‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 312 sur 389 · ACTE II, SCENE I. 4o · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I. 4o

le lendemain à l'audience, sans s'arrêter; et les clercs et les vendeuses de journaux du palais ne l'en traiteront pas moins de nouveau Démosthène. Voyez le médecin et le notaire qui oublient leurs affaires et leurs malades pour aller jouer chez l'avocat. Chez l'un on dit aux clients que monsieur est à un inventaire.

GAULAED.

Et les malades sont peut - être trop heureux qu'on ne trouve pas l'autre chez lui.

( La toile change et représente d'un coté F appartement de la tireuse de cartes , et de Vautre celui du comédien. )

JÉRÔME

Quelle foule de femmes chez cette sorcière au troisième , et la rusée qui a un coffre-fort , s'est bien gardée de renoncer à son galetas , à ses chaises de paille , à sa table vermoulue. C'est le fard de sa boutique : avec de beaux meubles elle perdrait son crédit. Voyez ces deux femmes dans la douleur. Quelle affectation dans celle-ci ! quelle vérité dans celle-là ! L'une est inquiète de la santé de son mari ; l'autre est inquiète de son petit carlin, qui a une indigestion de pralines. Voyez cette femme avec des besicles, la démarche libre, le regard assuré, négligée et presque malpropre dans sa parure. C'est une femme homme de lettres , elle fait des livres , elle est hardie , tranchante , romanesque, athée, et tremble devant une tireuse de cartes.

FANCHETÏE.

Et que fait donc cet homme qui parle tout seul et qui roule des yeux comme un possédé dans la chambre voisine?

4o4 LES PROVINCIAUX A PARIS.

JÉRÔME

C'est le comédien des boulevards, qui cherche une inflexion de voix bien paternelle pour une tragédie en pantomime dialoguée ; depuis six mois on en doit donner incessamment la première représentation. Vous pourrez voir, par vos yeux, tous les divers gouvernements dramatiques de la grande ville. Ici on danse, on chante, on parle; là on ne parle pas, on ne chante pas , on danse et on gesticule ; ici on chante en déclamant, là on déclame en chantant, là on chante en hurlant; tous se nuisent, tous se détestent, tous s'embrassent. Parlez -moi de cette troupe de marionnettes en bois qu'on fait mouvoir avec des fds. Là , point de cabales, point de maladies réelles ou supposées, point de caprices aux dames , point de maîtresses aux amoureux , point de café pour les pères nobles , point de coteries de famille ; vous n'êtes pas obligé d'engager le père, la mère, l'oncle et la petite sœur, pour avoir le mari et la femme.

(La toile change et représente la chambre du journaliste et celle du peintre en portraits. )

FANCHETTE

En voilà un qui écrit bien rapidement là-haut dans son cabinet.

JÉRÔME

C'est un journaliste qui fait l'extrait d'une pièce nouvelle. C'est lui qui a invenlé et qui répète tous les matins cette phrase si agréable à l'amour-propre: «Dire que cette pièce a été jouée par les premiers acteurs de ce théâtre, c'est dire qu'elle a été jouée avec cet ensemble qui commande l'admiration.» Quelle tache il a (entreprise en voulant faire l'éloge de tous les gens de

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