OBSERVATION
D^une colique produite par sept intus-susceptions des intestins grêles^ et qui a causé la mort avec les syptômes de Vépilepsie et de V apoplexie^ dans uji jeune compositeur.
Lue à la Société de l'École de Médecine de Paris, le 18 août 1808.
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JjE 18 juin 1807, jefus appelé rueSerpenle, n^. 4> par M. Guillaume, cardeur de matelas, pour donuer des soins à son beau-fds Louis Lacroix, âgé de dix ans et demi, apprenant l'état d'imprimeur et travaillant à la casse depuis six mois.
Cet enf^int avait un peu de fièvre et se plaignait de douleurs dans le ventre vers l'ombilic, mais ces douleurs n'étaient pas bien vives, et le toucher ne les augmentait pas. Il avait un peu de mal à la tête , la langue chargée et la bouche mauvaise. Il n'avait point d'appétit 5 je conseillai un émélique en lavage, qui procura des évacuations abondantes par haut et par bas. Trois jours après il était retourné à
son imprimerie; sa mère me dit qu'il allait beaucoup mieux, mais que le mal de ventre n'était pas encore entièrement dissipé. Je n'entendis plus parler de ce malade jusqu'au 28 juin suivant, qu'on vint me chercher en grande haïe à neuf heures du matin , en m'annonçant qu'il venait de tomber sans connaissance et qu'il était près d'expirer au milieu des convulsions. Lorsque j'arrivai, il était dans un état apparent de somnolence; les convulsions étaient finies. Elles n'avaient duré qu'environ cinq minutes , et avaient été accompagnées d'un afflux d'écume à la bouche^ très abondant; les lèvres en étaient encore couvertes. D'après le récit qu'on me fit de tout ce que venait d'éprouver ce malade, je songeai qu'il avait eu tm violent accès' d'épilepsie , et l'état de somnolence dans lequel je le trouvai, me parut être celui qui succède ordinairement aux accès de ce genre.
J'appris alors que depuis le premier jour où je l'avais vu , les douleurs de colique n'avaient éprouvé qu'une rémission de courte durée, et qu'ensuite elles n'avaient fait que s'accroître ; que néanmoins il avait continué d'aller à son imprimerie jusqu'au jour (précédent , 27 de juin. Ce jour là, il vomit son déjeuner peu de temps après l'avoir pris , et plusieurs fois dans la matinée il se présenta à la garde- robe sans pouvoir rendre aucun excrément. Dans la soirée, il voulut prendre quelques alimens^ et les revomit pareillement; il se présenta encore à Li
garde-robe et toujours inutilement malgré tous ]es efforts qu'il y fit. Pendant la nuit du 27 au 28, il fut tourmenté de coliques atroces, et ne fit que crier et se plaindre. On lui donna trois lavemens éniolliens qu'd rendit sans-aucun mélange d'excrémens 5 et il prit du tlié qu'il revomit un peu teint de bile. Enfin, à cette nuit orageuse avait succédé une matinée plus calme 5 il se trouvait assez bien depuis quelques heures , et même il jouait au domino avec un de ses peiits camarades^ lorsque tout-à-coup il avait perdu connaissance et avait été saisi de ces violentes convulsions pour lesquelles on m'avait appelé.
L'accès d'épilepsie étant terminé , il me parut convenable de ne pas troubler le repos dont il semblait jouir; mais, l'ayant revu deux heures après, je reconnus que ce que j'avais pris pour un état de somnolence était tout autre chose. Le corps et les membres se roidissaient de temps en temps, et , dans les intervalles, il y avait parfois des tressaiîlemens convidsifs. Tous ces mouvemens étaient accompagnés de cris plaintifs et de grincemens de dents ; les deux mâchoires étaient serrées, et n'admettaient qu'un léger écartement ; la bouche était loiijours pleine d'une salive un peu écumeuse, et qui s'épanchait en dehors ; le ventre était tendu, le pouls plein, fort, régulier, et un peu plus fréquent qu'en santé. Cet état persévéra , sans que tous les moyens qui furent employés y apportassent
aucun changement sensible. Ces moyens conslsiérent principalement dans rapplication des sangsues à la gorge , et d'un vésicaloire à la nuque , et dans un lavement purgatif et une poiion aniispasmodique ^ la déglutition était très-difficile ; le malade n*ava}ait qu'une très-petite portion de ce qu'on s'efforçait de lui faire prendre, et rejetait le reste à l'instant. Quant au lavement , il est à remarquer qu'il procura des évacuations abondantes.
