SCÈNE IV
DORVAL, GAULARD, GEORGES, FANCHETTE
Mes enfants ne sont pas de trop; voulez-vous qu'ils se retirent?
DORVAL
Je suis enchanté qu'ils restent; en deux mots, comme je vous l'ai dit, vous m'avez inspiré beaucoup d'estime. Je sors de chez un ambassadeur étranger à qui j'ai parlé de vous.
GEORGES
Vous avez parlé de nous à un ambassadeur étranger?
FANCHETTE
Quel honneur ! nous voilà lancés !
GAULARD
Quand je vous ai dit que c'était un homme comme il faut.
DORVAL
J'ai vanté les charmes de votre aimable fille.
FANCHETTE
Oh! les charmes! monsieur, c'est trop honnête de votre part.
DORVAL
Les qualités, les grâces, l'esprit de monsieur votre fils.
GEORGES
Ah! monsieur, il ne fallait pas.... En vérité, je suis confus ....
1i 4 LES PROVINCIAUX A PARIS.
DORVAL
Faire l'éloge des enfants , c'était faire celui du père. Or, il est question dans ce moment d'une entreprise grande, utile et sûre. Vous avez des fonds à placer, j'ai pensé à vous. Nous sommes dans le siècle des découvertes ; celle - ci peut devenir aussi précieuse à l'humanité qu'honorable et avantageuse à ses auteurs et ses protecteurs.
GAULA RD
Et qu'est-ce donc, s'il vous plaît?
DORVAL
Demain dans la matinée je vous reverrai. Il me sera permis d'entrer dans de plus amples détails ; pour ce soir je n'ai voulu que vous prévenir. Il pourrait se présenter d'autres occasions qui , à coup sûr , ne peuvent pas valoir .... Je suis moi - même un des intéressés. C'est une affaire qui peut procurer un état à ce jeune homme , un mari à cette aimable enfant.
FANCHETTE
Un mari !
DORVAL
Et un mari considéré ; non pas de ces jeunes gens étourdis, légers, volages, plus habiles à manger une dot qu'à augmenter la fortune de leur épouse.
FANCHETTE
Il me semble pourtant qu'un peu de jeunesse ne nuirait pas.
GAULA.RD
Qu'est-ce que vous dites donc là, mademoiselle? Ne faut-il pas s'en rapporter à vos petits caprices?
DORVAL
Ne la contrariez pas, ami Gaulard, je vous en prie.