ACTE V, SCÈNE IL
Vous avez en France des filles et des femmes de parvenus qui s'en font accroire , sans avoir eu , comme moi , cent négresses à leurs ordres.
LAS AUSSAYE.
Et croyez que... dans cet hémisphère.... vous trouverez également des serviteurs , des adorateurs.
MADAME SAINT-HILAIRE
Mais je l'espère ; la fortune de mon père , celle de ma mère, me mettent en état, grâce au ciel, de satisfaire mon penchant à la bienfaisance , et de faire le bonheur d'un galant homme , car je sens que je porte un cœur tendre.
lasaussaye, à Pavaret.
Comme elle est franche !
pavaret, a Lasaussaye.
On s'aperçoit que c'est la fille d'une personne qui a été très-vive elle-même.
LASAUSSAYE.
A qui le dites-vous?
MADAME SAINT-HILAIRE
Vous comptiez sur cette succession, mon cher cousin ?
LASAUSSAYE.
Je ne vous le dissimulerai pas , ma cousine ; sensible et bienfaisant comme vous, il m'eût été bien doux de pouvoir exercer de simples vertus sans faste.
MADAME SAINT-HILAIRE
Quel rapport! quelle sympathie! Ah! mon père me l'avait bien marqué dans toutes ses lettres!
LASAUSSAYE.
En vérité ? mon oncle vous aurait parlé de moi ?
PAVARET.
Vous avez à causer d'affaires de famille, je me retire.
MADAME SAINT-HILA1RE
Non, restez; monsieur est mon cousin , mais il serait imprudent à moi... Libre et maîtresse de mes actions... Je dois apporter plus de scrupule dans ma conduite.
LASAUSSAYE.
Et votre présence nous est nécessaire. Monsieur est un avocat de Rochefort , très -distingué , homme de bon conseil. Votre intention est sans doute de vous fixer en France , ma chère cousine ? Quels sont vos projets?
MADAME SAINT- HILAIRE
Ah ! ne m'interrogez pas là-dessus , mon cher cousin. C'est à présent sur-tout que je le regrette, ce tendre père ; car enfin , une jeune fille , sans parents , sans appui, peut-elle...
Puisque vous avez désiré ma présence, permettez à un tiers , à une personne désintéressée , de se placer entre vous, et de parler pour l'un et pour l'autre; l'oncle , le père que vous regrettez , avait des vues d'union, d'hymen dans la famille, m'avez -vous dit. Tous deux libres et vertueux , sensibles et bienfaisants, vous vous aimez; vous voudriez en vain vous le dissimuler ; vous vous aimez. Quavez-vous à faire de mieux , que de confondre par un bon mariage tou$ vos droits à la succession.
MADAME SAIiNT-HILAIRE.
Que dit-il?