‹ ŒuvresChapitre 9 sur 345 · ACTE I, SCÈNE III. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. i

cela doit l'agiter, la tourmenter! oh! moi cela me tournerait le sang; je suis si sensible! j'ai les nerfs si délicats ! Ce n'est pas qu'il ne soit très-flatteur de se trouver, à peu de chose près, l'héroïne d'un roman, de jouer un rôle dans une histoire , où , de part et d'autre, on a développé tant de galanterie, tant de générosité, tant de sensibilité.... A propos de sensibilité (elle retourne encore à sa porte), Javotte, qu'on passe sur -tout chez Lonjumeau le libraire, et qu'on sache s'il lui est arrivé de nouveaux romans de Paris. dorlis, à part.

Dans une petite ville tout le monde se salue.... Si j'osais.... Imbécille que je suis!

sophie, à part, apercevant Dorlis.

Encore ce même jeune homme! je le vois toujours sur nos pas. En vérité, son assiduité m'embarrasse. Il a le regard si tendre !

madame dercour, revenant a sa fille.

Qu'est-ce que tu dis? des romans bien tendres! tu as raison, il n'y a que ceux-là d'intéressants. dorlis, a part.

Je me flatte peut-être ; mais on dirait que mes regards l'ont frappée, et que mon attention à la suivre par-tout ne lui a pas échappé.

MADAME DERCOUR.

Quelles délices qu'un roman ! c'est le commencement que j'en aime le mieux; quand les deux jeunes amants bien épris l'un de l'autre se rencontrent , se regardent , se devinent; le jeune homme suit sa bergère au bal. aux promenades, au spectacle.

sophie, en regardan t Dorlis .

Par-tout.

i4 LE VOYAGE INTERROMPU.

MADAME DERCOUR.

Il n'ose l'aborder, il y a là quelque Argus jaloux qui veille sur elle, et puis il est si timide.

Sophie, en regardant Dorlis.

Ah! oui, bien timide.

MADAME DERCOUR.

La bergère enchantée de cette timidité, véritable symptôme d'un amour pur et délicat , en est déjà au point de désirer quelque événement favorable qui enhardisse le jeune homme; et puis les soupirs, et puis les rêves, et puis les insomnies, et puis les billets-doux, les rendez-vous , les sérénades, les rivaux, les jalousies, les duels , les enlèvements , les apparitions , les spectres , les voleurs , et puis le dénoûment , qui , comme de raison , contente tout le monde : ah ! conviens avec moi , ma fille, que rien n'est plus charmant, rien n'est plus délicieux qu'un roman.

SOPHIE

En effet, ma mère, je ne peux vous entendre parler ainsi sans me sentir émue, attendrie....

MADAME DERCOUR.

Et moi donc , cela me reporte à quinze ans ; tout mon désir à moi eût été de faire parler de mes amours : en tout bien, tout honneur, s'entend : oui, c'eût été là ma folie; mais votre père faisait l'amour comme un bourgeois; il commence par demander ma main à mes parents. Beau début !

SOPHIE

Eh ! mais , ma mère , approuveriez-vous que quelqu'un me recherchât sans vou» en prévenir?

C'est bien différent; vous Cites si peu avancée pour

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