ACTE III, SCENE IX
FIRMIW.
Oui.
ARISTE
Ce Charles Firmin Dont ma mère et ma fille encore ce matin M'ont parlé?
CHARLES
Votre mère et la charmante Laure De Charles ont daigné se souvenir encore?
ARISTE
Elles m'ont fait de vous un rapport bien flatteur.
CHARLES
Puissé-je mériter leur estime, monsieur!
ARISTE
Aussi je veux lier une amitié sincère ,
Bon jeune homme , avec vous , comme avec votre père.
S'il est de mon devoir, Firmin, de vous chercher.
Il est du votre aussi de ne vous point cacher.
Laissez à l'être nul sa honteuse inertie.
L'homme à ^lent, monsieur, qui chérit sa patrie,
Aux ministres lui-même ose se présenter.
Et brigue les emplois qu'il croit bien mériter.
Le méchant et le sot, l'un vain, l'autre hvpocrite.
Sont toujours là , vantant leur prétendu mérite :
Et comment discerner les vertus, les talents,
S'ils ne s'opposent pas à leurs vils concurrents ?
Du bien qu'on ne fait pas , du mal qu'on laisse faire ,
Songez qu'on est coupable.
CHARLES
Entendez-vous , mon père ?
ARISTE
Oui, monsieur, lorsqu'au vice il laisse un libre champ. L'honnête homme devient complice du méchant. Tome T. 3o
/j66 MÉBIOCRE ET RAMPANT.
FIRMIN
Offrez-moi les moyens de servir ma patrie; L'occasion par moi sera bientôt saisie.
ARISTE
Et je n'en veux pas plus. Pour nous connaître mieux, Chez moi venez souper aujourd'hui tous les deux; Nous aurons une aimable et bonne compagnie, Mes parents , mes amis , gens sans cérémonie. Ma mère , à qui mon rang n'a pas donné d'orgueil , Vous fera, j'en réponds, le plus aimable accueil.
Nous acceptons l'honneur que vous voulez nous faire.
ARISTE
Et de moi vous serez satisfaits , je l'espère.
CHARLES, a part.
Je pourrai donc la voir.
LAROCHE, a part.
Ceci ne va pas mal.
L'instant est favorable, attaquons Dorival.
(A ydrisle, en s'ai^ançant.) A l'honnête homme ainsi vous rendez donc justice. Il s'agit maintenant de démasquer le vice. Puisque j'ai le bonheur ici de vous trouver , Je reprends mon discours, et je veux vous prouver.... Dorival , ce matin , m'a coupé la parole ; En l'accusant aussi , moi , j'ai fait une école. La vérité pourtant, c'est que j'avais raison. Vous demandiez des faits tantôt. J'en ai.
ARISTE
Quoi donc ?
CHARLES
Cet homme qui soutient sa famille et sa mère , Il vient de recevoir , d'une belle manière ,