‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 257 sur 391 · COMÉDIE EN TROIS ACTES ET EN VERS · texte numérisé non relu

COMÉDIE EN TROIS ACTES ET EN VERS

Représentée pour la première fois le 24 novembre 1795.

Travaillez , preuez de la peine , C'est le fonds qui manque le moini.

La FoNTAÏÎfE.

J E me rappelle toujours avec plaisir que ce fut à la représentation de cette pièce que j'obtins pour la première fois le suffrage de mon ami CoUin-Harleville. Il aimait sur-tout la scène du premier acte , où le jeune poète réclame le secours de son riche ami de collège. Il aimait

I insouciance , la confiance, la bonne-foi de Clermont.

II me félicitait davoir laissé percer quelques traits d un bon cœur dans ce Derville qui voudrait obliger, qui voudrait refuser, et qui finit par obliger de mauvaise fi^race. Je crois en effet que c'est la meilleure scène de 1 ouvrage.

Je ne pensais d abord qu'à peindre les dangers de l'oisiveté et les avantages du travail. Une heureuse inspiration me conduisit à faire de mon homme oisif, de mon homme laborieux, et de l'homme qui les met tous les deux à l'épreuve, trois camarades de collège. Il en résulta que ce qui devait faire le fond de la pièce n'en fit plus que l'accessoire, et que je m'abandonnai au plaisir de peindre le charme des souvenirs de la première jeunesse, lespèce d'égalité que les camarades d'enfance conservent encore entre eux dans le monde , l'empire que ces premiers sentiments exercent sur tous les autres sentiments que nous éprouvons par la suite, et Jes devoirs qu'ils imposent à notre cœur pour tout le reste de la vie : c'est ce qui fit le succès de la pièce : je parlai à lame de tous les spectateurs. Quel est l'homme qui n'a pas eu un ami au collège ou à lécole? Quel est Ihomme, s'il a

fait sa rhétorique , qui peut voir, sans un respect mêlé de

la plus tendre affection, son» ancien professeur.

La pièce essuya de nombreuses critiques. Malheureusement, presque toutes sont fondées. Depuis la seconde scène du second acte jusqu'à la dernière du troisième , le comique a disparu, et n'est pas remplacé par un intérêt suffisant. La fantaisie de Derville pour Sophie et l'amour naissant de Robert sont à peine indiqués. Les scènes sont confuses , embarrassées. Les allées et les venues de Paris au lieu de la scène se succèdent d'une manière invraisemblable et peu agréable. On est tenté de croire qu'il n'aurait fallu qu'un acte. \oilà ce que je me sens obligé d'accorder à mes critiques.

Mais ils me font d'autres reproches auxquels je crois pouvoir répondre. Pourquoi , leur dirai-je, le fils d'un menuisier, après avoir fait ses études, n'aurait-il pas repris modestement l'état de son père, sur-tout dans un temps de révolution ? Pourquoi un professeur d éloquence n'aurait-il pas de l'enthousiasme pour l'éloquent citoyen de Genève ? Pourquoi , dans un moment d'exaltation , un brave artisan ne proposerait-il pas à son ancien ami ruiné, de lui enseigner le métier auquel il doit ses ressources et son indépendance? Pourquoi, dans un temps de révolution sur-tout , ce jeune dissipateur, rendu au courage par le malheur, n'accepterait-il pas d'être l'apprenti et le compagnon de son ami ? Je ne dis pas que le projet soit très-raisonnabie , je ne dis pas même qu'il soit facile à exécuter- mais le but de la comédie est de peindre les hommes : or, pour les peindre tels qu'ils sont , faut-il les représenter toujours raisonnables ? faut-il ne leur prêter que des projets qui puissent s'exécuter sans effort ?

Au surplus, je me sens bien dédommagé de toutes

I ces critiques justes , ou injustes , par les jouissances que la pièce m'a procurées. Je n'ai pas rencontré un de mes nombreux camarades de collège qui ne m'ait félicité et presque remercié de l'avoir faite, et qui ne m'ait parlé avec la plus vive émotion de la bonté, de 4a bonhomie de mon vieux professeur de rhétorique.

To77>e I 21

PERSONNAGES

CLERMOIVT, jeune poète. 1

ROBERT , jeune menuisier. [ Camarades de collège.

DERVILLE, jeune homme riche.]

BONARD, leur ancien professeur de rhétorique.

GABRIEL, domestique de Derville.

Madame ROBERT^, mère de Robert.

SOPHIE, sœur de Clermont.

La scène est dans un village tout près Paris.

LES

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