SCENE IV. loi
clair.) Ecoute donc, Sinclair; as-tu fait des couplets pour la noce?
SIiyCLAIR.
Non.
MADAME ALBERT
Tant pis. Tout le monde sait que tu te mêles d'écrire; on voudra t'entendre chanter.
SINCLAIR
Je n'ai de nouveau qu'une romance que j'ai faite hier : je ne sais si elle est bonne pour la circonstance : si ma cousine voulait l'essayer?
HENRIETTE
Ici!
SINCLAIR
Il ne passe personne à cette heure : je brûle de savoir si ma romance aura votre suffrage.
MADAME ALBERT
C'est qu'elle s'y connaît, ma petite - fille ! Allons, chante , mon enfant.
[Sùiciair donne sa ro/nance à Henriette^.
HENRIETTE cliante.
Deux enfants s'aimaient d'amour tendre , Et juraient de s'aimer toujours.
C'était plaisir de les entendre Parler de leurs jeunes amours !
Je t'aime bien, petite amie, A Chloé répétait Lindor; Je sens que j'aime poiu- la vie , Quoique je sois bien jeune encor.
MADAME ALBERT
\oilà un couplet qui promet.
HENRIETTE chaUte.
On dit qu'il n'est, l'épondait-elle , Jamais de constantes amours;
Je voudrais toujours être belle , Pour que tu m'aimasses toujours.
Alors venaient, en confidence, Petits plaisirs, petits chagrins; Baisers donnés par l'innocence Scellaient leurs serments enfantins.
MADAME ALBERT
Ces pauvres enfants , comme ils sont intéressants !
HENRIETTE chaute.
Survint gênante modestie ; Adieu jolis baiseis d'amour; Amitié froide et bien polie A remplacé tendre retour.
Regret d'innocentes caresses Est tout ce qui reste à Lindor.
Hélas ! de vos jeunes promesses , Chloé, vous souvicnt-il encor ?
MADAME ALBERT
Ce qui me plaît dans Henriette, c'est qu'elle sent ce qu'elle chante. As-tu remarqué comme sa voix s'est affaiblie sur la fin du dernier couplet ? Mais , après ?
SINCLAIR
Après? mais c'est tout.
MADAME ALBERT
Comment! tout? mais cela ne se peut pas ; il n'y a pas de dénouement.
SINCLAIR
Le dénouement n'est pas facile à faire.
MADAME ALBERT
Bon! rien de plus aisé. Lindor aime Chloé, Chloé aime Lindor : tu n'as qu'à les marier ensemble.
SINCLAIR
Oui! mais s'il y a un rival?