CHARLES, DORIVAL
CHARLES, un papier a la main .
Encor ce Dorival !
( // veut sortir. ) DORIVAL, le retenant.
Pourquoi donc fuir le monde Ainsi , mon jeune ami ?
CHARLES
[^ part. ) Monsieur... Quel contre-temps!
DORIVAL
Je brûlais de vous voir, mon cher, depuis long-temps:
Comment gouvernons-nous les vers, la poésie?
Le cher Firmin, je crois, un peu nous contrarie.
Il a tort; vous avez un vrai talent déjà.
Si vous étiez connu... mais quoi ! cela viendra;
Et je parlais de vous encor ce matin même
A la mère d'Ariste : oui, déjà l'on vous aime
Sur ce que j'en ai dit.
46o MÉDIOCRE ET RAMPANT.
CHARLES
A quelle occasion ?
DORIVAL
Au bel-esprit elle a quelque prétention.
En l'honneur de son fils il faut bien qu'on la flatte.
Si de quelque manière adroite et délicate
Vous lui faisiez la cour ? Moi , je vous cherche exprès ;
Elle m'a pour ce soir demandé des couplets.
Or j'ai fait dans mon temps quelques pièces légères;
Mais mon esprit s'est bien rouillé dans les affaires :
Si c'était, non pas moi, mais vous qui les fissiez,
Cela serait charmant. Vous me les confiez ;
Je les lis, on en est charmé, l'on m'interroge;
JMoi , je nomme l'auteur en faisant votre éloge ;
Nous applaudissons tous à vos talents connus.
Et bientôt nous comptons un poëte de plus,
Fameux par ses écrits, ainsi que par ses armes.
CHARLES
Un pareil avenir , sans doute , a bien des charmes.
DORIVAL
Voilà pourtant le sort qui vous est réservé.
CHARLES, a part.
II me flatte; le fait ne m'est que trop prouvé. Mais que de la louange on sait mal se défendre! Malgré moi, je suis prêt à me laisser surprendre.
( Haut. ) Il faut donc pour ce soir....
DORIVAL
Un rien, une chanson, Où vous pourriez glisser sans affectation Quelques traits délicats à la gloire d'Ariste.
CHARLES
Que d'un ministre , moi , je sois panégyriste !