ACTE II, SCENE X. *i
SOPHIE
Eh bien! il est parti, mon frère.
FABRICE
Mais avant de partir il m'a parlé de toi.
SOPHIE
Vraiment ! a-t-il daigné songer encor à moi ? J'admire en vérité ton heureux caractère : Térigni nous oublie enfin , la chose est claire , Et tu le vois avec une tranquillité !
CLERMONT
Que j'aime son dépit et sa naïveté!
SOPHIE
Pour la belle Aglaé tenant sa bourse ouverte ,
Au jeu comme il a pris pour lui toute la perte !
Il faut qu'elle ait bien peu de cœur pour recevoir....
A table où, tout près d'elle, on prit soin de l'asseoir,
N'as-tu pas remarqué comme, avec complaisance,
Ma tante d' Aglaé vantait le chant, la danse?
A peine eut-on soupe , qu'il fallut l'écouter.
FABRICE
Mais à ton tour, pourquoi refuser de chanter? Quel caprice, ma sœur!.... ta voix a tant de charmes.
SOPHIE
Chanter , quand j'avais peine à retenir mes larmes ! Bon Dieu! comme elles sont coquettes à Paris !
CLERMONT
Oui, c'est le naturel, mon enfant, du pays.
SOPHIE
Ah ! quand pour contenter leurs passagers caprices , Elles s'arment ainsi de tous leurs artifices , Aux cœurs comme le mien blessés d'un trait profond Elles ne savent pas tout le mal qu'elles font.
CLERMONT
Calmez-vous; Térigni vous restera fidèle: Je suis fort peu galant, ma chère demoiselle; Mais avec tant d'attraits, mais avec tant d'amour, Comment ne pas compter sur un parfait retour ?
FABRICE
Oui, l'amour, la raison, et Clermont et ton frère S'uniront, et toujours tu lui resteras chère.
SOPHIE
Tu le crois ?
FABRICE
J'en réponds. Allons, plus de soucis.
Monsieur Clermont veut bien nous faire voir Paris; Tu vas être à-la-fois étonnée et ravie; N'est-ce pas là , ma sœur, une aimable partie ?
CLERMONT
Nous passerons chez moi, Fabrice, en même temps, Je veux que vous voyez ma femme , mes enfants.
FABRICE
Nous serons tous les deux charmés de les connaître ; N'est-il pas vrai , ma sœur? venez donc , mon cher maître. Que n'est-il avec nous ce pauvre Térigni ?
SOPHIE
Que fait-il à présent ? fui seul nous manque ici.
FABRICE
Tandis qu'il court avec un flatteur mercenaire, Nous trouvons un ami dans l'ami de son père.
CLERMONT
Il sentira bientôt, peut-être à ses dépens,
Qu'on n'est vraiment heureux qu'avec les bonnes gens.
mv DU SECOND ACTE.
VCTE III, SCENE I. *ï£