Le second jour, au matin, les cris plaintifs furent remplacés par un ronflement profond , et parfaitement semblable à celui qui a fréquemment lieu dans l'apoplexie. La perte de connaissance et les autres symptômes continuèrent j déplus, une sueur copieuse couvrit tout le corps : les urines coulèrent à plusieurs reprises.
Vers le commencement du troisième jour , le ronflement cessa, et le râle survint. A mesure qu'il se forma , les mâchoires devinrent moins serrées ^ et lé pouls plus petit et plus fréquent 5 la sueur continua , mais plus abondamment sur la face que sur le restedu corps. Le malade mourut le i«^' juillet , à quatre heures et demie du matin , un peu avant la fln du troisième jour.
Je fis l'ouverture du cadavre onze heures après la mort. Il n'offrait rien de remarquable à Textes rieur. Le cerveau , examiné d'abord , me parut dans l'état sain : il était très-volumineux : aussi cet enfant avait-il beaucoup d'aptitude et de saga-
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cité. Je ne trouvai de même rien de particulier dans la poitrine; seulement le péricarde contenait un peu d'eau. A l'ouverture du ventre , je n'aperçus aucune trace d'inflammation , ni au péritoine, ni dans aucun des viscères ; la vésicule du fiel était irès-volumineuse et très-pleine de bile. En examinant les intestins dans toute leur longueur y pour m'assurer s'ils contenaient des vers, je n'en découvris point; mais je trouvai , dans le jéjunum et l'iléon, sept iutus-susceptions, distantes les unes des autres de dix pouces au moins, et au plus de vingt-quatre. On pourrait même dire qu'il y en avait huit; car la troisième était formée de deux qui se suivaient immédiatement , et ne laissaient enir'elles aucun intervalle : les trois premières étaient les plus considérables. Dans toutes c'était la portion supérieure de l'intestin qui s'était introduite dans l'inférieure. La première n'était qu'à douze ou quinze pouces du duodénum.
Cette observation pourrait donner lieu à plusieurs réflexions : je me bornerai aux suivantes.
Elle offre un nouvel exemple d'épilepsie et d'apoplexie purement symptomatiques ; car il est hors de doute que tous les accidens qui ont précédé la mort dépendaient des intus-susceptions intcsti- I3ales , ou du moins de la cause qui les avait déterminées (i). Non-seulement je ne trouvai dans le
(i) Ne seraient-ce pas plutôt les intus-susceptloDs qu'on
cailavre aucun t'uit pallioldi^iquc , mais !<' malade s'ctaut ceuslaniiiuHil plaint du vimUic, vl loUvS les symplonies qu'il avait d'al)urd manileslés étaient ceux d'une vive alfection des inteslius.
