‹ ŒuvresChapitre 20 sur 27 · CHRONOLOGIQUES · texte numérisé non relu

CHRONOLOGIQUES

SUR HIPPOCRATi:

>vv>Miv« w«<vv\^A*

VJ 'ÉTAIT une opinion généralement admise qu'Hippocrate a vécu vers le temps de la guerre du Péloponnèse , lorsque M. Boulet s'est élevé tout-à-coup contre ce point de chronologie. Il a soutenu qu'Hippocrate n'a jamais existé, et que les ouvrages qu'où lui attribue ont une antiquité de près de treize mille ans. Au premier abord cette dispute paraît presque oiseuse. L'essentiel, en effet, est que nous possé* dions les ouvrages d'Hippocrate et que nous en fassions notre profit. Leur antiquité et l'existence vraie ou fabuleuse de celui dont ils portent le nom, ne peuvent rien ajouter à nos connaissances médicales. Cependant , si un philologue n'épargne ni temps , ni peines pour découvrir le sujet et la date d'une antique, souvent d'un mince intérêt pour le fond comme pour la forme , pourquoi des médecins ne consacreraient-ils pas quelques veilles pour constater à quel homme et à quelle époque appartiennent des ouvrages où ont été jetés les premiers et les plus solides fondemens de leur art ? Il me

semble qu'an juste sentiment de reconnaissance leur impose le devoir d'en recbercher Fauteur. Ce travail n'est pas d'ailleurs une affaire de pure érudition^ il a une étroite liaison avec l'histoire de la médecine, et je pense que, sous ce point de vue, fi* n'est nullement indifférent que les plus anciens ouvrages.de médecine qui nous sont parvenus aient été écrits quatre cents ans seulement avant l'ère chrétienne, ou qu'ils lui soient antérieurs de près d'onze mille ans .

Mais remarquons que le siècle où ils ont été écrits ne peut pas se distinguer de celui dans lequel Hippocrate a vécu 5 car le nom de ce médecin est inséparable des principaux d'entre les ouvrages qui lui sont attribués. Indépendamment des témoignages qui , comme nous le verrons, ne permettent pas de douter de son existence , toutes les raisons qu'allègue M. Boulet en faveur de la première partie de son opinion, tendent uniquement à prouver qu'Hippocrate a vécu à une époque fort différente de celle qu'on admet communément; mais aucune ne prouve qu'il n'a point existé , ni qu'il n'est pas l'auteur des ouvrages en question; et cependant il faudrait des preuves bien puissantes pour nous autoriser à dépouiller cet auteur , quel qu'il soit , d'un nom qu'il a constamment porté dans tous les siècles depuis qu'il est connu, et sous lequel ont été désignés ses ouvrages dès les premiers temps où il en a été fait mention. M. Bou^

let a SI bien senii lui-même rimposslbilité de les isoler du nom d'Hippocrate, que^ pour sauver la difticullé qui en résulte contre son système, il s'est vu réduit à supposer que ce nom ne désigne pas un auteur, mais seulement un recueil d'anciens traités de médecine.

La seule question qui se présente à résoudre dans la controverse actuelle , consiste donc à déterminer dans quel siècle a vécu Hippocrale. Je vais examiner ce que nous apprennent à cet égard , i^Ae témoignage des écrivains antérieurs à la guerre du Péloponèse^ 2.^, quelques points les plus marquans de la doctrine d'Hippocrate 5 3^. le témoignage des auteurs qui ont écrit pendant ou après la guerre du Péloponèse; 4^* 1^ dialecte dont s*est servi Hippocrate^ 5^. Fépoque de Tannée où se levaient et se couchaient de son temps certaines constellations, comparée à celle où elles se lèvent et se couchent maintenant.

J'aurai soin que les principales raisons dont M. Boulet étaie son opinion, trouvent leurs réponses dans la discussion de ces divers articles.

