ACTE IV, SCENE V
MADAME JACOB
\ ous avez eu tort.
baziiv, gaiement.
Parbleu! madame Jacob, je n'aurais pas été vous chercher ; mais puisque vous voilà , il me prend fantaisie de savoir ma bonne aventure.
madame jacob, très -sérieusement.
Avez-vous confiance ?
BAZIN
Confiance? oui. Oui, vous dis-je. Vous faut-il une table , des cartes ?
madame jacob, d'un ton emphatique.
Inutile. Je lis dans vos yeux, dans vos traits , dans votre phvsionomie. Le passé nous révèle l'avenir. L'homme qui m'interroge a des talents, de l'instruction. Sa femme l'a épousé par amour., trop heureuse de donner sa main et sa fortune à un professeur célèbre, dont les traductions et les élèves sont également admirés.
bazin, a part.
Elle ne manque pas d'esprit cette femme-là. madame jacob.
Un seul défaut ternit toutes ces belles qualités : amour-propre qui serait insupportable dans tout autre. Il a bien fait hier de ne pas croire aux apparences, lorsqu'un fat s'établissait en maître chez lui.
BAZIN
Quoi! Vous savez
MADAME JACOB
Je sais tout.
BAZIN
Diantre !
MADAME JACOB
Il dépend de lui d'être heureux; qu'il s'occupe un
peu plus de sa femme. S'il néglige les avis de la prophétesse, quand la lune croîtra, perte de fortune, procès , embarras de ménage ; ce n'est plus l'homme par exception, il rentre dans le commun des maris; divorce , chagrins , la réputation se perd , les traductions sont interrompues , les honnêtes gens le plaignent tout bas, les malins s'en moquent tout haut, et les écoliers le montrent au doigt dans la classe. Je vous laisse à deviner si c'est à la force de mon art , aux confidences de votre femme , ou à la lecture de son journal , que je dois la connaissance de tout ce que je viens de vous
révéler La voiture que j'attendais est arrivée; votre
très-humble servante, M. Bazin ; faites agréer, je vous prie , mes adieux à madame.
(Elle sort.)