II. y a du bon dans ce qu'il vient de dire
FRANVAL
Ne croyez pas à la colère de cet homme-là; elle est fausse, elle est calculée; il se fâche à froid , j'en réponds. Eh quoi! il y a vingt ans que je travaille, il me faut encore travailler dix ans pour assurer un état à mes enfants , et des nouveaux venus comme ceux-ci feraient leur fortune en six mois, et au premier revers ils en seraient quittes pour présenter un bilan imaginaire, et ruiner les vrais et honnêtes commerçants! Cela ne sera pas, croyez-moi. Quand vous devriez tout perdre avec
334 DUHAUTCOURS.
monsieur Durville, pour votre honneur, pour l'honneur et la sûreté du commerce; que dis-je? pour votre intérêt particulier à vous tous, qui avez journellement besoin de confiance et de crédit, gardez-vous de signer cet acte où tout me paraît allégué et rien prouvé : car si vous laissez passer encore celle-ci , qui vous répondra que l'impunité ne va pas les multiplier d'une manière effrayante? Vous perdrez tout aujourd'hui, mais vous vous sauverez pour la suite. Mais non, vous ne perdrez rien. La justice, la chicane, comme monsieur l'appelle , n'est pas si âpre qu'il voudrait vous le faire croire : elle a des formes, des lenteurs salutaires dont il est vrai que des fripons adroits abusent trop souvent; mais croyez qu'ils ne triomphent que par la faiblesse et l'insouciance des honnêtes gens. Quand un homme juste et ferme a le courage et la volonté de leur tenir tête , croyez qu'il parvient facilement à les démasquer , et je serai cet homme -là, moi.
MARASCHINI.
Bien! brave homme. Je vous donnerai ma procuration.
FIAMMESCHI.
Et moi la mienne.
duhautcours, d'un ton doucereux.
Souffrez, mes bons amis, que je vous fasse entendre quelques paroles de paix. Je rends justice aux sentiments de monsieur, ils sont purs et honnêtes; mais croyez -moi, finissez cette affaire -là. Monsieur Durville ne craint pas l'examen sévère dont on le menace. Calculez qu'il est jeune, qu'il peut tout réparer, et que peut-être dans quelques années nous le verrons faire tout- à -fait honneur à ses engagements. Pour le mo-