SCENE IL
DOUSTIG^AC.
Tu parles de noces comme s il était question d'un enterrement !
SIIVCLAIR.
Ma cousine est si aimable! M. Albert , son père, gros marchand , tout enfoncé dans son commerce , la donne à M. Robin , un fat , un agioteur , clerc de notaire , il y a huit jours, et aujourd'hui homme d'affaires, c'està-dire courtier, receveur de rentes, et cœtera; parce
qu'il est riche
dot:stig>'ac.
Mais toi , ne les - tu pas ?
SINCLAIR
Pas tant que ce M. Robin semble Tètre : c est un sot dont tout le mérite consiste à suivre o^ à outrer la mode; joignez à cela son avidité pour les richesses, qui perce jusque dans ses moindres discours. Si nous l'en crovons, sa cousine de La Guiardière est folle de lui; mais il ne veut pas l'épouser, attendu qu il en doit hériter, et que sa fortune ne peut lui manquer; et comme il est bien sûr qu'elle n'aura pas d'enfants , il voudrait que je l'épousasse , moi , afin de devenir mon héritier.
DOUSTIG>'AC.
Voilà un jeune homme bien friand de successions! Au surplus , je devine : la cousine t'intéresse , le M. Robin te gêne; et s'il l'épouse, le fripon de Sinclair pourrait bien braconner sur ses terres.
SINCLAIR
J'ai été élevé avec Henriette; je suis de son âge àpeu-près, et je souffre de la voir sacrifiée. C'est ce soir, chez Robert, qu'on doit signer le contrat.
DOUSTIGXAC.
Chez Robert! une sicrnature de contrat î un festin
igS LE COUSIN DE TOUT LE MONDE.
sans doute! Si je pouvais en être! Ecoute, mon ami, tu voudrais épouser ta cousine; je voudrais être de la noce; mettons nos deux causes ensemble , et nous emporterons la femme et le repas.
SINCLA.IR.
Impossible.
DOrSTIGIYAC.
Impossible , soit ; mais je suis habitué à faire des miracles. Dis-moi, la jeune personne est-elle d'accord avec toi?
SIWCLATR.
Non vraiment : une timidité insurmontable m'a empêché de lui faire Taveu de mes sentiments.
DOITSTIGNAC.
La timidité n'est bonne à rien ; il faut la vaincre , à moins que tu ne consentes pourtant à me laisser tout faire : tu n'as qu'à parler.
SINCLAIR
Non, je t'en dispense : si tu pouvais seulement brouiller le père avec le futur.
DOUSTIGWAC.
C'est à quoi je rêve. Les deux familles se connaissent-elles beaucoup?
SINCLAIR
Aucunement.
DOITSTIGNAC.
Aucunement ! IVI'y voilà ; un gros bouquet au coté , des gants blancs , mon habit noir qui est encore assez propre Mon ami, je te la donne.
SINCLAIR
Qui?
Ta cousine , en légitime mariage.