré de liquidité constant. Cette fonction serait incompatible avec celle que remplit incontestablement la transpiration des poumons, et qui consiste à régulariser la température de ces organes.

Les combinaisons exigent en général une température d'autant plus précise, qu'elles sont plus compliquées. Celles qui s'opèrent dans l'économie animale , outre qu'elles le sont éminemment , se répètent , se reproduisent les mêmes à tous les instans. La température qui leur est nécessaire à chacune devait donc être précise et limitée dans son degré 5 elle devait aussi se reproduire à tous les instans 5 c'est-à-dire, être constante. Mais si la transpiration cutanée a pour principal usage d'entretenir cette constance de température dans les

(l) La preuve de cette varUtion , ce sont les quantités énormes d'eau qu'on peut injecter dans les veines d'un animal , sans le faire périr et même sans l'incommoderbeaucoup.

foucliolis qui sont sous rempire de la grande circulalion , on voit bien que les coi-nLinaisons qui s'opèrent dans la petite circulation^ c'est-à-dire, celles d'où dépend la formation du sang artériel , devaient avoir de même un régulateur spécial de leur température 5 car il est évident que la transpiration cutanée n'y pouvait pas suffire, et que les poumons , étant de toutes les parties du corps celles où la somme des combinaisons et le dégagement du calorique sont les plus considérables dans un espace donné , le régulateur de leur température ne pouvait pas être appliqué uniquement à leur surface extérieure, mais qu'il devait exercer son action sur tous les points de leur surface intérieure 5 c'est ce que remplit parfaitement la transpiration pulmonaire. Ce qui arrive dans certains cas pathologiques montre de quelle importance est ce régulateur. J'ai dit que cette fonction de la transpiration pulmonaire était incompatible avec celle de régulariser le degré de liquidité du sang artériel. En effet, la quantité de calorique enlevé parla vaporisation étant en raison de celle de l'eau vaporisée , si cette dernière variait suivant le plus ou le moins de liquidité du sang, la température pulmonaire varierait de même, et souvent d'une manière considérable.

Je puis donc conclure que la transpiration pulmonaire , bien qu'indispensable à la formation du \ «ang artériel , tant en régularisant la température

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du poumon qu'en maintenant la souplesse de cet organe , el en prévenant la sécheresse et le racornissement qu'y occasionnerait une chaleur sèche, aidée d'un renouvellement d'air qui se répète à tous les insians , ne l'est point par la quantité d'eau dont elle dépouille le sang. 11 résulte de là que la transpiration pulmonaire n'est point propre, comme on l'a cru , à suppléer à la sécréiion de l'urine. La transpiration cutanée ne l'est pas davantage. Il existe un rapport réel en ire ces deux transpirations et la fonction des reins 3 mais il n'est pas réciproque. Je reviendrai là-dessus dans un autre temps.

J'aurais à examiner maintenant quelle est la nature des pertes que les vaisseaux lymphatiques font éprouver au sang qui traverse les pou-, mons , et jusqu'à quel point ces pertes sont capables d'influencer sur les proportions des principes de ce sang, qucBlion fort obscure , et sur laquelle je hasarderai seulement quelques réflexions. D'abord , on peut demander si le grand nombre de vaisseaux lymphatiques des poumons n'est pas spécialement en raison de la vaste surface que présentent les vésicules pulmonaires , et si ces vaisseaux n'ont pas pour principal ou même pour unique usage d'absorber les liquides qui lubréflent cette surface, et dont le prompt renouvellement est plus important ici qu'ailleurs , à cause de l'altération qu'ils ne tarderaient pas à contracter par

le contact de Tair. Dans le cas de raffiimaiive , ils n'influeraient que d'une manière fort indirecte sur la formation du sang artériel. En second lieu, comme ces \aisseaux reportent immédiatement dans le torrent de la circulation les liquides qu'ils ont absorbé , on ne voit pas bien comment ils pourraient dépouiller le sang de qvielques-uns de ses principes : ils ne feraient jamais qu'ôter pour remettre.

Il me reste à parler de l'acquisition en oxigène atmosphérique que fait le sang dans les poumons. Si tout l'oxigène que Lapoisier croyait employé à former de l'eau, se fixait dans le sang, nous avons vu ci- dessus que la quantité en serait d'environ 3i8 milligr. (6 grains) sur SpiS gram. et 168 milligr. (8 liv. ) de sang. Mais d'alx)rd cette addition serait à peu près constante dans tous les temps pour une même quantité de sang, et ne varierait qu'en apparence, comme nous l'avons vu par la formation de l'acide carbonique. Or, une addition constante n'est point propre à régulariser les proportions des principes du corps qui la reçoit. En second lieu, cette même addition est manifestement trop petite pour n'être pas comprise dans la latitude que comporte la quanlilé d'oxigène contenue dans le sang artériel^ et pour que ce sang ne puisse pas contenir indifféremment en plus ou en moins la quantité d'oxigène qu'elle exprime. Je serais très-fàché qu'on inférât de ce que je dis ici

que je n'attribue à l'oxigène atDiospîiërique aucune influence par la formation du sang artériel. Je pense ^ au contraire, qu'il en a une immense. Mais c'est uniquement en déterminant entre les principes dû sang déjà réunis dans l'artère pulmonaire suivant les proportions requises, un ordre de combinaisons qiû constitue le sang artériel , et lui donne , comme tel, un caractère inappréciable, ou du moins inapprécié jusqu'ici.

