CHAPITRE PREMIER
][) es faits généraux ^ considérés comme causes des faits
particuliers,
JjES anciens regardaient le corps de Thomme comme un petit monde, et rappelaient en conséqnence microcosme. Cette dénomination , qui n'était guères fondée que sur des idées singulières ou puériles, peut offrir au physiologiste un sens trèsvéritable. Le corps humain est en effet pour lui un petit monde , c'est-à-dire , un ensemble, un système de corps parfaitement coordonnés, et dont tous les phénomènes sont dans une dépendance mutuelle. Et si le grand objet du physicien, dans ses recherches, est d'observer les phénomènes que lui pré-
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sente Tensemble des corps qui composent le j^lobc on le grand monde , et de déterminer les rapports qni lient entre eux tons ces phénomènes , c'est absolument ce même objet que se propose le physiologiste en étudiant le corps humain. En physique , on ne peut pas remonter aux causes premières 5 on se borne à comparer les faits, et à prendre pour causes les plus généraux d'entre eux : en sorte qu'on tient pour expliqué tout phénomène qui a un rapport bien connu avec un ou plusieurs faits génélaux pris pour causes. Le physiologiste qui n'a sans doute pas plus de prétentions que le physicien à la connaissance des causes premières, doit donc se borner comme lui à la recherche des faiis les plus généraux de l'économie animale pour en déduire l'explication de tous les autres.
Or, si l'on recherche à quelles fonctions doivent appartenir les faits les plus généraux de l'économie, on reconnaît bientôt que ce sont celles du cœur et celles du cerveau. Ces deux organes sont en effet les seuls qui communiquent immédiatement avec tous les autres, et les tiennent sous leur dépendance. Il n'est aucun organe qui ne reçoive des vaisseaux, aucun qui ne reçoive des nerfs. C'est par les nerfs et par les vaisseaux que l'affection d'une partie se communique à une autre ^ c'est par eux que toutes les parues du corps sont solidaires en santé comme en maladie 5 et c'est sur l'action des unsou des autres que reposera toujours,
en dernière analyse , tout système général de pathologie sons qnelqne dénomination qn'on le prodnise. En nn mot, le cœnr et le cervcan sont denx centres anxqnels tont se rapporte, et qni président à tonl. Mais la recherche des faits généraux qu'ils peuvent offrir, a cela de fort emharrassant, que les fonctions du cœur et celles du cerveau étant totalement différentes , elles ont néanmoii'is entre elles une connexion si intime , qu'elles ne peuvent exister les unes sans les autres, et que le^ir concours est indispensablement nécessaire à l'exercice de toutes les autres fonctions. Dans une pareille complication, non-seulement il est fort difficile de démêler ce qni dépend de l'un des deux centres , de ce qui ajipartient à l'autre j mais quand on saurait auquel des deux appartient spécialement tel fait général de l'économie, tous les phénomènes dans lesqnels ce fait serait pris pour une des causes , n'en resteraient pas moins inexpliqués aussi long-temps que l'action nécessairement concomittante de l'autre centre serait indéterminée.
Néanmoins, on ne peut pas conclure de là, que la connaissance des faits qui ne dépendent que d'un des centres, soit inutile, infructueuse. Car, malgré qu'elle ne puisse pas nous conduire immédiatement à celle des faits qui dépendent de l'autre centre, à cause de la différence absolue qui règne entre ces deux ordres de faits, elle peut contribuer puissamment à les mettre en évidence par voie d'exclusion ^
(réllmmation , et en simplifiant de plus en plus le problème. En secondlieu, lors même qu'une cause connue pour concourir à la production d'un phénomène, ne suffit pas seule pour nous en donner l'explication pleine et entière , pour nous en représenter la cause prochaine, comme disent les médecins 5 elle peut très-bien nous faire entendre comment les variations qui surviennent dans ce phénomène , peuvent dépendre en partie de celles qu'épouve la cause connue. Enfin cette connaissance a encore un avantage, c'est que tout en nous laissant dans l'ignorance de ce qu'est précisément une chose, elle peut souvent nous apprendre ce qu'elle n'est pas : avantage qui n'est pas peu considérable dans une science où l'imagination fait si fréquemment les frais des opinions qu'on y adopte. Admettons, par exemple, que l'identité du sang dans tout le système artériel soit un fait général bien constaté, une loi de l'économie , n'est-il pas évident que ce fait exclurait nécessairement toute explication d'une fonction , dans laquelle on supposerait au sang artériel des qualités particulières , et qu'il n'aurait pas ailleurs? Et l'action du centre nerveux , quelque propre qu'elle puisse être à voiler les défauts d'une explication, serait vainement invoquée au secours de celle-ci 5 car, quelle que soit cette action , elle ne peut pas faire que ce qui n'existe pas dans le sang d'un organe , que ce qui n'y a point été apporté, y existe réellement.