ACTE II, SCENE IX
Me donnent quelques droits à votre confiance , Ce que je puis savoir je vous l'enseignerai. Les leçons , les eonseils que je vous donnerai Sont ceux que je répète à mon fils , à nia fille ; Je vous traite déjà comme de la famille : Puissé-je ainsi traiter avant peu Térigni; Mais cependant avec votre imprudent ami Je m'étais arrangé pour passer la journée : Dans ma société, quoiqu'elle soit bornée, On peut trouver encor d'utiles agréments. Sans doute vous brûlez de voir les monuments , Les dépôts précieux des arts et des sciences , De cette ville enfin les richesses immenses; Je m'offre à vous les faire admirer avec fruit ; Car si je ne suis pas moi-même fort instruit, J'ai quelques liaisons aimables et savantes. Nous allons commencer par le jardin des plantes : N'y consentez-vous pas ?
FABRICE
Sans doute , et de grand cœur.
Mais avec nous, je crois, je puis mener ma sœur?
CLERMOIVT.
Parbleu ! la promenade en devient plus complète.
FABRICE
Pauvre sœur ! plus que moi , Térigni l'inquiète.
CLERMO} î T.
Ils s'aiment en effet ?
FABRICE
Dès leurs plus jeunes ans.
Térigni l'aime encor; l'aimera-t-il long-temps? Devant ma sœur toujours j'affecte un air tranquille : Je tremble au fond du cœur , car il est si facile.
ara L'ENTRÉE DANS LE MONDE.
CLERMONT
Dans le monde , à cet âge , au milieu des flatteurs , Un amour pur a peu d'empire sur les cœurs : Mon fils m'a trop appris , par sa folle tendresse , Jusqu'à quel point on peut égarer la jeunesse : Une fille et sa mère , avec de beaux dehors , Vvaient su le gagner.
FABRICE
Juste ciel ! quels rapports !
Pour Térigni sachez d'où naît mon épouvante. Une femme.... Faut-il la nommer ma parente? Oui , ma cousine....
CLERMONT
Eh bien ?
FABRICE
Mais j'aperçois ma sœur.
CLERMONT
Chut , de la pauvre enfant respectons la douleur ; Vous me mettrez au fait; et contre la cousine, S'il le faut , nous ferons jouer plus d'une mine.