Du témoignage des écr'waiiis antérieurs à la guerre

du Péloponèse,

Aucun d'eux n'a fait mention d'Hippocrate M. Boulet en convient, et il est même fort em--

barrasse du silence d'Homère. Il avoue que ce poèlc qui a parlé de tout ce qui était connu de son temps , aurait nommé Hippocrate s'il Tavait connu (i). Eien décidé pourtant à ne rien rabattre de l'antiquité qu'il veut lui donner, M. JBoidet a pris le parti d'ajouter à celle d'Homère. Cependant ce silence d'Homère n'est pas plus embarrassant, et l'est peut-être même beaucoup moins que celui d'Hérodote 5 car cet historien s'est appliqué bien plus scrupuleusement encore que ne l'a (ait le poète j a désigner tous les faits et tous les personnages quij à quelque époque que ce fût, avaient eu de la célébrité , soit dans la Grèce , soit chez les nations barbares. Il parle de la médecine et des médecins de presque touies les contrées connues de son temps. 11 nomme plusieurs médecins grecs, et entre autres Démocède de Crotone. Et dans soa enthousiasme pour la prééminence des Grecs, il ne manque pas de faire remarquer la supériorité que mon trace médecin grec à la cour de Darius sur les médecins égyptiens. Il rappelle à cette occasion ce que Démocède était -le plus habile médecin D5 qu'il y eut alors dans la Grèce, et que ses talens 35 donnèrent un grand lustre à l'école de Ciotone ,

(l) Une preuve sans réplique c^w'' Hippocrate n'existait pas avant Hon^ère, c'est qu'il cite ce dernier dans un de ses ouvrages, dont la légitimilé n'a jamais été contestée {lib. de artlcuL ) Je dois cette remarque au savant docteur Coray.

( 3o7 ) >5 qu'ils placèrent au premier rang, landis que :» celle de Cyrène occupait le second. 3^ Mais il ne dit pas un mot d'ÎJippocrate ni de ses ouvrages 5 et il parle de Gos sans parler de son écolo. L'histoire d'Hérodote finit à la bataille deMycale, quarantesept ans seulement avant la guerre du Féloponèse. Il est donc clair qu'à celle époque les ouvrages d'Hippocrate n'étaient pas plus connus que sa personne , et que l'école de Cos n'avait point encore de célébrité. Ce fut à Hippocrale qu'elle dut celle qu'elle acquit par la suite ^ de même que l'école <le Crotône avait été redevable de ia sienne à Démocède .

De quelcjues points principaux de la doctrine Hîppocratique,

L'importance de certains nombres esl célèbre dans ïes écrits d'Hippocrate. C'est une opinion presque générale parmi les médecins , qu'il s'est à cet égard tin peu trop abandonné aux idées de Pythagore. Le reproche lui en a été fait très-anciennement , et même par Celse, c'est-à-dire, dans un temps où l'on avait tous les moyens de reconnaître dans quelle source il avait puisé cette doctrine. Il faut donc qu'Hippocrate ne soit venu qu'après Pythagore. Mais il n'existe aucun doute sur le temps où

a vécu ce dernier 3 on sait qu'il est mort environ feoixanle ans avant la guerre duPéloponèse.

Un autre point de la doctrine d'Hippocrale peut nous servir à limiter encore davantage l'époque de son existence. Il est généralement reçu qu'Hérodicus fut le premier qui introduisit la gymnastique et la diététique dans la médecine. Platon ( rép. liv. III) s'eu explique très-formellement : ce philosophe, qui ne voulait que des hommes robustes dans sa république, apostrophe vivement Hérodicus pour avoir, dit-il,^ fait connaître aux hommes valétudinaires des procédés qui ne sont bons qu'à leur procurer une longue mort. Mais Hippocrate a fait un grand usage de la gymnastique, et surtout de la diététique , dont il s'est appliqvié à circonstancier l'emploi dans les diverses maladies , bien au-delà de ce qu'avait fait l'inventeur. Le médecin de Cos est donc postérieur à Hérodicus. On en a d'ailleurs une autre preuve en ce qu'il cite luimême Hérodicus. Il le cite nominativement comme aggravant l'état des fiévreux par un usage immodéré de la gymnastique (épid. liv. YI). Or, il est prouvé qu'Hérodicus vivait au temps de la guerre du Péloponèse. Cela est prouvé, dis- je, par le témoignage de Platon , qui nous le donne comme son contemporain , et cela pourrait l'être par celui de beaucoup d'autres auteurs , puisque Hérodicus était frère de Gorgias, rhéteur fameux , et qui joua un rôle dans les événemens précurseurs de la fatale

expédition de Sicile^ une des principales causes de }a rnine d'Athènes , et par contre-coup de la Grèce entière.

Tout ce que je viens de dire dans les deux articlés piécédens , démontre suffisamment que le temps où a vécu Hippocrate ne remonte pas à plus de quatre siècles avant l'ère chrétienne. Mais il me reste encore à déterminer l'époque précise de son existence : c'est ce que je vais essayer de faire dans les articles suivans.

Page 1