SCÈNE IV
SINCLAIR, HENRIETTE, madame ALBERT.
SINCLAIR
Déjà ici!
MADAME ALBERT
Il fait beau , et je suis bien aise de me promener avant le dîner avec ma petite -fille.
SINCLAIR
]VIa cousine a l'air bien triste !
MADAME ALBERT
Dame, c'est que le mariage est fait pour donner à songer à une jeune personne ! Voilà précisément comme
j'étais, il y a aujourd'hui cinquante - neuf ans et six mois, la veille de mon mariage avec feu M. Albert, votre grand -père à tous deux, mes enfants; et sans vouloir faire de tort à ton futur , ma chère Henriette , défunt mon mari valait bien M. Robin !
HENRIETTE
Oh! cela n'est pas bien difficile , ma bonne maman. Ne trouvez -vous pas que ce M. Robin s'aime un peu trop lui-même? Voilà huit jours que mon mariage est conclu : il ne m'a presque jamais parlé que de lui dans tous nos entretiens. Qu'il m'ait d'abord demandée à mon père, c'est fort bien; mais à-présent, ne devrait-il pas s'occuper lui peu moins de sa parure , et un peu plus de sa prétendue ?
MADAME ALBERT
Ahî que je reconnais bien l'amour ! On est toujours porté à trouver des défauts à l'objet aimé : tu trouves le tien trop avantageux; moi, je trouvais le mien trop modeste.
HENRIETTE, cu regardant Sinclair.
Si la présomption est^wn défaut, la timidité en est un aussi.
MADAME ALBERT, Cl Sinclair.
Sans doute. Une jeune personne est embarrassée quand il faut qu'elle fasse la moitié du chemin.
SINCLAIR
Mais la timidité est pourtant la marque d'un véritable amour. Un jeune homme bien épris tremble auprès de sa maîtresse; il a besoin d'être encouragé.
MADAME ALBERT, Cl Henriette.
Il a raison; il est charmant, mon petit- fils! Après ton mariage, ma bonne amie, il faut que ton cousii» soit le meilleur ami de ton mari, entends -tu? {A Sirè-^