AVERTISSEMENT
La question que je me propose de résoudre ici, m'a conduit à en discuter beaucoup d'autres. Presque partout le résultat de cette discussion a été la réfutation d'opinions très-répandues et qui tiennent aux principaux points de la physiologie. Je n'ignore pas que ces opinions ont été introduites dans la science par des hommes d'un grand nom, dont j'admire, dont je rovère les talens autant que personne- Mais il me semble qu'en physiologie et dans les sciences physiques en général, l'autorité d'vin nom, quelque grande qu'elle puisse être, n'impose d'autre devoir que celui de ne rejeter qu'après un mûr examen , les faits et les opinions qu'elle couvre de son égice.
Pour réfuter une opinion on se borne assez souvent à lui opposer quelques expériences, quelques faits nouveaux, qui paraissent la contredire. Mais, comme il n'est pas facile de saisir toutes les faces, d'apprécier toutes les circonstances d'un ordre de faits aussi compliqués que ceux de l'économie animale, il peut arriver , et il arrive en effet fréquemment que ces faits , sur- tout quand ils sont récens et non encore mûris par le temps, frappent à faux, et que les partisans de l'opinion attaquée trouvent moyen de se les approprier à leur manière. Il m'a paru plus rigoureux de n'examiner les opinions qui se sont présentées â moi dans le cours de cette dissertation , que d'après les faits mêmes sur lesquels les appuient leurs partisans. Celui qui s'appliquerait à apprécier à leur juste valeur les principaux faits sur lesquels reposent toutes les opinions équivoques qu'on rencontre dans une science, et à chercher la liaison qui se trouve entre ces faits et ces opinions, ferait plus pour cette science, que celui qui ne s'occuperait qu'à la surcharger de nouveaux faits incohérens et mal appréciés. Du moins est-ii certaia que l'horizon de la science ayant été éclairci par cet inventaire raisonné , on distinguerait mieux la route qu'on aurait à suivre pour s'avancer ultérieurement.
On trouvera , sur-tout dans les corollaires , le canevas d'une pathologie, ou, pour m'exprimer plus généralement, d'une étiologie humorale toute nouvelle. Mais pour remplir ce canevas avec tout le succès ])ossible, il faudrait que la chimiç fût en état de résoudre le problème ({ue j'ai proposé dans le troisième paragraphe des corollaires.
La méthode que j'ai suivie, est celle des géomètres. A une certaine époque la physiologie faisait un grand usage de leurs calculs. Elle ne s'en est pas très-bien trouvée. Il me semble qu'elle pourrait tinr un meilleur parti de leur méthode, eu y apportant toutefois la modificaiion qu'exige la différence du sujet. Eu géoméirie, quand on a démontré une proposition, et qu'on en a déduit un corollaire, ce corollaire est fiémontré par cela même et n'a pas besoin d'autre preuve. Ainsi quand le géomètre a démontré qu'il est toujours possible de faire passer une circonfr-rence de cercle par trois points qui ne sont point en liçtse droite il en conclut qu'on peut toujours inscrire dans un cercle un trian"-le donné; et de ce corollaire il en déduit immédialemenl de nouveaux
ij AVERTISSEMENT.
eorame d'une proposition démontrée. Mais en physiologie on risquernit fréquemment de tomber dans l'errenr, si l'on s'en tenait rigoureusement à cette œélhode; d'abord parce qu'une proposition de phjsioltgie, quelque bien prouvée qu'elle paraisse, n'est jamais démontrée comme ï)ue proposition de géométrie; en second lieu, parce que les corollaires déduits dt^ la première, é!ant d'un ordre plus compliq.;é que ceux déduits de la seconde, l'évidence ne dous accompagne point au même degré dans la déduction des uns comme dans celle des autres, et qu'ainsi les premiers pourraient (pielquefois être faux, quand même la proposition d''où on les aurait déduits serait vraie. La méthode géométrique ne peut donc être appliquée à la physiologie qu'à l'aide d'un correctif qu'on trouve tout nalurtllement dans la confrontation des faits avec chaque corollaire. Il ne peut rester aucun doute sur la vérité d'un corollaire, quand, par cette confrontation, il se trouve être précisément l'exoression générale de tous les faits qui s'y rapportent. Telle est la marche que j';ù suivie. Elle consiste à choisir dans l'économie animale un fait très-général, qui soit le moins compliqué possible, et à le bien constater, pour en déduire ensuite toutes les conséquences auxquelles peuvent conduire les rapports qu'il se trouve avoir avec les différentes fonctions et les dilférens phénomènes de l'économie, puis à vérifier chaque corollaire par l'examen de tous les faits qui le concernent , pour le considérer à &on tour après cette vérification comme une proposition fondamentale dont on peut tirer de nouveaux corollaires, et ainsi de suite en procédant toujours de conséquence en conséquence , et en vérifiant à mesure chaque conséquence par le rapprochement et l'exa» men des faits. Dans cette dissertation, je n'ai vérifié de celte manière que les corollaires relatifs à l'hématose, je reviendrai sur les autres dans un autre temps. Après avoir poussé par cette méthode un premier fait général aussi loin qu'il peut aller, on pourrait successivement constater et poursuivre de même chacun des autres faits les plus généraux de l'économie.
Outre l'avantage de mettre sur la voie des faits et des recherches par le raisonnement, et de confirmer ensuite le raisonnement par les faits et les recherches , cette méthode aurait encore celui de former un corps de doctrine parfaitement lié, et exempt des contradictions qui se rencontrent si fréquemment dans les livres de physiologie , dans lesquels il n'est point rare qu'on affirme d'une fonction des choses incompatibles avec ce qu'on a dit précédemment de telle autre, et qu'on attribue à u î même organe deux fonctions qui s'excluent mutuellement. 11 est évident aussi que chaque nouveau corollaire qui se trouverait confirmé par les faits , confirmerait à son tour toutes les propositions antérieures , à la suite desquelles il aurait été déduit, et qu'ainsi l'édifice acquerrait de plus en plus de la solidité à mesure qu'on avancerait.
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