‹ ŒuvresChapitre 120 sur 345 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

« Car c'est le nom chéri que lui donne son cœur, « Promet son amitié d'avance, et pour la vie. » Jusqu'aux larmes , vois-tu , ces mots m'ont attendrie :

(A Térigni.} Quoi que de ma cousine et de vous on ait dit , Au voyage dernier que chez nous elle fit , Cette lettre a suffi pour me la rendre chère.

(A Fabrice.) Je sens qu'avec plaisir je la verrai, mon frère.

Aussi j'ai répondu, ma sœur, en acceptant Cet asyle où déjà l'amitié nous attend.

TÉRIGWI.

Quand ma mère avec toi consentit que je vinsse. Pour me faire quitter le ton de la province , Comme aussitôt, craignant d'obliger à demi, Ta honne tante offrit sa tahle à ton ami!

FABRICE

Sur ce point nous serons toujours d'accord ensemble; Mais t'imagines-tu que chacun lui ressemble?

TÉRIGM.

Ne sait-on pas, pour peu qu'on ait quelque bon sens, Que ee monde est mêlé de bons et de méchants? De ma part ne crains pas de méprise fatale; Je saurai discerner... Remets donc ta morale A quelqu'autre moment , et parlons du bonheur De nous voir à Paris , dans ce monde enchanteur . Dont nos livres nous font de si belles peintures. Si , ne l'ayant encor vu que dans nos lectures , Nous lui devons déjà mille plaisirs divers, Combien ses agréments , ses beautés , ses travers Vont-ils nous enchanter et nous servir d'école, Quand nous-mêmes enfin y jouerons notre rôle!

i58 L'ENTRÉE DANS LE MONDE.

SOPHIE

C'est que Paris, dit-on, est un séjour divin:

Il faut aller tout voir, mon frère, et dès demain.

TÉRIGNI.

Oui , nous irons tous trois, et ne crois pas, de grâce , Que mon temps tout entier en vains plaisirs se passe: Le temps est précieux, mon cher, à vingt-deux ans; Je saurai , comme il faut employer les instants.

FABRICE

Ne tarde pas sur-tout à me faire connaître

Ce Clermont qui consent à te servir de maître :

De ses leçons aussi je voudrais profiter.

TÉRIGNI.

Dès demain nous irons chez lui nous présenter. Il doit avoir reçu la lettre de ma mère.

FABRICE

C'était l'intime ami de feu ton pauvre père.

TÉRIGNI.

Un peu brusque, dit -on, mais bon cœur, sens exquis.

FABRICE

Dans le génie il a bien servi son pays.

TÉRIGNI.

On le dit fort instruit dans les mathématiques...

FABRICE

Auxquelles on entend sur-tout que tu t'appliques.

T ÉRIGN I.

Oui; mais, sans borner là mes études, ami,

Les langues et les arts m'occuperont aussi ;

L'anglais, l'italien, l'allemand, la musique,

Dessin , morale , danse , histoire et politique ;

Voilà de quoi finir mon éducation.

A bien considérer ma situation ,

Je peux sortir un jour de la classe commune.

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