ACTE II, SCÈNE VU
DORICOUR.
Rusé que vous êtes , vous savez bien que c'est h vous que je la destine.
RAYMOND
Eh quoi! n'est-ce pas au neveu de votre ami monsieur de Boulanville ?
DORICOUR.
Oui, à l'un de ses neveux.
RAYMOND
Hé bien!
DORICOUR.
Hé bien' vous vous nommez Raymond : je le crois, mais n'avez-vous pas un autre nom ?
RAYMOND
Oui, je me nomme Raymond....
MADAME LÉONARD, l'interrompant.
Raymond de Boulanville.
De Boulanville! Hé quoi ! madame, vous vous êtes permis ?...
MADAME LÉONARD
Moi , je ne me suis rien permis ; c'est monsieur.
DORICOUR.
Oui , c'est moi ; et ma fille vous a deviné comme moi.
HENRIETTE
Paix donc, mon père.
R AYMON D
Eh! quoi?
DORICOUR.
Vous venez de me l'avouer; pourquoi le tairiez-vous à ma fille? elle n'en serait pas plus fïlchée que moi.
GS M. DE BOULANYILLE.
lié, quoi! mademoiselle désirerait....
HENRIETTE
Je ne dis pas cela.
DORICOUR.
Hé ! mais que dis-tu donc? Yeux-tu me fâcher, avec tes réticences ?
Hé, bien! mon père, puisque vous m'y autorisez....
RAYMOND
Ah! monsieur, ah! mademoiselle, ce nom de Boulanville me vaut tant de bonheur! Vous me forcez
DORICOUR.
Oui, par ma perspicacité....
MADAME LÉONARD
Soyez content , monsieur : ce n'est pas à cause de ce nom de Boulanvllle que mademoiselle vous a distinî7ué. Quand bien même ce nom ne serait pas le votre, les sentiments dont vous vous êtes montré animé, suffiraient pour vous mériter son estime.
HENRIETTE
Je suis trop franche pour démentir madame.
RAYMOND
N'oubliez pas cet aveu , ({ui me comble de joie. J'en atteste l'honneur. Ces sentiments ne cesseront jamais d'être les miens.
DORICOUR.
Et moi aussi, je préférerais les sentiments au nom; mais vous avez le nom et les sentiments , c'est encore mieux.