‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 326 sur 433 · ACTE I, SCENE VIL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VIL

VILLENEUVE

Dervière; envieux, mécontent, à l'affût des disgrâces, fort courageux en arrière des hommes en place, assez servile en leur présence.

SAINT-PHA.R.

En vérité, j'étais tenté de croire qu'ils parlaient de deux honnnes différents.

VILLENEUVE

C'est qu'il y a vraiment deux hommes en Vanglas. C'est qu'à part l'exagération de la flatterie et celle de l'envie, il mérite en effet le bien et le mal que Montgravier et Dervière en disent; c'est un bon naturel dépravé. Il a, au fond du cœur, le germe et le goiit de toutes les vertus; mais de l'ambition, beaucoup de vanité, de la faiblesse, des passions ardentes et un vif amour des plaisirs qui, avec l'âge, est devenu un besoin de toutes les jouissances de la vie, réelles ou de convention ; par conséquent un besoin de la fortune nécessaire pour se les procurer.

SAINT-PHAR

Montgravier le dit obligeant et boji.

VILLENEUVE

C'est vrai.

SAINT-PHAR

S'il faut en croire Dervière , c'est une urne intéressée.

C'est encore vrai. Je suis loin de croire qu'il soit vénal, mais je le sais fort avide; et d'un autre côté, l'on cite de lui des traits qui feraient honneur à l'homme le plus délicat.

SA INT-PHAR

Suivant Montgravier , c'est un excellent mari. Écou-

tez Dervière , il rend sa femme très-malheureuse.

VII LEiy EUVE.

Je connais peu madame de Vanglas. On en fait l'éloge. Sa naissance et la faveur de Vanglas pourraient la rendre fîère; son caractère, dit-on, la met à l'abri de cette faiblesse. Elle est jeune, étourdie, légère; mais bonne, aimable et sensible. Quant au mari, libertin et ami des mœurs, arrogant et affable, regrettant la vieille cour avec le duc de Villeroi, s'en moquant avec les roués de notre régent, toutes les fois qu'il n'est pas détourné du bien par un motif personnel, vous êtes sûr qu'il l'accomplira de premier mouvement, avec chaleur, avec une espèce d'emportement. Pourquoi faut -il qu'il soit aussi prompt à mal faire, lorsqu'il le croit utile à ses intérêts. Son ambition est en perpétuel contraste avec ses dispositions natives qu'elle étouffe, et ses talents supérieurs que souvent elle rend nuisibles. Il s'étourdit, il brûle la vie, pour ainsi dire , tant il est occupé par ses travaux , tant il se fait d'occupation pour ses plaisirs , sa fortune, les nombreuses et vastes affaires dont il se charge , les visites , les repas de convenance et de considération , et les innombrables réponses qu'il faut faire aux demandes que lui adressent tous les ambitieux, tous les opprimés , tous les solliciteurs de la France. 11 a une extrême facilité, une mémoire étendue, une çanté de fer; mais il se mêle de tout, il embrasse tout : marine, commerce, clergé, parlements, guerre, finances et opéra. Et il brouille et confond beaucoup de choses , et il résulte de ses bonnes qualités naturelles et des mauvaises qu'il a prises dans le monde, quil est tour -à- tour et souvent à -la -fois un homme très -précieux, un homme très -dangereux pour l'état, le prince et les gens qui ont affaire à lui.

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