A la vérité les auteurs ne sont point d'accord sur les etTels de ces intus-susceptions. Les nus leur attribuent des accidens graves, et les regardent comme la cause la plus ordinaire de rairection que les Grecs ont appelée liens (<asÔO, et les lalius voli>ulus (i) , et qu'on a encore désignée sous les
devrait regarder roiunu^ symptoix\ali(Hieî> iriino racliiali^Io tlétermince par FabsorpHon triine ceiiaine quanlilé du métal que cet enfant avait journellement dans les mains '<^
(i) Ces deux expressions signifient entortillement. Iie$ anciens pensaient que la maladie qu'ils appelaient ainsi , était due A un entortillement , à des nœuds dans le canal inlestlnalj mais les modernes n'ont janmis rencontré de pareils entortilleinons dans les cadavres, et, comme l'observo JVIorrrafrni (Episl. 34, art. 02) , on n'en conçoit n)éme pas la possibilité aussi long-temps que l'inteslin demeure uni au uiésenlère. H parait reçu maintenant (]uu eus prétendus lurudsdesanciens, n'étaient<puMles intus-suscej)lions. ( lial^ Ivr^ phys. , lom. Yll , p. 96 ). {Note de rautrur. )
Tn (lispovsition on;il()UiI(|iie des piulics , nr pcrmcl p'is , A k\ vt^ritr , d'i concevoir comment dos nnnes intestin;iles pourrttient se lier le» une» Jes nuire»; mais i'upiniuu des anciens est d'iiillrnrs ju^tiiire pnr \a d(-veIoppemenl sur lo canal uliuientairu d'appendices accidentels qui quelquefois se replient aufonr de l'ititeslin, et l'entbr.issont d;uis nu vérilaMt! ncrud. On a vu l'appendice cmcnle former de ces espèce» dVtranglemens dont M. le prufusscur licclard oito plusieurs exeuiplo» dans ses cours. E. L.
( 356 ) noms de passion iliaque et de colique de miserere, B'aïUies ne pensent pas qu'elles suffisent seules pour produire les symplômes de cette maladie ; iîs se fondent sur ce qu'ils en ont trouvé fort souvent dans les cadavres de sujets qui n'avaient présenté aucun de ces symptômes. Haller entr'autres ( Vhys-, tora. lY, p. 96) est de cette opinion. 11 ajoute qu'ayant rencontré de ces invaginations dans les cadavres un très-grand nombre de fois, il ne les a jamais crues accompagnées d'aucune trace d'inflammation.
Dans cette diversité d'opinions , j'adopterais volontiers celle de JMorgagni (^de sed, et caus. morh, epist. 34? art. 34)) qui pensait que toutes les intussusceplions qui n'ont point produit d'accidens graves, étaient plus ou moins légères, et ne bouchaient qu'imparfaitement le canal intestinal. C'est selon lui, l'obturation de ce canal, pbitôt que son inflammation, qui produit le vqIpuIus*
Dans ce sens, V iléus ou le 'vohulus ^ consiste essentiellement dans l'obturation complète du canal intestinal, produite par une cause quelconque, et il a pour symplômes pathognomoniques, la constipation opiniâtre et le vomissement des substances avalées ou des matières contenues dans la portion du canal supérieure à l'obturation. On conçoit que ces matières peuvent avoir plus ou moins l'apparence des matières fécales, suivant que l'obturalion est plus ou moins éloignée de l'estomac, cl
qu'elles oui séjourné plus ou moins loug-tenij>s clans le corps (Morgagni, epist. 34, art. 28 ) ; mais (lu'il n'y a jamais vomissement des malicres fécales proprement dites, ni des lavemens, ni des suppositoires, (idem y art. 29.) Ainsi tous les cas dans lesquels on assure avoir observé des vomissement de ce genre, n'appartenaient point au volvulus, ou tout au plus ces vomissemens avaient d'abord été occasionnés par une autre affection, laquelle avait produit consécviiivement l'obtura lion . On conçoit aussi que le volvulus peut être idiopatbique ou symptomatique , suivant que l'obturation est produite immédiatement par une cause en quelque sorte mécanique, ou suivant qu'elle est l'effet d'une autre maladie. Je ne me suis arrêté à ces remarques que parce qu'il m'a semblé que le véritable caractère du volvulus n'était pas bien clairement défi ui dans la plupart des auteurs.
Mais quelle avait été la cause de cette maladie dans le sujet dont je viens de rapporter l'observation? J'ai dit que cet enfant était imprimeur et qu'il travaillait à la casse depuis six mois ; pendant tout le temps qu'il était au travail, il avait sans cesse des caractères d'imprimerie à la boucbe. On s'en était aperçu et on l'avait averti de se défaire de cette mauvaise babitude qu'il avait néanmoins conservée jusqu'à la fin. Serait-ce des parcelles de ces caractères qui, ayant été avalées, auraient été la