Ainsi l'examen des pertes et des acquisitions que fait le sang au moment où il devient artériel , nous conduit à reconnaître que les modifications qu'il subit pour le devenir ne dépendent point matériellement de ces pertes ni de ces acquisitions, et que ce n'est point dans les poumons que se régularisent les proportions de ses principes. On conçoit en effet que si la nature avait attendu si lard à déterminer les proportions des principes qui doivent composer le sang artériel , il en serait résulté une irrégularité extrême dans les fonctions du poumon, et 5ur-tout dans sa température.

C'est donc un confluent des sangs veineux et des sucs cbyleux et lymphatiques que se régularisent les proportions en question. Du moins rien n'indique que ce puisse être ailleurs y mais ou voit très-bien , au contraire, que chaque organe fournissant un sang veineux dont les principes sont dans une proportion déterminée, et dont la quantité est dans un certain rapport avec celle de cha-

cun des aulres sangs veineux , et que le cli}'le et la lymphe, s'y réunissant de même dans une certaine quantité , et après avoir subi une élaboralion constante qui leur donne une qualiicdélcrminée , la somme de tous ces liquides doit avoir été calculée de manière à contenir les proportions qu'exige le sang artériel , sauf les variations accidentelles ou plus ou moins permanentes qu'y peut occasionner l'activité augmentée ou diminuée de tel organe ou du système lymphatique, soit entier, soit appartenant seulement à une ou plusieurs régions , variations que la nature n'a pu empêcher , mais qu'elle a prévues et rendues compati- Lies avec la santé , dans de certaines limites.

J'ai dit que le lieu où se régularisent les proportions dont il s'agit était aussi vraisemblablement celui où s'accomplit l'hématose. L'agitation qu'éprouve dans les veines caves et dans le côté droit du cœur la somme des liquides qui s'y réunissent, etqiïi s'y réunissent avec toutes les conditions propres à en déterminer instantanément les combiiiaisons, paraît être suffisante pour l'opérer. C'est du moins ce que porte à croire ce qui se passe dans les animaux qui n'ont qu'un ventricule au cœur, chez lesquels l'hématose ne peut s'accomplir que dans cet organe. La veine-porte nous en fournit encore une preuve. En effet, 1g sang que cette veine distribue au foie doit avoir une nature homogène 5 mais il ne peut l'acquérir qu'autant

( 248 ) que les divers saijgs veine ax donl il est composé se combinent en se mêlant dans le sinus de cette veine. Aussi est-il remaïqnaLle que tous ces sangs et même celui que rapportent les veines cvstiques se réunissent et se mêlent dans ce sinus comme dans un laboratoire commun , avant de pénétrer dans le foie. Leur combinaison y est sans doute facililée par les angles très-ouveris que les branches de la veine-porte ventrale et celles de la veine-porte hépathique font à leur confluent 5 mais elle doit rétre parliculièrement par les oscillations qu'y occasionnent les mouvemens de la respiration. A la vériié, la circulation beaucoup moins rapide dans la veine-porte qu'à la base du cœur, y donne plus de temps à la combinaison 5 mais , en revanche, les oscillations dont je viens de parler sont plus promptes et plus considérables dans cette dernière partie que dans la veine-porte.

Il parait donc que les sangs veineux et les sucs chyleux et lymphatiques sont déjà réunis suivant les proportions requises , et combinés de manière à former un tout homogène, quand ils parviennent dans l'artère pulmonaire, et que ce n'est pas pour s'hématoser que le ch^le et la lymphe traversent les poumons, mais pour y subir, conjoinlement avec le tout homogène , dont ils sont devenus partie constituante, une sorte de coction , si je puis m'exprimer ainsi, coction pour et pendant laquelle leliqulde qui l'éprouve fait des pertes et des acqui-

( 2/f9 ) sillons, parce qu'il paraît impossible, comme je Tal déjà dit à propos de la rate , cpi'une combinaison animale change de nature sans perdre ou sans acquérir quelque chose. Mais ces pertes et ces acquisitions ne nous apprennent rien , absolument rien sur le caractère étonnant que prend la nouvelle combinaison. Tout est encore mystère dans la fonction du poumon. Si Ton est parvenu dans ces derniers temps à mieux connaître quelques-unes des circonstances qui l'accompagnent nécessairement , on en est encore à apprécier la valeur de leur influence sur la formation du sang artériel. Plusieurs autres circonstances restent à connaître et à apprécier dans cette même fonction. On ne peut guères douter, par exemple, que le fluide électrique n'y joue \\n rôle. C'est du moins ce que rendent très-vraisemblable le rapport qu'on remarque entre la respiration et Firritabilité musculaire , et celai que nous montrent les expériences galvaniques entre cette même irritabilité et le fluide électrique.

En un mot , tout ce que nous savons sur la formation du sang artériel ne nous a point encore mis en état d'y voir autre chose que ce qu'a vu M. Cavler dans les fondions en général , qu'une transformation de fluides, dont la nature s'est réservée le secret. « Toutes les fonctions de Téconoxule animale, (ili ce célèbre professeur, paraissent se réduire à des transformations de fluides , el c'est

dans la manière dont ces transformations s'opèrent que gît le -véritable secret de cette admirable économie. 35 (Leçons d'anatomie comparée, recueillies pstr M.. JDuméril f tom. I, pag. 33.) Grande et belle vérité que j'aurais eu occasion de rappeler plus d'une fois, si j'avais eu le loisir de donner ici le paragraphe que j'avais annoncé sur les opinions et les faits relatifs à la circulation des humeurs excrémentitielles avec le sang.

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