ACTE I, SCÈNE VIL
SAIJVT-PHAR.
Mais comment se conduit-il avec le ministre? Est-il vrai qu'il ose souvent lui résister? Est - il vrai qu'il le serve toujours en esclave aveugle et complaisant?
VILLENEUVE
Cela dépend de la situation où il se trouve ; quand il a rendu un service, quand il se croit important, utile et même nécessaire , il est ferme , généreux , ami courageux et courageux citoyen. Désirc-t-il une faveur, craint-il une disgrâce , sent-il qu'on peut le briser ou le mettre à l'écart comme un meuble inutile; alors l'ambition ou la peur , ces despotes de presque tous , font de lui un souple et docile instrument, et il ne connaît plus pour devoir que son asservissement aux volontés et aux caprices de monseigneur.
SAINT-PHAH.
Eh bien! moi, son ancien ami, pourquoi n'aurais-je pas confiance en lui?
VILLENEUVE
Tu ne peux avoir rien que de juste à lui demander. Moi-même je viens exprès à ce souper pour le solliciter.... oui, en faveur de la veuve d'un brave militaire. Ce que je fais, d'autres peuvent le faire sans crainte et sans honte.
SAINT- PHAK.
Ce que tu me dis me décide, et je reste. Si Vanglas ignore ce qui se prépare contre moi, point de danger à paraître devant lui; s'il le sait, je compte sur son amitié.
De quoi s'agit-il donc? En quoi peut-il te servir ou te nuire? Encore quelque étourderie de ta part. Tu auras donc toujours une mauvaise tête ?
r,24 LES ANCIENS AMIS.
SAINT-PÎIAR.
J'en ai peur. J'ai dit à tout le monde que j'avais entrepris ce voyage pour faire voir Paris à ma fille , qui le croit comme les autres. Je n'ai mis personne avant loi dans ma confidence que mon vieux Francœur, homme discret et dévoué.
VILLENEUVE
Tu as bien fait. Parle!
SAINT-PHAR
Maintenant ils me feront subir le sort qu'ils voudront. Ce n'est que pour ma pauvre fille que je craignais : la voilà à Paris, près de toi; et si elle était privée de son père , tu lui en tiendrais lieu.
VILLENEUVE
Tu m'inquiètes. De quoi es-tu donc menacé.'*
SAINT -PH AR
Oh! moi-même , je me serai peut-être trop vite alar-» mé. L'homme qui m'a fait parvenir un fâcheux avis était peut-être mal instruit.
VILLENEUVE
Enfin.
SAINT-PH AR
Je dois ma place à l'honnête et vertueux Leblanc...
Ancien secrétaire-d'état au département de la guerre.
SAINT-PH A R
A la nouvelle de sa disgrâce, j'ai cru devoir lui écrire que son malheur ne lui faisait rien perdre de ma reconnaissance.
• VILLENEUVE
C'était un devoir.